E putsch du général Jaruzelski et la répression contre les
L militants de Solidamosc ont suscté en France une réaction
/massive de protestation, sans équivalent dans les autres pays d'Europe. Des le dimanche 13 décembre, plusieurs milliers de manifestants sont descendus dans la rue à Paris et en province ; des délégations se sont rendues aux différents consulats de Pologne. Le lundi 14, on comptait 50 000 manifestants à Paris, 8 000 à Lyon, Marseille, Rennes, 6 000 à Bordeaux,
L'appel à une heure de grève le lundi 21 décembre a été relativement bien suivi, si l'on tient compte du fait que le principal syndicat ouvrier du pays, la Confédération générale du travail (CGT), l'a violemment dénoncé.
Dans la plupart des grandes villes, des meetings de masse ont été organisés, et l'on a vu se créer des comités « Solidarité avec Solidarnosc ».
La raison principale de l'importance de ce mouvement,
Félix LOURSON
Battue aux élections de mai puis de juin 1981, la droite française ne s'est pas encore remise de sa défaite. Le parti de
Jacques Chirac, le Rassemblement pour la
République (RPR) a mieux résisté que celui de Valéry Giscard d'Estaing, l'Union pour la démocratie française (UDF). Mais ni l'un ni l'autre n'ont été capables de profiter de la Pologne pour mener une campagne de masse anticommuniste comme on en avait connu en France en 1956, au moment de l'intervention militaire soviétique en Hongrie.
Quelques déclarations vengeresses, quelques éditoriaux et communiqués réclamant le départ des ministres communistes du gouvernement, mais pas une affice, pas un tract, pas un meeting masse.
A Paris, quand le RPR a essayé d'imposer, le lundi 14 décembre, un cortège de 500 personnes dans la manifestation unitaire des organisations ouvrières qui en rassemblait plusieurs dizaines de milliers, il s'en est fait expulser manu militari. Le moins que l'on puisse dire est que le climat n'était pas ce jour-là à l'« union sacrée » sur la Pologne parmi les manifestants.
MOUVEMENT EN PROFONDEUR
DANS LA CLASSE OUVRIERE
L'intervention soviétique en Tchécoslovaquie en 1968 - « réprouvée » à l'époque par le PCF - avait été unanime.
ment condamnée par les travailleurs français. Mais le mouvement de protestation contre cette intervention avait surtout été pris en charge par des intellectuels, et le mouvement syndical s'y était faiblement investi.
Mitterrand le 10 mai 1981. Avec la Pologne, c'est la première fois en France qu'on assiste à un tel degré de mobilisation dans la classe ouvrière contre la répression dans un pays de l'Est. Et, malgré le fait que le principal parti, le PCF, et le principal syndicat ouvrier, CGT, se soient frontalement opposés à toute action de solidarité, l'écrasante majorité des travailleurs français s'est sentie solidaire de Solidarnosc face à la répres-
Ce qui a dominé, c'est d'abord une réaction de sympathie avec les dirigeants ouvriers de Solidarnose. A la différence des leaders du Printemps de Prague, Lech Walesa a été d'emblée populaire auprès des travailleurs français qui ont été, dans l'ensemble, beaucoup plus sensibles à la légitimité des revendications qu'il défendait, à sa ténacité et à son insolence face aux bureaucrates du Parti ouvrier unifié polonais (POUP) qu'à son assiduité aux messes et à son goût pour les crucifix.
L'information relativement détaillée fournie par la presse quotidienne française (Le Monde, Libération) et les nombreux reportages de la télévision ont permis une connaissance élémentaire assez large de ce qui se passait en Pologne.
Des liens s'étaient tissés avant le putsch entre le mouvement syndical français et Solidarnose. La CFDT avait très tôt envoyé un représentant en Pologne avec un soutien financier. Lech Walesa était venu en France en octobre 1981, et il avait été accueilli non seulement par la CFDT, la Fédération de l'éducation na-
(FDN) et Force ouvrière (FO), mais même par la CGT.
Pour de nombreux militants syndicaux « lutte de classe », à la recherche alternative politique après le 10 mai, le combat de Solidarnosc a incarné l'espoir d'un socialisme démocratique.
