LA CONJONCTURE ÉCONOMIQUE INTERNATIONALE taux d'utilisation de la capacité de pro- frappé par la récession que ses principaux urant les années 1980-1982, l'économie capita-
D liste internationale traverse sa deuxième réces-
sion généralisée depuis la fin de la guerre. SucErnest MANDEL
De même que celle de 1974-1975, la récession présente se déclenche aux Etats-Unis, où se produit une nette chute de la production industrielle et de l'emploi au cours du premier semestre 1980. Après des fluctuations faussement appelées "reprise" par la plupart des experts, cette chute s'accentue de nouveau à partir du dernier trimestre de 1981. Elle se poursuivra sans doute pendant la majeure partie sinon pendant toute l'année 1982
Entre juillet 1981 et février 1982, la production industrielle a diminué de plus de 10 pour cent. L'ampleur de la récession 1980-1982 aux Etats-Unis apparaît surtout à la lumière de l'évolution des duction installée c'est-à-dire de l'accentuation des capacités excédentaires (tableau 1).
Tableau 1 Taux d'utilisation de la capacité de production de l'industrie manufacturière aux Etats-Unis août 1980 72,2 o/o décembre 1980 78,1 o/o août 1981 76,0 o/o septembre 1981 75,3 o/o octobre 1981 74,1 o/o novembre 1981 71,1 o/o décembre 1981 68,9 o/o janvier 1982 66,4 o/o (Sources : numéros successifs de Business Week, jusqu"au 8 mars 1982.)
Au début de l'année 1982, les cemmandes pour biens durables s'établirent dans l'industrie manufacturière des Etats impérialistes à un niveau nominal inférieur de 7 pour cent à celui de janvier 1981, ce qui représente une chute du niveau réel de plus de 15 pour cent.
En République fédérale allemande, la baisse de la production industrielle commence vers le début de 1980, pratiquement au même moment qu'aux EtatsUnis. Elle se poursuit tout au long des années 1980-1981; elle n'est pas surmontée au début de 1982. En France, la production industrielle est en baisse pendant pratiquement toute l'année 1980 et pendant le premier semestre 1981. Une légère reprise se produit pendant le second semestre de 1981 et au début de 1982. Mais il n'est pas clair si elle pourra se poursuivre tout au long de l'année 1982, étant donné les effets de la récession améri-
Le Japon, tout en ayant été moins concurrents, n'en connaît pas moins une cours du deuxième trimestre 1981. La production fléchit de nouveau au premier trimestre 1982. En Italie, la production industrielle baisse à partir du deuxième trimestre 1980; cette baisse se poursuit tout au long de l'année 1981 et au début de l'année 1982. Au Canada, la production industrielle est en baisse à partir du deuxième semestre de 1979. La récession se maintient tout au long de l'année 1980. Si la production remonte pendant le premier semestre 1981, elle fléchit de nouveau au cours du deuxième semestre pour poursuivre ce mouvement de récession au cours du premier semestre 1982.
Le caractère largement synchronisé -avec quelques écarts mineurs - de la récession se précise de même par le fait que pratiquement toutes les puissances impérialistes de moindre importance participent au fléchissement de la production industrielle. Celle-ci baisse pour la première fois aussi en Autriche (en 1981, la production y diminue de 2 pour cent; au début de 1982, il y a 150 000 chômeurs), en Belgique (en 1980 et en 1981), au Danemark, en Norvège (1981), aux Pays-Bas (en 1980 et en 1981), en Suède (1981), et en Suisse (début 1982). La seule puissance impérialiste
CONJONCTURE cédant à celle de 1974-1975, cette récession généralisée en partage une série de caractéristiques, mais se distingue aussi par quelques traits particuliers. qui semble avoir échappé à la récession cette fois-ci est l'Australie, propulsée par un "boom de matières premières". Mais vu la baisse de leur cours, qui s'accentue fin 1981 - début 1982, il est possible que la récession frappera ce pays en 1982.
Les experts, se trompant une fois de plus, prévoyaient une reprise généralisée en 1982. Vu l'aggravation de la récession
Oil n'en est évidemment pas question. C'est la question inverse qui se pose : la récession américaine accentuera-t-elle un fléchissement de la conjoncture dans la plupart des autres pays impérialistes, provoquant ainsi une aggravation de la situation économique à l'échelle internationale ? Ses effets se limiteront-ils à "casser" ou à retarder la reprise dans les autres pays impérialistes? Quoi qu'il en soit, une reprise généralisée est peu probable avant le quatrième trimestre 1982 ou le début de 1983.
Comme en 1974-1975, la récession 1980-1982 a surtout frappé l'industrie automobile, l'industrie du bâtiment, l'industrie sidérurgique et l'industrie pétrochimique. Elle révèle l'existence de capacités de production excédentaires dans ces secteurs, qui sont accentuées par l'apparition de nouveaux centres de production et d'exportation sur le marché mondial. L'industrie de construction mécanique a moins souffert de la crise; de nombreuses sous-branches en ont poursuivi leur essor. Il faut signaler cependant que même une branche en pointe comme l'industrie des semi-conducteurs et des microprocesseurs a subi les effets de la récession; aux Etats-Unis, son chiffre d'affaires a en fait baissé au cours de l'année 1981 (Sunday Times, 28 février 1982).
D'une manière générale, la récession a été provoquée et s'est prolongée sous l'effet d'une baisse du taux moyen de profit, combinée avec une chute des investissements productifs. La politique monétaire (déflationniste) pratiquée par la plupart des gouvernements des pays impérialistes a aggravé ce mouvement; elle ne l'a pas causé.
Le rétrécissement du marché intérieur
qu'accompagne la récession de la production, de l'emploi et du revenu des "derconsommateurs" (corrigé ou non par de légères fluctuations du taux d'epargne), dans pratiquement tous les pays ims'est pas nécessairement partout par un rétrécissement des débouchés extérieurs, bien qu'il y ait une chute du volume du commerce mondial de 1 pour cent en 1981. Certaines impérialistes, avant tout le Japon, puis la R.F.A. (à partir du dernier trimestre 1981) ont accru leur part dans les exportations mondiales, aux dépens de leurs concurrents, compensant ainsi la stagnation ou le fléchissement de la demande interne. D'autres, avant tout la France, cherchent à regagner une partie du marché intérieur perdu au cours des dernières années au profit de leurs concurrents. Mais il n'est pas encore certain qu'elles réussiront.
Comme celle de 1974-1975, la récession de 1980-1982 a accentué la quête de débouchés de substitution. Le rôle principal fut tenu, lors du dernier cycle, par les pays de l'OPEP et les pays dits "sociaainsi que par une série de pays semi-coloniaux. Ces débouchés furent largement financés par le crédit, sauf en ce qui concerne les pays de l'OPEP. Cette fois-ci, la récession coïncide avec une crise intrinsèque de l'économie des pays post-capitalistes, ainsi qu'avec un renversement sensationnel de tendance en ce qui concerne les prix du pétrole et la balance des paiements des pays de l'OPEP
Sous l'impact conjoint de la récession et des effets à long terme de la recherche d'approvisionnement énergétique de rechange (pétrole en-dehors de l'OPEP; gaz naturel, charbon; énergie nucléaire; débuts de l'énergie solaire, etc.), la hausse démesurée du prix du pétrole a eu une conséquence facilement prévisible. Une chute de la part du cartel dans les exportations pétrolières mondiales (elle tombée à moins de 50 pour cent) s'est produite conjointement à une pléthore généralisée de pétrole, provoquant une baisse des prix et de la production (de 50 pour cent par rapport à son maximum historique). La demande totale de pétrole baissera sans doute encore de 7 pour cent au cours de 1982. Le prix du baril à Rotterdam est passé de 42 début de 1981 à 28 dollars fin février 1981. Les excédents de la balance des paiements des pays de l'OPEP sont donc en chute libre. Ils ont passé de 100 milliards de dollars en 1980 à 60 milliards de dollars en 1981 et risquent de disparaître complètement en 1982 (l'excédent de l'Arabie séoudite et des pays du Golfe étant compensé par un déficit des autres pays, y compris cette fois-ci du Koweit.
