PICTA) & 20 est ouedi en Central a ligate comme
HILIP Agee est entré à la Central Intelligence Agency agent de renseignement en Equateur, en Uruguay, puis à
Mexico et à Washington. En 1975, son livre Inside the Company, traduit en français sous le titre Journal de la CIA, était publié : il y rapportait ses activités dans le cadre des opérations secrètes de la CIA en Amérique latine. En 1978, il publiait, en collaboration avec Louis Wolf, un autre livre sur les activités de la CIA en Europe, le Sale Boulot : la CIA en Europe occiden-
En 1981, il publie un nouveau livre,
« INPRECOR » : - L'administration
Reagan a débloqué un crédit de 19 millions de dollars pour un programme de déstabilisation du Nicaragua. A quel type de plan cet argent peut-il être utilisé ?
Philip AGEE : - La presse affirme que cet argent va être utilisé à l'entraînement de mercenaires latino-américains regroupés au Honduras, dans la perspective de futures attaques contre des objectifs au
Nicaragua, y compris contre la présence cubaine dans ce pays. Cela peut signifier des opérations contre des objectifs écono.
miques au Nicaragua et contre les conseillers cubains qui pourraient y être locali-
En août 1979 — soit quelques semaines après la chute d'Anastasio Somoza j'ai écrit un article intitulé « Les plans de la CIA pour le Nicaragua », dans lequel j'ai essayé d'indiquer tous les secteurs dans lesquels la CIA était susceptible d'intervenir pour rendre aussi difficile que possible la consolidation du pouvoir des sandinistes et la transformation du pays selon leurs projets. Quand je suis arrivé à Managua en octobre 1981 et que j'ai commencé à avoir des discussions sur la situation sur place, j'ai été frappé de constater à quel point ce que j'avais prévu avait commencé à se concrétiser. Ces activités comprenaient aussi bien la propagande que l'action politique, le terrorisme et les tentatives d'isoler diplomatiquement le
Nicaragua.
Depuis le milieu 1980 à aujourd'hui, la propagande s'est développée principalement à travers le journal La Prensa, qui joue au Nicaragua un rôle comparable à celui du Mercurio et du Daily Gleaner respectivement au Chili et à la Jamaïque au cours des années 1970. Il est de notoriété publique que le Mercurio a reçu des millions de dollars de la CIA pour ses programmes de déstabilisation du gouvernement Allende.
Il ne fait aucun doute que le Daily
Gleaner de Kingston a aussi reçu des subsides et des consignes pour sa campagne contre le Nicaragua la CIA contre le Salcontre le social-démocrate Michael Manley au gouvernement depuis le 2 mars 1972. Le parallèle entre le rôle de La Prensa et celui de ces deux journaux est très évident.
Un autre axe de propagande est ap paru à propos des Indiens Miskitos sur la côte Atlantique. Après le renversement d'Anastasio Somoza, le 16 juillet 1979, les sandinistes ont commis quelques sérieuses erreurs qu'ils reconnaissent eux-mêmes. Ils ont essayé d'incorporer les Miskitos trop rapidement dans le processus revolutionnaire et, par conséquent, ils se sont aliénés nombre d'entre eux et de leurs dirigeants. Cette zone n'a jamais été réellement intégrée dans les grands courants de l'économie et de la vie politique du pays.
Steadman Fagoth, qui a été un agent somoziste notoire avant la victoire sandiniste, a monté une station de radio qui émet depuis le Honduras à l'intention des Miskitos et dans leur langue. Le but de ces émissions est de susciter la peur de la révolution, en essayant de faire croire aux
AMERIQUE CENTRALE vador, dans lequel il démonte les falsifications et les mensonges du département d'Etat nord-américain contenus dans le Liure blanc sur l'ingérence communiste au Salvador.
En raison des pressions de l'administration américaine,
Philip Agee a été interdit de séjour en Grande-Bretagne, en
France et en Hollande, de même qu'en Allemagne de l'Ouest dans un premier temps. Depuis 1978, il réside à Hambourg.
Nous publions ci-dessous le témoignage de Philip Agee sur les menées interventionnistes américaines contre le Nicaragua, recueilli pour Inprecor à Hambourg le 9 avril dernier.
Indiens qu'ils vont perdre leurs terres et leur identité culturelle en s'intégrant au processus révolutionnaire.
Le résultat, c'est que 5 000 Miskitos
- sur un total de 130 000 - ont traversé la frontière entre le Nicaragua et le Honduras, et ont établi des camps du côté
Quand j'étais au Nicaragua, j'ai appris que les camps organisés par ce Steadman servaient à l'entraînement militaire, que les Miskitos qui voulaient retourner au Nicaragua étaient transférés dans des concentration où ils étaient alors pratiquement prisonniers. Quelques- uns s'en sont échappés et sont revenus au
Nicaragua raconter leur histoire, qui a été rapportée par la presse.
