ARQUEES par la fraude, les intimidations multiples et les protestations des candidats reactionnaires malchanceux, les elections du l mars dernier au
-Guatemala auront été un fiasco total par rapport à l'objectif qui leur avait
La dictature n'en sort pas grandie, bien au contraire. Les différents partis réactionnaires qui y ont participé s'entre-déchirent autour des résultats, tandis que l'armée et son candidat, le général Anibal Guevara, sortent renforcés de la farce élec
Embarrassé par le déroulement de ces élections qui hypothèquent un peu plus celles prévues prochainement au Salvador, l'impérialisme américain garde le silence.
personnes à Rome (le 25 octobre) et à Florence (le 28 novembre, à l'initiative des syndicats), la solidarité avec l'Amérique centrale a occupé une place importante. Il existe des comités de solidarité avec le Salvador dans lesquels la Lega comunista rivoluzionaria (LCR), section italienne de la IVe Internationale, est très active. Ces comités ont élu un membre du conseil des usines Alfa-Romeo pour assister à la rencontre de solidarité de Mexico du 28 mars. Les syndicats et les comités Salvador ont organisé une manifestation à Milan le 13 mars.
- Pays-Bas : Le 27 février, une manifestation a rassemblé plus de 10 000 personnes contre l'intervention impérialiste en Amérique centrale et pour la victoire du FDR-FMLN. Elle était organisée par les comités Salvador, Nicaragua et Guatemala. La confédération syndicale FNV a participé à cette initiative, de même que les organisations du mouvement anti-guer-
- Portugal : Un meeting a rassemblé 8 000 personnes à Lisbonne en février, à l'appel du Groupe de solidarité avec l'Amérique centrale (GSAL) qui est unitaire, et soutenu par le PC, le PS, la CGTP, le Partido socialista revolucionario (PSR). section portugaise de la IVe Internationale. Des initiatives sont prévues en direc tion des ambassades et consulats améri cains pour le 28 mars. De nouvelles manifestations seront organisées pour le ler Mai et pour la venue de Ronald Reagan en juin.
- Suisse : Les comités Nicaragua et Salvador, ainsi que le Parti socialiste ouvrier (PSO), section suisse de la IVe Internationale, ont mis l'accent sur la solidarité avec l'Amérique centrale dans le cadre de l'importante manifestation anti-guerre, qui a eu lieu à Genève le 23 janvier. Le 20 mars, des manifestations sont prévues dans toutes les villes les plus importantes.
Nicaragua-Salvador, jouent un rôle décisif dans cette mobilisation, ont pris contact avec les syndicats pour qu'ils lancent une campagne « Une heure de salaire pour le Salvador 1». Il a été décidé de publier une page sur ce thème dans tous les journaux des fédérations syndicales de l'Union syndicale suisse sous les auspices de « L'œuvre d'entraide ouvrière », accompagnée d'une interview du représentant du FDR-FMLN. Le 3 avril aura lieu une manifestation nationale lancée par le comité, le POCH (organisations PSO, les PC de l'immigration italienne et espagnole, et divers comités latino-améri-
- Suède : Les différents comités de solidarité avec l'Amérique centrale viende se coordonner. D'importantes manifestations sont prévues pour les 20 et 21 mars.
15 mars 1982.
Le fiasco électoral
marqué la farce du 7 mars été assigné par l'impérialisme. Vincent KERMEL
N'étant pas parvenu à empêcher la consolidation de l'implantation des forces de la guérilla dans plusieurs régions du pays, la dictature guatémaltèque, à la suite des échecs répétés de ses programmes contre-insurrectionnels, se trouve aujourd'hui confrontée à un réel danger. L'ambassadeur des Etats-Unis au Salvador, Robert White, a déclaré récemment que « dans quelques mois, la guérilla guatémaltèque sera en condition militaire de défier le gouvernement, et y compris de le faire tomber » (Inforpress, 1982). Sur le même ton, le colonel Jaime Rabanales Reyes a confie à un reporter de Newsweek (ler mars 1982) : « Nous avons été capables de pacifier quelques régions, mais les guérillas sont comme une hydre, leurs têtes ressortent toujours à un
La situation de guerre civile, combinée aux retombées de la crise économique mondiale, entrave l'activité économique du pays. 50 % du transport routier en dehors des villes serait suspendu. La crise de confiance des classes possédantes encourage la fuite des capitaux et attise les divergences au sein du bloc réactionnaire. L'inquiétude pointe aussi du côté des grandes compagnies impérialistes dont les très importants intérêts dans ce pays ne sont pas à l'abri des actions de la guérilla. Au printemps 1981, par exemple, la raffinerie de pétrole de Rubelsanto de la société Basic Ressources - appartenant financier britannique James Goldsmith - et le pipe-line conduisant le brut jusqu'à la côte Atlantique, étaient sabotés. L'usine de nickel du trust américano-canadien Exmibal était également endommagé lors d'une attaque de la guérilla.
