Inprecor 1974–2004

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GRANDE-BRETAGNE

Le Parti social-démocrate (SDP) : un partenaire pour les conservateurs, une arme contre les travailleurs

· Inprecor n° 128, 14 juin 1982 · p. 24-25 · 1 750 mots

Grande-Bretagne Syndicalisme Stalinisme

Le parti social démocrate un partenaire pour les conservateurs, une arme contre les travailleurs

GRANDE BRETAGNE

NE des premières victimes de la guerre des Malouines aura été la montée ininterrompue du Parti social-démocrate (SDP) britannique. Créé en mars 1981, le SDP représentait avant tout une réponse aux progrès de la gauche au sein du Parti travailliste. Il s'est transformé ultérieurement, de

Les élections locales du 6 mai dernier ont porté un coup d'arrêt à cette progression. Lors de ces élections, qui sont apparues comme un test national, le Parti conservateur a su mettre à profit la crise des Malouines pour bloquer l'avance des sociaux-démocrates et des travaillistes. Le Parti travailliste a progressé de façon limitée, dans les régions où son organisation est la plus forte (Ecosse) et dans les régions où sa direction locale est nettement marquée à gauche (Liverpool). Le Parti travailliste a également remporté une victoire écrasante contre le premier conseil municipal social-démocrate, dans le quartier londonien d'Islington.

Mais les votes chauvins que la direction travailliste a offert aux conservateurs, par son soutien servile à la politique belliqueuse de Margaret Thatcher, ont empêché son parti d'enregistrer des gains significatifs au détriment de ces mêmes conservateurs. Pour le SDP et son allié libéral, les résultats électoraux ont été un désastre total. Ils n'ont remporté la majorité dans aucun conseil municipal. Dans quelques conseils seulement - mais des conseils importants il est vrai = ont neanmoins obtenu assez de sièges pour contrôler le jeu politique.

Quelles sont les causes de ce retournement ? S'agit-il d'une défaite irréversible de l'alliance SDP-libéraux ? Et comment le mouvement ouvrier y répondu jusqu'ici ?

UNE CONSPIRATION DE LA CITY L'attitude prédominante de la gauche travailliste face au SDP a été de fermer les yeux en espérant qu'il disparaîtrait de lui-même. Certains ont même salué son apparition comme un cataplasme susceptible d'arracher le « poison droitier » des rangs du mouvement ouvrier. Mais aucune de ces attitudes ne permet de résoudre le problème.

Il est vrai de dire que le SDP est une création des médias; personne ne peut nier le caractère incroyablement partisan de la couverture de presse qui lui a été accordée par une profession au sein de latielles de Hillhead, SDP-Liberal Party quelle il a trouvé ses partisans les plus enthousiastes.. Mais on ne peut pas dire, par contre, que le SDP disparaîtra dès qu'il ne fera plus la « une » des journaux. Car, ce qu'il faut expliquer, c'est pourquoi la presse lui a apporté son soutien et si ce parti reçoit un appui plus large au sein de la classe dominante.

Le leader de la gauche travailliste, Tony Benn, semble convaincu de ce dernier point quand il décrit le SDP comme le produit d'une conspiration tramée par la City (le quartier de la haute finance de Londres). Mais pourquoi une telle cons-

Quand elle est arrivée au pouvoir, en mai 1979, Margaret Thatcher a fait des promesses très fermes aux patrons. Elle leur a promis de restaurer les profits des capitalistes en brisant le pouvoir du mouvement syndical. Elle se proposait d'atteindre ce but grâce à l'introduction d'un chômage massif et à la remise en cause conquis par la classe ouvrière. La mise en de ce programme nécessitait son maintien au gouvernement durant deux groupe de pression sur la direction travailliste, en un parti capable de jouer un rôle gouvernemental. Lors des élections par-

Warrington, Croydon et Crosby, l'alliance a enregistré des victoires et des progrès mandats successifs. Il fallait done trouver un moyen permettant de soutien électoral tout en se livrant à des attaques brutales contre le niveau de vie Margaret Thatcher, malgré ce que peuvent en dire les « durs » au sein du Parti conservateur, a fidèlement suivi sa stratégie. Les syndicats ont subi de nombreuses défaites dans la bataille pour la défense de l'emploi. Les attaques contre certains droits élémentaires ont été portées sans recevoir la riposte adéquate de la part du mouvement ouvrier. La proposition de loi du ministre du Travail, Norman Tebbit, visant à saper la force organides syndicats, est passée en troisième lecture au Parlement, le 26 avril Pourtant, la classe dominante doute profondément la capacité conservateurs de mener à bien ce programme. Le doute s'est installé à partir de la grève des mineurs de février 1981 contre la fermeture des puits. Bien que la marche arrière faite à cette occasion par les conservateurs ait été temporaire, elle a Conférence des sociaux-démocrates britanniques. (DR)

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confirmé, aux yeux des patrons, que Margaret Thatcher était encore bien loin d'avoir réussi à atteindre ses principaux objectifs. Cette leçon a été confirmée par la lutte des conducteurs de train, lorsque ce petit syndicat a fait reculer les prétentions des conservateurs de procéder à la rationalisation d'un important secteur na-

La situation ne serait pas si inquiétante pour la classe dominante si le principal bénéficiaire de cette crise de la stratégie conservatrice n'était un Parti travailliste devenu un appui de moins en moins sür pour le capitalisme, par suite des victoires remportées par son aile gauche au cours de ces trois dernières années.

