ou luttes de classes ?
FEMMES
Luttes de sexes
"Travailler à la construction d'un mouvement autonome de femmes est contre-révolutionnaire, dans la mesure où d'une part, cela divise la classe ouvrière et où, d'autre part, cela tend à créer des bases d'unité qui ne devraient pas exister entre les femmes de différentes classes sociales. " ("Effe" , juillet-août 77). Telle est la position que certaines féministes italiennes attribuent aux camarades de la IVème Internationale présentes à la Rencontre internationale de femmes à Paris en mai dernier. Cette affirmation, parue dans l'un des journaux féministes les plus lus en Italie - et même en Europe - appelle une réponse de notre part. Ceci d'autant plus que c'est la première publication, à notre connaissance, qui rend compte de manière aussi exhaustive de cette rencontre, des débats qui se sont déroulés dans les commissions de travail et qui met bien en évidence tout l'intérêt, malgré les lacunes d'organisation et les difficultés dues à la préparation très inégale des femmes présentes, des discussions et des échanges d'information qui ont permis de déboucher sur la volonté d'organiser des actions communes et des campagnes au niveau international. D'autant plus encore que cette "interprétation" de nos positions s'accompagne d'accusations réitérées quant à notre volonté de manipuler la rencontre. A propos de la commission "féminisme et marxisme" - née spontanément pendant le week-end, à l'initiative de femmes du mouvement français -, l'une des camarades de "Effe" n'affirma-t-elle pas que : "La commission était née de la décision d'un groupe de femmes trotskystes (américaines, anglaises, allemandes et françaises) présentes dans la commission sur les problèmes des rapports avec le syndicat; lesquelles, invoquant un droit (très peu féministe en vérité) d'ancienneté; ont prétendu réglementer de manière très rigide les travaux de la commission. " Et d'insister sur la façon dont une "trotskyste" prenait les inscriptions, dont une autre chronométrait les interventions, et sur la rigidité de l'alternance du débat "mouvement de femmes-trotskyste, mouvement des femmes trotskystes... à l'infini, avec l'impossibilité de construire un dialogue positif".
Jacqueline HEINEN Outre que c'est nous faire beaucoup d'honneur sur notre capacité dans la rencontre - il se trouve que fort peu de camarades de la IVème ont pu participer à cette commission-là, cette façon d'amalgamer les interventions de toute féministe reprenant à son compte des positions de classe - qui sont aussi les nôtres - à la "volonté de manipulation des trotskystes" de même que cette manière pour le moins sectaire de rendre compte des débats traduisent cependant une réalité qui s'est exprimée tout au long du week-end : l'existence de clivages très profonds entre le courant des femmes qui avaient initié cette rencontre et voulaient débattre avant toute chose des problèmes que pose la liaison entre le mouvement autonome des femmes et le mouvement ouvrier, et le courant de celles qui refusent les termes de débat-là, qui ont "conscience d'être anticapitalistes sans pour autant être prisonnières du schéma de la lutte des classes" Ce dernier courant, dont les représentantes qui vont le plus loin peuvent être qualifiées de "séparatistes" puisqu'elles affirment la nécessité d'une coupure totale entre hommes et femmes, en politique comme dans la vie quotidienne, était fortement représenté, non seulement parmi les camarades italiennes, mais aussi parmi les camarades allemandes. La tonalité de l'article à propos de la rencontre paru dans "Courage" - mensuel féministe allemand qui a une grande audience -est très proche des commentaires de "Effe" cités plus haut. "On n'a pas eu àen découdre avec les hommes dans ce congrès, mais bien avec ce qu'ils ont réussi à mettre dans la tête des femmes. Avec le fait qu'elles étaient prêtes à instrumentaliser les luttes de femmes dans d'autres buts politiques. L'intention déclarée des initiatrices, appartenant pour la plupart à la lVème Internationale, n'était-elle pas de permettre une centralisation des luttes de femmes afin qu'elles deviennent un élément organique du combat de la classe ouvrière ?" Et de se reconnaître dans les propos d'une italienne qui déclarait à la fin de la rencontre : "Nous ne voulons pas nous conduire comme n'importe quel militant politique, nous ne nous sommes pas reconnues ici, nous n'avons rien retrouvé de la pratique qui est la nôtre dans nos groupes. Des têtes sans corps. " ("'Courage", n° 8, août 1977). Nous ne reprendrons pas ici ce que nous avons déjà développé à plusieurs reprises dans les pages d' "Inprecor" • Que ce soit à propos de l'importance d'une riposte centralisée de la part
