Inprecor 1974–2004

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USA

Nouvelle récession : vers un chômage record

· Inprecor n° 126, 17 mai 1982 · p. 6-8 · 3 331 mots

Économie mondiale Syndicalisme États-Unis

'AMERIQUE a terminé l'année 1981 en plein marasme économique. Ce n'est pas là un phénomène totalement nouveau pour les Etats-Unis qui, depuis la Seconde Guerre mondiale, ont connu une croissance beaucoup moins régulière que celle des pays capitalistes européens.

Mais la récession actuelle - la neuvième depuis 1945 - est remarquable par bien des aspects : elle ne survient qu'une année après la précédente, celle du deuxième trimestre 1980 ;

Michel NOYER

La baisse de l'activité économique générale se lit dans l'évolution du produit national brut (PNB) pour l'année

1981, qui a décliné de 1,6 % — en taux annuel - deuxième trimestre, a remonté au de

1,4% au troisième (ce sursaut ne doit pas faire illusion, il correspond à l'aug.

mentation des stocks et des profits réalisés à l'étranger) et a baissé de 4,7 % au quatrième trimestre. La production industrielle, elle, a connu une chute de 9,7 % entre juillet 1981 et lanvier 1982. La baisse de plus en plus rapide des indicateurs de croissance économique montre que la tendance n'est pas sur le point de s'inverser.

UNE RECESSION SEVERE

Pour se convaincre qu'il s'agit bien là d'une crise de surproduction, telle que le capitalisme en a connu depuis son apparition, il suffit de jeter un coup d'œil sur l'évolution des stocks des entreprises, qui se sont rapidement accrus depuis l'été 1981, annonçant de nouvelles réductions de la production dans le but d'écouler les marchandises déjà accumulées, ou pour suivre l'évolution du degré d'utili.

sation des capacités de production. En novembre 1981, l'industrie manufacturière ne travaillait qu'à 75 % de ses possibilités, alors que le taux normal — en période de croissance - est supérieur à 84 %.

A cette baisse de la production correspond un ralentissement de la demande. Les secteurs les plus touchés sont la consommation de biens durables, qui s'est effondrée de 23 %

- en taux annuel - au deuxième trimestre 1981, pour remonter au troisième, et la construction qui a suivi une courbe comparable au deuxième trimestre, mais dont la chute s'est encore accélérée au troisième trimestre avec un taux de 33 %. L'investissement en capital fixe est aussi à la baisse, dans des proportions moindres, de même que les exportations et les dépenses du gouvernement.

Pour ce qui est de ce dernier, seules les

Nouvelle récession:

vers un chômage record

syndicats. dépenses militaires connaissent une croissance réelle positive.

On retrouve également une des caractéristiques du capitalisme du 3e âge : la persistance de l'inflation. Après les taux records de 1979 et 1980 — la hausse des prix était alors respectivement de 11,2 % et 13,5 % par an —, la récession a ramené l'inflation à des taux plus habituels de 5 à 6% à la fin 1981, mais cela reste élevé, car il est à peu près certain que les prix vont à nouveau augmenter avec la reprise. Piquets de grève. (DR)

TRESPASSING Le marché financier connaît égale. ment un déséquilibre important, lié à des taux d'intérêt exceptionnellement élevés, qui ont joué un rôle de détonateur dans le déclenchement de la récession. En effet, ils ont imposé un coût prohibitif à la consommation à crédit. Cette évolution des taux d'intérêt est étroitement liée à la politique monétaire et budgétaire du gouvernement. Cette persistance de taux d'intérêt élevés est indiscutablement un obstacle à la reprise de l'économie.

Les chiffres qui précèdent donnent l'idée d'une récession sévère, plus grave elle survient six mois après l'élection de Ronald Reagan, qui a juré de ramener la prospérité économique, grâce à ses diminutions d'impôts et à ses coupes dans le budget ; elle survient à la veille des plus importantes négociations de contrats collectifs depuis trente-cinq ans, intéressant 4,5 millions de travailleurs, et les entreprises auront beau jeu de pleurer misère et de brandir la menace du chômage pour obtenir des concessions des bien que moins brutale que celle de 1980, parce qu'elle dure plus longtemps. Il n'est pas certain toutefois qu'elle atteigne l'importance de celle de 1974-1975, qui a été la plus grave de l'après-guerre.

