Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

GRANDE-BRETAGNE

Le mouvement ouvrier et les revendications spécifiques des femmes

· Inprecor n° 128, 14 juin 1982 · p. 26-27 · 1 697 mots

Femmes Grande-Bretagne Syndicalisme

Sta nos devant te avait in a as re non et

I la volonté de Dieu avait été d'octroyer des droits égaux la femme », ainsi ne craignait pas de s'exprimer Patrick

Jenkins quant il était encore ministre des Services sociaux du gouvernement conservateur actuel en Grande-Bretagne.

La première femme Premier ministre de Grande-Bretagne,

Margaret Thatcher, est à la tête d'un gouvernement dont la politique est de renvoyer les femmes à leur foyer et de revenir sur beaucoup de leurs acquis. Margaret Thatcher elle-même est en effet partisane du « renforcement de la famille ». Elle se dit préoccupée par le fait que les enfants arrivent chez eux l'après-midi avant que leurs parents ne reviennent du travail, et

Judith ARKWRIGHT

La politique du gouvernement conservateur contre les femmes est tellement brutale que même ses alliés au sein de la Communauté économique européenne (CEE) la critiquent. Avec la Belgique et l'Italie, la Grande-Bretagne a été traduite devant la Cour européenne des droits de l'homme pour violation du Traité de Rome sur les questions de l'égalité des salaires et de prestations de Sécurité sociale.

Malgré la loi sur l'égalité des salaires de 1970, dont les décrets d'application n'ont été adoptés qu'en 1975, les salaires des femmes ne représentaient, à travail égal, en moyenne, que 60 % de ceux des hommes, en avril 1981. Ce qui représente même une baisse par rapport à 1975.

cela n'est pas surprenant si l'on considère qu'il faut faire la démonstration que la femme fait « le même ou à peu près le même travail que l'homme », selon la loi britannique. La plupart des femmes n'ont pas de postes équivalents à ceux des hommes, et les tribunaux continuent à prononcer des décisions allant contre le principe du salaire égal pour un travail

LE GOUVERNEMENT TORY

CONTRE LES FEMMES

Norman Tebbit, ministre du Travail, a beau contester les accusations de

CDE, les faits sont là. Entre l'adoption de la Loi sur l'égalité des salaires et son application, les patrons ont changé les classifications du travail des femmes pour le rendre non comparable à celui des hommes. Maintenant, il existe des emplois dits hommes » et d'autres dits

« pour les femmes ». Le résultat est une situation de véritable ségrégation dans le travail en Grande-Bretagne.

Le mouvement ouvrier et les revendications spécifiques des femmes serve de main-d'œuvre.

Plus de 40% des femmes qui ont un emploi travaillent à temps partiel. Ces travailleuses n'ont pas droit au même salaire horaire que les travailleurs à plein temps.

Cela est une autre explication du caracté.

re inopérant de la Loi sur l'égalité des sa-

En avril 1980, le salaire horaire pour le travail à temps partiel était en moyenne de 1,67 livre britannique, alors que, pour ceux et celles à plein temps, il était de 2,87 livres.

Les syndicats savent bien que la Loi sur l'égalité des salaires et la Loi anti- sexiste ont échoué. La ségrégation dans

Contre les bas salaires pour les femmes. (DR)

CND

LOW

PAY &

NUPE

NUPE says:

insults theL elle déclare que les femmes doivent rester chez elles pour prendre soin des vieux, des malades et des enfants.

Cette campagne contre les femmes n'est pas seulement idéologique. Elle s'intègre parfaitement à la politique économique du gouvernement : les coupes budgétaires dans les services sociaux impliquent que les femmes doivent prendre en charge un certain nombre des fonctions sociales de l'Etat. Le chômage atteint déjà plus de 3 millions de personnes et les femmes sont deux fois plus touchées par le chômage que les hommes. Le travail des femmes, souvent à temps partiel, n'est considéré que comme un salaire d'appoint aux revenus déjà existants de la famille, et elles sont donc en fait considérées comme une ré.

l'emploi et le rôle des femmes comme rémain-d'œuvre ont constitué les principaux moyens de les contourner.

Malgré le fait que 42% de la main-d'œuvre soit composée de femmes, celles-ci ne travaillent que dans certaines professions (un quart des métiers). Ce sont précisément leurs emplois qui sont supprimés les premiers, dans le secteur public, dans les petites entreprises dépourvues de syndicats, etc. Les patrons comme les syndicats sont également convaincus que le travail des femmes est plus facilement sacrifiable, et que la main-d'œuvre féminine est plus « souple ».

Un exemple récent de cette attitude est fourni par ce qui s'est passé à l'usine

Hoover à Merthyr Tydfil, dans le sud du

Pays de Galles. 300 licenciements avaient été exigés par la direction, essentiellement parmi la main-d'œuvre non qualifiée où se trouvent concentrées les femmes. Le syndicat avait accepté. Mais les femmes n'ont pas été d'accord en soutenant que c'était là un cas de discrimination. Les travailleuses ont gagné leur procès et, en fin de compte, il n'y a pas eu de licenciements.

Cela démontre que les patrons ont une marge de manœuvre plus importante si les femmes peuvent être utilisées comme main-d'œuvre de réserve. Mais, dès que les femmes manifestent leur volonté de lutter, c'est à l'avantage de tous les travailleurs.