En réponse aux raids frontaliers qui se sont développés depuis des mois à partir des bases du Honduras, les sandinistes ont décidé de renforcer la frontière et de déplacer environ 10 000 Miskitos d'autres zones. Quand j'étais au Nicaragua, deux enseignants cubains ont été assassinés dans la hutte des paysans chez qui ils vivaient. Un autre a été tué en dé-
Depuis novembre, ces raids ont fait une centaine de victimes dans l'armée et les milices populaires sandinistes (MPS)
du Nicaragua. Les Nicaraguayens ont proposé de constituer des patrouilles communes avec le Honduras sur la frontière ces incursions prévenir — si elle existe - l'entrée d'armes
Steadman Fagoth n'a pas de moyens qui lui soient propres pour financer sa station de radio et ses camps au Honduras, mais il a été blessé en décembre dans l'accident survenu à un véhicule militaire hondurien qui transportait également le commandant hondurien de Puerto Lempira, juste au-dessus de la frontière de la rivière Coco. C'est la preuve d'étroites relations de travail entre les militaires honduriens et le mouvement contre-révolutionnaire à l'œuvre parmi les Indiens
Miskitos. Steadman Fagoth se rend fré-
----- photo credits and running heads -----
11.
quemment à Miami, et j'ai toutes les raisons de penser qu'il rencontre des gens de la CIA aussi bien dans la capitale du Hondural, Tegucigalpa, qu'à Miami, que c'est la CIA qui subventionne ses camps, ses activités et sa radio, si l'Agence suit toujours les modèles qu'elle a mis en œuvre ces trente dernières années.
Pour revenir à la question posée, ce programme de 19 millions de dollars est, d'après la presse, un nouveau programme d'entraînement de commandos. J'estime cependant que la CIA a commencé cela depuis un certain temps au Nicaragua. Si on connaissait toute la vérité, on trouverait des dizaines de besogne. En d'autres termes, ces commandos constitueront peut-être de nouvelles unités, mais il en existe déjà d'autres.
La CIA cherche à faire campagne sur la question des Miskitos, et l'ensemble du gouvernement américain aussi. Aux Nations Unies, l'ambassadrice US Jane Kirkpatrick a fait sa déclaration la plus scandaleuse en accusant les sandinistes de violer les droits humains des Indiens Miskitos en les déplacant de leur zone traditionnelle le long de la rivière Coco. C'est là une façon de provoquer les problèmes et d'exploiter ensuite la solution apportée à ces
- Le 15 mars, le gouvernement du Nicaragua a déclaré l'état d'urgence pour répondre à l'agression extérieure contre le gouvernement sandiniste. Cet état d'urgence a été largement soutenu par les forces d'opposition bourgeoises au Nicaragua. Vous venez juste de nous dire qu'il y a un lien entre l'interventionnisme des USA et La Prensa ou les autres médias de l'opposition bourgeoise. N'y a-t-il pas là une contradiction ?
- Je ne vois pas de contradiction dans le soutien du secteur privé à l'état d'urgence. Je crois qu'Alfonso Robelo lui-même, le dirigeant du Mouvement démocratique national (MDN), a critiqué certaines déclarations agressives de Washington, parce que cela pouvait contribuer à renforcer les sandinistes. Il y a, bien sûr, la question nationale. Comment un caraguayen pourrait-il ne pas s'opposer à une intervention américaine, vu toute l'histoire du soutien des USA aux Somoza et les autres interventions au cours de ce siècle (1912, 1927) ?
Quel que soit leur accord ou leur désaccord avec le programme révolutionnaire des sandinistes, je crois que les Nicaraguayens seront tous unis contre tout type d'intervention américaine. Cela ne veut pas dire que le secteur privé et son organe directeur, le Conseil supérieur de l'entreprise privée (COSEP), n'accepte pas de l'argent de la CIA. Ils acceptent certainement des millions de dollars d'aide américaine. Il y a encore 60 à 70 % de l'économie du pays entre les mains du secteur privé, et cela va continuer ainsi dans un avenir prévisible, dans la mesure sandinistes ont toujours affirmé qu'il s'agit d'une révolution pluraliste. Ils autorisent les partis politiques et la presse d'opposition. Ils entendent certainement
Philip Agee. (DR) conserver le secteur privé. Vous pouvez vous rappeler aussi qu'une dizaine de dirigeants du secteur privé condamnés à la prison en octobre 1981 — pour avoir violé l'état d'urgence décrété en septembre - ont été libérés au moment même de la promulgation de l'état d'urgence en mars dernier. Les seuls qui restent en prison sont des gens qui se disent eux-mêmes communistes.
