Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

CATALOGNE

Après la scission du Parti socialiste unifié de Catalogne (PSUC)

· Inprecor n° 127, 31 mai 1982 · p. 29-31 · 2 998 mots

Chine État espagnol France Syndicalisme

Après la scission au sein du Parti socialiste unifié de Catalogne (PSUC)

A crise du Parti socialiste unifié de Catalogne (Partit Socialista Unificat de Catalunya - PSUC) a d'ores et déja

• donné naissance à deux partis. De toutes les façons, avec la scission récemment intervenue, la crise, loin d'être close, est en train de prendre de nouvelles formes. Le courant conserve le sigle du PSUC, amalgame d'« eurocommunistes orthodoxes » et de ceux qui étaient appelés « léninistes », a vu, peu après son Vle Congrès des 19, 20 et 21 mars, se réouvrir les conflits en son sein et les démissions, dans le même temps qu'il éprouvait les plus grandes difficultés pour récupérer son ancienne capacité d'initiative et de mobilisation.

Le Ve Congrès du PSUC de janvier

1981 avait ouvert publiquement la crise avec le vote majoritaire des délégués au

Congrès pour la suppression de la référence à l'eurocommunisme, en même temps qu'une série d'amendements plus avancés que la résolution politique initialement

A partir de ce moment, toute la bataille politique entre l'ancienne direction du PSUC, la majorité de la nouvelle direction élue par le Congrès et la direction du

Parti communiste espagnol (PCE), a été centrée autour de la « normalisation » du

PSUC sur la base du retour à l'eurocommunisme. Tous les coups ont été permis dans cette bataille, qui a mené à la scission de ce qui était le principal parti ouvrier de Catalogne (1). Toute une politique répressive et fractionnelle a été mise en œuvre, qui a constitué une violation de l'esprit comme de la lettre du Congrès, par le biais de campagnes de presse, de sanctions, de dissolutions en bloc d'instances, par des exclusions, etc. Ceux qui s'appellent les « léninistes », et qui constituent le courant intermédiaire entre les

« eurocommunistes » et la gauche, qui prétendaient élaborer une espèce d'« eurocommunisme de la crise », bien que ma.

joritaires au niveau de la direction, ont été laminés au niveau de la base au cours de tout ce processus, durant lequel leurs sans l'avoir vraiment rechersont vus acculés à jouer le rôle essentiels dans la « normalisation ».

Il ne faut pas s'étonner, dans ce cadre, de ce que la polémique ait essentiellement porté, au cours du VIe Congrès, sur les questions organisationnelles.

contenu politique du Congrès s'est limité à une simple justification de la récupération du terme « eurocommunisme » pour définir la politique du parti, si bien que le débat souterrain sur l'avenir des PC n'a fait qu'être effleuré, et encore bien marginalement. Le mot d'ordre du Congrès, qui 1 « Un parti communiste pour une politieurocommuniste », a été non seulement par les eurocommunistes « radicaux » comme Jordi Borja, le chef de file des « banderas blancas » (2), mais également par Nicolas Sartorius, vice-secrétaire du PCE. Les uns et les autres ont défendu la nécessité que le parti comme sa politique eurocommuniste, pour en arriver, dans le cas des « banderas blancas », à proposer une « troisième fondation du PSUC » qui ouvrirait la voie à sa reconversion vers la crate qu'ils avancent.

La majorité de la direction a défendu ce mot d'ordre sous deux aspects : d'une part, il s'agissait pour elle de maintenir les signes d'identité du PSUC face à la pression politique exercée par les socialistes ; par ailleurs, elle l'a également élément d'autodéfense à-vis du nouveau PCC, dont un des axes de critique est la défense des acquis du

Mais l'essentiel du VIe Congrès du PSUC a été consacré à des discussions sur la participation et le rôle des différents courants qui subsistent dans ce parti au niveau de la direction. Des heures et des heures de discussion, de négociations de couloir, de réunions au dedans comme au dehors de la commission des candidatures, ont accaparé l'attention des délégués au Congrès au cours de séances-marathon.

Le rapport des forces au sein du Congrès et, au-delà, dans ce qui reste du PSUC, est clairement en faveur des « eurocommunistes ». Les « léninistes » se sont vus réduits à une partie de l'appareil des Commissions ouvrières (CCOO) et du parti lui-même, tandis que la majorité de sa base abandonnait le PSUC pour passer au PCC ou pour venir gonfler le large secteur de ceux qui restent dans l'expectative sans s'affilier à l'un ou l'autre des deux partis.