Du coup, ce "marché de substitution" risque de se rétrécir fortement. Il reste l'Asie de l'Est et du Sud-Est, et surtout ce "marché de substitution" classique qu'est le réarmement.
La concurrence inter-impérialiste
Si, au cours des années 1978, 1979 et du premier semestre 1980, la chute du dollar avait permis à l'industrie des Etats-
Unis d'améliorer quelque peu ses performances sur le marché mondial, sa hausse depuis lors, provoquée par les taux d'intérêts élevés aux Etats-Unis, a causé une détérioration prononcée de la balance Japon et l'Allemagne occidentale qui en ont le plus profité, accentuant de nouveau leur part du marché mondial au dé-
Derrière ces fluctuations causées par nomique plus fondamental : la productivité industrielle aux Etats-Unis continue à approfondir son retard par rapport à celle de ses principaux concurrents.
L'attention s'est concentrée sur la performance économique du Japon, dans laquelle les avocats du régime capitaliste voient le héraut d'une nouvelle expansion. N'insistons pas sur le fait que le taux de croissance plus élevé du Japon cours des dernières années est essentiellement fonction d'un taux de profit plus élevé, qui s'explique avant tout par le fait qu'à productivité égale, les salaires japonais sont encore inférieurs à ceux d'Europe occidentale et des Etats-Unis, sans parle publiques de sécurité sociale, trente ans rents du Japon.
L'essentiel, c'est de comprendre que, contrairement aux apparences, le Japon ne fait guère exception. Il a été frappé par la récession actuelle pendant le troisième trimestre 1980 et le deuxième trimestre 1981. Il risque d'être frappé de nouveau au deuxième trimestre 1982, en fonction du rétrécissement de ses exportations aux Etats-Unis découlant de la récession amé.
En fait, le "boom" des exportations japonaises commence à se tasser. L'industrie automobile ne peut plus étendre ses à l'étranger. Le protectionnisme accentué par la récession se fait sentir, de que la difficulté de trouver des nouveaux produits à vente massive comme les appareils de télévision en couleur. Le Japon a gagné une large avance en matière de vidéo, mais le marché de ce proencore restreint et prendre la place dans une relance des profait les beaux jours du "boom" des exportations.
La conjoncture japonaise dépend de plus en plus des dépenses publiques et d'un déficit budgétaire considérable, ainsi qu'il ressort des commentaires suivants :
"Le rapport de la Banque du Japon a accordé une attention particulière à la stagnation des exportations qui est deve nue visible au cours des derniers mois. // indique également la stagnation de la production industrielle... de la consommation privée et de la construction. " (The
Economic Journal, 23 février
Le Marché Commun Européen a été mis à l'épreuve par la récession actuelle. Le Système Monétaire Européen a été soumis à deux secousses, une première en octobre 1981, avec franc français, une deuxième en 1982, avec la dévaluation du franc belge
(la couronne danoise s'est chaque fois rattachée aux monnaies en dévaluation). Le repli vers des solutions "nationales" a été prononcé dans le domaine de la sidé-
En cas de victoire électorale des travaillistes en Grande-Bretagne, ce pays risque de quitter la CEE, ce qui serait évidemment plus important que l'adhé-
Mais le degré de résistance du Marché
Aux tendances désagrégatrice ontinue a etre eleve du tait de la place importante que les exportations vers les pays membres occupent maintenant pour presque tous les pays adhérents. En outre, l'intégration dans le domaine de la production d'armes, aussi bien les avions de combat que les blindés, indique que sur le plan politique une dissolution est également difficile à concevoir. Le régime Mitterrand, tout en prônant la "reconquête du marché intérieur" par l'industrie française, entame une tentative de substi-
"directoire ois" F.A./ France/Italie au "directoire à deux". Si cette tentative devait être couronnée de succès, cela impliquerait une incontestable consolidation et une solidarité plus grande face aux Etats-Unis et au Japon.
La situation particulière des Etats-Unis s'exprime avant tout dans les. contradictions de la politique économique et monétaire de l'administration Reagan. Celleci se trouve à la pointe de la poussée internationale du Capital pour redresser le taux de profit au moyen d'une politique d'austérité, c'est-à-dire d'une attaque contre les salaires directs et indirects (dépenses sociales) des travailleurs. Mais elle se trouve également à la pointe de la poussée impérialiste pour élargir "marché de substitution"' par excellence que représentent les dépenses d'armement pour l'économie capitaliste en crise. La politique d'austérité est soutenue par le déplacement des dépenses sociales vers les dépenses militaires. Mais les cadeaux fiscaux à la bourgeoisie moyenne et grande coïncident avec une très forte poussée de ces dépenses militaires. De là un déficit budgétaire colossal, inconnu en temps de paix : 100 milliards de dollars pour l'année en cours, sans doute davantage encore pendant les deux années à venir. De là la hausse des taux d'intérêt, alimentée par une politique d' "offre" monétaire limitée en présence d'une forte demande de capitaux-argent de la part des secteurs privés et publics. De là aussi l'étranglement de tout espoir de reprise, du moins à court
"zone de co-prospérité" en Asie orientale ?
L'impérialisme japonais avait conduit sa campagne de conquêtes au cours de la Deuxième Guerre mondiale sous le mot d'ordre de créer une "zone de co-prospérité" en Asie orientale. Ce slogan n'était qu'une couverture cynique de la surexploitation à laquelle étaient soumis les peuples des pays occupés. Une idée était sous-jacente : le colonialisme japonais puissance asiatique - serait plus bénéfi-
A y regarder de plus près, l'image se moteur sur l'ensemble de l'économie capiaux Philipines se ralentie serieusement seraient en orer ce de la, que pour les peuples d'Asie orientale que impérialistes européennes ou celui des
Au cours des vingt dernières années, l'impérialisme japonais semble atteindre la voie pacifique, c'est-à-dire pénétration commerciale et financière, la plupart des objectifs économiques qu'il s'était jadis assignés par ses conquêtes militaires... qu'il avait perdus au moment de sa défaite de 1945 ! Il est devenu le premier exportateur dans presque tout le bassin de l'Océan pacifique, y compris en Australie. Ses initiatives s'étendent du Mexique au Chili et se font même sentir sur la côte ouest du Canada et des Etats-
Après deux décennies de cette expansion impérialiste, quelque chose ressemblant à une "zone de co-prospérité" semble surgir en Asie orientale. l'économie capitaliste internationale, ils augmentent pour une série de pays d'Asie de l'Est et du Sud-Est. Alors que la quasitotalité des pays capitalistes industrialisés ou semi-industrialisés ont connu une récession en 1980-1982, les pays de l'Asie orientale, et quelques-uns des pays de l'Asie du Sud-Est, ont poursuivi au cours de ces mêmes années une expansion rapide, tel qu'il ressort des chiffres que voici (tableau 2).