Il n'existe pas aujourd'hui chez les travaillistes d'équivalent à l'équipe Harold Wilson-James Callaghan, susceptible de ramasser les morceaux après l'échec des conservateurs, comme cela a été le cas lors de la défaite de Edward Heath en 1974. Il faut donc trouver d'autres filets de sécurité. La solution est l'alliance avec qu'une prétendue absence de politique, c'est cela qui explique la souplesse politique du SDP. En fait, ce parti défend la position des patrons sur toutes les questions clés actuelles : le maintien de la Grande-Bretagne dans la Commu-nauté économique européenne (CEE) ; la nécessité de remettre en place une politique des revenus dès que s'amorcera une reprise économique ; l'engagement à dé fendre l'armement nucléaire de la Grande-Bretagne et toutes ses responsabilités au sein de l'Organisation du Traité de l'Atlantique-Nord (OTAN) ; et, enfin, et ce n'est pas le moins important, l'engagement à imposer une « réforme » des

LE PRIX DE L'ALLIANCE En aucune façon le SDP ne peut être présente comme une « option car, dans ses options fondamentales, sa actuelles du patronat, contrairement à celles du Parti travailliste.

Si la classe dominante doit se livrer à la grande manœuvre de la coalition, le prix à payer sera élevé. Le SDP demandera au moins que des mesures concrètes allant dans le sens de l'introduction de la représentation proportionnelle soient prises, suffisantes en tout cas pour changer de façon durable le panorama politique britannique. En outre, si un gouverne. ment conservateur était formé, le prix à payer serait aussi la chute de la direction Thatcher, ce qui entraînerait une réorganisation d'ensemble

Telles sont les raisons de l'appui que apporte au SDP, c'est pourquoi il ne faut pas fermer les yeux devant ce phénomène. La crise du Parti conservateur est un des facteurs qui ont favorisé l'apparition du SDP. Celui-ci a bénéficié d'un soutien important non pas parce qu'il représente une alternative, mais parce qu'il est un complément essentiel de ce parti.

Evidemment, la classe dominante n'a pas abandonné tout espoir de renverser le processus de réforme au sein du Parti travailliste et de le rendre à nouveau « apte à gouverner », un instrument sûr de défense de l'ordre capitaliste. Pour cela, elle a choisi de s'appuyer sur la bureaucratie

L'accord passé en février 1982 à Bishop Stortford entre la direction syndicale du Trade Union Congres (TUC) et la direction travailliste, visant à instaurer une trêve dans la bataille interne au Parti travailliste, loin de signifier une telle trêve, représente le premier pas vers une nouvelle tentative de la bureaucratie syndicale pour faire obstacle aux progrès de la gauche dans le parti. L'objectif fondamental de l'offensive de la droite syndicale est de promouvoir une politique favorable aux exigences patronales, à l'instar de celle du

C'est pourquoi il est tout à fait juste de caractériser cette ligne comme la « ligne du SDP » et c'est par contre une grave erreur que de considérer le SDP comme un canal utile pour évacuer les droitiers du parti. Le problème fondamental pour le Parti travailliste n'est pas les droitiers du type Snowden, Gaitskell, Jenkins, le problème fondamental est le rôle joué par la bureaucratie syndicale.

POUR UNE ALTERNATIVE

DE CLASSE A THATCHER ET AU SDP Quels sont les moyens dont dispose le mouvement ouvrier pour lutter contre les grandes manœuvres de la classe dominante tendant à empêcher la venue au pouvoir d'un gouvernement travailliste ?

- Il faut lutter pour une action coordonnée du Parti travailliste et des syndicats contre la politique de Margaret Thateher, pour chasser son gouvernement et élire un gouvernement travailliste qui s'engage à mener une politique socialiste. La défaiзиватана двин La direction du SDP, Bill Rodgers, Jenkins et Williams. (DR) te de la loi anti-syndicale du ministre du Travail Norman Tebbit serait la meilleure façon de discréditer totalement Margaret Thatcher et tout gouvernement de coalition avec les conservateurs. Une campagne électorale fondée sur ce type de propositions aurait bien plus de chances d'obtenir des succès contre le SDP.

- Il faut lutter contre la politique pro-SDP de la droite travailliste. Le moyen le plus sûr de battre l'influence du SDP au sein du Parti travailliste est d'af fronter le véritable ennemi qui est la bureaucratie syndicale. La défense des acquis politiques de ces dernières années fait partie de cette lutte, de même que l'arrêt de la chasse aux sorcières au sein du parti.

Tony Benn a accusé la direction travailliste de vouloir battre la gauche du parti afin d'arriver à une coalition avec le SDP. Michael Foot a vigoureusement rejeté cette accusation, et il est vrai que le Parti travailliste n'a pas encore abandonné la lutte pour gagner les élections, mais la menace d'une coalition travaillistes -sociaux-démocrates n'en est pas moins

L'alliance SDP-libéraux représente un facteur politique grave et dangereux pour le mouvement ouvrier. Il faut lutter contre toute politique de conciliation à son égard, comme à l'égard de la politique de Margaret Thatcher.

Pour cela, il faut mettre fin au pacte honteux que le Parti travailliste a passé avec le Parti conservateur et avec l'alliance SDP-libéraux pour soutenir la guerre que britannique l'Atlantique-Sud. Il faut mettre fin à la trêve de Bishop Stortford avec la droite travailliste. Il faut construire un puissant courant de gauche au sein du Parti travailliste et au sein des syndicats. Telle est la responsabilité de l'aile révolutionnaire au sein du courant de Tony Benn.

Steve POTTER Londres, avril-mai 1982

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