Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

POLOGNE

La situation vue par la résistance antibureaucratique

· Inprecor n° 125, 3 mai 1982 · p. 10 · 736 mots

Cyril Smuga était le pseudonyme de Jan Malewski, coéditeur de l'Inprekor polonais (1981-1990) et directeur d'Inprecor à partir de 1998.

Pologne

POLOGNE presse clandestine de Solidarité, analysant et décrivan OUS publions ci-apres trois documents choisis dans 1

•la situation en Pologne depuis le coup de force de la bureaucratie. Ces textes témoignent à la fois de la vitalité de la résistance de Solidarité et de l'ampleur du mécontentement des travailleurs. Ils permettent ainsi de mieux appréhender ce qui se passe dans le pays et de se faire une idée dans le miroir de leurs écrits des positions politiques de quelques-uns des cou-

Le premier d'entre eux est une contribution au débat sur la situation après le 13 décembre. Il a été publié dans le bulletin clandestin de Solidarité de Varsovie, Wola (ce qui signifie « volonté », mais c'est également le nom d'un des quartiers ouvriers de la capitale polonaise). Le même numéro de ce bulletin reproduit une lettre envoyée à sa rédaction par le président du syndicat de la région de Varsovie, Zbigniew Bujak, passé à la clandestinité et dont la tête a été mise à prix.

Zbigniew Bujak y écrit notamment : « J'ai lu les trois premiers numéros de votre journal et, si je vous écris aujourd'hui, c'est parce que les choix programmatiques que vous faites sont les plus proches de ceux que, en commun avec le vice-président Wiktor Kulerski, nous voulons développer et populariser. Dès votre premier numéro, vous parlez de "mouvement de transMonument à la mémoire des victimes de 1970. (DR)

La situation vue

Une série de documents de Solidarité formation sociale". Les mots d'ordre que vous mettez en avant pour ce "mouvement" bien qu'ils ne soient pas ressassés à l'infini, se répètent : dans le troisième numéro vous parlez des caisses de résistance et d'entraide, du développement de la presse indépendante, des sociétés d'universités ouvrières. Vous insistez sur la réalisation du programme du syndicat, et ce programme a justement été créé pour un large mouvement. Sa réalisation demandera le développement d'initiatives comme les coopératives, les comités d'entraide sociale, le mouvement de défense des consommateurs, les diverses associations et clubs développant des programmes pour l'autogestion territoriale et préparant sa mise en place. Un tel réseau d'initiatives du Mouvement (nous proposons l'appellation "Mouvement Solidari té") permettra de mener des actions qui forceront l'autre partie à réactiver Solidarité. L'existence du Mouvement permet tra, au moment opportun, de lancer le mot d'ordre de soulève ment unitaire en défense de notre droit à exister et à agir. Votre journal contient également des mots d'ordre de clandestinité, de solidarité clandestine, et vous publiez même un extrait d'un appel de l'Association indépendante des étudiants (NZS), qui parle de "l'Etat clandestin". Chacun comprend ces mots d'ordre comme un réseau clandestin national, une structure or ganisationnelle et une dépendance hiérarchique. Nous sommes opposés à de telles formes d'organisation. (...) »

Les deux articles suivants constituent une illustration et une description des réactions des travailleurs face aux tentatives de normalisation bureaucratiques. La voix des entreprises, également publié dans Wola, rapporte les réactions des employés (y compris de quelques cadres) et ouvriers d'une entreprise de Varsovie. Il faut souligner que l'auteur, pour réaliser les interviews, a dû agir ouvertement. Deux enseignements doivent être tirés des réponses qu'il a recueillies : d'une part, toutes sont opposées à l'état de guerre ; de l'autre, l'attitude des cadres (et en particulier celle du directeur adjoint) témoigne de leur crainte devant la force de la résistance et de leur volonté de se ménager la sympathie des militants de Solidarité.

Le dernier article, tiré d'un des bulletins qui circulent dans tie dans sa tentative de faire jouer aux organes d'autogestion ouvrière le rôle de courroie de transmission de sa politique économique et de leur faire porter la responsabilité de la faillipar les conseils ouvriers de se laisser manipuler.

Ces quelques éléments, qui éclairent la situation en Pologne quatre mois après le coup de force de la bureaucratie, confirment l'appréciation d'un commissaire militaire exprimée au cours d'une conférence destinée à expliquer la situation actuelle aux membres du Parti ouvrier unifié polonais (POUP) de la radio et de la télévision polonaise : « Nous sommes encore vraiment loin de pouvoir fêter la victoire. Nous pouvons encore nous retrouver en face de choses, de phénomènes, d'événements, que nous ne sommes même pas en état d'imaginer maintenant. Tout est encore possible. (1) »

Cyril SMUGA 15 avril 1982. 1. Le Monde du 15 avril 1982 a publié de très larges extraits de ce document passionnant et révélateur.

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