FRANCE c'est d'abord les rapports de force entre les classes en France après l'élection à la présidence de la République de François
C'est cela qui explique fondamentalement l'incapacité de la droite à occuper le terrain, la prise en charge de la solidarité avec Solidarnosc par les organisations du mouvement ouvrier s'appuyant sur une réelle sensibilisation des travailleurs. C'est aussi la raison de la place particulière qu'occupe le Parti socialiste (PS) en France par rapport aux autres partis sociaux-démocrates à l'échelle internationale, et surtout la position en flèche de la Confédération française démocratique du travail
(CFDT) dans le mouvement syndical européen.
Enfin, c'est la raison du prix élevé que le Parti communiste français (PCF) devra payer pour son soutien au général Jaruzelski, même si, dans un premier temps, la résistance à cette position scandaleuse est apparue beaucoup plus forte dans le syndicat CGT que dans le PCF lui-même.
Beaucoup portent aujourd'hui le badge
Solidarnose ostensiblement sur leur lieu de travail. Et ce geste est plus qu'une réaction de solidarité élémentaire face la répression, c'est pour eux le symbole d'une autre image du socialisme : celle de la démocratie ouvrière et de la prise en mains de leurs affaires par les travailleurs eux-mêmes.
Un certain nombre d'entre eux, milià la CFDT mais aussi à la CGT, avaient déjà fait des voyages en Pologne, des informations, contacts. Et cela a aussi pese dans les mobilisations de décembre.
Certes, il y a eu dans la classe ouvrière des réactions différentes, mais elles sont restées très limitées : dans - .taines couches arriérées, a existé le sentiment que les militants de Solidarité étaient responsables de tout ce qui est arrivé, parce qu'ils auraient voulu « aller trop loin ».
On a même trouvé dans certains secteurs plus combatifs l'idée qu'on fait « trop de bruit » sur la répression en Pologne et pas assez sur la répression dans les pays du
Tiers Monde (notamment chez certains travailleurs immigrés combatifs de la métallurgie prêts à s'opposer à la bureaucratie sur la tactique de lutte, mais pas sur la
Pologne). Ou même, plus rarement, attitude qui fait passer un anticléricalisme mal compris avant la solidarité de
Le PCF a évidemment cherché à s'appuyer là-dessus pour faire avaler sa position de soutien au général Jaruzelski. Mais ces réactions sont restées ultra-minoritaires, à la différence de pays comme l'Etat espagnol ou l'Italie, où l'on a pu voir toute une série de militants « lutte de classe » passer sur des positions de fait prosoviétiques, par réaction contre la politique d'austérité, d'« union sacrée » sur la
Cortège des sections CGT lors de la manifestation pour la Pologne à Paris, le 14 décembre
Pologne avec des formations bourgeoises, et de main-tendue à la hiérarchie catholique que menait leur propre PC.
Même parmi les membres du PCF, seuls les staliniens endurcis n'ont pas été gênés pour dénoncer Solidarnosc, au moment même où la répression frappait ses dirigeants. Encore l'ont-ils fait avec une certaine prudence. Il n'y a guère eu finalement que quelques dizaines de membres de la secte « spartaciste » pour dénoncer la « contre-révolution capitaliste menée par Solidarnose et son chef Walesa appuyé par l'OTAN ».
On doit cependant tenir compte d'un phénomène réel : deux mois après la vague d'indignation qui a suivi le putsch, il y a maintenant une baisse relative de la sensibilisation sur la Pologne dans la classe ouvrière. La sympathie est toujours du côté de Solidarnosc, mais les problèmes quotidiens tendent à reprendre le dessus, et seuls des militants sont prêts à mener un travail de solidarité prolongé. Cette situation peut se modifier rapidement si la situation en Pologne connaît de nouveaux rebondissements. Mais, dans l'immédiat, cet état d'esprit existe et le PCF cherche à l'utiliser en expliquant qu'on ne peut pas discuter de la Pologne « pendant 107 ans » et qu'il faut s'occuper d'abord des revendications.