Get du 26 février 1982.) différencie. La Corée du Sud a connu une grave récession en 1980 et il s'agit évidu pays le plus industrialisé parmi les huit mentionnés. L'industrie textile de Hong Kong, ainsi que quelques autres branches manufacturières pays connaissent une récession en 1981, suivie d'un effondrement de la Bourse (Far Eastern Economic Review, 29 juillet et 2 octobre 1981). Le caractère sous-développé, et encore essentiellement agride pays comme l'indonésie, Thailande ou les Philippines, rend leurs chiffres de Produit National Brut et de sa croissance peu commensurables avec ceux de pays industrialisés ou semi-industrialiavec un déficit de la balance des paiements qui a presque doublé entre 1979 et 1981, une dette étrangère qui passe de 5,5 milliards de dollars en 1976 à 15,5 milliards de dollars en 1981 pour atteindre sans doute 19 milliards de dollars en 1982, et une série d'effondrements d'entreprises sensationnels dans le secteur minier et bancaire (Far Eastern Economic Review, 11 décembre 1981, 4 septembre 1981, The Economist, 12 décembre 1981, Financial Times, 1982). Quant à Taiwan, il est question d'une véritable récession dans une série de secteurs industriels de ce pays, ce qui a conduit à des licenciements massifs (Far
Economic Review, 26
Mais toutes ces réserves faites, il n'en reste pas moins vrai que la croissance éco-
Best largement au-dessus moyenne en Asie orientale. A tel point que des auteurs comme Jacques Attali voient dans cet essor un des facteurs-clé d'une restructuration mondiale du Capital (1). On se souvient d'une vieille prédiction de Frédéric Engels qui, il y a près d'un siècle, avait parlé d'un déplacement du centre de gravité de l'économie mondiale de l'Atlantique vers le Pacifique, après la pénétration du capital en Chine. L'expansion de l'économie capitaliste en Asie orientale a-t-elle vraiment un effet Croissance du Produit National Brut en pour cent
(prévisions officielles) (Far Eastern Economic Review, numéros du 1er, du 8 janvier, du 19 taliste internationale ? Comment l'expliquer, malgré les récessions généralisées de 1974-1975 et de 1980-1982, et dans le cadre de "l'onde longue à tendance dépressive de l'économie capitaliste internationale, qui couvre les décennies 1970
Le poids de l'économie des huit pays dans l'économie capitaliste internationale est beaucoup trop réduit d'ensemble. Leurs importations additionnées s'élèvent à 135 milliards de dollars en 1981, soit 6,1 pour cent des importations mondiales, moins que celles de la Grande-Bretagne et du Canada additionnées. Leur Produit National Brut, dans sa totalité, est à peine supérieur à celui de la
(ou la Grande-Bretagne) ne peuvent pas déterminer, à elles seules, un renversement de la conjoncture internationale.
Quant aux causes du "boom" en Asie orientale, elles n'ont rien de mystérieux. Elles relèvent, pour l'essentiel, de l'absence (Hong Kong, Singapour) ou de la solution partielle (Taïwan, Corée du Sud) de la question agraire, de la surexploitation de la main-d'œuvre industrielle, à son tour rendue possible par son abondance (exode rural, réfugiés de Chine) et par son contrôle despotique (absence de syndicats libres, régimes politiques autoritaires, répression sanglante) et enfin de l'apport de capitaux étrangers avant tout sous forme de crédits bancaires (plus que d'investissements directs), ce qui permet une industrialisation en concurrence directe avec les pays impérialistes qui fournissent ces fonds (2). Ceci renvoie important que l'Etat joue processus d'industrialisation, comme ce fut d'ailleurs le cas au Mexique, en Argentine et au Brésil.
solution de la question agraire n'est cependant que fort partielle. Il s'ensuit que le marché intérieur reste des plus restreints, et que la croissance économique est essentiellement portée par les exparadoxalement, ce n'est pas l'essor particulier de l'économie d'Asie orientale qui peut propulser l'économie capitaliste internationale vers une restructuration et une nouvelle phase de à longue haleine. C'est au contraire le rythme de croissance à long terme de l'économie capitaliste internationale qui va déterminer le sort du "boom" en Asie orientale.
Jusqu'ici, contrairement aux apparences, ce "boom" a soutenu la production et l'emploi en Europe occidentale et dans les pays impérialistes en général plutôt qu'il ne leur a nui. Il y eut, tout au plus dans ceux-ci, un déplacement des investissements et de l'emploi de l'industrie textile, de celle de la chaussure, de l'industrie d'assemblage électronique, de l'industrie horlogère et de celle des jouets, vers l'industrie de construction mécanique et électrique et l'industrie qui fournit des usines "clés sur portes". Mais maintenant on se trouve à un tournant. Il est illustré par le deuxième "accord multiqui restreint les débouchés de l'industrie textile asiatique en Europe
Economic Review, janvier 1982; Business Week, 18 janvier
The Economist, 1981). Les possibilités d'occuper des créneaux particuliers sur le marché mondial s'amenuisent. Il est peu probable que les huit pays en question, y compris la Corée du Sud, pour le moment la mieux placée, puissent suivre jusqu'au bout - même s'ils se sont engagés dans cette voie - la "filière japonaise" : textiles; industries d'assemblage; acier et construction navale; automobiles; machines et construction électrique; secteurs en pointe.
Attali Jacques, Les trois mondes, Paris, Voir les études de Tissier Patrick publiées dans Critique de l'économie politique (nouvelle série, no 14, janvier-mars 1981).
Le cas de l'industrie de la construction navale et celui de l'industrie automobile sont significatifs à ce propos. La Corée du Sud avait entrepris un gros effort pour créer une puissante industrie de construction navale (sa production courante est liste). Taïwan lui a emboité le pas. Mais, en 1981, l'ensemble de la construction navale était en baisse d'activité par rapport à 1980. Les commandes passées au total dans le monde n'ont atteint, d'après le Lloyds Register of Shipping, que 17 millions de tonneaux en 1981 contre 19 millions en 1980. Les carnets de com- : mandes ne contenaient plus que 35 milde tonnes fin décembre contre 37,5 millions de tonnes fin juin 1981. Les possibilités de nouveaux progrès de la construction navale sud-coréenne et taïwanaise sont, de ce fait, fort limitées (tableau 3).
Tableau 3
Construction navale en milliers de tonneaux construits annuellement 1980 1981
Japon 13.070 12.650
Corée du Sud 2,488 2.977
Espagne 2.172 2.247
Brésil 1.799 1.662
Pologne 1.554 1.428
Etats-Unis 1,631 1.304
Grande-Bretagne
(La Libre Belgique, 2 mars 1982.)
Quant à l'industrie automobile, la situation est plus nette encore. Il y a une capacité de production en Corée du Sud de 280 000 voitures privées. Le gouvernement prévoit la création d'une grosse usine capable de produire 300 000 voitures de plus. Mais la production courante n'a que de 58 000 voitures en 1980, et elle n'a guère dépassé ce niveau en 1981. Et les possibilités d'exportation sont très limitées (Neue Zürcher Zeitung, 9 février
Les pays sous-développés
La deuxième récession généralisée de frappé les pays semi-coloniaux industrialisés dépendants avant tout à travers la baisse du cours des matières premières. Cette baisse a surtout été prononcée à partir du milieu de l'année 1981, tel qu'il ressort de la baisse de l'index Moody (Etats-Unis) de 1 140 en février 1981 à 992 fin février 1982, et de l'index Reuter (Grande-Bretagne) de 1 742 fin février 1981 à 1 606 fin février 1982 (Neue Zürcher Zeitung, 5
Comme le prix du pétrole à payer par les pays non-exportateurs a continué à s'élever en fonction de la hausse du cours du dollar, le déficit de la balance des paiements de la plupart des pays semi-coloniaux s'est encore accentué, mouvement non compensé par la hausse de leurs exportations (et revenus) de produits manufacturés.
L'Amérique latine a été frappée par la récession présente bien plus durement qu'en 1974-1975. En fait, la production industrielle a baissé dans tous les principaux pays à l'exception du Mexique. Au Brésil, elle a diminué de 10 pour cent en 1980, et encore de 5 pour cent au cours du premier semestre de 1981. Malgré une forte hausse des exportations, le taux de chômage officiel a atteint 9 pour cent dans la région de Rio et 8 pour cent dans la région de Sau Paulo, sans parler du chômage inofficiel et caché, qui est considérablement élevé.
