Dans un article de l'hebdomadaire Bandera Socialista — organe du Parti révolutionnaire des travailleurs (PRT), section mexicaine de la IVe Internationale - du 29 mars 1982 dont nous publions ci-dessous de larges extraits, le camarade Alvaro Lain dénonce la campagne menée par l'Etat et la bourgeoisie au Mexique contre les réfugiés d'Amérique centrale dans l'Etat de Chiapas au sud du pays. Tendant à criminaliser les Centro-Américains qui ont trouvé refuge dans cette région pour mieux justifier le « bouclage » de la frontière sud du Mexique, cette campagne est aussi dirigée contre le mouvement populaire mexicain de cette région du pays.
Au cours de la 64e Assemblée de la Confédération des chambres nationales du commerce (CONCANACO), le président de la Confédération patronale de la République du Mexique (COPARMEX), José Luis Condreau, a réaffirmé la position de la bourgeoisie mexicaine par rapport à la situation en Amérique centrale et ses effets directs sur le Mexique. de quitter la région parce que « les guérilleros ne les laissent pas travailler », car ils « sont menacés, volés et leurs machines attaquées ». Finalement, il a demandé que l'on « contrôle » les Centro-Américains, qu'« on arrête les infiltrations de guérilleros » et que l'on « boucle » la frontière les infiltrations et la contamination idéologique.
Par ailleurs, la très officielle et pro-gouvernementale Confédération nationale paysanne (CNC) a récemment tenu une réunion à Venustiano Carranza, dans l'Etat de Chiapas, pour « dénoncer » les infiltrations de guérilleros et accuser les Salvadoriens et les Guatémaltèques de tous les problèmes que rencontrent l'Etat et la bourgeoisie dans cette région. Tous les mouvements sociaux qui se sont déroulés là-bas, et plus généralement dans le Sud sont mis sur le dos des Salvadoriens et des Guatémaltèques, et y compris des membres du PRT mexicain ont été dénoncés comme des « étrangers » qui viennent subvertir l'« ordre » sacré.
Toute cette furieuse agitation réactionnaire est destinée à justifier la militarisation de l'Etat de Chiapas et à permettre que les escadrons de la mort du Guatemala puissent agir impunément contre
Selon l'édition du 18 mars du journal El Dia, José Luis Coindreau a affirmé que le gouvernement devait redéfinir sa politique extérieure vis-à-vis de l'Amérique centrale. Il a soutenu, par exemple, que le gouvernement ne devait plus prêter de l'argent ni fournir d'appui au Nicaragua, et que le triomphe du communisme au Salvador constituait un danger pour le Mexique, parce qu'il étendra ses efforts jusqu'aux principaux pays d'Amérique latine. Il a aussi déclaré que l'Etat de Chiapas était infiltré par les guérilleros centroaméricains qui « causent des problèmes aux chefs d'entreprise et sont une source de contamination idéologique dans la région » ; que les chefs d'entreprise qui utilisent des machines agricoles sont obligés les réfugiés centro-américains sur le territoire national mexicain. Ce n'est un secret pour personne dans cet Etat que les services de renseignement de l'armée guatémaltèque, à la fois police secrète et terrible bande criminelle, y agissent au grand jour, disposant d'un local et travaillant en étroite collaboration avec la police et l'ar-
Dans cet Etat est en train de se développer une guerre larvée contre les masses misérables qui luttent pour leurs droits. Il est certain que la révolution centro-américaine affectera profondément le Mexique et que sa principale voie de communication passe justement par l'Etat de Chiapas. Cela non pas parce que les Salvadoriens ou les Guatémaltèques arrivent dans le pays en y apportant leur « virus » communiste, mais parce que le processus révopropre de ces pays éveille la conscience des masses mexicaines qui ne trouvent pas de différence entre la situation sociale et politique du Salvador et du Guatemala, et leur propre situation.
Les Centro-Américains sont les derniers intéressés à faire de la politique dans l'Etat de Chiapas. Pour eux, le simple refuge sur le territoire mexicain, ou une prise de position élémentaire de solidarité du
gouvernement mexicain à leur lutte, ou la simple solidarité du peuple mexicain avec eux, est bien plus important que la création de « guérillas » dans cette région.
C'est là une position entièrement des Centro-Américains. dant, la bourgeoisie et l'Etat, à travers des organisations comme la centrale paysanne officielle (CNC) liée au Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) gouvernemencontre les Centro-Américains, y compris en collaborant à la répression contre ces peuples. Mais il ne s'agit pas seulement de répression contre ces peuples humiliés et qui souffrent ; il s'agit aussi de créer des prétextes pour réprimer le mouvement de masse mexicain lui-même, il s'agit de couper des à présent les bourgeons de la lutte populaire sur notre frontière Sud.
Avec cela, la bourgeoisie essaie d'empêcher que la lutte ne se généralise dans toute la région et serve, objectivement, de grand arrière stratégique au processus révolutionnaire vernement se prépare à cette évolution de la situation. C'est précisément pour cela que le peuple mexicain doit apporter son aide au processus révolutionnaire guatémaltèque, et qu'il doit être en mesure de se battre pour que la frontière Sud soit un arrière stratégique de la révolution centro-américaine.