Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

USA

Le credo des « Reaganomics »

· Inprecor n° 126, 17 mai 1982 · p. 9-10 · 1 679 mots

États-Unis Économie mondiale Paix et armements

Prendre aux pauvres pour donner aux riches, la politique de Reagan vue par Granma. (DR)

Ou la cruelle farce de

'EST enroulés dans le drapeau de la théorie de « l'économie de loffre » (suppl, side) que Ronald Reagan et

• ses sbires ont lancé leur programme de « réarmement de l'Amérique ».

Selon cette théorie, si le capitalisme peut fonctionner librement, la production (l'offre) engendrera des revenus (salaires, profits et rentes diverses) qui, dépensés, absorberont les marchandises produites sur le marché.

dérivent directement de cette affirmation.

Tout d'abord, une croissance de la production (offre) éliminera le chômage et les capacités productrices non utilisées dans les entreprises.

Charles-André UDRY

L'administration républicaine a mis en pratique ces principes : réduction des impôts avant tout pour les riches-qui-investissent (ceux dont le revenu dépasse les

80 000 dollars annuels épargnent ainsi

15 000 dollars ; ceux dont le revenu oscille entre 10 000 et 20 000 dollars épargnent 220 dollars) ; réduction sévère des dépenses du côté de la demande improductive (dépenses sociales toutes catégories) ; accroissement des dépenses du côté de l'offre (commandes militaires, subsides aux investissements dans la région de la

Caraibe ...) ; libération des entreprises de divers contrôles (pour exploiter sans entraves).

En résumé :

transfert en direction des riches sur le dos des pauvres.

L'ineptie de cette théorie se révèle déjà au niveau le plus général. Rien n'assure que l'accroissement de la production par un ou des capitalistes créera un volume correspondant de demande ou une structure de demande adéquate à la production. Si c'était le cas, pourquoi les capitalistes ne relancent-ils pas la production à chaque signe de déclin ? Pourquoi n'appliquent-ils pas la « théorie de l'offre » ? En fait, ils attendent des signes de réactivation de la demande - conjointement à l'amélioration des profits — avant d'augmenter la

Ils l'ont production.

toujours fait, ils le feront encore. Sinon, récessions y aurait-il des cycles et des pourquoi

Mais, au-delà de ces évidences et du démenti têtu infligé par l'évolution même du capitalisme américain, deux raisons concrètes expliquent l'échec de cette théorie et de cette politique, mesuré à l'étalon des promesses électorales.

Premièrement, mettre de l'argent (aide directe ou indirecte) dans le tiroir-caisse des grands trusts aurait encore un sens si ces derniers étaient à court d'argent.

Mais, pour nombre d'entre eux, ce n'est

"l'économie de l'offre" automatiquement. Deux propositions credo de la « reaganomics ». pas le cas. L'argent qu'ils détiennent, ils ne l'investissent pas productivement. En effet, des opérations plus profitables et plus sûres sont à faire dans le domaine des placements financiers à court terme.

Deuxièmement, étant donné les capacités de production non utilisées, avec l'effet escompté sur le taux de profit, les capitalistes ne sont pas enclins à se lancer dans de gigantesques investissements d'élargissement de la base productive. Sous l'effet de la concurrence internationale, ils peuvent rationaliser, mais avec les effets négatifs sur l'emploi. Par contre, ils veulent bien voir leurs impôts être réduits fortement. Spécialement les entreprises

LOS POBRES

MÁS

POBRES NEЗA

Ensuite, la politique de relance ne doit viser qu'un but :

éliminer tous les obstacles à la production et la soutenir. Tout ce qui concerne la demande (par exemple : dépenses sociales, allocations chômage ...) et qui répondrait à un accroissement de l'offre doit être négligé. L'ajustement offre-demande se fera

Si cette recette est appliquée, tout devrait marcher parfaitement : production, profits, emplois, productivité. Voilà le

Dès lors, de quel remêde les monopoles (ceux qui déterminent l'offre) ont-ils besoin ? Selon Ronald Reagan, d'argent d'abord ; ne pas être entravés par les règlements ensuite.

qui sont « dans le rouge », endettées jusqu'au cou ... alors que les taux d'intérêt sont élevés.

LA GUERRE

CONTRE LES PAUVRES

En 1981, 29,3 millions d'Américains étaient recensés comme pauvres.

Sont considérés comme tels ceux dont le reve.

nu annuel est inférieur à 8414 dollars

(environ 50 000 francs français) pour une famille de quatre personnes.

50 % des familles pauvres ont à leur tête une femme seule; 30% des pauvres sont des

Noirs. Ce chiffre de 29 millions sera lar-

LOS

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RE COR

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gement dépassé en 1982 sous l'effet de la récession et du chômage. Fred Crawford, chercheur en sciences sociales, indique que « l'on assiste à la création d'une nouvelle classe de pauvres. Ce sont des gens qui avaient un revenu, qui disposaient d'une maison, entretenaient une famille et ont perdu leur travail » (Newsweek, 5 avril 1982). La part de ceux qui restent en permanence en deçà du seuil fatidique de pauvreté ne cesse de croitre.

suivant son credo, Ronald Reagan opère des coupes sombres avant tout dans les dépenses sociales destinées aux pauvres. La liste des « économies »

- Bons pour l'alimentation. Pour économiser 2 milliards de dollars pour l'année fiscale 1982, 2 millions de pauvres vont être rayés des listes.