La situation est pire en Argentine, où l'on escompte une chute de 15 pour cent de la production industrielle en 1981. Le taux de chômage officiel atteint 13 pour cent, de nouveau largement inférieur à la réalité. Selon la revue Realidad Economica, la consommation interne aurait baissé de plus de 20 pour cent depuis 1975.
Au Chili, la production de l'industrie manufacturière aurait baissé de 3 à 4 pour cent en 1981, le taux de chômage officiel pour cent (Neue Zürcher Zeitung, 12 fé-
La situation au Mexique, qui profite pétrolier exceptionnel, a été meilleure. La croissance industrielle s'est poursuivie en 1980 et en 1982, fût-ce à un rythme ralenti pour cette deuxième année. Cependant, l'accélération de l'inflation combinée avec un cours surélevé du peso, a provoqué à la fois un énorme déficit de la balance des paiements (qui passe de 1,6 milliards de dollars en 1977 et de 4,9 milliards de dollars en 1979 à 11 milliards de dollars en 1981) et un saut de la dette étrangère du secteur public, qui augmente de 16 milliards de dollars pour la seule année 1981. Le gouvernement a dû réagir en dévaluant le peso (ce qui accentuera l'inflation) et en ralentissant les investissements (ce qui accentuera le chômage), étant donné qu'avec la surproduction sur le marché mondial du pétrole, et la baisse des cours, les revenus pétroliers du Mexique sont orientés vers la baisse.
L'Inde avait été frappée par la récession en 1980. La situation s'est quelque peu améliorée en 1981, surtout en ce qui concerne la production celle d'énergie (charbon et Mais les difficultés économiques ont obligé le régime de Mme Indira Gandhi à opérer un tournant de 180 degrés quant à la stratégie de croissance à long terme. L'Inde s'est adressée à la Asian Development Bank pour obtenir un prêt très élevé (il est question de 2 milliards de dollars); elle obtiendra un autre milliard de la Banque Mondiale. A la politique dite de "substitution des importations" cèdera de nouveau un effort massif d'importation d'usines "clés sur portes" des
Quant à l'Afrique noire non exportatrice de pétrole la situation économique continue à y évoluer généralement de manière désastreuse. Ceci ne concerne pas seulement les pays du Sahel, le Zaïre, la Tanzanie, la Zambie, mais aussi les anciennes colonies portugaises (où la présence de conseillers et d'investisseurs portugais s'est accentuée) et le Ghana. L'économie de ce pays est en ruine. La production des matières premières est détournée vers le marché noir. Le pays ne peut plus payer ses importations vitales. La production minière et industrielle s'arrête faute de pièces détachées. Au marché noir le cedi, la monnaie nationale, a baissé jusqu'à 80 pour une livre sterling alors que le taux de change légal est de 5 cedi pour une livre sterling...
L'incidence des économies post-capitalistes sur la conjoncture capitaliste internationale
Dans des études antérieures (3), nous avions surtout examiné l'incidence de la économique internationale sur l'économie des Etats ouvriers. Il est intéressant d'examiner à présent avant tout le problème réciproque : l'incidence de l'évolution économique en URSS, en Europe orientale et en République populaire de Chine sur l'économie capitaliste internationale.
La récession 1980-1982 a confirmé, en gros, la différence structurelle fondamentale entre le secteur capitaliste et le post-capitaliste de l'économie mondiale, ainsi que les dynamiques dif. férentes qui s'en dégagent. A l'exception de la Pologne, frappée cependant par une crise de sous-production et non de surproduction, tous les Etats ouvriers ont continué à connaître une croissance de leur production industrielle alors que les pays capitalistes industrialisés et semi-industrialisés ont subi des reculs de production. En même temps, la tendance au ralentissement à long terme du taux de
La frappé la plupart des Etats ouvriers, accompagnée d'une cole prononcée et d'approvisionnement de la population en vivres. Ce ralentissement est dû à des causes intrinsèques de l'économie de ces pays, c'est-à-dire au dysfonctionnement de plus en plus accentué de la gestion bureaucratique, tout
3. Voir les numéros spéciaux consacrés à la situation économique. Inprecor 67-68 du 17 janvier 1980 et 94.95 du 16 février 1981.
au plus renforcé par les effets indirects de la crise capitaliste (4).
Au cours des années 1970, le commerce Est-Ouest avait joué le rôle d'une soupape supplémentaire pour l'économie capitaliste internationale, l'expansion des exportations vers les Etats ouvriers atténuant quelque peu la tendance à la stag nation voire au recul des exportations entre pays capitalistes. Identiquement à "l'aide au Tiers Monde", les crédits bancaires finançant le commerce Est-Ouest représentent donc davantage une subvention aux industries exportatrices des pays impérialistes qu'une aide économique à Moscou, Pékin ou aux "démocraties populaires"
Cependant, du fait de l'interaction entre la crise économique capitaliste et le ralentissement de la croissance pour des raisons spécifiques dans les Etats ouvriers, l'expansion du commerce Ouest s'est heurtée à un mur qu'il devient de plus en plus difficile de franchir : l'endettement croissant des pays de l'Est, les difficultés majeures à assurer même le service courant de la dette, les menaces d'insolvabilité qui commencent à peser sur eux. De ce fait, le rythme d'expansion du commerce Est-Ouest va se ralentir. Un renversement de tendance n'est même pas exclu. Pour le pays à économie postcapitaliste le plus "intégré" dans le marché mondial, la Yougoslavie, ce renversement de tendance semble avoir déjà commencé. Le commerce avec le COMECON prend progressivement, depuis plusieurs années, une part plus grande dans l'économie de ce pays.
Pour le moment cependant, au début de la récession actuelle, les débouchés à l'Est ont encore joué le rôle d'un "marché de substitution" pour l'économie des pays impérialistes, tel qu'il ressort du tableau suivant (tableau 4). Tableau 4
Exportations vers l'URSS en 1980
(en milliards de dollars) chiffres en pour cent absolus des chiffres en milliards de 1979 de $
USA 1,5 - 58 0/0
RFA 4,4 + 20,8 o/o
France 2,5 + 22,9 o/o
Gr.-Bretagne 1,1 + 19,2 o/o
Italie 1,3 + 4,7 o/o
Pays-Bas 0,51 + 67,3 o/o
Belgique 0,62 + 32,3 o/o
(Financial Times, 31 décembre 1981)
Les réactions fort différentes des différents pays impérialistes force du général Jaruzelsky s'interprètent admirablement à la lumière de ces chiffres, surtout si l'on y ajoute l'expansion des exportations japonaises vers la République populaire de Chine, qui doivent
10 milliards de dollars en
Mais les risques d'un endettement ins'accroissent. Sauf l'URSS tous les pays concernés se trouvent déjà au-dessus du seuil dangereux où le service de la dette absorbe plus de 20 pour cent des rentrées normales de devises. Et si la tendance actuelle devait continuer, l'endettement global net de ces pays, qui a déjà crů de 7 milliards de dollars en 1975 à 70 milliards en 1980, passerait à 123-140 dollars en 1985 Wharton Econometric Forecasting Associates (Neue Zürcher Zeitung, 10 février 1982). Il y aura donc tassement de l'expansion des échanges Est-Ouest, malgré l'accord sur l'exploitation et les fourni-
C'est dans le domaine de l'agriculture que l'imbrication entre l'économie capitaliste internationale (avec ses deux "sous-secteurs" !) et l'économie des pays postcapitalistes est la plus nette, et a les effets les plus complexes. Dans les pays de l'Est, avant tout en URSS, on souffre de phénomènes de sous-production désastreux. Alors que l'URSS avait produit en moyenne 190 millions de tonnes de céréales en production n'atteindra cette année que 165 millions, 60 millions de tonnes de moins que planifié ! Le cheptel (et donc la production stagne pratiquement depuis de 155 millions d'unités, surtout par manque de fourrage.