SOLIDARITE
BIEN TEMPEREE DU PS Le PS s'est déclaré - à retardement - solidaire de Solida/nose face à la répression. En fait, il y a eu, dans ce domaine comme dans bien d'autres, une espèce de division du travail entre le gouvernement que dirige François Mitterrand et le PS lui-même.
La réaction initiale du gouvernement a été celle de Ponce-Pilate : « Nous notons qu'il s'agit d'une affaire intérieure polonaise. Nous ne voyons aucune trace pour le moment de menace d'intervention extérieure et nous nous en félicitons. (...) Bien entendu, nous n'allons rien faire », a déclaré le ministre des Relations extérieures, Claude Cheysson, au lendemain du putsch. Ni condamnation de l'état d'urgence ni demande de libération des emprisonnés.
Devant la fâcheuse impression provoquée par ces propos, le Premier ministre Pierre Mauroy s'est efforcé de corriger le tir en poussant l'audace jusqu'à parler de « protestation ». Mais pour ajouter aussitôt : « Les événements actuels demeurent dans le cadre national polonais. Nous entendons qu'ils y demeurent. » Au moment où la lutte continuait dans plusieurs centaines d'usines en Pologne, il ajoutait qu'il fallait éviter « toute déclaration irresponsable, susceptible de faire naître - chez nous comme ailleurs -- des espérances illusoires et dramatiques ». Quand on a perdu, à quoi bon resister ...
Les dirigeants du PS non membres du gouvernement ont tenu un discours un peu moins diplomatique. Le PS a été partie prenante d'un grand meeting unitaire avec la CFDT, la FEN, le Parti socialiste unifié (PSU), le Mouvement des radicaux de gauche (MRG) et un représentant de Solidarnosc, qui a rassemblé plusieurs milliers de personnes. Le nouveau premier secrétaire du PS, Lionel Jospin, a exprimé la « nette réprobation » du PS, exigé la levée de l'état de siège et la libération des emprisonnés et il s'est même payé le luxe d'une dénonciation en règle des offensives de l'impérialisme US au Chili et aujourd'hui en Amérique centrale.
Il y a deux raisons à cette attitude. La première est le souci de répondre à une pression de l'opinion beaucoup de travailleurs et de militants socialistes ont été indignés par les propos de Claude Cheysson et il y avait une forte demande pour une prise de position beaucoup plus nette de soutien à Solidarnose. La seconde était plus directement intéressée : les dirigeants socialistes ont compris qu'en s'engageant un peu plus, ils avaient les moyens de faire payer au PCF son alignement sur l'URSS au prix fort.
Lionel Jospin n'a pas tenu le langage Schmidt, il a défendu la nécessité d'actions de solidarité au moment où les dirigeants du Parti social-démocrate allemand (SPD) justifiaient publiquement le refus de faire quoi que ce soit sur la Pologne. Et cela a sans doute aidé au développement des mobilisations en France.
Mais, il faut bien constater qu'au niveau de son action concrète, le PS — malgré les moyens énormes qui sont les siens — s'est borné à faire tout juste le minimum, et qu'il n'a à aucun moment cherché à construire un mouvement de masse sur la Pologne
De plus, le contenu politique de son intervention s'est strictement cantonné au terrain de la défense des libertés. A aucun moment, ce parti - qui se réclame de l'autogestion à chacun de ses Congrès — n'a parlé du mouvement bien réel en faveur de l'autogestion et du contrôle social qui avait grandi en Pologne, ni du problème qu'il posait : celui d'un socialisme démocratique dans une société où les moyens de production soient effectivement la propriété collective de la classe ouvrière.
On ne peut mener la politique de main tendue aux patrons et de gestion loyale du capitalisme que poursuit François Mitterrand en France — en refusant de faire appel à la mobilisation des travailleurs -, et populariser l'autogestion ouvrière en Pologne ... Ceci explique cela.
LA CFDT « SOUTIENT » SOLIDARNOSC A la différence du PS, la CFDT s'est mobilisée de façon importante pour dé-
fendre Solidarnose contre la répression. Au lendemain des accords de Gdansk, fin août 1980, ses dirigeants s'étaient déjà rendus en Pologne.