- Récemment, la situation au Salvador a connu des développements dramatiques. La force militaire de l'opposition la tenue des dernières élections. Pouvez-vous indiquer les caractéristiques principaces de cette intervention ?
- L'administration Reagan a des difficultés avec son Congrès et avec son opinion publique. L'opposition au soutien aux militaires salvadoriens s'est accrue tout au long de l'année passée. La clef de la poursuite de l'intervention US au Salvador, c'est de parvenir à faire la démonstration d'un prétendu développement démocratique et d'un processus de réforme, afin de justifier l'intervention. D'autre part, la campagne d'opinion doit aussi montrer le mouvement révolutionnaire salvadorien comme soutenu et contrôlé de l'extérieur, par les Nicaraguayens, les Cubains, les Soviétiques, et y compris par les Ethiopiens et les Vietnamiens.
Dans les années 1950, quand je suis entré à la CIA, le but de la propagande concernant tout mouvement révolutionnaire était d'abord de le dépeindre comme l'expression d'une idéologie non occidentale dentale - comme si le socialisme et le communisme n'étaient pas des idéologies tout aussi occidentales que le capitalisme -, étrangère aux valeurs traditionnelles de nos sociétés, hostile à la famille, à l'Eglise et aux droits démocratiques.
L'autre axe consistant à le faire apparaître comme un instrument de l'URSS ou de Cuba (et derrière Cuba, de l'URSS). Depuis l'avènement de l'administration Reagan, en janvier 1981, l'axe de la propagande a été de présenter le mouvement révolutionnaire salvadorien comme une extension du conflit Est-Ouest et le mouvement de ce pays comme contrôlé par les marxistes et soutenu par Cuba, l'URSS et le Nicaragua. Cette orientation ignore les conditions objectives du pays, historiques et actuelles, qui ont conduit le peuple à se lancer dans la lutte armée comme seule solution contre les injustices qui ont si longtemps prévalu.
Cette propagande a échoué Etats-Unis, excepté auprès de la droite la plus récalcitrante, qui voit un complot communiste derrière la moindre réforme. Il est à porter au crédit des médias américains d'avoir présenté le conflit salvado. rien dans des termes historiques, en repartant des soulèvements de 1932 et du massacre de 30 000 personnes, suivis par un demi-siècle de gouvernements militaires qui ont perpétué l'exploitation de la grande masse de la population par les 14, ou
Il me serait bien difficile, si je vivais aux USA et si j'étais employé dans une compagnie d'assurances ou dans une banque, en regardant les nouvelles en rentrant à la maison ou en lisant le journal du matin, de ne pas me faire une idée de la réalité du conflit salvadorien qui ait un rapport avec l'histoire et la situation réelle de ce pays. C'est à mon avis l'une des raisons pour lesquelles les sondages d'opinion aux USA montrent un grand nombre de gens — peut-être plus de la moitié — hostiles à la poursuite du soutien aux militaires savadoriens. Tous les efforts pour présenter un prétendu processus de démocratisation et de réformes ont été un relatif échec, en raison de la poursuite des massacres par les forces de sécurité et les bandes d'extrême droite. Et maintenant que la droite (je devrais dire l'extrême droite, car on peut difficilement considérer Napoleon Duarte comme un homme du centre) a gagné la majorité des sièges à l'Assemblée constituante salvadorienne avec les récentes élections, il va être encore plus difficile pour l'administration Reagan de faire valoir l'image d'un processus progressiste au Salvador.
Même si les partis d'extrême droite et la Démocratie chrétienne forment un prétendu gouvernement d'Union nationale, la guerre va continuer, de même que les plus brutales violations des droits de l'homme. J'ai dans l'idée que l'opinion publique aux USA et l'opposition au sein du Congrès vont contraindre progressivement l'administration Reagan à se retirer. Il n'est pas impossible que les forces militaires salvadoriennes se désintègrent alors comme la Garde nationale de Somoza au Nicaragua. Mais, d'un autre côté, il y a toujours la possibilité d'un accord négocié, souhaité par le mouvement révolu-
tionnaire, ainsi que par beaucoup d'autres, y compris les Mexicains, les Nicaraguayens et les Cubains.
— A propos du Nicaragua, vous avez mentionné le Honduras. Nous savons qu'il y a des réfugiés salvadoriens au Hondura. Il est également évident que les USA soutiennent fortement le Honduras en terme d'aide militaire. Quel rôle joue le Honduras dans les plans d'intervention américains?
- Les récentes élections au Honduras rendent évidemment plus facile pour Ronald Reagan le renforcement de son assistance militaire à ce pays. Le Honduras est en ce moment un pays clef pour l'administration US car, si elle parvenait à provoquer les Nicaraguayens et leur faire attaquer le territoire hondurien, alors le Honduras pourrait réclamer toute forme d'assistance, par exemple au nom du traité de Rio du 2 septembre 1947. Je ne pense pas que les Nicaraguayens, bien qu'ils en aient les moyens, leur feront cadeau d'une telle occasion.