Aux Etats-Unis par contre, il y a surproduction manifeste, avec baisses de prix et menaces d'effondrement de prix si les exportations vers les pays de l'Est devaient s'arrêter, ce qui n'a donc pas été le cas. Mais même tenant compte de ces fournitures, l'administration Reagan a décidé une réduction draconienne de la surface emblavée, afin de "soutenir les prix". Du coup, les menaces de pénurie se profilent de nouveau à l'horizon pour les pays les plus pauvres du "Tiers Monde" avec utilisation simultanée du chantage à l'arrét de l'aide alimentaire aux gouvernements qui ne respecteraient pas les diktats de Washington. "L'arme du blé" est utilisée cyniquement (comme celle de l'or), pour faire contrepoids au poids politique des pays semi-coloniaux. La bureaucratie soviétique, embourbée dans sa politique dite "de coexistence pacifique et dépendante elle-même des fournitures alimentaires capitalistes, se contente de quelques protestations verbales, laissant faire pour l'essentiel.
L'inflation est loin d'être vaincue
La politique déflationniste appliquée par presque tous les gouvernements impérialistes dès avant la récession de 19801982, et qui, sans avoir causé celle-ci, l'a incontestablement amplifiée, a pour excuse la priorité accordée à la lutte contre l'inflation. Ce choix : "plutôt le chômage massif que l'inflation", est déjà un choix social, malgré tous les serments des experts selon lesquels l'inflation accentuée aboutirait à plus long terme à encore davantage de chômeurs que ceux qu'on recense actuellement. Mais le résultat est là : la déflation a aggravé la récession; elle n'a point vaincu l'inflation.
La faillite de la politique monétaire est particulièrement flagrante partout où les gouvernements se sont efforcés de peser de tout leur poids sur la fameuse "masse monétaire" (de plus en plus difficile à définir, voire devenue insaisissable). Ses thuriféraires fanatiques ont beau proclamer qu'il faut faire intervenir les intervalles indispensables, rien n'y fait. Malgré la récession, malgré la croissance ralentie de la quantité de monnaie, la hausse des prix se poursuit. Et si les phénomènes de surproduction accentuée provoquent sans doute une décélération de l'inflation, elle continue à se situer à un niveau supérieur à celui de la récession 1974-1975 (tableau
La tendance générale est claire : sauf en ce qui concerne le Japon, l'inflation se situe au deuxième semestre 1981 (après trois semestres de récession) à un niveau supérieur à celui du deuxième semestre
Il y a d'ailleurs un risque très net d'une nouvelle accélération de l'inflation dès le deuxième semestre de 1982. Cette accélération sera nourrie d'une part par la politique de relance modérée à laquelle se sont résignés le cabinet Schmidt en République fédérale allemande et le régime Mitterrand en France, et à laquelle le gouvernement Thatcher, l'administration Reagan, pourraient bientôt emboîter le pas pour des raisons électoralistes. Elle sera nourrie aussi par l'énorme déficit budgétaire aux Etats-Unis.
Il n'est pas étonnant que, dans ces conditions, experts et politiciens, à la recherche d'un nouveau remède-miracle à la récession, soulèvent l'hypothèse d'un retour à l'étalon-or : quel bonheur de retrouver un "mécanisme automatique" qui assurerait la stabilité monétaire, envers et contre tout ! Mais quel en serait le prix, en matière de désorganisation du commerce international, voire d'aggravation de la tendance dépressive de l'économie ? Personne n'ose s'engager réellement dans cette direction, malgré la constitution d'une commission d'études au sein de l'administration américaine et l'accord discret que Reagan lui-même aurait accordé à ce projet, soutenu par les partisans de "l'économie de l'offre", MM. Laffer et Cie (6).
4. Voir nos articles sur la situation en Roumanie dans Inprecor 114 du 7 décembre 1981 et 119 du 22 février 1982.
La presse (Neue Zürcher Zeitung du 11 1981 et Le Monde du 21 février 1982) a signalé la vente par des hommes d'affaires américains de micro-ordinateurs pour avions de combat à l'URSS, ainsi que la fabrication en URSS de roulements à billes miniaturisés indispensables à la mise au point du système de guidage qui équipe les missiles balistiques MIRV des Etats-Unis I Comme quoi les intérêts privés sectoriels peuvent s'imposer à l'encontre des intérêts de la classe en tant que telle au sein de
Sur les discussions concernant un retour à l'étalon-or, voir Business Week des 7 dé cembre 1981 et 8 février 1982 et Neue Zürcher Zeitung du 30-31 janvier 1982.
semestre 1981, qui proviennent de Economie Européenne no 2, février 1982, et de The Economist du 27 février 1982.)
(Source : divers bulletins Flow of Funds Accounts publiés par le Federal Reserve
Les menaces d'effondrement du système du crédit
Malgré la politique de déflation appliquée par pratiquement tous les gouvernements des pays impérialistes, à l'exception de celui de la France, le carrot, sel de l'endettement croissant continue à tourner à un rythme de plus en plus affolant.
Comme nous l'avons souvent souligné, cette avalanche de dettes prend ses origines dans l'endettement des firmes et ménages bien plus que dans celui de la dette publique, tel qu'il ressort de manière saisissante du tableau suivant publié par la revue américaine Monthly Review, dirigée par Paul Sweezy (numéro de décembre 1981) (tableau 6).
Ces chiffres révèlent un mouvement d'emballement terrifiant pour l'avenir de
1960 et 1970 la dette privée a doublé pour permettre une croissance du Produit
National Brut de 90 pour cent,
1970 et 1980, la dette privée a triplé pour permettre une croissance du Produit Na.
tional Brut légèrement moindre.
Il faut comprendre que cette avalanche de dettes ne concerne pas seulement de
Tableau 5
1970
USA
6,1 o/o
5,3 o/o
Japon
9,3 o/o
4,4 o/o
R.F.A.
5,4 o/o
2,2 o/o
Gr.-Bret.
7,7 o/o
6,9 o/o
5,5 o/o
Italie
4,5 o/o
1,7 o/o
Canada
3,4 o/o
Pays-Bas
3,8 o/o
5,2 o/o
Belgique
4,5 o/a
2,8 o/o
Suède
9,2 o/o
6,2 o/o
Australie
4,2 o/o
4,5 o/o
Tous les pays de
P'OCDE
6,2 o/o
4,9 o/o
(Sources : Perspectives Economiques de
Tableau 6
Pouvoirs publics
Secteur privé
Total
Board.)
petites et moyennes entreprises, ainsi que grosses firmes, y compris de "multi-natiod'International Harvester,
Ferguson, qui ne survivent plus que grâce à des crédits bancaires de plus en plus dé mesurés par rapport aux avoirs de ces trusts en faillite virtuelle : 2,2 milliards de dollars de pertes pour Chrysler, rien que pour les années 1980 et 1981 ! On a
Freddie Laker, pourtant un "petit" du trafic aérien, que ses dettes s'élevèrent à plus d'un demi-milliard de dollars. Un autre cas défraie la chronique. C'est celui de Ludwig, censé être un des cinq hommes les plus riches du monde, qui avait lancé une entreprise gigantesque pour dé.
fricher l'Amazonie au Brésil. Il a jeté
Alors qu'entre l'éponge laissant une ardoise de 200 millions de dollars. Mais il y a toute une série d'autres firmes géantes qui se trouvent au bord de la faillite, ayant accumulé des dettes énormes (7).
krach bancaire déclenchant, par réactions en chaîne, un effondrement du système corrigés en ce qui concerne les variations saisonnières)
1974
1975
H
11,2 o/o
12,4 o/0
8,3 o/o
32,2 o/o
17,6 o/o
11,5 o/0
8,6 o/o
4,9 o/o
7,2 o/o
19,0 o/o
16,5 o/o
28,7 o/o
19,9 o/o
25,5 o/o
16,8 o/o
10,3 o/o
12,6 o/o
9,6 o/o
10,6 o/o
10,2 o/o
10,7 o/o
13,6 o/o
16.7 o/o
12,1 o/o
9,4 o/0
9,3 o/o
11,1 o/o
13,1 o/o
19,3 o/0
15,2 o/o
14,8 o/o
13,7 o/o
11,4 o/o
Dette cumulative du secteur non-financier aux Etats-Unis
(en milliards de dollars)
1960
1950
241,4
308,3
164,8
416,1
406,2
724,4 des ménages. Elle concerne une masse de parmi les plus impressionnantes.
