toujours à la recherche de la guerre d'une part et la mise sur pied de l'admi- Golan, a déclaré : « J'ai cessé d'être un
ISRAEL
Michel WARSCHAWSKI
Même si plusieurs ministres israéliens ont tenté jusqu'au bout de conditionner le retrait définitif du Sinai à une série de nouvelles concessions de la part de l'Egypte, Menahem Begin, le chef du gouverne.
ment israélien, s'est fait une raison et, le lundi 25 avril, le drapeau égyptien flottera à nouveau sur l'ensemble de la péninsule du Sinai. Géographiquement parlant,
Israël redevient le petit pays d'avant la de juin 1967. Ce qui aura sans guerre aucun doute des implications à la fois sur le plan militaire et dans le domaine de la psychologie des masses israéliennes.
Avec l'achèvement du retrait du
Sinaï, se termine bien plus qu'une étape dans l'application des accords de Camp
David.
Le problème posé aujourd'hui aux dirigeants de l'Etat sioniste est de savoir comment renverser, ou tout au moins freiner, le cours des événements, c'est- à-dire la détérioration du rapport de force global au détriment de l'Etat d'Israël.
C'est par rapport à cette question qu'il faut comprendre les récentes initiaisraéliennes dans les territoires
Israël après la remise du Sinai. (DR)
LA SITUATION D'ISRAEL
* Beyrouth
AU 26 AVRIL 1982
LIBAN
Haifa
MER
MEDITERRANEE
Tel Aviva
Amman
Jerusalem
Gaz crod MER
Rafah
IC MORTE
Yammit 6
ISRAEL
• Ismailia
*Col de Gidi
* Col de Mitia
SINAI
Eilat Akaba
TE
ARABIE
SAOUDITE
Dahab
[Di-Zahav)
Chara el-Cheikh-
(Dfira)
MER ROUGE
Le gouvernement Begin
occupés de Cisjordanie, de Gaza et du Golan, et la volonté non dissimulée du gouvernement Begin de se lancer dans une nouvelle aventure militaire contre le Liban et la Syrie.
L'annexion du plateau du Golan nistration « civile » en Cisjordanie et dans la bande de Gaza de l'autre ont, chacune à leur manière, pour objectif de dépasser un point de non-retour pour des territoi res qu'Israël considère comme définitivement intégrés à l'Etat juif. Ce n'est pas un hasard si la référence est l'année 1948, qui avait vu la création de l'Etat juif dans la foulée d'une victoire militaire sur les armées arabes et l'expulsion de plusieurs centaines de milliers de Palestiniens. Le rêve ouvertement exprimé de certains dirigeants israéliens est de « refaire 1948 ». C'est-à-dire créer une situation qui permette de briser le mouvement national palestinien - politiquement et militairement - et de réduire d'une façon substantielle le nombre de Palestiniens sous domination israélienne. C'est cela, et non un accès de folie qui aurait saisi Menahem Begin et son ministre de la Défense, Ariel Sharon, qui permet d'expliquer l'extrê me gravité des mesures prises au cours de ces dernières semaines par les autorités israéliennes dans les territoires occupés.
L'annexion du Golan devait être un acte purement formel. La population syrienne du Golan ne compte pas plus de 13 000 âmes et s'est caractérisée, au cours de ces quinze dernières années, par son apparente passivité. Le refus quasiment unanime de la population du Golan d'accepter, à l'automne dernier, des cartes d'identité israéliennes aurait dû pourtant constituer un avertissement pour les autorités d'Israël. Cependant, sous la pression des colonies juives du Golan, le gouvernement Begin, en décembre 1981, pretendait faire des habitants arabes du Golan des citoyens de fait de l'Etat d'Israël. Face au refus unanime de la population, et après s'être convaincu que la détention administrative de 11 prétendus meneurs ne résolvait rien, le gouvernement décidait de mettre les quatre villages concernés en état de siège, de couper le téléphone, les vivres et les services médicaux et de réduire par la faim et la répression militaire la grève générale des arabes du Golan.
Plusieurs dizaines de blessés par balles, le cheptel décimé, plusieurs dizaines de personnes emprisonnées, n'ont pas réussi à briser la population arabe du Golan dont l'héroïsme sans précédent oblige aujourd'hui le gouvernement à faire machine arrière.