Il y a des milliers de mercenaires antisandinistes entraînés en ce moment au Honduras. Le nombre de conseillers militaires américains au Honduras a été porté à plus de 100 ces derniers mois, alors qu'il n'y en avait que quelques-uns au milieu de l'année 1981. Il y a aussi les conseillers argentins. Je suppose que la CIA participe à ces entraînements par le d'autres mercenaires, comme d'anciens bérets verts ou des vétérans du Vietnam, qu'elle envoie au Honduras pour encadrer ces unités contre-révolutionnaires. Il me semble que le ministre nicaraguayen des Affaires étrangères a déclaré qu'il y avait environ 6 000 hommes en armes parmi les commandos entraînés au Honduras.
Il y a déjà eu un nombre considérable de complots découverts par le gouver-
Ronald Reagan. (DR)
nement nicaraguayen dont, en janvier dernier, la tentative de détruire la seule raffinerie de pétrole et la seule cimenterie du pays. Cette opération impliquait des Argentins et les services de sécurité vénézuéliens. Je pense que ce type d'action paramilitaire contre les sandinistes va continuer à moins que n'intervienne une solution diplomatique globale pour la ré-
- Au Guatemala, le général Rios Montt a pris le pouvoir par un coup d'Etat effectué immédiatement après les élections de mars. Pensez-vous que cela ait créé une nouvelle situation ? Y a-t-il des signes de collaboration entre les putschistes et certains secteurs de l'administration
— Je vois dans ce coup d'Etat une question intérieure aux forces armées guatémaltèques. Il est encore trop tôt pour le nouveau régime sera capable d'améliorer l'image de marque du gouvernement guatémaltèque au point de permettre à Ronald Reagan de justifier une reprise de son aide militaire. Le problè.
avec le Guatemala, c'est bien qu'il détient le terrible record de la répression politique. C'est un fait connu par les « fabriquants d'opinion » comme par tout le monde aux Etats-Unis. Il est évi-
Reagan souhaiterait pouvoir reprendre l'aide militaire au Guatemala, qui n'a plus reçu d'aide militaire officielle depuis que le président Jimmy Carter est arrivé au pouvoir en 1971, a l'exception de camions et de jeeps l'an dernier. Le Guatemala a reçu de l'aide de l'Argentine et d'Israël, mais il a surtout besoin de l'aide américaine. (...)
- Nous avons parlé de l'intervention économique, politique et militaire Amérique centrale. Comment l'administration Reagan pourrait-elle justifier une intervention militaire directe en Amérique centrale et dans la Caraibe ?
- Je ne pense pas qu'elle en ait les moyens. La seule façon pour les USA
Troupes salvadoriennes entrainées aux USA. (DR) d'intervenir serait de le faire en commun avec d'autres pays latino-américains tels que l'Argentine, le Chili ou l'Uruguay. II y a bien sûr un réel danger de blocus de Cuba, de blocus naval du Nicaragua, de soutien tactique aérien aux militaires du Salvador ou même du Guatemala. Mais le pour empêcher ce type d'intervention, c'est que l'on fasse comprendre aux Etats-Unis ce qu'en sera le coût humain pour les Américains eux-
En ce qui concerne Cuba, je pense que les militaires américains et une bonne partie de l'opinion sont conscients du prix à payer pour une agression directe, et ils en jugent le prix inacceptable. Il y aurait tout simplement trop d'Américains rapatriés dans un sac de plastique, comme cela s'est produit au Vietnam, parce que Cuba possède une armée puissante, une force aérienne, une milice en armes. Ils se battront, cela ne fait aucun doute. Les Nicaraguayens aussi, et le coût humain serait
Il me semble que les sandinistes ont été particulièrement avisés en construisant leur défense militaire aussi vite que possible, précisément pour empêcher ce type d'intervention que les USA ont tenté contre la plupart des mouvements socialistes et révolutionnaires depuis 1918. Et si les Etats-Unis intervenaient directement en Amérique centrale, il y aurait la possibilité d'une intervention cubaine et d'une internationalisation du conflit.
Nombre d'Eglises aux USA ont une position très positive. Le mouvement contre les armes nucléaires se développe parallèlement au mouvement contre l'intervention en Amérique centrale. (...)
Je pense qu'il serait très difficile pour Ronald Reagan de convainere la majorité du Congrès américain et du peuple américain de la nécessité d'une telle intervention. En plus de la situation militaire, l'une des raisons principales est le souvenir de ce qui s'est passé au Vietnam ...
Propos recueillis pour INPRECOR Hambourg, 9 avril 1982.