LES INDUSTRIES DE BASE

SONT GRAVEMENT TOUCHEES

Ces chiffres globaux révèlent ne qu'en partie la gravité de la situation pour les industries de base, celles qui ont assuré la prospérité de l'économie américaine au cours des trois dernières décennies.

Dans l'automobile, l'année 1981 a été celle des plus mauvaises ventes depuis

1961 : 6.2 millions de voitures vendues contre 9,3 en 1978, la meilleure année.

Aujourd'hui, cette branche ne travaille qu'à 50 % de ses capacités, ce qui entraíne de sévères pertes financières pour l'en-

En

1980 déjà, semble de la branche.

Chrysler était au bord de la faillite et n'a pu être sauvé que par un prêt du gouverconditionné à d'importantes nement, concessions des syndicats.

Avec l'automobile, la construction est la grande victime des taux d'intérêt élevés, personne ne songeant actuellement à s'endetter pour construire une maison.

La crise s'est aussi transmise amont, aux industries qui fournissent des matières premières et des produits semi- finis à ces deux secteurs. Cela est vrai, en premier lieu, pour la sidérurgie qui connaît une crise de surcapacité analogue à celle de la sidérurgie européenne. Circonstance aggravante, les tubes d'acier nécessaires à l'extraction du pétrole, qui ont contribué à la diversification des débouchés de la sidérurgie au début de la récession, vont connaitre probablement une baisse dans la demande de près de 25 % en 1982. En effet, l'industrie du pétrole, en plein boom à la suite de l'augmentation des prix, est en train de saturer le marché et de ralentir ses investissements qui ont connu une croissance de 150% entre 1978 et 1981.

La contraction de la demande ne fait que relancer la guerre commerciale entre

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Américains, Japonais et Européens. Il est vrai que, normalement, un cinquième du marché intérieur de l'acier est couvert par les importations et que ce taux est passé à plus d'un quart en novembre 1981. Les Américains se plaignent amèrement des pratiques commerciales de leurs concurrents japonais et européens, les accusant de vendre leurs produits à des tarifs anormalement bas. Une négociation avec les fabricants européens vient par ailleurs

La chimie de base est également affectée par la contraction des débouchés en direction de l'automobile et de la construction. Le problème de rentabilité qui est, d'une manière ou d'une autre, à l'origine de toute récession capitaliste, est parfaitement décrit par un dirigeant de l'inchimique : « Vous ne faites de bien ni à vous-mêmes ni à la branche en répétant mécaniquement que vous devez produire davantage à n'importe quel prix. Maintenant, tout le monde fait beaucoup plus d'analyse coût-bénéfice, en comparant coût d'exploitation et prix de vente. » (Business Week, janvier 1982).

L'industrie des machines est directement affectée par la stagnation de l'investissement dans l'ensemble de l'industrie, même si elle peut espérer profiter des investissements de rationalisation qui suivront la récession. Le secteur de la maparticulièrement exposé à la concurrence étrangère qui contrôle déjà près du quart du marché américain.

Les industries les moins touchées par la crise et celles qui promettent de rapporter les plus gros profits à l'avenir sont les industries de pointe, à haute technolo gie, telles que l'électronique, l'informatique, les produits pharmaceutiques et la sante. Mais ces industries sont loin d'être assez importantes pour induire, à moyen terme, une croissance accélérée dans l'ensemble de l'économie.

La récession ne se traduit pas seulement par une baisse de l'activité économique, mais aussi par une réorganisation et par une concentration du capital. On fantastiques opérations financières qui portent parfois sur plusieurs milliards de dollars. Une partie d'entre elles ont une nature nettement spéculative, les sociétés préférant utiliser leurs liquidités dans des opérations à court terme plutôt que d'investir dans un avenir incertain, d'autres cherchant différencier leur champ d'activité.

C'est le cas d'US Steel, le géant de l'acier, qui a pris le contrôle de la compagnie pétrolière Marathon Oil Company, pour la modeste somme de 6,3 milliards de dollars, payés cash, après une bataille homérique contre Mobil. US Steel n'hé. site pas, par ailleurs, à fermer des hauts fournaux et à licencier des milliers de travailleurs qui ne sont plus rentables ...