Tout le monde connait les cas de Chrysler, ment en
Pologne ne ment dû à des le jour de la déconfiture imprévisibles.
pas
Lorsqu'on mentionne les risques d'un
Hausses de prix à la consommation par semestre
(pour cent par rapport à la période précédente, en taux annuels,
1980
7,6 o/o
15,1 o/o
10,4 o/o
7,3 o/o
9,5 o/o
6,8 o/o
4,1 o/o
4,4 o/o
6,6 o/o
23,2 o/o
19,4 o/o
12,4 o/o
9,8 o/o
24,3 o/o
19,0 o/o
11,5 o/0
9,9 o/o
11,8 o/o
9,3 o/o
7.2 o/o
6,6 o/o
10,5 o/o
7,1 o/o
6,8 o/o
11,0 o/o
17,0 o/o
11,3 o/o
10,6 o/o
8,9 o/o
11,0 o/o
9,1 o/o
14,3 o/o
10,6 o/o
/'OCDE, no 30, décembre 1981, p. 156 pour tous les chiffres sauf ceux du deuxième
1970
1980
1.063,3 + 340 o/o
450
975,3
2.841,9
1.425,3
3.905,2 + 861 o/o international du crédit, on a généralement en vue l'insolvabilité d'un gros emprunteur du "Tiers Monde" ou des pays dits
"socialistes". En fait, le Zaïre est actuellecessation de paiement.
se trouve pas formellement dans cette situation, cela n'est pas seuleavances de la part du
COMECON mais aussi et surtout à une intervention du Trésor des...
Etats-Unis qui a payé, à sa place, des intérêts venus à échéance pour une série de crédits bancaires que la bureaucratie n'avait pas ho norés. Il s'agissait d'éviter une déclaration de banqueroute qui aurait obligé des banques - avant tout ouest-allemandes et autrichiennes - à inscrire des pertes énormes à leurs bilans, avec des conséquences
Mais il faut se rendre à l'évidence : les risques de krach bancaire ne proviennent seulement de sources-là.
ces
"mauvais débiteurs" potentiels se trou-
7. Le trust Thyssen en Allemange déclare une perte de 150 millions de dollars.
Le trust japonais Mitsui a vu ses bénéfices se réduire, en passant de 15 milliards de yen en 1980 à 1,5
1981
1981
11 toute l'année
10,3 o/o
10,6 o/o
8,6 o/o
4 8 o/o
3,0 o/a
4,9 o/o
7,1 o/o
4,8 o/o
5,9 o/o
12,0 o/o
9,9 o/a
12,0 o/o
15,0 o/a
21,7 o/o
19,6 o/o
13,0 o/o
11,5 o/o
6,6 o/0
7,2 o/o
6,9 o/o
7,7 o/o
9,4 o/o
7,6 o/o
14,6 o/o
9,0 o/o
9 4 o/0
11,5 o/o
11,0 o/o
10,6 o/o
1980 ÷ 1950
+ 1.624 o/o
aussi dans les pays occidentaux. Dans cette catégorie doivent être rangées toutes les grosses firmes s'étant imprudemment endettées, et qui sont maintenant lourdement frappées du fait de la hausse des taux d'intérêt.
En fait, pour l'ensemble des grandes entreprises aux Etats-Unis, Business Week a calculé que le rapport entre charges de la dette et profits avant impôts a décliné dangereusement, de 5,5 en 1979 à 4,2 en 1981. Il est actuellement négatif pour l'industrie automobile et les lignes aériennes. Il n'atteint que 2 pour les sociétés immobilières et les firmes de matériaux pour la construction (Business Week, 1er mars 1982). Au total, les grandes compagnies américaines ont accru leurs dettes de 73 milliards au cours des 18 derniers mois; cette dette atteint maintenant 540 dollars. Les charges seront particulièrement lourdes en 1982. devront être réglées sur des profits en baisse prononcée.
Le cas des caisses d'épargne spécialisées dans le crédit hypothécaire est bien connu. Elles étaient au bord de la faillite aux Etats-Unis, prises entre l'enclume de la baisse de la construction et le marteau de la hausse des taux d'intérêt. Moins connu est le véritable effondrement des banques privées en Turquie, faisant perdre cent millions de dollars aux petits épargnants privés (8).
Le paradoxe, c'est qu'en période de crise, la puissance du capital financier, souvent directement banques, s'accroit démesurément, puisque de nombreuses firmes, travaillant à banques leur accordent des crédits. Or, ceux qui prennent ces décisions, souvent à l'aide de critères sommaires voire arbitraires, n'ont pas brillé par discernement au cours des dernières années, c'est le moins qu'on puisse dire ! La facilité avec laquelle les grandes banques ont accordé des prêts à des débiteurs douteux est exclusivement due à l'âpreté au gain, c'est-à-dire à la volonté de contre des intérêts élevés les abondants capitaux que leur fournirent les pays de l'OPEP, les Banques Centrales, les caisses de pension et autres investisseurs institutionnels, alors que le ralentissement des investissements productifs ne créait pas une demande de capitaux-argent suffisante de la part de débiteurs solvables.
C'est donc la combinaison de l'insolvabilité potentielle de gros débiteurs étrangers, de grosses firmes impérialistes et des parties les plus faibles du système bancaire lui-même qui suspend sur l'économie capitaliste internationale l'épée de Damocles d'un krach bancaire majeur :
"Les agences de crédit des exportations mondiales sont prés du point de rupture. Une traînée d'exigences venant d'exportateurs qu'on n'a pas payés et de privées commence à dépasser rapidement leurs réserves liquides. qu'ici, en 1982, ces exigences dépassent de 20 pour cent celles de l'année fiscale
"L'effondrement de Laker Airways, la semaine dernière en Grande-Bretagne, obligera la Export-Import Bank des Etats-Unis à débourser plus de 150 millions de dollars... Les petits ruisseaux lions de dollars... d'exigences sur la Pologne de l'an dernier pourraient rapidement se transformer en marée. Depuis le mois de janvier, les à l'exportation) HERMES en R.F.A., COFACE en France et OKB en Autriche ont chacune payé plus de 75 millions de dollars pour des exinences sur la Pologne...
"L'effondrement de Laker, la possibilité de refus de payer encore pires venant de Pologne et parmi les lignes aériennes, les compagnies forestières, les constructeurs de machines agricoles et autres aux Etats-Unis, ont incité les gouvernements occidentaux a faire quelque chose pour réparer les finances malades de leurs banques d'exportation. " (The Economist, 13 février 1982).
L'aggravation du chômage structurel et ses conséquences
La deuxième récession économique généralisée de l'économie capitaliste internationale a aggravé de manière sensible l'ampleur du chômage et de ses consé quences sociales. Pour donner un ordre de grandeur, on peut affirmer, en gros, que la masse des chomeurs dans les pays imperialistes est passée de 10 millions lors de la récession de 1970 à 20 millions lors de la récession de 1974-1975 et à 30 millions actuellement.