Yehouda Har'el, porte-parole du Comité des colonies juives du Golan, qui avait été à la tête du mouvement « Ne pas perdre le Nord » exigeant l'annexion du expert des questions druzes (les Arabes du Golan sont des Druzes). Je me suis complètement trompé ... votée la loi du Golan, j'étais certain qu'il n'y aurait plus de problème druze. Je me suis trompé ... J'ai cru que l'arrestation de quatre dirigeants pro-syriens suffirait. Là encore, je me suis trompé. Ils ont lancé une grève générale. Nous avons alors dit au gouvernement: "Aucun probleme, laissez-les faire la grève pendant deux ans". Mais cela aussi, c'était un mauvais conseil. » (Haaretz, 13 avril 1982). Aujourd'hui, les colonies juives du Golan organisent des délégations et envoient des fleurs aux habitants arabes du Golan dont la grève se poursuit avec plus de détermination que jamais. Ce qui n'empêche pourtant pas le même Yehouda Har'el de poursuivre : « Les Druzes se mettent en danger, à mon avis. Si une guerre éclate - et qui peut croire qu'il n'y aura pas une guerre ? —, ils se trouvent tout près de la frontière. N'importe quel chef de bataillon pourrait les expulser. »
En Cisjordanie et dans la bande de Gaza, l'opposition quasiment unanime à l'administration civile du colonel Menahem Milson a entraîné une répression encore plus violente. La démission des maires de El Bireh, de Naplouse et de Ramallah, la fermeture de l'Université de Bir Zeit et, de fait, de celle de Bethléem, la fermeture répétée des quotidiens arabes, la censure, l'arrestation et l'assignation à résidence de plusieurs dizaines de dirigeants, n'ont constitué que la première phase de la nouvelle vague de répression.
Ont suivi la mise en état de siège de plusieurs villes et camps de réfugiés, l'arrestation de plusieurs centaines de prétendus manifestants dont plusieurs dizaines ont déjà été condamnés à de lourdes amendes ou à des peines de prison ferme, et l'assassinat de plusieurs dizaines de personnes, soit au cours de manifestations soit dans des circonstances non encore éclaircies. Pour la première fois, l'armée a reçu l'ordre de tirer dans la foule et elle ne s'en est pas privée. C'est par centaines que l'on doit compter les blessés par balles. Tout se passe comme si le général Ariel Sharon voulait pousser la population palestinienne à se soulever, ce qui entraînerait alors des mesures de représail-
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Neguev JORDANIE fes Suez
les qualitativement nouvelles et une dynamique ouvrant la voie à l'expulsion, ou tout au moins à l'exode de centaines de milliers de Palestiniens.
RESISTANCE DETERMINEE
DES POPULATIONS OCCUPEES
La répression sanglante en Cisjordanie et dans la bande de Gaza prend sa source dans un projet politique dont l'horreur n'a d'égal que l'utopie. Elle dé. coule aussi de la détermination de la population et de l'ampleur de ses mobilisations contre les nouvelles mesures du gouverne. ment Begin. Jour après jour, de nouveaux secteurs de la population palestinienne se joignent à la lutte. La répression des masses ne fait même pas la différence entre « extrémistes » et « modérés ». Bien plus, pour Ariel Sharon et Menahem Milson, il n'y a pas de « modérés » : seuls les quelques dizaines de collaborateurs des prétendues Ligues des villageois sont dignes de confiance, les autres sont tous des agents de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), ou tout au moins des gens soumis à la pression de cette dernière. C'est ce qui explique pourquoi les appels à la grève sont aujourd'hui suivis par tout le monde et partout. Aucune municipalité, même pas celles de Bethléem et de Gaza, n'ont accepté de collaborer avec Menahem Milson. Et les rares personnes restées encore passives face aux événe. ments se sont lancées dans la bataille après l'agression criminelle contre la mosquée d'Omar à Jérusalem.
