L'Argentine: une économie dépendante de l'impérialisme riens argentins et l'impérialisme. Ces pro- traditionnellement contentés d'exporter priétaires, cultivant les céréales et élevant leur production et d'importer des produ bétail sur de grands domaines, se sont duits industriels meilleur marché et de
D Bretagne a l'Argentine, le gouvernement britannique fait de démocratique contre une dictature. Derrière cet écran de fumée, il s'efforce d'escamoter une réalité plus fondamentale :
la différence qui existe entre un pays historiquement dominé et dépendant d'une part, et une des métropoles impérialistes les plus puissantes de l'autre.
mains des Argentins mais des investisseurs étrangers ; c'est ce
Will REISSNER
Il y a par exemple de nombreuses similitudes entre l'Argentine et le Canada.
Les deux pays ont été peuplés par une écrasante majorité de colons européens.
Tous deux exportent une grande quantité de matières premières. Tous deux disposent d'une main-d'œuvre éduquée et qualifiée. Et ils sont tous deux très urbanisés.
Pourtant, les chiffres indiquent une énorme différence de économique qui marque toute la diffé.
rence entre une puissance impérialiste et un pays dépendant (voir tableau ci- contre).
La raison de ces inégalités vient du développement économique de l'Argentine, déformé par le rôle prédominant du capital étranger et l'influence déterminante des compagnies impérialistes. Ce développement a été déterminé largement par alliance entre les propriétaires ter-
FALKLANT END
MALVINAS
ARGENTINAS
ANS le conflit des Malouines, qui oppose la Grandetout son possible pour se parer des mérites d'une croisa-
Le contrôle décisif de l'économie argentine n'est pas aux
Population développement
Population urbaine
Importations
Exportations
Production électrique (en kWh)
Production d'acier brut (en tonnes)
Autos en service
Autos fabriquées (par an)
Tracteurs fabriqués
Téléphones
Scolarisation de 5 à 19 ans surtout du sous-développement de l'Argentine.
qu'un
Mais, au-delà des apparences, la réalité parle d'elle-même.
Quelques données comparatives
ARGENTINE
Produit intérieur brut (PIB) (en dollars US)
Mortalité infantile (pour 1 000 naissances)
MALVINAS:
ARPENTINA
Manifestation à Buenos Aires. (DR)
qui permet de rendre compte des formes de développement et
Il est vrai que, parmi les pays semi-coloniaux et dépendants, l'Argentine est l'un des plus industrialisés. D'où l'illusion toujours possible qu'il s'agirait d'un pays capitaliste comme un autre, et que son conflit avec la Grande-Bretagne ne serait conflit inter-impérialiste. En se présentant volontiers comme les « Européens » de l'Amérique latine, les dirigeants argentins ont d'ailleurs nourri à leur manière cette illusion.
CANADA
23 940 000
27 300 000
72%
75,5 %
245,8 milliards
61,5 milliards
67,5 milliards
6,7 milliards
7.8 milliards
62,6 milliards
335,7 milliards
20.05 milliards
16,1 millions
3.2 millions
16,1 millions
2,03 millions
135 000
1,14 millions
610 000
45 480
14,5 millions
2.6 millions
76 %
59 %
59
12.4
meilleure qualité que la production domestique. Leur pouvoir repose sur une extraordinaire concentration de la propriété terrienne : 0,2% propriétaires contrôlent 65 % des terres cultivables et emploient 50% de toute la force de travail agricole. Deux sociétés de l'agro-alimentaire possèdent à elles seules des étendues aussi importantes Belgique et la Suisse mises bout à bout. Alors que 160 000 agriculteurs cultivent 1,5 million d'hectares, les 2 100 plus gros propriétaires en cultivent 53,1 millions. Deux agriculteurs sur trois ne possèdent pas la terre qu'ils travaillent.
En termes absolus, les exportations agricoles de l'Argentine sont Mais la productivité, basée sur une culture extensive, n'est pas compétitive par rapport aux rendements des pays développés. Dans les années 1960, pour une même surface cultivée, les agriculteurs argentis utilisaient 19 fois moins de tracteurs que leurs homologues britanniques 140 fois moins d'engrais que leurs homologues allemands.
Enfin, le fait que les exportations de essentiellement agricoles rend le pays extrêmement vulnéra. ble aux fluctuations du marché mondial. LE POIDS DES INVESTISSEMENTS
Alors que les grands propriétaires fonciers sont principalement argentins, l'investissement impérialiste est devenu le développement industriel argentin dès la fin du XIXe siècle. Cet investissement, pour une bonne part d'origine britannique jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, était initialement concentré dans les chemins de fer et l'exportation de la viande.
Les investissements dans le réseau ferroviaire ont été conçus en fonction des intérêts du capital britannique et non des besoins de l'économie argentine. Les lignes ont été tracées en vue de drainer les produits d'exportation vers le port de Buenos Aires et de redistribuer les produits importés de Buenos Aires vers l'intérieur du pays. Aucune ligne n'a été conçue pour favoriser les échanges intérieurs de ville à ville et de région à région.
Le second secteur de concentration de l'investissement impérialiste a été à l'origine la conserverie viande. Le développement des navires frigorifiques, à partir de 1876, a rendu possible le transport de grandes quantités de bœuf vers les marchés européens ; et, aux alentours de 1890, c'est une flotte de 278 navires frigorifiques qui faisait régulièrement l'aller-retour entre la Grande-Bretagne et Buenos Aires.