Après le putsch du 13 décembre, ce soutien s'est traduit par une série de meetings où elle a souvent impulsé un front avec la FEN, FO, la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC) et la Confédération générale des cadres (CGC) : par des collectes qui ont rassemblé des sommes importantes ; par la publication de communiqués des représentants de Solidarnosc en France dans sa publication Syndicalisme Hebdo. Mais ce soutien n'est pas toujours exempt de sectarisme vis-à-vis des coordinations syndicales « CGT avec Solidarité » mises en place par des oppositionnels de la CGT, sans doute parce que les militants d'extrême gauche y jouent souvent un rôle impor-
La direction de la CFDT a cherché à récupérer à son profit le prestige de Solidarnose en identifiant systématiquement sa politique à celle de la CFDT. Pourtant, son secrétaire général, Edmond Maire, reste particulièrement discret sur la pratique réelle de Solidarnosc, qui est sur bien des points aux antipodes de la sienne : ni la fermeté de ses dirigeants sur les revendications, ni la démocratie ouvrière dans la lutte, ni la réalité du mouvement sur l'autogestion ouvrière en Pologne ne sont mis en valeur dans la presse de la CFDT. Tout cela s'oppose en effet à la pratique de négociations à froid et de révision en baisse des revendications qui est la sien-
La CFDT appuie les positions les plus modérées au sein de Solidarnosc, en défendant la « recherche de solutions négociées et de compromis avec l'Etat », tout en affirmant que « la question du pouvoir » ne devait pas être posée, du fait de la « position géopolitique de la Pologne » (Syndicalisme Hebdo, du 7 janvier 1982). Cette orientation aboutit, en fait, à vider de tout contenu la référence au socialisme autogestionnaire.
ALIGNEMENT DU PCF
SUR L'URSS Au moment où le Parti communiste italien (PCI) et le Parti communiste espagnol (PCE) dénonçaient la « faillite historique » du modèle soviétique, le PCF distribuait à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires la déclaration du général Jaruzelski justifiant l'état de guerre, au verso d'un communiqué de Georges Mar-
Le PCF, qui ne dédaignait pas - il y a encore quelques années — de se réclamer de l'« eurocommunisme » et avançait une critique feutrée des pays de l'Est à
XXIIe Congrès en février 1976, marche aujourd'hui sur les traces du PC portugais (PCP). Sa position sur la Pologne est dans la continuité de celle qu'il a prise sur l'Afghanistan et de l'affirmation du « bilan globalement positif des pays socialistes » à son XXIIIe Congrès en mai
Au lendemain du putsch du 13 décembre, Yves Moreau renvoyait la responsabilité de la répression sur ceux qu'elle frappe en écrivant dans l'éditorial de l'Humanité : « Les excès de Solidarnose ont ruiné l'espoir qui était né. » Il justifiait l'état de guerre comme un moindre mal : « Les mesures adoptées dans la nuit de samedi à dimanche étaient celles de la der-
L'Humanité s'est pudiquement voilée la face sur les mesures anti-ouvrières, la suspension du droit de grève et les arrestations. Par contre, Pierre Juquin, membre du Bureau politique (BP) du PCF, n'a pas craint d'affirmer : « Les principes que le général Jaruzelski affirme, ments qu'il prend, correspondent aux valeurs humanistes qui n'ont pas de prix à
Partant d'un tel postulat, on comprend que le PC ait condamné toute initiative de solidarité avec les militants de Solidarnose emprisonnés. Georges Marchais a résumé cette position en quant avec un beau cynisme que meilleure chose à faire était de « ne rien
L'affaire polonaise est intervenue un moment où le PCF connaît une des crises les plus graves de son histoire. Il a perdu le quart de ses électeurs aux élections de mai puis de juin 1981. Bien qu'il 710 000 adhérents, le chiffre réel tourne 300 000 (dont 50 000 permanents). La direction avoue la perte d'un millier de cellules d'entreprises (10% du total). La vente de son quotidien, l'Humanité, est passée de 150 000 à 75 000 exemplaires par jour en trois ans.