LA RECESSION

ET L'OFFENSIVE CONTRE

LA CLASSE OUVRIERE La volonté de remettre en cause les acquis de la classe ouvrière n'est pas nouvelle, elle date de l'apparition des dif.

AFL CE /LCIO AND JOBS ( JOBS ISTICE AFL CIO JOBS JOBS AFL CIO JOBS AFL CH PLATEES INDIAN JOP

IND CL ficultés du capitalisme au début des années 1970. Mais la récession actuelle aggrave notablement le chômage, rogne le niveau de vie de la classe ouvrière et va fournir l'occasion aux capitalistes d'essayer de signer des conventions collectives qui entérinent un recul pour les tra-

Depuis une quinzaine d'années, chaque récession aggrave quelque peu le chômage, dans ce sens que, même lorsque ce dernier diminue avec la reprise suivant la crise, il ne revient jamais au niveau précédent la récession. C'est ainsi qu'après avoir atteint 7,6 % de la population active en octobre 1980, il n'est redescendu qu'à 7% en juillet 1981, à la veille de la récession, et qu'il vient d'atteindre 8,9 % à fin 1981. Le taux de chômage est presque parvenu au record de 9 % enregistré en mai 1975, au plus fort de la crise. Il ne fait aucun doute qu'il va crever ce plafond dans les prochains mois de 1982.

Le chiffre de 8,5 % publié pour janvier 1982 doit être interprété avec précaution. Il est largement tributaire de la mé. thode statistique utilisée pour éliminer l'effet des variations saisonnières et n'a fait l'objet d'aucun commentaire triomphaliste de la part des autorités. Plus significatif est le fait qu'en janvier 1982 l'emploi total est inférieur à ce qu'il était en décembre 1981.

Le pourcentage actuel représente 9,5 convient d'ajouter 1,2 million de personnes « découragées de chercher un emploi » et qui, dans les statistiques américaines, ne sont plus comptées ni dans la population active ni parmi les chômeurs. Les syndicats relèvent, en outre, que 5,4 millions de travailleurs qui désireraient un emploi à plein temps doivent se contenter d'un emploi à temps partiel. On arrive ainsi à 12% de chômeurs complets ou

Seul un tiers d'entre les 9,5 millions touchent des indemnités de chômage, alors qu'en 1975, la proportion s'élevait à deux tiers. Depuis lors, Jimmy Carter,

0E5 OCAL UNION 1393 ALEX AFL CIO L.B.E.W JOBS AFL CIO JOBS INTENA Tobs CALUNION 1393

B.E.W. @ AFLGIO NO REAGANOMICS AND MORE JOBS Manifestation contre les « Reaganomies » à Indianapolis. (DR) puis Ronald Reagan ont modifié la loi, rendant l'obtention d'indemnités plus difficile. La hausse du taux de chômage est due à l'augmentation de la population active (les nouveaux venus sur le marché du travail) et à la diminution du nombre d'emplois disponibles, effective depuis le mois d'août. Les licenciements ont partiaugmenté depuis le mois d'octobre 1981.

Le chômage frappe les travailleurs avec une grande diversité du point de vue social, selon le type d'industrie et la ré. gion. Du point de vue social, les plus atteints par le chômage sont les jeunes entre 16 et 19 ans, avec 21,7 % de chômeurs, et les Noirs et les autres minorités avec 16,1 %, tandis que, pour les jeunes de couleur, le taux dramatique de 42 % est avancé par le Bureau des statistiques du travail. Il est également à noter que les travailleurs des bureaux, les « cols blancs », commencent à être touchés par

Les industries les plus affectées par la récession ont, bien entendu, un taux de chômage supérieur : l'automobile, 21,7%; la construction, 18,1 %; l'acier, 13,2 % ;

textile, 13,9 %; le caoutchouc et le plastique, 11,5 %.

La région la plus atteinte est l'Est industriel, la région des Grands Lacs. L'Etat de l'Ohio, par exemple, affiche 12,5 % de

Men décembre 1981; le Michigan, 15,1 %. Les Etats du Middle West, traditionnellement agricoles, sont moins

Ces différences sont importantes, car elles sont une base objective pour la division de la classe ouvrière, mais aussi parce qu'elles peuvent être à l'origine de révoltes brutales des catégories les plus défavorisées.