Aide médicale. Les 22 millions de bénéficiaires devront payer une part accrue de leurs dépenses de santé. Ils se soigneront moins: « l'économie » sera de 1,9 milliard de dollars.

- Programme pour l'emploi et la formation. Le chômage frappe de plus en plus, mais 2 milliards de dollars seront « économisés ». La situation financière des Etats qui doivent prendre en charge ces dépenses (« nouveau fédéralisme ») les empêchera d'y faire face. Nouvelle « économie ». Pour mieux saisir la dimension des coupes demandées, il suffit de mettre côte à côte les chiffres suivants : Ronald Reagan demande pour la formation une enveloppe de 1,8 milliard de dollars, le Sénat en demande 3,8 milliards, tandis que le House Labor Comittee en demande 5,1 milliards ...

- Aide au logement. Les salariés ne peuvent plus honorer les intérêts des prêts hypothécaires et payer les factures de gaz et d'électricité dont les prix s'envolent. Pourtant, une économie de 428 millions de dollars est prévue pour l'année fiscale 1982. Les aiguilleurs du ciel licenciés par Reagan. (DR)

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- rrogramme de nutrition. Dans le budget de 1982, l'aide aux repas scolaires est réduite de 30 à 50 %. L'aide pour la nutrition des enfants en bas âge de familles pauvres est réduite. Et tant pis pour la mortalité enfantile.

- Aide aux familles nombreuses. En 1982, 1,2 milliard de dollars seront économisés sur le dos, essentiellement, des familles à charge d'une femme seule.

Pour « assainir » le capitalisme passe de la « guerre contre la pauvreté » - des années 1950 et 1960 du boom de l'économie impérialiste les pauvres. Voilà comment se concrétise l'aide au secteur productif aux dépens du secteur improductif. Evidemment, le nouveau char de combat américain Abrams, au coût d'1,5 million de dollars la pièce, est comptabilisé dans le secteur productif. (The Economist, 13 mars 1982).

LICENCIEMENTS EN MASSE

Pour compléter ces mesures gouvernementales, les capitalistes licencient à tour de bras. En mars 1982, sur les 110 millions de travailleurs millions étaient officiellement au chôma-

La statistique sous-évalue la Dans la sidérurgie, il y a eu 100 000 licenciés; dans l'automobile, n'empêche pas le gouvernement de limiter les dépenses publiques, et les municipa lités en crise financière personnel des services publics.

Certains proclament pourtant que les salariés sont gagnants ... puisque l'inflation a baissé. Voici ce que pense d'une hebdomadaire dessus de tout soupçon, Business Week : « La contraction dans les offres d'emploi combinée avec le plus grand risque perdre son emploi, mine le bénéfice déridu taux d'inflation ... » (Business Week, 12 avril 1982). De plus, le virus de l'inflation bien installé dans l'organisme de l'économie capitaliste manifestera à nouveau ses effets pervers aussitôt passé le premier moment d'une future relance.

Les mesures de restructuration vont bon train. Cela conduit le sous-secrétaire d'Etat au Commerce à déclarer : « Même s'il y a une reprise industrielle, il y aura 500 000 postes de travail de moins qu'il y a cinq ans. » (New York Times, 14 janvier 1982). Les conditions de travail se dégradent sous l'impact de la recherche de plus-value : « Les risques d'accidents du travail ont atteint les niveaux les plus élevés depuis l'époque des "sweatshops" (ateliers d'immigrés du et la période des "speedups" (travail à la chaîne des années 1920 et 1930). » (New York Times, 23 décembre 1981).

Sous l'effet du chômage, la pression à la baisse sur les salaires est très forte : de 4 à 5% en termes réels dans de nombreux cas. Par contre, pour ce qui est des d'armement, tout va pour le mieux, Jusqu'en 1981, elles croitront de 16% par an. Au plus fort moment de la guerre du Vietnam, la hausse a été de

L'envers du « miracle » américain. (DR) 14 % (Time, 22 mars 1981). Au premier

1982, les commandes d'armement à l'industrie ont augmenté de 50% par rapport à la même période de 1981. reculent (Business Week, Or, pour financer de telles dépenses, il emprunter. budgétaire pour l'année fiscale 1983 est estimé à 124 milliards de milliards de plus que les prévisions faites en février 1982). Ces emprunts massifs de l'Etat réduisent le crédit pour les autres et poussent les intérêts à la hausse, d'autant politique monétaire est (anti-inflationniste). découle une contraction de la demande d'automobiles, de biens ménagers, de à crédit). dépenses d'armement mettent du beurre sur la tartine de Chrysler, Boeing (qui a même licencié des milliers d'ouvriers à Seattle), Lockheed, mais elles d'effets d'entraînement sur toute l'économie et accroissent toutes les contradictions productives et financières.

Pourtant, une étude récente indique qu'« un milliard de dollars investi pour des missiles crée 14 000 emplois, alors que la même somme consacrée à des hôpitaux en créerait 48 000 » (Time, 22 mars 1982). C'est là une condamnation radicale des partisans du « moins d'Etat » et du plus d'armes. C'est là une condamnation du capitalisme en tant que tel.

Cette condamnation commence à se manifester,

Les mobilisations contre l'intervention au Salvador ou contre la guerre l'indiquent. Le chemin sera long.

« La Brèche » numéro 274 Lausanne, 17 avril 1982.

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