Le PCF, qui connaît un déclin régulier depuis des années, voit aujourd'hui cette crise s'accélérer, et se trouve pris dans un nœud de contradictions entre sa participation gouvernementale, sa volonté de maintenir son contrôle sur la classe ouvrière et son soutien à l'URSS.
Pourtant, la direction a réussi à maintenir des votes quasi unanimes sur ses positions au XXIVe Congrès qui s'est tenu en janvier 1982. Sur 1 685 délégués, on a compté deux abstentions et zéro voix contre le projet de résolution présenté par Georges Marchais. Une performance.
Comment expliquer un tel résultat, seulement coup d'Etat du général Jaruzelski, alors qu'un nombre considérable de militants communistes étaient en désaccord avec leur direction sur la Pologne et qu'existait une opposition publique au sein du PCF ?
La raison principale est évidemment le régime interne ultra-bureaucratique de ce parti : la direction s'est employée à étouffer systématiquement tout débat; elle a exclu plusieurs charrettes d'oppositionnels à la veille du Congrès, et elle s'est donnée les moyens de passer au peigne fin toutes les délégations en s'appuyant sur un scrutin majoritaire à quatre niveaux (cellule, section, fédération, Congrès).
Il faut également tenir compte d'un phénomène d'anémie politique générale très peu propice au débat politique, dans un parti où seuls l'appareil et les inconditionnels continuent à militer activement.
Mais on peut aussi se demander si
- malgré ces conditions particulièrement défavorables — les communistes critiques se sont donnés tous les moyens de cristalliser une opposition nationale sur la Pologne dans le cadre de ce Congrès.
Parmi eux, Henri Fiszbin, qui défend des positions proches de celles du PCI, représente de fait le seul pôle crédible : ancien membre du Comité central (CC), ancien dirigeant de la Fédération de Paris, il d'un hebdomadaire, Rencontres communistes Hebdo (RCH), et d'un vaste réseau de contacts dans le parti et son appareil. Plusieurs milliers de communistes ont signé une pétition publique contre l'exclusion du PCF des fondateurs de
RCH. Paradoxalement, les dirigeants du
Parti communiste de l'Union soviétique
(PCUS) ont contribué à renforcer la crédibilité de cette opposition, sant à RCH, par le biais du bureau de l'Agence Tass à Paris, de faire paraître leur déclaration contre le PCI sur la Pologne que l'Humanité s'était abstenue de publier. Cela a été une façon, pour les bureaucrates de Moscou, de dire à ceux de Paris :
vous avez choisi le camp de Jaruzelski contre Solidarité, c'est très bien. Maintenant, il faut choisir encore plus clairement celui du PCUS contre le PCI ...
Cependant, malgré ces atouts, l'opposition de Henri Fiszbin en est restée à quelques communiqués de presse et à une seule réunion publique, à Paris, un mois après le putsch. Elle s'est refusée à unifier la bataille au sein du PCF sur un
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Beaucoup de militants ne les avaient rues ces dernières années contre le morunique qui aurait pu être repris dans l'ensemble du parti.
Finalement, des dizaines de milliers de militants critiques sur la Pologne ont voté « avec leurs pieds » : sans perspectives de bataille dans un parti ou l'atmosphère devenait irrespirable, ils ont déserté leurs réunions de cellules et de sections et beaucoup ont même quitté le parti. Résultat : ce n'est pas seulement au Congrès national, mais dans la quasitotalité des congrès locaux, que la direction Georges Marchais à dégagé des majorités dépassant les 90 %. Fait significatif : la moyenne d'âge de ces congrès s'est élevée de 10 à 15 ans de plus que par le direction Georges Marchais peut donc estimer avoir limité les dégâts. Mais elle aurait tort de pavoiser : l'hémorragie de militants que connaît considérable. Jamais l'autorité de sa direction n'a été aussi affaiblie, alors même que s'annoncent des échéances décisives en France. Et dans la CGT — son principal instrument de domination sur la classe
- une opposition de masse est apparue publiquement sur la Pologne. OPPOSITION SANS PRECEDENT
DANS LA CGT Dès le lundi 14 décembre, le dirigeant de la CGT Georges Séguy dénonçait « les dernières décisions de Solidarnose relatives à la grève générale et à un référendum hostile à l'Etat, sans parler de la constitution de groupes armés dans les entreprises » qui « sortaient du cadre de l'activité syndicale » et faisaient planer une « menace de chaos et d'anarchie » sur la Pologne. Au moment même où le général Jaruzelski interdisait les syndicats et envoyait ses blindés évacuer les usines grève, Georges Séguy national (WRON) de ne pas remettre en cause les conquêtes démocratiques » et de « promouvoir de nouvelles reformes ».