En reconstituant l'armée de réserve industrielle, la crise a, entre autres, pour effet de faire pression Ce processus risque d'avoir des conséquences d'autant plus graves que le pouvoir d'achat des travailleurs est en

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constante diminution depuis 1978. En tenant compte du coût de la vie, le salaire hebdomadaire moyen a baissé de 3,3 % entre 1978 et 1979, de 5,8 % entre 1979 et 1980 et de 0,9 % au cours des huit premers moir de 1981. Les impôts accentuent encore cette tendance : le revenu disponible après impots d'un salarié avec trois personnes à charge a connu l'évolusuivante: 1978-1979, 1979-1980, - 6,5 %; 1981 (huit premiers mois), — 1,9 %.

Lorsque de toutes parts on entend que, pour combattre l'inflation, il faut modérer les hausses de salaires, on comprend aisément que le but poursuivi est en fait de poursuivre la diminution des salaires réels dans les années à venir.

Un nombre exceptionnel de contrats collectifs arrive Pour les dirigeants d'entreprises, l'objectif est clair : signer des conventions qui remettent en question des acquis des travailleurs et n'assurent pas la compensatin de l'augmentation du coût de la vie. De nombreuses branches sont concernées. Parmi elles, le pétrole, les transports, l'industrie des pneumatiques, l'équipement électrique, la construction et les employés des Etats et des communes ; en tout près de 4,5 millions de travailleurs. Mais la négociation que tout le monde considère comme la plus importante, parce que seraux autres branches, doit avoir lieu dans l'automobile.

Il faut dire que l'affaire prend une dimension nationale et que les pressions exercées sur les travailleurs sont très fortes. Le bruit court, dans les milieux financiers de New York, que les géants de l'automobile exagèrent actuelles pour gagner le plus possible sur les contrats. Il ne se passe guère de jours sans que les journaux ne publient des interviews de travailleurs effrayés par le chômage et favorables à des concessions, fassent apparaître les comme égoïstes et surtout minoritaires.

La situation dans l'automobile est significative de ce qui se passe dans les autres secteurs. Partout, le patronat essaie des avantages matériels, se disant prêt à associer d'une manière ou d'une autre les syndicats à la gestion des entreprises ou, mieux encore, certaines sociétés déficitaires n'hésitent pas à négocier des participations aux bénéfices pour les employés ...

Le gouvernement, fidèle à ses principes de libéralisme, n'est pas partie prenante des négociations, ce qui ne l'empêche nullement de prêcher la « modération » aux salariés, afin de lutter contre l'inflation, son objectif (avoué) numéro un.

LE GOUVERNEMENT

EST-IL RESPONSABLE DE LA RECESSION ? De nombreux commentateurs reprochent à la politique économique du gouvernement d'avoir précipité, puis aggravé, la récession. Certes, la banque centrale américaine, le Federal Reserve Board (FED), mène une sévère politique de restriction monétaire qui conduit à une hausse vertigineuse des taux d'intérêt. Ce. la a entraîné, dès le printemps 1981, une baisse de la construction, financée par des hypothèques, et de la consommation à crédit, ce qui touche les biens durables et particulièrement les voitures. De là, la récession s'est étendue aux autres secteurs. L'investissement a lui aussi été directement affecté par les taux d'intérêt éle.

Contrairement à ce qui s'était produit lors des précédentes récessions, le FED refuse toujours obstinément de relâcher le carcan monétaire, rendant ainsi la reprise plus difficile. La discussion de la budgétaire est plus complexe, car il faut distinguer les intentions de la pratique réelle.

L'intention initiale était de réduire le déficit budgétaire afin de parvenir l'équilibre en 1984. Dans cette perspective, le budget était clairement déflationniste, Les coupes sombres dans les crédits de fonctionnement et les dépenses sociales représentent une attaque directe contre les employés de la fonction publique et surtout une brutale réduction du salaire indirect de l'ensemble des travailleurs, c'est-à-dire des prestations sociales en argent et des services gratuits ou à bas prix qu'ils reçoivent de l'Etat.