Ce qui saute aux yeux, c'est l'absence de peur. Les manifestants sont pour la plupart des jeunes souvent nés après l'occupation par Israël en juin 1967. Pour eux, l'occupation n'est pas une parenthèse mais une réalité qu'ils ont toujours connue. Quand ils passent les barrages de l'armée, ils ne cachent pas leur haine et, face à la troupe, ils ne reculent pas. Malgré la censure, la presse israélienne a fait état de dizaines de cas où les soldats ont été obligés de s'enfuir face à quelques dizaines d'écoliers. plus en plus, des patrouilles militaires sont attaquées à l'aide de coktails molotov. Dans certains quartiers et dans de nombreux camps de réfugiés, l'armée ne peut pénétrer qu'à condition de mobiliser des forces importantes. A la déclaration de Menahem Milson selon laquelle il s'agirait d'une guerre contre l'OLP et non contre les Palestiniens, ces derniers ont répondu clairement et d'une façon massive : « Nous sommes tous l'OLP ! » Et partout, sur les écoles et sur les mosquées, aux fenêtres des maisons et sur les murs, apparaissent des drapeaux palestiniens qui, sitôt enlevés par les forces d'occupation, sortent à nouveau sur d'autres demeures.
Plus admirable encore est la résistance héroïque des 13 000 habitants du Golan: " Plutôt mourir que de perdre l'honneur ! », cette phrase que l'on peut entendre à longueur de journée dans le Golan syrien n'est pas un slogan de théâtre. La calme détermination des habitants du Golan a obligé, après plus de deux mois de grève, l'ensemble de la popula-
Jeunes manifestants palestiniens. (DR) tin d'Israël à prendre au sérieux ceux qui affirmaient : « Même si cela doit durer plusieurs années, nous continuerons notre lutte jusqu'à ce que le gouvernement israélien accepte nos revendications. » Malgré l'arrestation de nombreux dirigeants, l'état de siège total, de nombreux blessés, la faim et la maladie, la population reste complétement soudée.
" S'il le faut, nous ferons un grand kibboutz pour nous aider les uns les autres à tenir », nous avait dit, il y a deux mois, un des dirigeants aujourd'hui emprisonnés. En effet, depuis quelques jours, les grévistes ont décidé d'autoriser les agriculteurs à cultiver à nouveau leurs terres. Ces derniers donnent un quart de leurs aux ouvriers. « Je les envie, a déclaré récemment Rasiq Halabi — journaliste druze connu de la télévision israé.
officier de réserve dans l'armée -, eux au moins, ils ont une identité, moi pas. » (Cité par Haaretz, 13 avril 1982).
Honneur, identité, c'est aussi une question de terres. Dès le lendemain du vote de la loi d'annexion du Golan, les arpenteurs israéliens étaient sur le plateau du Golan, aprés que le nouveau responsable du ministère de l'Intérieur pour le Golan ait expliqué : « Selon la loi israélienne en vigueur aujourd'hui, 90 % des terres du Golan appartiennent maintenant à l'Etat d'Israel. »
On raconte que, quelques jours avant tristement célèbre Israël Kenig, est venu rencontrer les notables du Golan qui lui ont demandé de reconsidérer l'application de la nouvelle loi. A quoi il leur a répondu qu'il n'était pas venu traiter avec eux, mais leur expliquer leur devoir : « Je ne suis Israël Kenig, a-t-il ajouté, et si vous ne me connaissez pas, demandez aux Arabes de Galilée. » Les notables lui ont répondu : « Nous, nous sommes les Druzes du Golan, et si tu ne nous connais pas, demande Turcs, aux Français, aux Anglais et aux Syriens. » Plus personne en
Israël n'ignore plus qui sont les Druzes du Golan et ce dont ils sont capables. Ce qui a contribué à provoquer un changement de l'attitude de l'ensemble de la population israélienne par rapport à leur lutte.
OPPOSITION GRANDISSANTE A LA POLITIQUE DE REPRESSION
La provocation du Golan a été le détonateur d'une vague de protestation qui ne cesse de grandir contre la politique répressive du gouvernement Begin-Sharon. Pousser à la grève générale une population qui s'était distinguée par son apparente intégration à l'occupation israélienne, pousser les Druzes d'Israël - la partie la moins politisée de la population palestinienne d'Israël - à se solidariser avec leurs frères du Golan, créer un exemple d'organisation, de détermination et d'intelligence tactique pour la population de Cisjordanie et de Gaza, c'en était trop, y compris pour le Parti travailliste.