Les chiffres officiels du chômage au mois de février 1982 sont les suivants
1,3 million
Plusieurs facteurs se conjuguent pour expliquer cette montée constante du chômage. Le premier, et le plus grave, c'est le ralentissement général et à long terme de la croissance économique. Or, ce ralentissement coïncide avec une poussée technologique prononcée, c'est-à-dire une augmentation constante de la moyenne du travail : il faut de moins en moins d'heures de travail pour produire une masse de marchandises et de services en stagnation, en recul ou en progression seulement très lente. De là, le fait que si le nombre de chômeurs augmente fortement en phase de récession, il ne recule plus en période de reprise, temps que celle-ci reste modérée. De là aussi cet autre phénomène, à savoir que la corrélation entre investissements productifs et création d'emplois est rompue, beaucoup de ces investissements étant des investissements de rationalisation qui suppriment des emplois plutôt qu'ils n'en
Le résultat est donc clair : il y a un socle de chômeurs permanents qui s'élarrécession. Cette tendance n'est pas sur le point d'être
Il faut y rattacher un autre phénomène qui rend les perspectives de l'emploi particulièrement sombres pour le reste des années 1980. Dans les décennies passées, fortement marquées par la tendance à la semi-automation dans l'industrie et à l'industrialisation dans l'agriculture, le secteur dit "tertiaire'" ou "des services" avec toute l'ambiguité que ce terme renferme - a connu une véritable explosion d'emplois nouveaux normalement rémunérés, du moins dans les pays impérialistes (l'explosion des "emplois tertiaires" dans les pays semi-coloniaux étant plutôt du chômage camouflé).
Or, le développement de l'électronique des micro-processeurs provoquera des pertes d'emplois importantes dans le secteur "tertiaire" . Ce ne sont pas seulement les banques, les assurances, les services comptables et com- et commerciaux des grandes firmes qui sont visées. Ce sont également les administrations publiques, voire l'enseignement et certains secteurs des services de santé. De ce fait, le développement du secteur "ter-
, loin de compenser les pertes 1982 (prévision) 9,0 o/o 6,0 o/o 0/0 0/0 2,25 o/o 8,5 o/o 8,25 o/o 10,5 o/o d'emploi réalisées dans la production matérielle, deviendra à son tour une source de chômage. Ce mouvement semble déjà avoir commencé
Il faut finalement signaler un phénomène démographique. effets du "baby-boom" d'après guerre ont maintenant dépassé le stade de l'enseignement, y compris de l'Université, et se font sentir à fond sur le du travail" . Le nombre de demandeurs d'emplois jeunes est en forte croissance et, dans de nomdépasse celui des retraités annuels. Il faut donc créer des emplois
Le Monde, 13 janvier 1982.
supplémentaires pour maintenir un taux déterminé d'activité (d'occupation) de la population. En période de dépression économique, cela ne peut que renforcer l'ampleur du chômage.
La remontée du chômage pendant une longue période - en réalité à partir de 1970 dans les pays impérialistes — a fini par entamer le fameux "filet de sécurité" qui, selon les économistes néo-keynesiens et les politiciens ainsi que les syndicalistes réformistes, devait garantir le "bien-étre" une fois pour toutes en cours de la récession de 1974-1975 et dans les années consécuéconomique, protégés, tant en ce qui concerne l'emploi qu'en ce qui concerne le pouvoir d'achat et la sécurité sociale. La crise n'avait frappé de plein fouet que les couches les plus faibles de la classe ouvrière, d'ailleurs défendues fort mal par l'ensemble du mouvement ouvrier : travailleurs immigrés, femmes, jeunes, leurs des petites entreprises et des secteurs en net déclin structurel.
Mais au fur et à mesure que la dépression se prolonge et que le chômage strucs'aggrave, les effets de la crise finissent par atteindre le coeur même de la classe ouvrière : ouvriers adultes mariés, de qualification moyenne et au-dessus de la moyenne, dans les grandes entreprises. C'est délibérément que patronat et Etat bourgeois ont, au cours des deux dernières années, provoqué des épreuves de force dans les principales forteresses ouvrières : la FIAT de Turin, Chrysler et General Motors aux Etats-Unis, British Leyland en GrandeBretagne, la sidérurgie wallone (Belgique) et celle de la Ruhr (R.F.A.), la sidérurgie lorraine en France, etc.
Les capitalistes comptent sur les effets à long terme du chômage, sur la peur du chômage, sur le désarroi des travailleurs devant le manque de perspectives et les capitulations successives des directions syndicales embourbées dans la collaboration de classe, pour frapper un grand coup et affaiblir structurellement le mouvement ouvrier, c'est-à-dire lui enlever au moins la force supplémentaire que vingt années d'expansion et de plein emploi lui avaient apportée. Cette offensive d'austérité vise avant tout : le maintien d'un haut niveau de chômage pour inciter les travailleurs à une discipline majeure et les contraindre à accepter une exploitation supplémentaire (une intensité de travail plus grande, des cadences plus rapides, des "rationalisations" multiples, etc.); des attaques directes contre les salaires réels (accords salariaux impliquant des réductions de salaires; suppression ou "assouplissement" des mécanismes d'échelle mobile); des réductions des allocations sociales, y compris des allocations chômage, des "transferts" massifs de dépenses sociales vers les dépenses militaires ou vers les subsides au patronat dans le budget de l'Etat. Le budget Reagan est symbolique à ce sujet. Mais des mouvements analogues, fussent-ils plus modérés, se manifestent dans presque tous les pays impé-
La classe ouvrière résiste et se défend, mais elle a incontestablement subi quelques échecs, surtout aux Etats-Unis, au Japon, en Grande-Bretagne et en Espagne. l'absence de toute stratégie d'ensemble de réponse ouvrière, anticapitaliste, à la crise de la part des directions syndicales, rend plus difficile une riposte généralisée. Elle est pourtant indispensable si les travailleurs veulent éviter qu'on ne passe à la phase finale de l'offensive patronale: la tentative capitaliste de "casser" des syndicats (voir PATCO aux Etats-Unis), de restreindre sévèrement les libertés
Get même les libertés démocratiques dans leur ensemble.
Car la crise est grave et longue. L'accroissement du taux d'exploitation né cessaire pour en sortir de manière capitaliste devrait être considérable. Une classe ouvrière conservant l'essentiel de sa force organisée et des libertés démocratiques ne se laissera pas imposer une telle surexploitation. Il y aura donc de fortes batailles de classe, pendant long-
Capital ou Travail puisse modifier les rapports de forces actuels de manière décisive : le Capital, s'il réussit à briser la force organisée de la classe ouvrière; le Travail, s'il réussit à résoudre la crise de sa direction de classe.
On est loin d'une restructuration internationale du capital
La dépression économique à long terme, dans laquelle l'économie capitaliste internationale est enfoncée depuis les années 1967-1968, exprime avant tout un déclin durable du taux moyen de profit. Il s'agit évidemment d'un déclin irré. gulier et non d'un déclin linéaire. Le cycle continue à se manifester au cours de l'onde longue dépressive, même qu'il se manifesta au cours de connu des phases de reprise économique (1971-1972, 1976-1978) après les phases de récession (1970), voire de récession généralisée (1974-1975, 1980-1982). Une nouvelle phase de reprise, fût-elle modérée, est probable dès 1983
Mais à travers ces hauts et ces bas, le taux de croissance reste sensiblement inférieur à ce qu'il fut au cours de la période 1948-1968, en Europe occidentale et au cours de la période 19401968 aux Etats-Unis. La cause fondamentale de ce déclin réside dans le niveau trop bas du taux moyen de profit, combiné relative du marché (expansion ralentie du commerce mondial, stagnation des débouchés des "derniers consommateurs").