La réalité est que l'augmentation des dépenses militaires, combinée avec la réduction des impôts, conduit à un déficit de 100 milliards de dollars pour 1982, et des montants équivalents sont prévus pour les années suivantes. projets se réalisaient, cela représenterait une politique de relance classique par les dépenses d'armement, combinée avec un transfert de revenus des pauvres vers les riches. Ce qui ne manquerait pas de relancer l'inflation. Mais, tant les dépenses militaires que les diminutions d'impôts sont échelonnées dans le temps et n'ont pas encore joué un rôle stimulant important. Aucun projet de relance à court terme à combattre les difficultés de l'heure n'a, jusqu'à présent, été évoqué.

Il est donc certain que la politique suivie par Ronald Reagan a joué un rôle de détonateur dans la récession et que son administration n'a rien fait pour en freiner le déroulement. Il serait toutefois faux de ne voir les causes de la crise que dans la politique économique du gouvernement. Le système capitaliste engendre lui-même les déséquilibres qui conduisent périodiquement à des récessions.

Au cours de la dernière décennie, ces contradictions ont atteint un niveau tel qu'elles ont compromis la croissance pour longtemps. Elles ont également rappro. aux intérêts des travailleurs.

aggravé les phases de récession. Sans analyser de façon plus détaillée les structurelles du capitalisme américain, nous nous bornerons à citer les sont apparues dès la seconde moitié années 1960, la faiblesse de l'investissement, le poids des activités tertiaires improductives, un développement inégal à l'intérieur même du pays, où subsistent d'importantes poches de misère qui nécescoûteux programmes de lutte contre la pauvreté afin de prévenir les

Tous ces facteurs des Etats-Unis sur le monde capitaliste. L'émergence de la concurrence européenne et japonaise a aggravé en retour ces déséquilibres internes.

Actuellement, les experts prévoient la reprise de la conjoncture pour l'été 1982. Fort peu d'entre eux estiment qu'elle sera vigoureuse. Il est difficile de dire dans quelle mesure le chômage massif va déprimer la consommation. Le système de crédit continue à se détériorer et n'est pas à l'abri d'un effondrement brutal, même si les autorités monétaires et les grandes banques feront tout pour l'éviter.

L'inflation va augmenter à nouveau dès la reprise venue et le chômage va s'accroître dans les mois à venir, sans pour autant diminuer immédiatement après le retournement conjoncturel, car les entreprises attendent toujours que la croissance se confirme avant de réengager du per-

Le gouvernement va sans doute infléchir sa politique et prendre quelques mesures de relance. En effet, l'élection de l'ensemble de la Chambre des représentants et d'un tiers du Sénat, en novembre 1982, l'oblige à obtenir des résultats économiques positifs, sous peine de conduire le Parti républicain (GOP) à la défaite.

Il est malheureusement prévisible que la riposte syndicale ne sera pas à la mesure de l'attaque contre les travailleurs, même si des batailles sectorielles sont probables. Dans l'ensemble, les directions syndicales continueront à appuyer le Parti démocrate (DP) en guise de lutte contre le programme de Ronald Reagan.

Ce sera l'occasion pour les partisans d'une réelle défense des intérêts des travailleurs de montrer qu'il existe une alternative possible à la ligne des directions syndicales. Une telle opposition s'est déjà manifestée publiquement dans le syndicat des transporteurs, par une conférence de presse et une pétition appuyée par 10 000 signatures exprimant leur désaccord avec les concessions salariales (New York Times, 18 décembre 1981). La gigantesque manifestation qui, à l'appel des syndicats, a rassemblé plus de 500 000 personnes opposées à la politique de Ronald Reagan, à Washington en septembre 1981, ou l'échec, le 28 janvier, des négociations ouvertes à la General Motors à la demande de la direction, montrent qu'un potentiel de mobilisation existe et qu'il pourrait ne pas se limiter à faire pression sur le Congrès, mais être vers des objectifs plus conformes La diminution radicale des dépenses sociales et la flambée du chômage pourraient entraîner dans les mois qui viennent de violentes explosions de colère, analogues à celles qu'a connues la Grande-Bretagne dans un passé récent. Dans ce cadre, la nécessité d'un mouvement ouvrier anticapitaliste, politiquement indépendant de la bourgeoisie, se fait plus que jamais sen-

27 février 1982.

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