Pendant ce temps-là, le secteur « eurocommuniste » a pris, à la suite du

CATALOGNE

Le Parti des communistes de Catalogne (Partit dels Comunistas de Catalunya - PCC), qui est la dénomination adoptée par l'aile gauche du PSUC, regroupe bon nombre de cadres du mouvement syndical et des divers mouvements de masse. Il a fait preuve d'un activisme et d'une capacité de mobilisation qui peuvent même se convertir en obstacles pour sa propre clarification politique, qui serait de faire de sa rupture avec l'eurocommunisme un véritable règlement de comptes avec le réformisme. Comme l'a montré le Congrès tenu par le PCC les

9, 10 et 11 avril derniers, la majeure partie des problèmes politiques posés sont restés sans solution.

Congrès, le contrôle de l'ensemble de l'appareil du parti, évinçant les « léninistes » qui avaient dû assumer la pénible tâche d'expulser le courant de gauche. Cette volonté de placer des « eurocommunistes » de confiance à tous les postes clefs a déjà premiers affrontements

En effet, si le Vle Congrès s'est polarisé autour de la candidature au poste de secrétaire général entre Paco Frutos (secré taire depuis le Ve Congrès et leader « léniniste ») et Gutierrez Diaz (ancien secrétaire et l'un des porte-parole des « eurocommunistes »), mettant en péril jusqu'à l'unité même de ce qui reste du PSUC, la crise s'est approfondie par la suite.

Paco Frutos, nommé secrétaire géné ral adjoint dans l'ombre de Gutierrez

Diaz, a présenté sa démission irrévocable de sa charge et de l'exécutif du parti, quand le secrétariat à l'organisation a été rénové en faveur d'Antomi Cuadras, un homme de confiance de Gutierrez Diaz.

D'autres « léninistes » du Comité exécutif ont préféré opter pour accorder un délai de cent jours à la nouvelle direction pour continuer à y participer ou non. La lutte pour le pouvoir devient ainsi la triste caractéristique d'un parti divisé en deux, dont le fonctionnement est financé à 90 % par les subventions de l'Etat (3) et dont le poids dans le mouve-

1. Cf. Joan Font, « Catalogne : le PSUC au bord de l'éclatement » et «"Une rénovation du

PSUC est nécessaire" ... Entretien avec Leopoldo

Espuny, membre du CC du PSUC », Inprecor numéro 114, du 7 décembre 1981.

2. Surnommés de la sorte parce que provenant de l'organisation gauchiste « Bandera Roja », dont les dirigeants sont passés au PSUC en

1974 pour y devenir les porte-parole de la droi-

3. La législation espagnole subventionne les partis « parlementaires » en fonction de leur nombre de sièges dans les parlements des nationalités et dans celui de l'Etat, et également en fonction du nombre de voix qui se sont portées sur eux. Il faut compter dans ces 90 % la part des salaires des élus du PSUC qui est reversée à

Page 30

en attribuait entre 12 000 et 15 000 qui se sont divisés par moitié entre le scission) et aux deux Congrès du PSUC et du PCC qui ont suivi donnent une inpour le PSUC. Les délégués âgés de moins de 25 ans représentent seulement

(50,90 %). Le chiffre augmente pour le VIe Congrès du PSUC (56,30 %). Au contraire, pour le PCC, il tombe jusqu'a 31,42 %, ce qui est inférieur y compris dans les Commissions ouvrières et 11,23 % dans les associations de voisins. Il n'y a pas de données pour les autres Congrès, probablement parce qu'elles ne ment syndical et dans les entreprises a été très affaibli.

La question de fond sous-jacente à ces affrontements renvoie aux difficultés que rencontre le PSUC pour réoccuper l'espace politique et pour récupérer l'identité même du parti face aux socialistes d'une part, et face au parti nouvellement créé sur sa gauche. Il lui est difficile, avec le type de propositions politiques issues du Congrès, et avec la perte d'identité subie à la suite de la scission, de se différencier aussi bien stratégiquement que tactiquement des orientations du Partit dels Socialistas de Catalunya (PSC) qui capitalise à son profit l'image de l'alternative de pouvoir dont dispose le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) à l'échelle de l'Etat espagnol.

LE PCC EN QUETE D'UNE

NOUVELLE ORIENTATION

Le courant de gauche du PSUC, qui a adopté à la suite de la scission le nom de PSUC (Comunista), s'est vu contraint et forcé de modifier son sigle à la suite des recours judiciaires engagés par la direction du PSUC. Au cours de son Congrès, présenté comme le « Vle des communistes de Catalogne », il a décidé de s'appeler Partit dels Comunistas de Catalunya (PCC), dénomination sous laquelle il a obtenu son inscription sur le registre des associations politiques, ce qui fait que tant le PSUC que le PCE ont déjà présenté des recours en justice contre cette décision du ministère de l'Intérieur.

