Le délire belliciste a atteint son comble en Grande-Bretagne quand le journal pro-conservateur The Sun a accusé la BBC, les informations télévisées indépendantes et d'autres journaux, tels que le Daily Mirror et The Guardian, de trahison en raison de leur prétendue complaisance envers l'Argentine. Le Daily Mirror a riposté en écrivant que le Sun était au journalisme « ce que Joseph Goebbels était à la vérité ».
Pourtant, Henry Kissinger, interviewé à la radio britannique, a déclaré : « Si le gouvernement US avait eu au Vietnam le soutien dont dispose le gouvernement britannique sur les Falklands, j'aurais été l'homme le plus heureux du monde. » Les effets de la propagande belliciste des conservateurs ont trouvé leur prolonge. ment lors des élections locales du 7 mai, à la moitié du mandat du gouvernement le plus réactionnaire qu'ait connu la Grande-Bretagne depuis bien des années. Le gouvernement Thatcher porte la responsabilité d'un chômage qui grimpe vers les 4 millions de personnes, de coupes sombres dans le niveau de vie et d'attaques contre la force organisée des syndicats. Pourtant, le Parti conservateur a maintenu et légèrement amélioré ses positions dans les conseils locaux remportés il y a quatre ans sous le gouvernement travailliste. Tous les commentateurs politiques ont attribué ce succès à « l'effet Falklands ».
Juste avant que n'éclate la crise des Malouines, les tories ne recueillaient que 35 % des votes favorables dans les sondages d'opinion. Ils ont fait un bond de
Get atteignent maintenant 46 %. La direction du Labour Party a été incapable de présenter la moindre alternative. En réalité, elle a commencé, pendant les premiers jours de la crise, par rivaliser en matière de chauvinisme avec les conservateurs. Aujourd'hui même, bien que le leader travailliste Michael Foot déclare qu'il se refuse à accorder tout chèque en blanc au gouvernement, il a de fait soutenu toutes les opérations militaires.
Malgré le feu roulant de la propagande, il y a des signes croissants du fait que le soutien à la guerre de Thatcher reste superficiel. Alors que 70 % des Britanniques soutenaient la reconquête des Malouines, d'après un sondage du 9 mai, 55 % seulement maintiendraient ce soutien s'il devait en coûter davantage de vies britanniques. Ces chiffres marquent une nette baisse du pourcentage de ceux qui sont prêts à tout pour récupérer les iles. La perte du Sheffield a commencé à avoir un profond impact sur l'opinion publique.
Depuis le début de la crise, Tony Benn, le dirigeant le plus connu de la gauche travailliste, s'est opposé à l'envoi de la flotte et a exigé son rappel. Il est soutenu par une vingtaine de députés, y compris Judith Hart, présidente en fonctin du Labour Party. Même si seulement quelques-uns de ces députés ont dénoncé la prétention à la souveraineté britannique sur les îles, leur position a aidé les mobilisations contre la guerre.
La Campaign for Nuclear Disarmement (CND), qui a mobilisé personnes à l'automne 1981 contre l'implantation des missiles nucléaires américains en Europe, a constitué une structure ad hoc contre la guerre. Ce comité, qui est soutenu par des députés de la
gauche travailliste, a organisé des manifestations hebdomadaires, dont une, le 9 mai, a réuni 3 000 personnes. Une manifestation de plus grande envergure était prévue pour le 23 mai.
Dans toutes les grandes villes, meetings et manifestations sont organisés contre la guerre. La question est devenue centrale dans les initiatives déjà prévues par les groupes locaux du CND et les « Comités d'accueil de Reagan ».
Les militants et sympathisants rassemblés autour de Socialist Challenge, l'organe de l'International Marxist Group (IMG), section britannique de la IVe Internationale, ont été au premier rang de ces activités. L'axe principal de ces mobilisations est l'arrêt de la guerre. C'est sur cette base que Socialist Challenge y participe, bien que le soutien à la revendication de souveraineté argentine n'ait pas toujours été clair. Par exemple, le comité ad hoc du CND appelle à un règlement négocié dans le cadre de la résolution 502 du Conseil de sécurité de l'ONU, qui défend les prétentions britanniques.
L'opposition à l'hystérie belliciste n'en est qu'à ses tout premiers pas. La réaction de la direction travailliste a semé la confusion dans les rangs de la classe ouvrière. Cette confusion tourne autour de l'attitude à adopter face au régime argentin. Si les travailleurs britanniques sont révoltés par les bouchers de Buenos Aires, ils ne veulent pas pour autant se retrouver alliés à Margaret Thatcher et au gouvernement conservateur, qui n'ont jamais rien fait pour eux. Les débuts d'une opposition au sein du mouvement ouvrier offrent donc de réelles possibilités d'approfondir l'opposition à la guerre.
Les instances locales du Labour Party et des syndicats commencent à adopter de plus en plus de résolutions contre la guerre de Margaret Thatcher. Le 15 avril, le conseil syndical de Liverpool a adopté la déclaration suivante : « Nous demandons donc aux dirigeants du Trade Union Congress (TUC) etdu Labour Party qu'ils s'en tiennent aux principes de l'internationalisme socialiste. A bas la guerre ! Mobilisation de la classe ouvrière pour renverser le gouvernement tory! Reconnaissance de la souveraineté de l'Argentine sur les Falklands ! Retrait de la flotte !»
La plupart des résolutions ont cependant plutôt suivi dans les grandes lignes celles du conseil syndical de Sheffield, qui a demandé : « Arrêt des préparatifs de guerre et retrait de la flotte ; recherche d'un reglement négocié dans le cadre de la résolution 502 du Conseil de sécurité de rONU; garantie de sécurité pour les colons avec compensation et droit de revenir en Grande-Bretagne. »
Une minorité active du Labour Party et des syndicats est d'ores et déjà décidée à s'opposer à la guerre. La direction travailliste de Michael Foot a perdu tout droit de parler au nom de la classe ouvrière, le mouvement d'opposition croissante à la guerre doit dénoncer cette direction. Une victoire de Margaret Thatcher dans la guerre des Malouines renforcerait considérablement la position du gouvernement conservateur en Grande-Bretagne même et l'encouragerait à poursuivre ses attaques contre les travailleurs britanniques.
L'initiative du député travailliste Ron Brown et de Socialist Challenge, appelant le TUC et la Confédération des syndicats argentins à se rencontrer pour discuter la Au tou conte s 9.
gation de la CGT argentine qui parcourait l'Europe a demandé à rencontrer le TUC pour rechercher les moyens pour le mouvement ouvrier international « de trouver une solution pacifique ». Le TUC britannique a prétendu n'avoir jamais reçu une telle proposition. Pourtant, un appel similaire mais plus récent a rencontré un certain écho. La direction travailliste, qui se prétend concernée par le sort des travailleurs argentins confrontés à une junte fasciste, devrait aussi se préoccuper de mener une politique socialiste internationaliste pour résoudre la crise.
Penny DUGGAN 15 mai 1982.