Décidé à tout faire pour éviter l'ef. fondrement de l'appareil répressif guatémaltèque - à l'image de ce qui s'est produit au Nicaragua et de l'érosion en cours au Salvador - Ronald Reagan a
GUATEMALA Fraude, intimidations,répression ont entrepris, dés son accession à la présidence des Etats-Unis, d'infléchir la politique américaine à l'égard de la dictature.
Un responsable américain, Stephen W. Bosworth, en a illustré récemment le nouveau cours en déclarant :« L'objectif de l'administration est de faire en sorte que nos impératifs de sécurité et nos préoccupations en matière de droits de l'homme s'épaulent mutuellement et puissent être poursuivies de pair » (International Herald Tribune, 25 janvier 1982). Concilier l'inconciliable en quelque sor-
Cette orientation a pris la forme d'un marchandage que le représentant de Ronald Reagan, l'ancien général Vernon Walters, s'est chargé d'exposer en mai 1981 à Ciudad Guatemala. La reprise de l'aide militaire américaine - suspendue par Jimmy Carter en 1977 - devait être conditionnée au bon déroulement des élections du 7 mars 1982.
Mais, sans attendre, et alors même qu'il refusait une aide alimentaire au Nicaragua, le gouvernement américain a modifié la législation en vigueur pour permettre la vente de 100 jeeps et 50 camions militaires à l'armée du général Romeo Lucas Garcia. Des hélicoptères civils, rapidement transformés en leur version militaire, étaient aussi vendus sans difficulté par des firmes américaines. 250 000 dollars ont été inclus dans les prévisions budgétaires de l'année pour le financement de l'entraînement de militaires guatémaltèques. La « possibilité » de vente de pièces détachées d'é. quipements militaires est aussi envisagée par le gouvernement américain.
Le processus électoral clos par les élections du 7 mars dernier devait venir donner un cadre acceptable à cette « collaboration », en modifiant quelque peu l'image de la dictature guatémaltèque. En essayant d'obtenir le transfert en douceur d'une partie des pouvoirs de l'armée à une équipe civile, Washington voulait aus-
si donner à la dictature, avant qu'il ne soit trop tard, les moyens d'endiguer la montée révolutionnaire. Il s'agissait quelque sorte d'un projet équivalent au coup d'Etat de 1979 au Salvador.
Mais l'accentuation de la lutte des classes et la militarisation de l'économie comme de l'Etat ont été telles que l'opération électorale est apparue vouée à l'échec dès son lancement.
Jusqu'au dernier moment, de multiples et discrètes pressions ont été exercées depuis Washington pour obtenir que la dictature avalise un candidat civil et organise des élections « libres et propres ».
Frauduleuses, les élections du 7 mars l'ont été pourtant dès avant le vote. Aucune force d'opposition significative n'a pu y participer du fait des violences perpétrées par les groupes paramilitaires d'extrême droite et l'armée. Le général Romeo Lucas Garcia a bien tenté, sans doute sur les conseils de Washington, d'obtenir la participation du Front uni de la révolution (FUR) qui se revendique de la social-démocratie, mais sans succès. Celui qui aurait sans doute pu être le candidat de ce parti à l'élection présidentielle, Guillermo Rodriguez Serrano, a payé de sa vie le 21 février dernier l'intransigenace de sa formation politique. Mais la Démocratie chrétienne, qui a accepté de se prêter à cette manœuvre électorale en soutenant le candidat de l'Union d'opposition (UNO) - Alejandro Maldonado, un ancien membre du Mouvement de libération nationale (MLN, d'extrême droite) -ne s'est pas retrouvée pour autant à l'abri des mauvais coups des groupes paramilitaires. Début janvier, le maire démocrate-chrétien de Champerico était assassiné. 128 représentants démocrates-chrétiens ont été assassinés durant l'année 1981.
de la « continuité taire » et du ferme désir du noyau dur de la dictature de ne pas céder un seul pouce de son pouvoir à des représentants politiques civils, le candidat de la dictature, le général Anibal Guevara Défense ayant démissionné pour mener sa campagne et se présentant sous l'étiquette d'un prétendu Front démocratique populaire (FDP, alliance partis traditionnels de la réaction) →, avait mis toutes les chances de son côté dans ce jeu où tout était réglé d'avance. Les trois autres candidats ne représentaient cependant pas autre chose que les classes dominantes quant à la manière de mener la répression.
Anzueto Vielman, de la Centrale authentique nationaliste (CAN), accusant l'armée d'inefficacité, a proposé l'application d'une tactique semblable à celle utilisée en Afrique du Sud et qui consiste à renforcer la protection des seuls centres de production du pays « pour maintenir le rythme économique et ne pas mener dorénavant des actions d'ensemble qui affaiblissent seulement l'armée » (Inforpress, 24 février 1982). Pour Mario Sandoval Alarcon, du Mouvement de libération nationale (MLN), le problème est simple : il faut pacifier le pays avant même de penser à développer un programme économique. Il y aurait, d'après lui, un moyen simple d'éviter les assassinats de « subversifs » en pleine rue, ce serait d'utiliser les pelotons d'exécu-
Enfin, « l'équipe de relève », comme elle se fait appeler, de l'Union d'opposition - coalition de la Démocratie chrétienne et du Parti national rénovateur (PNR) -, propose un dosage « intelligent » de réformes et de répression.