Le conflit autour du sigle exprime les difficultés de ce nouveau parti à trouver son propre espace et sa propre définition politique. Accusé de « prosoviétisme » par l'ensemble des grands moyens de communication et par les directions du PSUC et du PCE, la référence à l'URSS, à la défense du « camp socialiste » et la conviction affirmée de la nécessité de la constitution d'un front entre ce camp, les mouvements de libération nationale et la classe ouvrière, font partie de ses detinitions. Bien qu'au niveau de sa direction on puisse trouver un certain nombre de sans plus d'adjectifs, comme Pere Ardiaca lui-même, élu président du nouveau parti, les courants qui critiquent la politique de l'URSS, surtout à l'intérieur du bloc (Pologne) occupent également un certain espace au niveau de la direction, même si, au niveau de la base, et tout spécialement dans les secteurs les plus arriérés, le fait de se revendiquer de la révolution d'Octobre face communisme » glisse souvent vers une défense intransigeante de la bureaucratie du Parti communiste de l'Union soviétique (PCUS) via la revue Temps nouveaux. Le processus de la lutte fractionnelle a contribué à en arriver là, en revendiquant les acquis et la tradition historique PSUC pour gagner des partisans à ce qui constitue, qu'on le veuille ou non, un nouveau projet politique.

Comme illustration de tout cela, on peut trouver dans les locaux du PCC, à côté revues soviétiques comme Temps nouveaux ou Spoutnik, le quotidien du Front sandiniste de libération nationale (FSLN), Barricada, ou l'organe du

Comité central du Parti communiste cubain (PCC), Granma, et même les publications de la Ligue communiste révolu-

S'il en est ainsi, c'est que la rupture avec le PSUC représente en fait un bilan des désastres qu'a entraîné la politique de consensus et de concertation tout au long de la « transition politique » à partir de

1976, un bilan négatif de tout ce qu'a supposé le Pacte de La Moncloa (30 juillet 1977) ou l'Accord national sur l'emploi (ANE), une évaluation critique de la participation du PSUC au gouvernement d'Union nationale en Catalogne ou encore les « pactes municipaux » dans cette nationalité avec les socialistes et la Conver gence démocratique (Convergencia Democratica de Catalunya - CDC), le parti bourgeois majoritaire en Catalogne.

Dans cette situation, quand augmente le chômage et que se multiplient les fermetures d'entreprises du fait de la crise, quand le taux de syndicalisation tombe en chute libre et que sont rognées les conquêtes syndicales des travailleurs, cela

Les chiffres de la scission

PSUC et le PCC.

formation comparative qui vaut la peine d'être détaillée :

11 % de ceux du PCC et 8,9 % de ceux du PSUC ;

au pourcentage de délégués nés dans la seule Andalousie (35,42 %) ;

apparaître les différences spectaculaires entre les deux partis :

COMPOSITION SOCIALE SELON LES STATISTIQUES

OFFICIELLES DES CONGRES

Ve Congrès PSUC

Ouvriers

32.1 %

Employés

21.4 %

26.6 %

Techniciens

Etudiants

1,9 % des délégués :

Ve Congrés

38,2 %

Primaire

15,1 %

Secondaire

26,1 %

Universitaire sont guère publiables.

entraîne une première réflexion de la part d'une grande majorité vriers de Catalogne.

Cette réflexion, à laquelle ne sont étrangers ni le poids social ni le travail politique et syndical de la gauche révolutionnaire, est certainement limitée et par bien des aspects contradictoire, mais elle constitue dans tous les cas un dans le cadre d'une situation politique et sociale déjà bien détériorée.

Il s'agit d'une réflexion limitée non seulement du fait des références internationales du nouveau parti et des compromis qu'il fait sur la Pologne (il défend la nécessité du coup de force du général Jaruzelski, tout en reconnaissant la réalité de la bureaucratisation du Parti ouvrier unifié polonais — POUP - et du pouvoir, il réclame que l'intervention soit limitée dans le temps et que soient apportées des solutions aux contradictions apparues entre le socialisme et démocratie), comme sur la question de la destruction de l'Etat bourgeois.