De jour en jour, de nouvelles personnalités se joignent au concert de protestation contre les méthodes de répression barbares utilisées pour briser la population du Golan. Y compris les habitants du nord d'Israël, qui ressentent fortement l'absence de la main-d'œuvre arabe. Le dernier exemple de cette opposition grandissante à la politique de Menahem Begin dans le Golan est la position du plus célèbre juge de la Cour suprême, aujourd'hui à la retraite, le juge Haim Cohen qui, dans une conférence de presse qui a fait la « une » des journaux israéliens, a confirmé une à une les accusations portées par l'Association pour le droit des citoyens et le Comité de solidarité avec la population arabe du Golan. Haim Cohen a affirmé que ce n'était pas la loi israélienne qui était appliquée dans le Golan, mais une loi barbare et des pratiques qui foulent aux pieds les droits de l'homme les plus élémentaires. La longue réponse du porte-parole de l'armée et les de Menahem Begin contre l'ancien juge n'ont fait que donner plus d'échos encore aux accusations de Haim Cohen.
Menahem Begin. (DR)
En pleine crise du Golan, le gouvernement a décidé de lancer une offensive répressive contre la population palestinienne et de se confronter les armes à la main avec plus d'un million de personnes. Que cette politique ait fait en un mois plus d'une vingtaine de morts et des centaines de blessés (il est impossible d'en connaître le chiffre exact), prouve que la seule issue que laisse ouverte la nouvelle stratégie de Sharon-Milson, c'est la répression sanglante contre l'ensemble de la population palestinienne des territoires occupés. Cette politique n'est pas seulement criminelle, elle apparait comme complètement inefficace et contre-productive. Jamais la population palestinienne n'a été aussi soudée dans sa résistance, jamais les collaborateurs n'ont été plus isolés, jamais la mobilisation n'a été si déterminée.
Comme l'a écrit l'ancien responsable des services de sécurité israéliens Avraham A'haitouv, « les ministres de la Défense ont réussi (dans le passé) à mettre sur pied une politique dont le titre pourrait être "calmer la situation" ... Il est évident qu'une telle politique est contradictoire avec la volonté d'imposer un changement du régime de domination dans les territoires. Imposer, par sa définition même, implique inciter à des troubles. » Après avoir démontré que la politique du bras de fer ne fait que renforcer la résistance, Avraham A'haitouv a conclu : « On peut calmer le terrain. Le chemin est certes difficile, mais il n'y a qu'une voie qui peut nous mener au but : la manœuvre et la patience. Je crains que la méthode dure ne nous éloigne de l'objectif. » (Haaretz, 16 avril 1982). Ces réflexions reflètent un sentiment largement partagé par la population israélienne et de nombreux cercles de l'establishment. De plus, l'impact de la politique criminelle dans les territoires occupés pour la société israélienne, l'avenir qu'elle prépare, n'échappe pas à ceux qui rêvent encore d'un sionisme « sain d'esprit et aux mains propres ». Le journal Haaretz s'est fait, ces deux derniers mois, le porte-parole de cette critique globale de la politique du gouverne. ment par rapport aux territoires occu-
Les révélations sur les crimes perpétrés quotidiennement par les forces d'occupation poussent de plus en plus de personnes à prendre clairement position contre le gouvernement. C'est ce qui explique pourquoi le Parti travailliste a rejeté la proposition d'un gouvernement d'Union nationale dont l'acceptation aurait provoqué une scission en son sein, et pourquoi le Mouvement pour la paix maintenant, Peace Now, s'est, après plusieurs mois où il avait disparu de la scène politique et après avoir refusé de prendre position sur le problème des territoires occupés, finalement décidé à se mobiliser contre la répression dans les territoires occupés.
Le Mouvement Peace Now s'était jusqu'à présent toujours intentionnellement limité au soutien aux accords de Camp David et n'avait mobilisé des dizaines de milliers de personnes que comme force de
avant la fin du retrait du Sinai. Ses pro- fois au bord de la guerre, d'une façon si pression sur le gouvernement pour qu'il ne laisse pas passer l'occasion offerte par l'initiative du président Anouar el Sadate. Proche des positions travaillistes et dirigé en partie par des membres des kibboutzims travaillistes, Peace Now s'était refusé à défendre une position - même mo-
- contre l'occupation. La manifestation qui s'est déroulée le 27 mars à Tel Aviv, à l'appel de Peace Now, marque en ce sens un tournant qualitatif (cf. enca-
Trois jours plus tard, c'était au tour de la population palestinienne d'exprimer sa solidarité avec ses frères des territoires occupés. Après s'être massivement mobilisés en solidarité avec la population du Golan, y compris les notables druzes d'Israël traditionnellement proches du pouvoir, c'est entre 70 et 80 % de la population arabe d'Israël qui a répondu le 30 mars à l'appel à la grève générale lancé par le Comité national pour la défense des terres arabes et par le Comité des maires arabes d'Israël. Moins spectaculaire que la Journée de la terre du 30 mars 1976, le 30 mars 1982 a été la mobilisation la plus massive et la plus unie que la palestinienne d'Israël connue depuis 1948.