LES TRAVAILLEUSES

RESISTENT

L'exemple de l'usine Hoover donne une idée de la prise de conscience des femmes dans le mouvement syndical.

Elles n'acceptent plus aussi facilement d'être renvoyées et, malgré les limites de la Loi sur l'égalité des salaires, les femmes en viennent à revendiquer pour leurs droits.

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Journée internationale d'action pour le droit à la contraception et à l'avortement. (DR)

En Ecosse, il y a eu trois occupations d'usines au cours des douze derniers mois, menées par des femmes qui luttaient pour leurs emplois. Le cas des travailleuses de l'entreprise Lee Jeans est maintenant condes frontières à cause de la et de la détermination de ces femmes. Le salaire d'un grand nombre d'entre elles constituait le revenu principal de leur famille et la majorité n'avaient que 21 ans ou même moins. Il était complètement inimaginable pour elles d'accepter l'idée que les femmes ne travaillent que pour apporter un appoint aux revenus de la famille ou qu'elles n'aient pas les mêmes droits à l'emploi que les hommes. La lutte qu'elles ont menée a été un exemple pour toute la classe ouvrière.

La montée du mouvement de libération des femmes, ces dix dernières années, a opéré un changement profond dans le mouvement syndical britannique. La manifestation contre le projet Corrie (limitation de la Loi sur l'avortement) à l'appel de la Confédération des syndicats anglais (Trade Union Congress - TUC) en octobre 1979 a été décisive. Des tentatives ultérieures contre le droit à l'avortement ont été rapidement et systématiquement repoussées. Même des syndicats comme le Syndicat des mineurs (National Union of Mineworkers - NUM), qui n'ont que très peu de femmes dans leurs rangs, ont récemment mandaté des délégués Conférence extraordinaire sur la question des droits des femmes.

Les femmes se syndiquent plus rapidement que les hommes, et la plupart des syndicats ont maintenant sions femmes, des stages particuliers pour les femmes, et ont adopté des positions favorables au droit à l'avortement et au droit au travail pour les femmes. La ConCongress et le TUC lui-même ont adopté des résolutions sur des questions comme le viol et les violences contre les femmes.

LA POLITIQUE

DU LABOUR PARTY Au mois de juin, le Parti travailliste organise une Fête nationale pour les droits de la femme, qui a le soutien d'un certain nombre de syndicats. On prévoit une fête gigantesque, 50 000 personnes au moins sont attendues. Une manifestation comme celle-ci contraste avec le refus du Parti travailliste de soutenir le vote des femmes au début du siècle. Comme les syndicats, le Parti travailliste est aujord'hui soumis à une certaine pression pour faire quelque chose en faveur des

Il y a une certaine ironie à rappeler que la législation que l'on critique si vivement aujourd'hui a été votée sous un gouvernement travailliste. Maintenant, le Labour Party doit trouver une alternative à sa propre politique. L'exigence croissante d'une réorientation pour une meilleure politique vis-à-vis des femmes est le reflet de la discussion politique en général qui est en train de se développer à l'intérieur du Parti travailliste. Les femmes ont tout à gagner au renforcement de leurs liens du mouvement ouvrier ainsi qu'à la lutte pour leurs revendications en tant qu'élément essentiel d'une nouvelle politique. Les sections femmes

Parti travailliste qui n'organisaient, avant, que les spectacles, l'activité sociale et les souscriptions, progressent désormais et participent à l'approfondissement de la prise de conscience.

principe qui sous-tendait la Loi anti-sexiste et la Loi pour l'égalité des salaires était de faciliter l'accès à l'emploi pour les femmes, c'est-à-dire de lever les obstacles interdisant l'accès à certains secteurs non traditionnels et obtenir des sa-

ANTI-ABORTION

BIL laires suffisants. Maintenant, le mouvement syndical parle de mesures préférentielles pour favoriser l'embauche des femmes, ce qui est considéré comme la prochaine étape vers l'égalité des sexes en

Cette politique ne poursuit pas seulement l'objectif d'abolir les lois diseriminatoires mais aussi de lutter contre la ségrégation dans l'emploi et de permettre l'entrée des femmes dans les activités traditionnellement réservées aux hommes. Cela est important car le problème de la ségrégation dans l'emploi est largement reconnu comme étant la question centrale dans la lutte pour l'égalité des femmes ainsi que contre le chômage des fem-

La logique de la position récemment quotas de femmes imposés légalement dans l'emploi et les stages de formation. Cela pourrait encourager les femmes à choisir des emplois comme ingénieur, mineur, ou dans les chantiers navals, qui sont mieux rémunérés et où les syndicats

Une telle politique peut ouvrir la voie pour les femmes parce qu'elle commence à mettre en question l'idée que les femmes sont une armée de réserve industrielle et qu'elle affirme clairement que les femmes ont le même droit au travail que les hommes.

L'avenir du mouvement des femmes dans les années qui viennent sera certainement plein de ces revendications radicales. Le mouvement de femmes s'organisera au sein du mouvement syndical lui-même. La bataille sera de convaincre le mousyndical d'adopter une attitude d'opposition active aux politiques de division des travailleurs et des travailleuses mises en œuvre par le gouvernement Tory, en s'appuyant sur les intérêts de toutes les personnes opprimées.

Judith ARKWRIGHT Londres, mai 1982. WHAT DOES HE KNOW

ABOUT

ABORTION?

Caricature contre la législation anti-avortement de Corrie. (DR)

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