Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ETATS-UNIS

Le Document de Santa Fé du Parti républicain (GOP)

· Inprecor n° 127, 31 mai 1982 · p. 7-8 · 2 089 mots

Cuba Amérique centrale Mexique Brésil

Le document de Santa Fé de la politique de Reagan pour le continent américain

E document intitulé « Une nouvelle politique interaméricaine pour les années 1980 %, dont nous publions quet.

• ques extraits ci-après, a été mis au point en mai 1980 par un comité réuni à Santa Fé, dans l'Etat du Nouveau-Mexique, pour le compte du Parti républicain (Grand Old Party - GOP), dont le candidat Ronald Reagan devait être par la suite élu à la présidence des Etats-Unis.

Ce document, qui constitue donc l'analyse officieuse de l'actuel président américain en matière de politique inter-américaine, est divisé en cinq chapitres — Menace militaire exté-

Le document de Santa Fé annonce d'emblée le cadre général dans lequel se situent la réflexion et les propositions des personnalités réactionnaires qui l'ont rédigé. « La guerre, et non la paix, est la norme qui régit les affaires internationales ...

Les libertés fondamentales des Etats-Unis et leurs intérêts économiques propres exigent qu'ils soient une puissance de premier ordre et qu'ils agissent comme telle ... L'incapacité de l'Amérique à défendre ses valeurs et convictions fondamentales nous a menés à cette situation d'indécision et d'impuissance où l'existence même de la République est en danger ... Même la Caraibe, centre de trafic maritime et de raffinage du pétrole pour les Etats-

Unis, est en train de devenir un lac marxiste-léniniste ... Il est temps de reprendre l'initiative ... L'alternative qui nous est offerte est soit la Pax sovietica, soit au contraire, l'affirmation de l'hégémonie américaine au niveau mondial. L'heure des décisions ne peut plus être retardée. » me d'autre part : « Les côtes et le bassin de la Caraibe sont parsemés de bases soviétiques et entourés de pays socialistes. » Et plus loin : « Les Etats-Unis n'ont pas l'intention de mener une politique d'intervention dans les affaires extérieures et intérieures d'aucune nation latino-américaine, sauf si des Etats de l'Amérique latine mènent une politique susceptible d'aider ou de couvrir la pénétration impérialiste de puissances extra-continentales. »

MENACE MILITAIRE

EXTERIEURE

Le document à proprement parler se compose de cinq parties différentes récapitulant les propositions d'actions du Comité de Santa Fé. Sous le chapitre « Menace militaire externe », il est ainsi proposé de renforcer le Traité interaméricain d'assistance réciproque (TIAR), de relancer les « accords de sécurité en Amérique centrale », de « promouvoir des accords du Parti républicain

Les fondements idéologiques

Droits politique américaine dans ce domaine. que, notamment en de sécurité régionale susceptibles de répondre, tant au niveau de la région que de l'hémisphère, aux menaces contre la sé curité externe et interne », et de « renforcer nos liens militaires traditionnels à l'intérieur du continent en offrant un entraînement militaire et une assistance aux forces armées des Amériques, et particulièrement aux jeunes officiers et sous-officiers. »

« L'assistance technique et psychologique doit s'adresser à tous les pays de notre hémisphère pour lutter contre le terrorisme, quelle que soit son origine » est-il en outre précisé.

« SUBVERSION INTERNE » latine doit tenir compte de l'équivalence absolue entre subversion interne et agression externe. La relation entre subversion et terrorisme est la même qu'entre le tout et la partie ». D'après les éminents stratèges de Santa Fé, « une guerre révolutionnaire passe généralement par plusieurs phases : la guerre débute par la création d'un appareil subversif ; le terrorisme et les activités antigouvernementales au nom des droits de l'homme et de la libération constituent la seconde phase ; la troisième phase est la guerre de guérilla. La quatrième est la guerre proprement dite qui mène à l'offensive finale, comme au Nicaragua en 1979, et comme cela arrivera vraisemblablement au Salvador en 1980. Tout au long de la campagne, véritable barrage de propagande est opposé aux Etats-Unis ».

