Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

EDITORIAL

Halte à l'agression israélienne au Liban

· Inprecor n° 129, 28 juin 1982 · p. 3-4 · 1 586 mots

Liban Palestine et Israël IVe Internationale

Halte à l'agression sioniste !

Troupes israéliennes hors du Liban !

Déclaration du Bureau du secrétariat unifié (SU) de la IVe Internationale du 13 juin 1982 au Liban pour écraser la résistance palestinienne. Menahem Begin et Ariel Sharon (respectivement chef du gouvernement et ministre de la Défense israéliens) n'ont pas hésité à avoir recours aux moyens de destruction les plus puissants et aux méthodes les plus criminelles.

Palestiniens et Libanais, sans distinction entre militaires et civils, ont été sauvagement attaqués et bombardés. Il y a déjà eu des milliers et des milliers de victimes et le bilan devient chaque jour plus lourd. Des centaines de milliers de personnes ont dû quitter leurs maisons et leur travail et ont grossi la masse déjà énorme des réfugiés. Les destructions matérielles ont atteint des proportions terribles, aussi bien dans les villes que dans les campagnes. Les objectifs palestiniens ont été frappés avec une brutalité inouïe par une armée qui, selon les plans de Begin-Sharon, devait imposer une « solution finale ».

L'attaque israélienne était préparée depuis longtemps : on n'attendait que l'occasion favorable pour la déclencher. En 1978, Israël avait lancé une opération analogue qui, a posteriori, apparaît comme une répétition générale de l'opération actuelle. A l'époque, la Résistance palestinienne avait pu maintenir l'essentiel de ses positions, qui ne furent pas non plus entamées par des opérations de moindre envergure organisées par la suite. Par conséquent, le problème que représente pour les sionistes la résistance palestinienne qui, malgré les concessions obtenues par Israël n'avait pas été résolu politiquement par les Accords de Camp David, subsistait sur le terrain militaire également. Voilà ce que l'establishment sioniste ne pouvait pas accepter !

L'évolution de la situation dans les territoires occupés, en premier lieu en Cisjordanie, où la domination sioniste se heurtait à une opposition de masse croissante, et la lutte acharnée de la population du Golan en grève depuis des mois constituaient, par ailleurs, un autre motif de préoccupation pour les dirigeants sionistes. Cela d'autant plus que ces événements avaient un impact sur des couches de la population israélienne elle-même, comme l'a montré la grande manifestation du 27 mars dernier à Tel Aviv. La situation économique très grave, à la suite de laquelle, pour la première fois, le niveau de vie des masses israéliennes a baissé, aggravait les tensions.

Dans un tel contexte se répandaient de plus en plus un sentiment d'insécurité et de pessimisme quant à l'avenir, ainsi que la prise de conscience que le pays se trouvait dans une im-

C'est pour faire face à ces problèmes que Begin avait besoin de prendre une initiative spectaculaire, susceptible de créer une situation nouvelle et de donner un contenu à sa propagande sur le thème « refaire 1948 », à savoir ouvrir une nouvelle phase d'essor de l'Etat israélien.

Le principal objectif de l'offensive militaire était d'infliger à l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), le coup le plus dur de son histoire et de frapper par là-même, politiquement et moralement, la résistance de masse dans les territoires occupés. En même temps, Menahem Begin visait à affaiblir la Syrie, aussi bien militairement que politiquement, et à l'obliger à se retirer du Liban. Ce retrait aurait déblayé le terrain pour une restructuration de l'Etat libanais, « libéré » de l'influence palestinienne et livré aux forces les plus conservatrices et réactionnaires, prêtes à accepter la « pax israeliana » sous la tutelle de l'impérialisme.

EDITORIAL Le rapport des forces entre l'ensemBle myata arabeg d'un côté, et Israël de l'autre, aurait également yolui en faveur de ce dernier.

Menahem Begin a estimé bénéficier de conditions suftisamment favorables pour son entreprise guerrière, notamment grâce à la neutralisation durable de l'Egypte après les Accords de Camp David, à la déliquescence de l'Etat libanais, à l'affaiblissement de la gauche libanaise, à l'impossibilité de toute action irakienne, et aux difficultés intérieures du régime syrien l'empêchant de courir le risque d'un affrontement militaire majeur. Il savait très bien que l'impérialisme américain n'irait pas au-delà de quelques réserves formelles - étant intéressé aussi à l'écrasement de l'OLP, à l'affaiblissement de la Syrie et au renforcement d'Israël — et que les bourgeoisies européennes ne prendraient aucune initiative concrète pour arrêter le bras de Tel Aviv.

Menahem Begin voulait également démontrer que l'Etat d'Israël n'était pas comparable à l'Iran du Shah, qu'il avait une force militaire considérable, une très grande cohésion politique

Manifestation palestinienne à Beyrouth en 1977. (DR)

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et représentait le seul pilier solide d'une stratégie contre-révolutionnaire dans la région.