La CGT a condamné la manifestation unitaire du lundi 14 décembre comme une « démonstration anticommuniste » et la grève du lundi 21 décembre appelée par la CFDT, la FEN et FO comme ... une « avec le soutien avoué de nombreux pa-
Elle s'est toujours refusée à réclamer la libération des milliers de militants de Solidarnose arrêtés en expliquant qu'il est « impossible de dire que les personnes emprisonnées sont des syndicalistes ».
Best même allée jusqu'à comparer - dans une circulaire interne - Solidarnosc à la Confédération des syndicats libres (CSL) (ex-CFT), organisation pseudo-syndicale financée par les patrons et l'extrême droite.
Cette position est en contradiction flagrante avec les déclarations sur la défense des libertés dans les pays de l'Est faites par la direction de la CGT à son 40e Congrès confédéral en décembre 1978.
pas oubliées, comme ils n'avaient pas oublié que deux mois seulement avant le putsch, Georges Séguy avait accueilli Lech Walesa à Paris et l'avait officiellement invité au 4le Congrès confédéral de juin 1982. C'est pourquoi son attitude scandaleuse après le 13 décembre a provoqué un énorme mouvement de protestation au sein de la CGT.
Une véritable lame de fond : cinq jours après le putsch, une conférence de presse s'est tenue à la Bourse du travail de Paris, à l'initiative du Syndicat des correcteurs, de la Fédération des officiers de la marine marchande, du Syndicat de l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), du Syndicat des journalistes, du Syndicat de l'Office national des céréales (ONIC) et des communaux de Marseille. Ils ont lancé un appel public affirmant : « La CGT doit être aux côtés des travailleurs polonais et de Solidarité. » Ils ont demandé à la direction confédérale de « condamner publiquement la promulgation de l'état de siège et de réclamer sa levée immédiate ; d'exiger la libération de tous les syndicalistes et démocrates emprisonnés et le rétablissement des libertés » et « d'organiser concrètement le soutien aux travailleurs polonais et à Solidarité ».
Ils ont appelé tous les militants à dé. velopper les initiatives de solidarité « les plus massives et les plus unitaires possibles ». Choisissant de se démarquer clairement de toutes les opérations anticommunistes de la bourgeoisie, ils appelaient les syndiqués CGT à « dénoncer la campagne de la droite qui ne "s'intéresse" à la classe ouvrière que lorsqu'elle est à l'Est ». Enfin, ils ont annoncé la création d'une « coordination syndicale CGT pour publique et compte de chèque postal.
Trois semaines plus tard, on a pu mesurer le chemin parcouru. Le mardi 12 janvier, à la Bourse du Travail de Paris, militants CGT se sont rassemblés pour affirmer leur solidarité avec les ouvriers polonais, malgré la position de leur confédération. Ce meeting vibrant d'internationalisme réunissait à la même tribune les dirigeants d'une série de syndicats CGT et les représentants officiels de Solidarnose en France. Un membre du comité syndical du Syndicat des correcteurs y a résumé en quelques chiffres le bilan de l'impressionnant mouvement qui était en train de se développer : 5 000 signatures de la pétition ; 45 000 francs collectés pour Solidarnose ; 24 coordinations régionales créées à l'image de la Coordination nationale et 15 en construction.
Par ailleurs, à cette même date, 6 fédérations, 23 syndicats nationaux, syndicats régionaux et départementaux, unions locales et 486 sections syndicales avaient déjà pris position au moins sur les trois points suivants : levée immédiate de l'état de guerre, libération des emprisonnés, retour aux libertés.