Pour contrebalancer ce « barrage de propagande » qui conduit à « la concep tion erronée suivant laquelle les seules alternatives sont oligarchie, régime autoritaire anticommuniste d'une part et, d'autre part, certaines formes de populisme de gauche ou socialisme », le Comité de Santa Fé propose une intense campagne idéologique pour « affronter (et non simplement réagir a posteriori) la théolo-

ETATS UNIS rieure, Subversion interne, Politique économique et sociale, de l'homme et pluralisme idéologique, et Relations interaméricaines - comportant chacun une brève analyse du thème en question et des propositions de réorientation de la

A la lecture de ces extraits, on pourra aisément reconnaitre une série de propositions du Comité de Santa Fé qui ont déjà été retenues par l'administration Reagan et mises en pratice qui concerne l'Amérique centrale.

gie de la libération telle qu'elle est mise en œuvre en Amérique latine par le clergé de la "théologie de la libération"».

Le gouvernement américain devrait en outre « abandonner l'idée erronée selon laquelle on peut facilement introduire et imposer, comme alternative aux gouvernements autoritaires, un système démocratique semblable à celui des Etats-

Unis, tout comme il ne faut pas croire, dans le cas évoqué ci-dessus, que le changement en soi est inévitable, souhaitable et conforme aux intérêts des Etats-Unis.

Cette illusion a conduit l'administration

Carter a contribuer activement au renversement de gouvernements autoritaires non communistes, tout en restant passive face à l'expansion communiste ». Il en est déduit que « la politique des droits de l'homme - concept relatif du point de vue culturel et politique, utilisé par l'actuelle administration

Carter) pour intervenir en faveur de changements politiques dans les pays de ce continent, affectant ainsi la paix, la stabilité et la sécurité de la région — doit être abandonnée au profit d'une politique de non-intervention basée sur un réalisme politique et éthique ».

La politique de

Carter est d'avoir « fait perdre des amis et des alliés aux Etats-Unis » et d'avoir provoqué

« une diminution de leur influence dans de grands pays de l'Amérique latine. Elle a même contribué à la déstabilisation et à la perte - au moins potentielle — de pays tels que le Nicaragua, le Salvador, le

Guatemala et le Costa Rica ».

POLITIQUE

ECONOMIQUE ET SOCIALE

Dans le troisième chapitre, consacré aux propositions en matière de « Politique économique et sociale », on trouve par la suite nombre d'éléments qui ont constitué la base du plan de Ronald Reagan pour le bassin de la Caraibe. Dans le domaine de l'énergie, par exemple, il est conseillé aux USA d'« encourager et d'ai-

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der les nations de l'hémisphère occidental à mieux exploiter leur pétrole et à dénucléaire, agricole et industriel. Les EtatsUnis doivent se placer en tête dans l'exportation de capitaux et de technologie contre l'importation d'énergie. Le potentiel pétrolier latino-américain est enorme. Le Mexique, le Venezuela, l'Equateur et l'Argentine font partie des principaux producteurs du monde. Leurs réserves sont vitales pour le Monde libre, puisque les réserves du Moyen-Orient sont en

Dans le domaine de l'agriculture, le document propose de « stimuler des réorientations vers la production de produits d'exportation, afin d'accroître les échanges commerciaux ». Ainsi est-il précisé que « les petits paysans du Guatemala ou du Nicaragua gagneraient davantage en cultivant des produits d'exportation tels que des asperges, des framboises, etc., pour les vendre achetant des céréales importées des EtatsUnis ». Cette dépendance alimentaire des pays pauvres doit être entretenue car elle

June arme efficace. « En temps de les ressources alimentaires une arme », peut-on lire. « Dans le monde sur les sept pays excédentaires du point de vue de la production agricole, quatre appartiennent à l'hémisphère occidental: le Canada, les Etats-Unis, le Brésil et l'Argentine. En se joignant aux producteurs du Pacifique, d'Australie et de Nouvelle-Zélande, les Amériques peublocage du ravitaillement, Etats potentiellement hostiles et rééquilibrer ainsi la balance entre le Nouveau et

Par ailleurs, mouvement syndical en Amérique latine », une stratégie de transfert de technologie « semblable à celle qui existe avec Israël », devrait permettre de faire obstacle à la montée révolutionnaire dans le continent américain. « Cette politique tiendrait compte de l'importance stratégique, de la combinaison des ressources humaines du Monde libre et de la technologie des EtatsUnis pour le renforcement de la structuchaque pays en particulier. Ce serait une réponse spectaculaire et positive aux problèmes de la pauvreté, du chômage et de la crise économique, du communisme et du terrorisme urbain. »

En liaison et pour soutenir le « transfert technologique », l'éducation a un rôle clef à jouer. Le gouvernement améri cain doit done « favoriser en Amérique la tine un système éducatif qui mette l'accent sur l'héritage commun des Améri-

Si les USA ne prétendent pas « imposer leur propre image en Amérique latine », car « ni le pluralisme la démocratie à la Thomas Woodrow Wilson (président des EtatsUnis de 1913 à 1921) n'ont pu être exportés avec succès », ils entendent néanmoins « exporter des idées et des modèles susceptibles de promouvoir la liberté individuelle, la responsabilité politique et le respect de la propriété privée ».