Ouvertement dénoncée par les forces de guérilla et le FUR, la farce électorale a soulevé la suspicion dans les rangs mêmes de ses partisans au fur et à mesure que l'éapprochait. L'Union d'opposition, mais aussi le MLN et le CAN, ont dénoncé la fraude à venir. Leurs prédictions n'ont pas été déçues.
LA VICTOIRE DU CANDIDAT
DES MILITAIRES L'armée, qui détient tous les rênes de l'appareil d'Etat, s'est donnée les moyens d'en faire une simple péripétie pour avaliser son pouvoir : villages rasés par l'armée mais qui ont néanmoins voté massivement ; villageois des zones d'implantation de la guérilla qui ont été transportés en camions militaires jusqu'au chef-lieu plus sûr; des urnes recevant plus de bulletins qu'il n'y avait d'inscrits ; les villes quadrillées par l'armée et les forces répressives avec fouilles systématiques de tous les véhicules, dans un pays où le vote est obligatoire pour les personnes alphabétisées, auront fait le reste pour assurer la « victoire » du candidat que les militaires s'étaient choisis.
Environ 800 000 bulletins de vote pour 2,3 millions d'électeurs dans un pays de plus de 7 millions d'habitants se sont retrouvés dans les urnes. Parmi eux, plus de 100 000 étaient blancs ou nuls, ce qui pourrait exprimer la protestation de travailleurs urbains et de fonctionnaires contraints au vote (les cartes d'identité sont tamponnées quand on a effectivement voté, le contrôle le lendemain sur le lieu de travail est rapide et la sanction ex-
Malgré le bourrage des urnes, intimidations immédiatement dénoncés par les concurrents malchanceux, le général Guevara s'est claironné vainqueur avec
35 % des suffrages exprisoit 318000 voix; environ les deux tiers des inscrits se sont abstenus, malgré la répression. Que la « participation » électorale ait été légèrement supérieure à celle de 1978 n'a pas, contexte, une grande signification.
Aucun des candidats n'ayant obtenu la majorité absolue, c'est le Parlement de la dictature qui choisira le président, choix sans surprise on s'en doute. C'est donc l'armée et la dictature qui sortent de cette mascarade, laissant Washington dans le plus grand embarras. Enregistrant les protestations d'irrégularité du scrutin, Dean Fischer, porte-parole du département d'Etat, a déclaré que les Etats-Unis ont pris note « avec préoccupation » de ces informations. Il se serait ensuite adressé au général Romeo Lucas
Garcia pour demander qu'il assure au gouvernement américain que tous les bulletins de vote aient bien été comptabilisés
« dans leur totalité avec exactitude ». Les trois candidats malchanceux se sont lancés dans une campagne commune pour dénoncer « fraude, manipulations et anomalies » du scrutin. Ayant appelé la population de Ciudad Guatemala à protester, des manifestations ont été réprimées dans la capitale. En se faisant arrêter sans ménagement pendant quelques heures, les candidats du MLN, de la CAN et de l'UNO ont ainsi pu tâter personnellement et immédiatement de la « continuité » du
Pour essayer d'obtenir l'annulation des élections et leur nouvelle convocation dans les soixante jours, ils ont appelé à une grève nationale.
Dans cette situation, l'impérialisme américain ne pourra guère continuer à se taire. Bien plus, l'illégitimité totale de ces élections va mettre en difficulté la tenue dans quelques semaines de leur équivalent
Incapable de freiner la division des forces représentant les classes dominantes devant la montée de la révolution - le débat va encore s'accentuer en leur sein après le 7 mars -, la mascarade électorale n'a pas non plus permis à la dictature de se doter d'une image moins barbare sur la
L'opposition armée, qui s'est tenue à l'écart des élections, voit donc ses thèses confirmées par les fraudes et les manipulations des forces armées et de la dictature. D'autant qu'elle n'est pas restée inactive. De nombreuses actions militaires ont été menées durant les deux premiers mois de l'année. Ainsi, 31 des 32 mairies du département de Huehuetenangon ont-elles été brûlées au cours des derété élevées sur les routes conduisant aux grandes villes à la veille des élections.
Mais c'est surtout au plan politique que les organisations d'avant-garde politico-militaires ont su très justement répondre à la mascarade électorale en annonçant, début janvier, leur unification au sein de l'Unité révolutionnaire guatémaltèque (URNG). pas important dans l'unification des organisations de masses dans un front uni la dictature a aussi été réalisé quelques jours plus tard avec la constitution d'un Comité d'unité patriotique (CUP) soutenant les thèses de la « guerre révolutionnaire » aux forces qui composent l'URNG.
Le secrétaire d'Etat américain a récemment déclaré que le Guatemala pourrait rapidement être précipité dans une guerre « comparable à celle du Salvador », mais susceptible d'atteindre plus sérieusement qu'au Salvador les intérêts américains et de devenir « une menace fondamentale pour le Mexique dans un futur très prévisible » (Financial Times, 5 mars 1982). Tel est effectivement l'enjeu auquel est confronté l'impérialisme. •
Vincent KERMEL