Au début du XXe siècle, l'Argentine était de fait une colonie de la Grande-Bretagne : 80 % des investissements étrangers venaient de Grande-Bretagne et l'influence britannique pénétrait tous les aspects de la vie publique. Autour de 1930, les capitalistes britanniques contrôlaient les trois quarts du réseau ferroviaire, la plus grande partie des services urbains (transport, eau, gaz, électricité), la part du lion dans on dustrie delle dance, es antre in- e, et une parti dustries.
Au cours des années 1930 et 1940, il y a eu un développement considérable des industries orientées vers la consommation intérieure et destinées à remplacer les importations. Du fait de la dépression mondiale, les exportations argentines vers l'Europe s'effondrèrent, laissant le pays démuni des ressources nécessaires pour
Uses produits d'importation. Et les marchés agricoles se nouveau développés avec le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, l'Argentine était toujours dans l'impossibilité de se procurer les produits industriels dont elle avait besoin, en raison de la reconversion de l'industrie européenne vers la production militaire.
Pendant la guerre, l'Argentine a été en mesure d'accumuler des réserves importantes de devises étrangères, et le gouvernement nationaliste de Juan Peron (février 1946) les utilisa pour racheter les biens des capitalistes britanniques et constituer des compagnies d'Etat afin de développer de nouveaux secteurs de l'écono-
A la fin de la guerre, l'Argentine semblait en condition de connaître un développement industriel indépendant sur une grande échelle. Elle avait consolidé, au cours des décennies précédentes, une base industrielle considérable, avait racheté les principaux holdings impérialistes et disposait de larges réserves de capitaux. Mais cet espoir d'un développement indépendant ne s'est pas concrétisé.
Au lendemain de la guerre, les compagnies impérialistes ont pu à nouveau porter leur attention sur l'Argentine. Au début des années 1950, les entreprises principalement américaines désormais, entraient à nouveau en force dans le pays. En 1950, une étude portant sur les 100 principales sociétés opérant en Argentine faisait apparaître qu'au moins 89 étaient contrôlées ou étroitement liées
Une autre étude portant sur les principales sociétés dans les années 1960, a établi que la moitié des volumes de ventes était le fait des entreprises étrangères, un tiers des entreprises étatisées, et seulement un sixième des sociétés privées sous contrôle argentin. Sur les 50 grandes entreprises étatisées que le gouvernement argentin a reprivatisées entre 1963 et 1968, 29 sont passées aux mains de compagnies
LE DEVELOPPEMENT
DE L'INDUSTRIE ARGENTINE
L'évolution de l'industrie automobicontrôle croissant de l'impérialisme. 1960, 21 entreprises de cette fonctionnaient en Argentine, dont seulement 4 avec une participation majoritaire de capital étranger. Le reste était soit entièrement ou en majorité propriété argentine. En 1963, les firmes automobiles locales fournissaient encore plus de 50 % de la production.
Aujourd'hui, il en va tout autrement. Les producteurs argentins ont fait faillite ou ont été rachetés et les 5 entreprises qui restent sont toutes contrôlées par le capital étranger. Une étude britannique sur l'industrie automobile argentine souligne que l'impérialisme retire bien plus de du pays qu'il n'en investit: « Entre 1958 et 1964, c'est-à-dire la période pendant laquelle la plupart des investissements dans l'industrie automobile ont été faits. l'injection de 33 millions de dollars dans l'industrie a largement été dépassée par l'exportation de 52,3 millions de dollars au titre de paiements de dividendes. » La même étude ajoute que la situation a encore empiré à la fin des années 1960 et au début des années 1970, lorsque le paiement annuel des dividendes et des royalties aux propriétaires étrangers a dépassé le total des capitaux étrangers investis sur une période de dix an-
Il ne s'agit pas d'un cas unique, mais bien au contraire de la norme. Contrairement au mythe répandu par des géné. rations d'économistes pro-impérialistes, l'investissement étranger n'aboutit pas à un afflux de capitaux vers les pays semi-
Get n'entraîne pas nécessairement la création d'une nouvelle capacité industrielle. Une étude du département américain du Commerce indique qu'entre 1950 et 1965, les investissements privés américains en Amérique latine ont atteint un total de 3,8 milliards de dollars, alors que, pendant le même temps, le flux de profits d'Amérique latine vers les EtatsUnis s'élevait à 11,3 milliards de dollars.
De plus, la plupart des investissements étrangers n'apporte pas un nouveau capital aux pays semi-coloniaux. D'après une autre étude du département amé. ricain du Commerce, 96 % de l'investissement américain en Amérique latine provient en réalité d'Amérique latine même.
La Commission économique des Na(CEPAL) souligne que « la tendance croissante des investisseurs étrangers, ces dernières années, à acquérir tout ou partie des entreprises industrielles opérant déjà en Amérique latine, au lieu de fournir un stimulant à l'activité industrielle dans la région, entraîne une évasion accrue de ressources financières, sans création de nouvelles capacités de produc-
Ce modèle - les investisseurs impérialistes évinçant le capital argentin pour racheter les entreprises argentines et rapatrier leurs profits hors du pays autre impact pernicieux que l'exportation des capitaux. Il fait aussi de l'industrie argentine une branche auxiliaire par laquelle les grandes sociétés impérialistes marché intérieur local grâce à leur production locale plutôt que par les importations, tandis que la totalité des recherches, du développement, de l'innovation technologiques reste réservée à la Extraits tirés d'« Intercontinental Press »
New York, 3 mai 1982.