Ses calculs se sont révélés corrects. Les Etats-Unis se sont opposés même à l'adoption d'une résolution condamnant Israël aux Nations Unies. Les Etats européens, France « socialiste » comprise, se sont limités à des condamnations aussi stériles qu'hypocrites. l'URSS a manœuvré en coulisses, se souciant surtout de sauver son allié de Damas, et n'est venue en aide, sous aucune forme, à la Résistance palestinienne. La force de l'ONU (FINUL) n'a aucunement joué le rôle de « cordon sanitaire » qui était censé être le sien. La Force arabe de dissuasion (FAD) - en pratique l'armée syrienne — a tout mis en œuvre pour éviter le combat. Les Etats arabes sont restés passifs. A l'intérieur de l'Etat sioniste, l'opposition travailliste a donné son blanc-seing à l'agression, et les manifestations antiguerre n'ont rassemblé que quelques centaines de personnes brutalement attaquées par les partisans de l'Union sacrée.

Le cessez-le-feu, conclu unilatéralement entre Israël et la Syrie, a été favorisé par l'action des Etats-Unis, qui craignaient qu'en allant trop loin, Menahem Begin ne provoque des bouleversements aux conséquences imprévisibles dans la région. En ce sens, la décision de l'Iran d'envoyer des contingents pour aider la résistance palestinienne avait été un premier signal d'alarme. L'OLP a ressenti ce premier cessez-le-feu comme un lâchage, comme une indication supplémentaire que le régime syrien se préoccupe beaucoup plus de son propre sort que de la défense des droits vitaux du peuple palestinien. Sous la pression de cette manœuvre, l'OLP a accepté à son tour un cessez-le-feu, qui apparaît extrêmement précaire et que Menahem Begin a déjà violé à plusieurs reprises, et violera sans doute chaque fois qu'il l'estimera utile.

Les succès remportés dans cette nouvelle Blitzkrieg permettent à Israël de s'engager - en partant d'une position de force - dans les négociations qui se déroulent et qui se poursuivront de façon très serrée, quelles que soient les vicissitudes de la confrontation militaire. Begin pourra compter sur l'aide substantielle des impérialistes et sur la complicité, plus ou moins directe, des forces réactionnaires de la région.

Toutefois, l'espoir des dirigeants sionistes d'ouvrir une nouvelle phase dans l'histoire de leur Etat et de sa domination dans cette partie du monde, risque fort de ne pas se matérialiser. L'objectif principal de la guerre n'a pas été atteint : P'OLP a subi des coups très durs, perdu des positions, enregistré des pertes très douloureuses, mais elle n'a pas été détruite. Ses combattants ont lutté et luttent d'une manière héroïque et leurs foyers de résistance n'ont pas été éliminés, même dans les villes les plus durement attaquées par l'adversaire. Généraux israéliens scrutant la frontière libanaise. (DR)

L'armée israélienne a Jérusalem. (DR)

L'incertitude de Begin, dès que son armée est arrivée aux abords de Beyrouth, est en elle-même révélatrice de l'impasse où Israël ne cesse de s'enfermer. Dans la capitale libanaise et ses faubourgs, il y a environ 200 000 Palestiniens qui sont décidés à se défendre jusqu'au bout. Pour écraser la résistance et son organisation, l'OLP, qui n'est pas une « bande de terroristes » mais l'expression des aspirations nationales d'un peuple en lutte pour son indépendance et sa survie, les sionistes devraient déclencher un massacre frisant le génocide et envisager par la suite des déplacements massifs de population vers des

Par ailleurs, les forces réactionnaires libanaises, qui n'ont pas surmonté leurs propres divisions, seraient difficilement en condition d'imposer l'avènement d'un régime fort, un tant soit peu stabilisé. Une opération style Saad Haddad - ce commandant libanais qui occupe le Sud-Liban au profit des Israéliens -n'est possible que dans un territoire limité et relativement peu peuplé et, en tout cas, ne pourrait pas faire l'économie d'une intervention prolongée des forces armées israéliennes. La situation intérieure en Israël pourrait connaître une évolution dès que la précarité du succès se précisera et que seront connues les pertes subies par les agresseurs. Bien que modestes par rapport aux pertes palestiniennes et libanaises, elles apparaîtront très graves à des Israéliens habitués à remporter des victoires sans trop de deuils.

Il est impératif que le mouvement ouvrier mobilise ses forces dans le monde entier afin de faire cesser immédiatement l'agression criminelle de l'Etat sioniste et d'assurer sa pleine solidarité à la Résistance palestinienne. Il faut exiger que l'armée d'Israël se retire de tout le Liban et que toutes les forces d'occupation soient retirées des territoires occupés, que le Liban puisse récupérer sa souveraineté et que les Palestiniens maintiennent leurs positions, leurs forces armées et leurs organisa-

Il faut dénoncer la complicité des Etats-Unis avec Menahem Begin, l'hypocrisie des Etats européens, qui ont adopté des sanctions économiques contre l'Argentine lors du conflit des Malouines, mais se gardent bien d'entreprendre une action concrète face à l'agression israélienne.

Il faut exiger que les Etats ouvriers assurent une aide économique et militaire à la Résistance palestinienne et à toutes les forces libanaises qui luttent aux côtés des Palestiniens contre les sionistes.

- Halte à l'agression sioniste ! - Troupes israéliennes hors du Liban immédiatement ! - Solidarité avec la Résistance palestinienne ! Bureau du Secrétariat unifié (SU) de la IVe INTERNATIONALE, 13 juin 1982.

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