Jamais, depuis l'après-guerre, une telle opposition ne s'était développée dans la CGT. Des oppositions étaient déjà appacellement des luttes, contre la politique de division et le refus de mobiliser les travailleurs pour la défaite de Valéry Gis-
L'opposition sur la Pologne est dans leur prolongement, mais elle se situe à un niveau qualitativement plus important : ce ne sont plus des individus mais plusieurs centaines de structures qui sont ap parues publiquement.
Pour la première fois, un nombre sil'industrie, comme la Fédération des mi neurs de fer et de sel de Lorraine, l'Union syndicale des métaux dockers de Saint-Nazaire, le syndicat de la Compagnie de raffinage de La Mède. Dans une série de grosses entreprises de la mé tallurgie ou de la chimie faisant partie de trusts comme Renault, Shell, Thomson, Pechiney-Ugine-Kuhlman, SNECMA, on a vu des prises de position de solidarité avec Solidarnose être majoritaires ou s'appuyer sur de très fortes minorités. A Longwy, en Lorraine, ce sont les dirigeants d'une vingtaine d'usines métallurgiques qui ont signé collectivement une déclaration publique.
Les militants en désaccord avec la confédération n'ont pas seulement élevé des critiques, ils ont pris des initiatives. A Paris, le lundi 14 décembre, ce sont 3 000 militants de la CGT qui ont participé en cortège à la manifestation unitaire au cri de « CGT avec Solidarité ! ». A Grenoble, 300 militants CGT ont fait de même. A Marseille, à Dreux, à Amiens, à Créteil des réunions publiques de syndiqués CGT ont été organisées avec la participation de représentants officiels de Solidarnosc.
Pour la première fois, des coordinations régionales rassemblant des structures et des minorités d'instances de plusieurs dizaines d'entreprises sont apparues publiquement, se réclamant de la Coordi nation nationale CGT avec Solidarité. On y retrouve des militants du PCF critiques, des membres de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), des anarcho-syndicalistes, des militants du PS, rassemblés autour de la même exigence : libération des emprisonnés, levée de l'état de siège, soutien à Solidarité. Les lambertistes du Parti communiste internationaliste (PCI) (ex-OCI), prenant le train en marche, ont rejoint cette opposition. Les militants de Lutte ouvrière - sauf exceptions - ne s'y sont pas investis.
Cette opposition sur la Pologne se prolongera inévitablement sur d'autres dans les luttes, pour la préparation du 4le Congrès qui doit se tenir en juin, et au-delà.
Elle est composite et des décantations s'opèreront lorsque les militants qui en font partie se trouveront confrontés aux prochaines échéances sociales et politiques en France.
L'émergence d'une opposition « lutte - face à la politique de la direction CGT qui s'orientera de plus en
Fin avril un livre aux éditions La Brèche nuité et ruptures des principaux partis socialistes et sociaux-démocrates européens. Sous la disparité des situations nationales, des trajectoires, il s'efforce de dégager ce qui continue à faire l'unité stratégique fondamentale de la social-démocratie dans les pays capitalistes développés. Ces analyses, élaborées par des militants marxistes-révolutionnaires des différents pays concernés, portent bien plus vers la gestion de la crise - est à l'ordre du jour.
RECOMPOSITION
DU MOUVEMENT OUVRIER
Il est encore difficile de mesurer exactement les effets en profondeur du 13 décembre au sein de la classe ouvrière française, d'autant que la situation en Pologne n'est pas stabilisée et connaitra des rebondissements.
Comme tout recul de la classe ouvrière dans un secteur clé de la révolution mondiale, il aura inévitablement des conséquences négatives. Mais elles seront en partie atténuées : d'abord, parce qu'il s'agit - pour l'instant - d'une défaite et non d'un écrasement ; ensuite, parce qu'il faut tenir compte des rapports de forces sociaux et politiques existant en France après le 10 mai 1981.
L'effet le plus immédiat, c'est une aggravation de la division des rangs ouvriers, qui était déjà restée très forte après l'élection de François Mitterrand. C'est sur le terrain syndical qu'elle apparaît le plus violemment - entre la CGT et la CFDT -, dans la mesure où le PS et le PC, ensemble au gouvernement, ont voulu d'un commun accord éviter d'envenimer trop la situation par une polémique publique.