Mais la résistance à la politique de Begin-Sharon ne se limite pas à la population palestinienne et aux sionistes modé. rés proches de Peace Now. Le gouvernement du Likoud est aussi confronté à une opposition très large au sein des masses populaires juives sur ce qui est le cadre général de sa politique, à savoir la tentative de provoquer une nouvelle guerre au ProOPPOSITION TRES LARGE AUX
MANŒUVRES BELLICISTES
Menahem Begin voulait une guerre
En pleine confrontation entre le gouvernement et l'armée d'une part, et les En outre, le fait que le Comité de solidarité avec l'université de Bir Zeit ait pres ministres l'ont fait savoir à la presse pour que celle-ci mette le gouvernement en difficulté et l'empêche ainsi de se landans une aventure sanglante. Mais pour Menahem Begin et Ariel Sharon, ce n'est que partie remise. Les déclarations en ce sens se sont multipliées tous les jours au cours de ces deux derniers mois Moshé Arems, l'ambassadeur d'Israël à Washington, a parlé de « guerre préventive ». Le ministre des Affaires étrangères Shamir a promis d'« écraser les organisations terroristes et leurs chefs dans leurs propres bases ». Ariel Sharon a répété tous les deux jours : « Il est possible que nous puissions lancer une action. » Le gé. néral en chef Eitan a déclaré : « Israël prendra l'initiative et, du point de vue d'Israël, il n'y a pas de cessez-le-feu. » Quant à Menahem Begin, il a solennelle. ment promis que si un seul Juif était tué, la guerre aurait lieu. Chaque incident, comme l'attentat contre l'ambassade israélienne à Paris ou une infiltration de combattants sur le front du Jourdain, est monté en épingle et utilisé pour renforcer le potentiel militaire à la frontière et créer une hystérie belliciste en Israël. Le gouvernement n'hésite même pas à monter de toute pièce de prétendues infiltrations visant à justifier la déclaration du général en chef selon laquelle le cessez-le-feu n'existe plus. Ce qui lie pour mains du gouvernement israélien, c'est d'abord le veto américain contre toute aventure militaire, au moins avant le parachèvement du retrait des forces israéliennes du Sinaï. Mais c'est l'absence de consensus national sur cette question.
Si une guerre devait éclater, pour la première fois dans l'histoire de l'Etat juif, le peuple israélien ne serait pas uni derrière le gouvernement. « La principale raison pour laquelle Israël a été par deux
publique, découle du fait qu'il n'y a aucune menace militaire et qu'il n'existe aucune justification militaire, ni directe ni même indirecte, pour déclencher une guerre. S'il existait une seule raison pour lancer une guerre maintenant, on n'en parlerait pas tellement, mais on se préparerait discretement et on agirait par surprise. Dans les quatre guerres que nous avons eues, deux ont été provoquées par les Arabes et deux lancées par Israël. Mais il n'y a dans aucune des quatre jamais eu aucun doute, et certainement pas en
Ice qu'écrit Yoel Mareus, un des commentateurs israéliens les plus
Et il ajoute : * Maintenant, la situation est différente. Non seulement les colombes les plus modérées, mais même des spécialistes militaires, ne comprennent pas la nécessité d'une initiative militaire d'envergure. Le réchauffement de l'atmosphère est done artificiel et vise à préparer le terrain pour un objectif qui est fondamentalement politique. C'est de là que découlent le scepticisme et les craintes d'une nouvelle guerre à travers le pays, y compris chez les ministres.» (Haaretz, 13 avril 1982.)