Parallèlement à cette offensive idéologique, les USA « devraient promouvoir une politique destinée à favoriser le capitalisme privé, le libre échange et l'investissement local direct et étranger dans les entreprises productives d'Amérique laticourt chapitre consacré « Droits de l'homme et pluralisme idéolotions percutantes : les USA « devraient cesser de classer leurs alliés selon le programme actuel et inégal des droits de l'homme et appliquer la doctrine du pluralisme idéologique à tout l'éventail politique et non uniquement aux régimes internationalistes de gauche ».

LES RELATIONS

INTERAMERICAINES Dans la dernière partie du document de Santa Fé consacrée aux « Relations interaméricaines », les rédacteurs conseil-

« porter un intérêt particulier à trois pays : le Brésil, le Mexique et Cuba, tenu de leur importance dans l'hémisphère occidental ».

Les USA doivent « encourager le Brésil à acquérir et à utiliser de manière adéquate une technologie avancée, y compris l'usage pacifique de l'énergie nucléaire, s'abstenir de tout commentaire public sur les droits de l'homme au Brésil et favoriser le rapprochement entre l'Argentine et le Brésil ».

Avec le Mexique, il s'agit « d'entamer des conversations au plus haut niveau sur l'énergie, l'immigration et le commerce ».

Les USA devraient s'engager à « laisser leur marché ouvert aux produits mexicains, à fournir un travail temporaire à un nombre fixe de travailleurs mexicains et à établir des accords à long terme sur la fourniture de gaz et de pétrole ».

Enfin, en ce qui concerne Cuba et l'Amérique centrale, « les USA doivent lancer une nouvelle politique positive pour la Caraibe et l'Amérique centrale. Cette politique consistera en une aide multiforme aux pays soumis à l'agression de minorités armées soutenues de l'extérieur par des forces hostiles. Ce programme doit allier les meilleurs éléments de la doctrine Truman (président de 1945 à

Get de l'Alliance pour le progrès (1961-1975).

« Parallèlement, les USA réaffirmeront le principe essentiel de la doctrine Monroe (2 décembre 1813, « L'Amérique aux Américains ») : aucune puissance étrangère hostile ne sera autorisée à maintenir des bases ou des alliances militaires et politiques dans la région. Une doctrine sera multilatérale, point de vue partagé depuis longtemps par les pays clefs de l'Amérique latine.

« Les USA ne peuvent continuer à accepter le statut de Cuba, Etat vassal de l'Union soviétique. La subversion cubaine doit être considérée comme telle, faut la combattre. Le prix que paiera La Havane pour ces activités doit être élevé. En prenant des mesures immédiates, les USA peuvent retablir leur crédibilité. Les premières actions doivent etre franchement punitives. Les diplomates cubains doivent quitter Washington. Il faut reprendre les reconnaissances aériennes et couper les ressources en dollars du tourisme américain. L'accord de pêche d'avril 1977, hautement ravorable a la Totte cubaine. doit etre revu

* Les USA doivent proposer à Cuba une alternative claire : si Cuba persiste dans cette voie, d'autres mesures approimmédiatement « Des mesures seront prises, parmi lesquelles la création d'une Radio Cuba libre. Placée sous la responsabilité directe du gouvernement des Etats-Unis, cette radio émettra, pour le peuple cubain, des informations objectives et lui fera connaître, entre autres, les coûts de l'alliance sacrilège de La Havane avec Moscou. Si la propagande échoue, une guerre de libération contre Castro devra être déclarée. L'autre terme de l'alternative doit consister à inciter les Cubains à changer radicalement leur politique extérieure. »

Enfin, face à « l'Union soviétique et à Cuba, qui soutiennent des minorités tendant à la révolution basée sur des princies radicalement antidémocratiques et antilibéraux », la contre-attaque « doit être multilatérale, comme cela s'est fait durant la Seconde Guerre mondiale. A cet effet, un instrument est à la portée de la main: l'Organisation des Etats américains (OEA) ».

Parti républicain (GOP)

Santa Fé, Nouveau Mexique, mai 1980.

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