Leopoldo Espuny, l'un des dirigeants du nouveau PCC, a évoqué, dans son

Congrès national de Catalogne de la LCR,

Le PSUC a eu jusqu'à 40 000 militants en 1977. Avant la scission, on lui

Les statistiques concernant les délégués au Ve Congrès du PSUC (avant la

- la moyenne d'âge est très élevée : 37 ans pour le PCC, un peu moins

- au Ve Congrès, la majorité des délégués étaient originaires de Catalogne

- ces chiffres sont à mettre en rapport avec la composition sociale, qui fait

PCC

22,7 %

44,38 %

12,63 %

29,1 %

23,6 %

9,29 %

2,2 %

2.16 %

— les différences sont aussi sensibles en ce qui concerne le niveau d'étude

PSUC

PCC

52,59 %

34

24.1 %

16,09 %

8.53 %

22.7 %

Enfin, 23,54 % des délégués au Congrès du PCC ont des responsabilités

Page 31

la nécessité d'approfondir ce problème dans la mesure où, selon lui, « les erreurs viennent de loin et il s'agit d'en revenir à Marx et à Lénine ». Au cours du Congrès du PCC, ce problème a été abordé comme une question ouverte de la dictature du prolétariat en tant que pouvoir organisé de la classe ouvrière mais sans parvenir à une formulation claire sur ce que devrait être un nouvel Etat ni sur la destruction du précédent. Les orientations stratégiques demeurent de la sorte empêtrées dans une perspective étapiste et ambiguë, oscillant entre la volonté de changement et la préservation des acquis historiques du PSUC.

Sur des problèmes plus tactiques et plus actuels, les positions sont plus tranchées et aussi plus positives : la dénonciation des pactes politiques passés avec la bourgeoisie (même si la formulation renvoie à quelque chose de conjoncturel et de lié au rapport des forces) en constitue pratiquement la colonne vertébrale.

A côté de cela, il y a la volonté affirmée de collaborer politiquement avec la gauche révolutionnaire, même si cela ne se fera pas dès les prochaines élections où il s'agit pour le PCC de disputer au PSUC officiel son électorat traditionnel.

QUELLES PERSPECTIVES ?

La scission du PSUC et la formation du PCC, qui dispose d'une influence et d'un poids significatifs dans le mouvement ouvrier, représente une modification posi-

SOMMAIRE

EDITORIAL : Leçons de Pologne dans l'Est asiatique hier et aujourd'hui en Amérique latine

- il est question tive de la situation en Catalogne, dont les répercussions sont, et seront d'autant plus dans le l'Etat espagnol, avant tout sur le plan syndical, au sein des Commissions ouvrières

(CCOO). Néanmoins, cela pose aux marxistes révolutionnaires et à la gauche communiste dans son ensemble toute une plexes. Nous avons désormais, avec nous ou en face de nous, un parti qui - tout en ne rompant pas avec le réformisme - polarise fortement les secteurs les plus combatifs de l'avant-garde ouvrière, et même des révolutionnaires actifs qui demeuraient à la périphérie d'organisations comme la LCR, le Mouvement communiste de

Catalogne (MCC) ou les nationalistes marxistes révolutionnaires de nouvelles possibilités de travail concret dans les syndicats, en même temps qu'elle bloque dans un certain sens leur influence en fai-

ABONNEZ - VOUS A :

Quatrième

Internationale avril-mai-juin 1982

Y. Sakai - L'impérialisme japonais

G. Taut et M. Warschawsky - Origines et dynamique du sionisme (suite du n° 7)

Livio Maitan - Quelques notes sur la social-démocratie

Luis Vitale - Passé et présent de la social-démocratie

Daniel Bensaïd La question du Front populaire et la scission du Comité International

Francis Sitel - Mythes et réalités de l'Eurocommunisme

ARCHIVES DU MARXISME

Christian Rakovsky - Discours au XII° Congrès du P.C.U.S. (extraits)

LAS révolutionnaire.

futur, évidentes au niveau de problèmes nouveaux et comrant, un

L'existence même du PCC ouvre aux même.

Ab. soutien

Par avion

PU

DEFENDER

N

LIBERTADES

LCR

OR

* ATLANACIONAL

Peinture murale de la LCR de Catalogne. (DR)

sant écran aux propositions de la gauche

Avec toutes ces considérations et ces réserves, la politique actuelle de la LCR en Catalogne consiste à mener la bataille pour stabiliser des cadres de travail unitaires avec ce courant, pour en arriver à la constitution d'un front d'action et de dé.

bat avec l'ensemble des courants mentionnés plus haut, qui permette un accroissement de l'influence des marxistes révolutionnaires sur la situation d'ensemble et, par là, de tester les conditions de nouveaux pas dans la direction de la constitution d'un parti des révolutionnaires.

Tout cela ne va pas être facile et va nécessiter un travail patient avec ce coutravail combinant l'action commune avec le débat ouvert et pédagogique, tout en renforçant la LCR elle-

Joan FONT

Barcelone, avril 1982.

TARIFS

ABONNEMENTS : 1 AN.

4 NUMEROS

FRANCE

70 francs français

Ab. ordinaire

140 francs français

Chèques à l'ordre de .

P.E.C.

2, rue Richard Lenoir

93108 MONTREUIL

FRANCE

AUTRES PAYS

500 francs belges

Ab. ordinaire

1 000 francs belges

Ab. soutien

600 francs belges

Mandats, virements, chèques pour le compte CGER n° 001-1020473-12 de

Quatrième Internationale

12, rue de la Buanderie

1000 BRUXELLES

BELGIQUE

Une erreur sur cette page ?