Pour sortir durablement - c'est-à-dire pour une période bien plus longue qu'une reprise économique de courte durée, et de surcroît hésitante et fort modérée - de la mauvaise passe dans laquelle le capitalisme international est engagé de dix ans, une restructuration fondamentale est nécessaire. Elle devrait modifier sensiblement ce que d'aucuns ont appelé
"les conditions d'accumulation", d'autres "les modes (ou modèles) de régulation"" et ce que nous appelons plus généralement le cadre social dans lequel se meut le mode de production capitaliste (9). Cette notion englobe autant des facteurs exogènes (milieu géographique, aire d'opération du capitalisme, c'est-à-dire aujourd'hui essentiellement rapports avec les secteurs non-capitalistes de l'économie mondiale), que des facteurs endogènes partiellement autonomes de la situation courante, parce que produits relativement rigides du développement passé du système. Les rapports de forces économiques et socio-politiques entre le Capital et le Travail dans les métropoles impérialistes sont les plus importants de ces facteurs endogênes de l'environnement capitaliste.
Les efforts de restructuration du capital pour échapper à la longue dépression ont été jusqu'ici classés par divers analystes dans les trois catégories suivantes :
1) La nouvelle division internationale du travail, avec transfert de sites de production d'industries utilisant relativement beaucoup de main-d'oeuvre vers des pays semi-coloniaux et semi-industrialisés dépendants (10). La création franches, d'exportation" fait partie de cet effort de restructuration. La plus importante de ces "zones franches" doute celle du Mexique, en bordure de la frontière avec les Etats-Unis, vers laquelle les grands trusts de l'automobile américains rêvent de transférer une partie importante de leur production. Mais d'autres existent surtout en Asie, et celles de capital étranger, méritent d'être mention-
Nous avons déjà indiqué les obstacles auxquels se heurte une poursuite de ce transfert, notamment en Amérique latine et en Asie orientale, du fait même de la stagnation du marché mondial. La crise qui frappe l'industrie automobile au Brésil et en Argentine, avec une importante chute de la production et le démarrage difficile de l'industrie automobile en Corée du Sud (la production courante est largement inférieure aux capacités de production pour 1981) sont symboliques de ces obstacles. On ne peut donc guère parler d'une véritable restructuration à ce
9. Voir à ce sujet : David Gordon, Stages of Accumulation and Long Economic Cycles in The Political Economy of the World System, Beverly Hills, 1980. Michel Aglietta, Regulation et crises du Capitalisme, Paris, 1976. Ernest Mandel, Long Waves of Capitalist Development, Cambridge, 1980.
10. Fröbel, Heinrichs, Kreye, Die internationale Arbeitsteilung, Rowohlt 1977 On peut aussi citer l'exemple des fibres synthétiques. La part de l'Europe occidentale dans la production mondiale est tombée, entre 1973 et 1981, de 29,5 pour cent à 20,7 pour cent, celle des Etats-Unis de 29,7 pour cent à 26 cent, celle du Japon de 15,7 pour cent à 12,0 pour cent, alors que celle du "reste du monde" a passé de 25 pour cent à 40,6 pour cent.
2) L'émergence d'un secteur de "travail noir" et d' "économie parallèle" , ainsi qu'un élargissement du "travail précaire" (travail intérimaire) dans les principaux pays impérialistes eux-mêmes. Dans les pays semi-coloniaux, il s'agit évidemment d'un phénomène connu et étudié longue date.
Runs soulignent surtout la portée phénomène, (conscient) du Capital d'accompagner sa propre concentration d'une déconcentration du Travail. Les autres mettent par contre - et plus justement à notre avis — l'action sur la réaction spontanée des chômeurs contre la prolongation du chômage, ainsi que sur celle des petits capitalistes pour échapper à la ruine en période de crise. Quel que soit l'aspect de l'analyse qu'on privilégie, elle vise en tout cas la manifestation particulière d'un phénomène plus général : la poussée du capital pour réduire les "coûts du travail" faisant baisser salaires directs et indirects, poussée caractéristique pour toute phase de crise ou de récession. Neuf fois sur dix, le "travail noir" représente une suppression totale du versement de sécurité sociale, et une réduction sensible du salaire nominal direct.
Bref, il s'agit de la surexploitation du travail, réintroduite dans les pays impérialistes, où elle avait reculé au cours du "boom d'après guerre". Dans quelques cas particuliers, comme celui de l'industrie parisienne de l'habillement exploitant les conditions précaires des travailleurs immigrés sans permis de séjour, la concurrence capitaliste ramène vers la métropole les conditions de travail et de salaires des pays dépendants semi-industrialisés. Un phénomène analogue se produit dans certaines industries dans le sud des EtatsUnis par rapport au Mexique et à Puerto
Mais de nouveau, il s'agit d'un phénomène qui reste marginal pour l'économie des pays impérialistes et pour la production capitaliste internationale dans son ensemble, concernant sans doute pas plus de 5 pour cent de la production dans les métropoles impérialistes. Il est donc à nouveau impossible de parler à ce propos d'une "restructuration du capital" dans le sens réel du terme.
3) Une dévalorisation massive du capital, visée par le resserrement du crédit et la jugulation de l'inflation. Le fait qu'après de longues années d'un d'intérêt réel négatif" (c'est-à-dire d'un taux d'intérêt inférieur au taux d'inflation) on en soit arrivé partout à un "taux d'intérêt réel positif" fluctuant autour de 4 pour cent (ce qui explique la persistance des taux d'intérêt élevés aux EtatsUnis, puisque le taux d'inflation y reste supérieur à 10 pour cent) serait l'expresde cette dévalorisation de la pénurie de capitaux qu'elle finirait par provoquer.
La démonstration est peu convaindu moins jusqu'à maintenant. Malgré toutes les intentions proclamées des monétaristes, et tous les efforts de Mme Thatcher et de Ronald Reagan, ces buts sont loin d'être atteints. Il n'y a pas eu de baisse massive des prix des marchandises (produits finis), les baisses des matières premières restent modestes Celles des "valeurs refuges" (or, diamant, objets d'art, etc.) sont un peu plus importantes mais restent quand même liées aux fluctuations Etats-Unis. Les faillites frappent surtout les petites et moyennes entreprises. Les "éléphants blancs" c'est-à-dire les grands trusts travaillant à perte, continuent à être massivement subsidiés par le système bancaire et par les pouvoirs publics. De ce côté non plus, aucune véritable "restruc turation" n'est en vue.
Reste une tendance plus importante qui, à long terme, pourrait être décisive :
une nouvelle révolution technologique axée sur les micro-processeurs, les robots industriels et domestiques, la voiture élec trique et l'énergie solaire. Ce serait, en somme, le passage de la semi-automation à une automation plus complète
Techniquement, ces productions sont au point où elles pourraient commencer à être produites à grande échelle (11). Mais la question décisive, du point de vue de la logique du capitalisme, reste celle de produire avec suffisamment de profit pour un marché suffisamment large. C'est là où le bât blesse. Les obstacles que repré sentent aujourd'hui le niveau trop bas du taux moyen de profit, l'existence de capacités de production excédentaires, la stagnation du marché, semblent retarder pour longtemps cette révolution technologique, c'est-à-dire l'application massive de ces innovations. La plupart des commentateurs sérieux mentionnent à ce propos la fin du XXe, voire le début du
Mais entre temps, la prolongation de la dépression et du chômage, l'accentuation du cours de la bourgeoisie vers l'austérité et la remilitarisation mettent plus que jamais l'accent sur les grands combats
- les combats entre la classe ouvrière et la bourgeoisie, les combats entre les forces anti-impérialistes et l'impérialisme - qui accompagnent la longue dépression économique. combats ne dépend pas seulement la "solution" (capitaliste ou socialiste) de la
D'elle dépend le destin même de l'humanité, dans la mesure où la "solucapitaliste implique le risque de la guerre nucléaire mondiale.
Sur les nouvelles technologies et leur diffusion voir W. Wolf et P. dans Internationale (Frankfurt), mars 1979.