Toutefois, si la division s'est renforcée dans les entreprises, mécaniquement pour effet de donner un coup de frein aux mobilisations ouvrières. On est en train d'assister, en ce début 1982, à la plus importante vague de luttes dans la métallurgie depuis cinq ans contre la remise en cause d'avantages acquis.
Chez les travailleurs avancés et les cadres syndicaux, l'échec d'un syndicat de 10 millions d'adhérents, face à la répres-
"PROFILS DE LA SOCIAL-DEMOCRATIE au-delà de l'actualité immédiate. l'Autriche, l'Italie, l'Espagne et le Portugal. 75 F, 420 pages.
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ment à l'ordre de PEC, 2, rue Richard-Lenoir, 93108 Montreuil.
brairie La Brèche, 9, rue de Tunis, 75011 Paris, où je passerai le prendre à sa parution.
sion militaire de la bureaucratie, va vrainourrir des phénomènes de désorientation et de scepticisme, en même temps qu'elle va réactiver des sentiments anticommunistes dans les couches les plus arriérées de la classe ouvrière.
Mais ce type de réaction est dans l'immédiat assez limité.
Enfin, la Pologne va avoir des conséquences sur la recomposition du mouvement ouvrier. Elle accentue la crise du stalinisme. Et c'est évidemment le PS qui est aujourd'hui le mieux à même d'en profiter. Il a déjà gagné un électeur communiste sur quatre en mai 1981. Sa position sur la Pologne l'aidera sans doute à consolider cet avantage lors des élections cantonales de mars 1982 et des élections
Le courant socialiste progresse dans la CGT. La CFDT vient de connaître des succès dans plusieurs élections professionnelles au détriment de la CGT. Et on a pu constater un certain nombre de passages de militants CGT, révoltés par les prises de position de leur confédération, à la
CFDT.
Cela dit, il serait faux d'analyser le processus en cours comme un mouvement linéaire fonctionnant selon le principe des vases communicants entre le PC et le PS.
Les formes de la recomposition du mouvement ouvrier ne sont pas jouées d'avan-
Les événements de Pologne ont profité au PS, mais aussi à la CFDT. Mais c'est d'abord en fonction des problèmes quotidienne touchant à leur existence que les travailleurs se déterminent. Et, sur ce terrain, les marges de manœuvres de la CGT sont loin de la direction d'être nulles. Ainsi, a-t-on pu voir - à
EUROPEENNE"
Ce livre rassemble des textes où sont analysés sous différents angles conti-
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2) Veuillez trouver ci-joint un chèque de 60 F et laisser mon livre en dépôt à la lil'occasion du très important mouvement de grèves autour des ordonnances gouvernementales sur la réduction du temps de seulement après le putsch en Pologne -la CFDT adopter une position scandaleuse, en acceptant d'échanger la réduction - d'ailleurs limitée — de la durée hebdomadaire du travail contre des baisses de
Dans ce contexte, la direction de la CGT s'est employée à rétablir la situation et à limiter dans une certaine mesure les phénomènes centrifuges apparus dans la confédération, parvenant même à rétablir une image de marque plus favorable, plus combative, par rapport à la
Les rapports de force dans le mouvement syndical n'évolueront donc pas nécessairement au même rythme que les rapports de force électoraux.
Et, surtout, la partie ne se joue pas seulement entre les directions stalinienne et social-démocrate : au travers de leur expérience sur la Pologne, mais aussi sur la politique d'austérité du gouvernement et des bureaucraties syndicales, des dizaines de milliers de militants se radicalisent et cherchent une autre voie que celle des directions traditionnelles. Des courants d'opposition « lutte de classe » se développent dans la CGT et dans la CFDT. Il revient à la LCR d'aider à leur émergence et d'être capable de leur offrir une alternative politique au stalinisme et à la social-démocratie en faisant un pas en avant dans la construction du parti révolutionnaire.
Félix LOURSON Paris, 13 février 1982.
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