Inprecor 1974–2004

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ISRAEL

Après la remise du Sinaï à l'Egypte

· Inprecor n° 125, 3 mai 1982 · p. 5 · 1 108 mots

Palestine et Israël Liban

Après la remise du Sinaï à l'Egypte pype in du ratement si aura tete dime USQU'A la date limite de la restitution du Sinai à l'application du traité de paix israélo-égyptien. Ce qui inquiète, en effet, le plus les dirigeants israéliens, c'est l'après-25 avril 1982. Menahem Begin et son équipe ont donc, à leur façon, préparé depuis des mois cette échéance. Après avoir purement et simplement annexé le plateau syrien du Golan, Menahem Begin faisait passer, fin 1981, la Cisjordanie et la bande de Gaza sous administration civile israélienne et, le 21 avril, il lançait une attaque aérienne contre le Liban à Damour, à 10 km au sud de Beyrouth. Comme le note le Monde du 23 avril, « ces raids ont revêtu une gravité particulière, en raison tout d'abord de leur exceptionnelle violence ». Les appareils israéliens participant aux bombardements (au nombre de douze) ont fait au moins 25 morts.

En restituant le Sinai à l'Egypte, le gouvernement Begin ne veut laisser planer aucune ambiguïté sur les suites éventuelles de cette évacuation. Les ouvertures faites par l'Egypte aux autres Etats arabes, les déclarations de Yasser Arafat le 17 mars (« Le président Moubarak sera l'ami des Palestiniens ..., une nouvelle carte politique du Proche-Orient sera redessinée cette année (...) avec le retour de l'Egypte au sein du monde arabe. ») inquiètent le gouvernement israélien, car elles pourraient faciliter la relance d'une initiative autour du plan Fahd saoudien et des discussions sur l'éventualité de la création d'un Etat palestinien dans les territoires occupés.

Ce que le gouvernement sioniste veut faire comprendre aux Etats arabes, à l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) et aux masses palestiniennes, c'est qu'il n'y a d'autres issues que la guerre ou une négociation-capitulation à l'image des Accords de Camp David. C'est-à-dire la reconnaissance de l'Etat sioniste, non dans ses frontières - comme voudraient le faire croire les bourgeoisies européennes qui font de cette reconnaissance par l'OLP un préalable à la négociation sur la création d'un Etat palestinien, mais dans le cadre du Grand Israël incluant la Cisjordanie, la bande de Gaza et les hauteurs du Golan. Tel est l'objectif avoué de Menahem Begin, trente-quatre ans après la création d'Israël.

Pour atteindre ce but, il faut l'écrasement, l'anéantissement de la résistance palestinienne à l'extérieur comme à l'intérieur. D'où les bombardements au Sud-Liban et la répression sanglante contre les masses palestiniennes dans les territoires

Cyniquement, le gouvernement israélien avait d'ailleurs officieusement fait part de ses projets. Selon une dépêche adressée au département d'Etat par l'ambassadeur des Etats-Unis en Israël, Samuel Lewis, et reproduite dans la presse israélienne (Jerusalem Post, 15 janvier 1982), le gouvernement israélien avait envisagé 10 « surprises » - parmi lesquelles certaines ont déjà été réalisées — avant l'évacuation définitive du Sinaï : la non-évacuation du restant du Sinaï, le transfert des bureaux du Premier ministre à Jérusalem-Est, une invasion du Sud-Liban, une attaque aérienne contre les missiles syriens dans la vallée de la Bekaa, l'extension de la loi israélienne à l'ensemble des territoires occupés, le refus de remettre à l'Egypte deux iles dans le détroit de Tiran, une intensification des attaques israéliennes contre les bureaux de l'OLP, y compris en Europe, bombardement des installations nucléaires libyennes et pakistanaises en cours de construction ...

Accessoirement, le gouvernement Begin ne néglige pas quelques manœuvres diplomatiques afin de neutraliser ou divi-

ISRAEL ser les Etats arabes, et de donner quelques raisons à l'impérialisme ou aux bourgeoisies occidentales de justifier leur « modération ». Il en fut ainsi de l'accord de cessez-le-feu au Liban signé le 24 juillet 1981 sous l'égide des USA et allègrement violé aujourd'hui. Il en est ainsi de l'« engagement » pris par Menahem Begin devant François Mitterrand de ne pas attaquer le Sud-Liban, pour le dédouaner de sa visite en Israël ..., engagement violé quelques semaines plus tard, ce qui montre le peu de cas que Menahem Begin fait des discours et des accords diplomatiques.

Mais cette politique est lourde de dangers et de menaces pour toutes les forces conservatrices en présence. Pour les Etats arabes, même les régimes les plus réactionnaires, l'exemple de l'Egypte et l'assassinat d'Anouar el Sadate l'ont montré : la poursuite de la politique de paix séparée avec Israël, la capitulation devant l'Etat sioniste sont, à terme, incompati. bles avec le maintien de la"paix sociale" à l'intérieur. Une telle politique menace les régimes les plus conservateurs et la stabilité de cette région stratégique. C'est ce que comprennent tant la monarchie d'Arabie Saoudite ou le régime jordanien que les bourgeoisies européennes qui recherchent une issue négociée qui ne soit pas la simple réédition du traité égypto-israélien ou des Accords de Camp David. Tous comprennent l'inefficacité à long terme d'une politique à courte vue visant à imposer la paix telle que la comprennent Washington et l'Etat sioniste : un protectorat militaire israélien sous couvert d'« autonomie » dans les territoires occupés.

La montée de la résistance des masses palestiniennes, sa généralisation et son unification ne font que préfigurer ce qui adviendra si la politique de Menahem Begin se poursuit. Déjà, il y a un décalage entre les manœuvres diplomatiques de l'OLP à l'extérieur et la mobilisation de la population palestinienne à l'intérieur. La crainte des directions petites-bourgeoises arabes est que ce décalage n'aille croissant et menace à terme leur domination. Mais tel n'est pas le souci de Menahem Begin. Son projet de Grand Israël implique nécessairement l'écrasement de la résistance et l'expulsion des masses palestiniennes de leur territoire : ce projet ne peut évidemment pas s'accomoder de la perspective de la création d'un Etat palestinien même limité à la Cisjordanie et à Gaza qui signifierait la restitution de ces territoires et, selon Menahem Begin, un danger mortel pour Israël.

Mais cette politique sape, à plus ou moins long terme, les bases de la politique Begin-Sharon. Les jeunes Palestiniens, les adolescents, les enfants qui manifestent les mains nues à coups de pierres contre l'armée israélienne, confirment une fois de plus qu'aucune armée d'occupation ne peut faire disparaître un peuple qui lutte pour sa terre et la liberté.

C'est cette compréhension, ce sentiment qui, pour la première fois, commence à pénétrer certains secteurs de la population israélienne et leur refus de la guerre.

La seule solution révolutionnaire et internationaliste passe par la lutte conjointe des masses palestiniennes et israéliennes contre le sionisme, pour le retrait des territoires occupés, la cessation des agressions israéliennes au Liban, l'arrêt des préparatifs de guerre. Pour la première fois, une telle mobilisation ne relève pas de l'utopie, comme l'a montré la manifestation de dizaines de milliers de personnes le 27 mars dernier à Tel Aviv contre la guerre et l'occupation.

Jeannette HABEL 26 avril 1982.

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