Dans le même article, Yoel Marcus parle d'un groupe d'officiers supérieurs et de ministres, autour du général Ariel Sharon, qui poussent en direction d'une épreuve de force: « Ce groupe regrette d'avoir dû signer le cessez-le-feu (avec l'OLP) qui entrave les mains d'Israël et donne une respectabilité aux terroristes. Ce n'est pas un hasard si, depuis que Sharon est ministre de la Défense pas encore un an -, c'est la seconde fois qu'Israël se trouve au bord d'une initiative militaire sans aucune justification militaire apparente, uniquement parce que Monsieur Sharon voit dans la destruction de L'OLP, dans l'effacement de P'OLP de la carte, un remède miracle aux dangers politiques qui menacent Israël. »
C'est précisément sur ce terrain que le gouvernement israélien est minoritaire. De plus en plus rares sont ceux qui croient qu'il existe des remèdes miracles, et plus rares encore sont ceux qui croient qu'une guerre peut résoudre quoi que ce soit. Preuve en est la pétition que font signer les habitants de localités situées près de la frontière Nord et qui affirment que les Palestiniens respectent à 100 % le cessez-le-feu et qu'ils ne voient aucune raison pour qu'Israël mette fin au calme qui règne dans le Nord. Ceux qui font signer cette pétition sont les mêmes qui acclamaient il y a moins d'un an Menahem Begin quand il se vantait de déloger en quelques heures les missiles syriens du Liban. Ce qu'expriment d'une facon active et directe les habitants des localités du nord d'Israël est en fait un sentiment tres largement partagé par les travailleurs, s'exprime pas de facon C'est bien là une des raisons pour lesquelles Menahem Begin a tant besoin d'un gouvernement d'Union nationale. Et c'est là aussi la raison pour laquelle le travailliste Shimon Perez s'y refuse. Mena.
Les soldats de hem Begin veut créer l'Union sacrée par en haut afin d'aiaer à la cristallisation de cette dernière parmi les masses. Shimon Perez, qui connaît les sentiments des masveut se démarquer de la politique de Menahem Begin - même si, en fait, les divergences entre les travaillistes et le Likoud ne touchent pas au fond du problème mais au style uniquement -, et ne se déclare prêt à rejoindre le gouvernement qu'une fois la guerre dé. clarée, pouvant alors affirmer qu'une fois la patrie en danger il n'y a plus lieu d'exprimer publiquement des divergences ... VERS UN LARGE MOUVEMENT
CONTRE LA GUERRE ET L'OCCUPATION La répression sanglante dans les territoires occupés et les préparatifs pour une aventure militaire contre l'OLP et la Syrie sont déjà deux faces d'une même politique dont l'objectif utopique est de revenir en arrière sur le cours de l'histoire et de ramener la situation politique à ce était dans les années 1950 et 1960, en détruisant la réalité nationale palestinienne, en brisant la force politique et militaire des Etats arabes et en redonnant à la population juive d'Israël la foi en la pérennité et le toute-puissance du
L'establishment sioniste et la bourgeoisie israélienne ne se trompent pas dans leur évaluation de la gravité de la crise et dans leur recherche de solutions radicales. Mais les masses juives d'Israël sont plus clairvoyantes dans leur estimation du rapport de force réel dans la région. C'est là la raison de leur refus de se mobiliser derrière la campagne belliciste de Menahem Begin et de la crainte que l'idée
Begin répriment les Palestiniens à Naplouse. (DR) d'une nouvelle guerre provoque chez la des Israéliens. Cette crainte d'une nouvelle guerre et ce refus de payer une fois de plus le prix d'une aventure militaire qui sera incapable d'améliorer la situation des masses israéliennes, tant du point de vue de la sécurité que de celui des conditions de vie, est la base objective pour l'émergence d'un vaste mouvement contre la guerre.
Comme l'explique une récente résolution du Comité central de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), section israélienne de la IVe Internationale, « l'objectif numéro 1 des forces progressistes est aujourd'hui de tout faire pour que les sentiments pacifistes des masses travailleuses se transforment en mouvement de masse contre la guerre et l'occupation. Aux mouvements existant déjà, mais encore minoritaires et isolés des masses travailleuses, qui se mobilisent contre les occupations et contre les aventures bellicistes, de faire tout ce qui est possible pour s'adresser aux plus larges couches de la population et leur offrir un cadre de résistance contre la politique qui, en dernière analyse, lie l'ensemble des partis sionistes contre l'intérêt des travailleurs. Aux forces de gauche, sionistes et anti-sionistes, de tout faire pour orienter le mouvement anti-guerre dans cette direction. »
Pour la première fois, Israël ne se retrouve pas uni face à l'ennemi et va à la guerre quand le gros de ses troupes traîne la patte. C'est là un tournant radical dans l'histoire du sionisme.
Michel WARSCHAWSKI Tel Aviv, 20 avril 1982.