Avec la mort de Robert Havemann, le 19 avril 1982, le mouvement d'opposition en République démocratique allemande (RDA) vient de perdre son repré sentant le plus prestigieux, en quelque sorte son symbole. Robert Havemann était un des plus grands physiciens de notre époque, spécialiste de la photosynthèse. Condamné à mort par les nazis pour profit de l'Union soviétique, il obtient la vie sauve parce que la Wehrmacht s'intéresse aux résultats de ses travaux théoriques, qu'il est autorisé poursuivre en attendant son exécution. Libéré par l'Armée rouge au moment de la chute de Berlin, le 2 mai 1945, il devient membre du PC. Résidant à Berlin-Ouest, il est nommé directeur du Kaiser Wilhelm Institut, le prestigieux centre de recherches en sciences naturelles de l'ancienne capitale allemande. Mais en 19481950, il est victime du maccarthysme : sous la pression des autorités militaires américaines, il est démis de ses fonctions sous prétexte de son appartenance au PC et de son élection à la première Chambre du peuple de la jeune RDA fondée le 30
Il change alors de domicile pour Berlin-Est et devient président de l'Académie des sciences de la RDA, haut dignitaire du parti et de l'Etat, titulaire de toutes les décorations imaginables. Mais le rapport Khrouchtchev au XXe Congrès du PCUS de février 1956 le fait rompre idéologiquement et politiquement avec le stali-
A partir des années 1960, il donne à l'Université Humboldt de Berlin-Est des cours qui deviennent de véritables appels en faveur d'un marxisme ouvert et critirécupérant tous les acquis de la science contemporaine. Après avoir subi la répression des nazis et celle de l'impé. rialisme américain et ouest-allemand, le voilà en butte à la répression reaucratie stalinienne. Il est démis de toutes ses fonctions, exclu du parti, assigné à résidence, isolé de ses étudiants, de ses
Robert Havemann avait recu beaucoup de propositions des autorités de Ber lin-Est, comme de milieux scientifiques et politiques occidentaux, pour émigrer. Il les avait rejetées courageusement et systé matiquement, en utilisant la belle formule : « Je suis un communiste démocratique qui reste dans son camp. » Il avait dé fendu avec passion le Printemps de Prague
et le mouvement de Solidarnose et avait publiquement protesté contre leur répression. Il représentait ce qu'il y avait de meilleur et de plus prometteur parmi les communistes allemands qui, sans encore passer au marxisme révolutionnaire, rompent avec le stalinisme tout en restant encore marxistes.