FEMMES des mouvements de femmes face aux attaques de la bourgeoisie qui se traduisent par des mesures plus ou moins identiques dans tous les pays capitalistes développés - surtout en ce qui concerne les questions de l'emploi des femmes et de l'avortement - (ce qui explique l'importance que les camarades de la IVème Internationale militant dans le mouvement des femmes ont accordée à la préparation de cette rencontre; ce qui explique aussi leur présence relativement nombreuse à Paris). Ou que ce soit à propos de nos positions de fond sur le mouvement autonome des femmes et de la volonté que nous avons de participer activement à sa construction. Mais nous devons en revanche répondre aux camarades qui nous attaquent dans les pages d' "Effe" ou de "Courage" dans la mesure où leurs positions ont un écho certain parmi tous les mouvements de femmes au niveau international. Car le cou, rant qu'elles représentent, même s'il est minoritaire face aux luttes de femmes de la classe ouvrière dans les pays où la situation politique est la plus mûre, n'en est pas moins un courant international. Plus «socialistes» que les révolutionnaires? La résolution finale de la rencontre d'Amsterdam explique des plus clairement le fondement des divergences qui peuvent exister entre les deux courants évoqués et rend assez bien compte de certaines interventions que l'ona pu entendre à Vincennes. "Notre oppression n'est pas celle des prolétaires" affirme le texte de la résolution, car "les fondements de l'oppression spécifique des femmes relèvent de la spécificité des relations des femmes à la production, qui fait qu'elles produisent gratuitement et ne reçoivent en échange que leur subsistance. Ces rapports de production s'appliquent à toutes les femmes; quelle que soit la classe à laquelle appartient leur mari (souligné dans le texte). Ces rapports d'exploitation sont la base matérielle du système qui opprime les femmes : le patriarcat; ses bénéficiaires sont les hommes, compris comme un groupe social - et non comme un groupe biologique - de la même manière que le salaire est la base matérielle du capitalisme, dont les bénéficiaires sont le groupe social des patrons et des propriétaires. La lutte de classe s'attaque à ce dernier système, mais pas au premier. Prétendre que la lutte de classe, la lutte anticapitaliste, est la lutte primordiale pour les femmes contre leur oppression est une erreur et une façon de détourner nos énergies. La conclusion de ces affirmations les amène à conclure que "si les groupes d'extrême-gauche et les partis traditionnels ne peuvent pas s'occuper de l'oppression des femmes, c'est pour des raisons structurelles, et non pour des raisons accidentelles, parce que ce sont des partis d'hommes et que, de ce fait, ils ont un intérêt évident dans la perpétuation de notre oppression" . Et parallèlement, l'existence d'un courant "lutte de classe" dont les représentantes sont inféodées à des "partis mâles" , est perçue "comme un recul, comme un pas en arrière du mouvement autonome" dans la mesure où "il met en question l'autonomie absolue du MLF (...) C'est pourquoi il n'est pas seulement extrêmement regrettable que des femmes s'égarent individuellement dans ce courant. Mais son existence même est une menace pour le mouvement autonome des femmes." La logique ultime des positions exprimées par les féministes radicales qui se trouve pour la première fois systématisée au niveau d'une rencontre internationale tient en une question : "La lutte de classe peut-elle conduire au socialisme ?" Et dans la réponse qui lui est faite : "Si le socialisme signifie une société sans classes, la réponse est évidemment non. La lutte de classe ne peut conduire qu'à une société débarrassée des classes capitalistes, mais dans laquelle les classes patriarcales subsistent. Dans la mesure où nous luttons pour l'abolition des classes patriarcales (hommes/femmes) et dans la mesure où nous voulons aussi l'abolition des classes capitalistes, nous sommes socialistes. Et nous sommes plus socialistes que les révolutionnaires mâles qui veulent détruire les classes capitalistes, mais garder les classes patriarcales." Elles vont plus loin encore en affirmant : "Les organisations gauchistes et leurs appendices féminins, en empêchant la lutte des femmes d'être antipatriarcale, apparaissent comme antiféministes primaires, et de ce point de vue, elles doivent être assimilées à toutes les autres institutions patriarcales du système. " Et de conclure : "Nous ne savons pas s'il existe actuellement un mouvement ouvrier qui soit le pendant du mouvement des femmes. Le PC est réformiste et les groupes d'extrême-gauche sont des groupes élitistes pour deux raisons : - près de 99% de leurs membres sont des individus petits-bourgeois; (sic!) - ils se considèrent comme une "avant-garde" et il faut être conscient de ce que cela implique pour la lutte de classe qui est soi-disant dirigée par une avant-garde, et qui plus est, par une avant-garde non prolétarienne. Nous attendons la création de groupes prolétariens organisés sur les mêmes bases que les groupes femmes : antiautoritaires, et faisant découler leur analyse et leur stratégie de la discussion de leur oppression actuelle. En attendant, nous pensons que seules les femmes sont dans une situation objective et ont un potentiel politique qui leur permet de mener, non seulement une lutte antipatriarcale, mais également une lutte anticapitaliste puisqu'elles représentent la majorité du 'sous-prolétariat' Voilà qui est clair et montre bien à quoi peuvent aboutir les théorisations sur la "lutte des sexes" . D'aucuns pourront être tentés de dire que de telles positions sont minoritaires et nous concernent peu dans la bataille que nous menons pour une reprise en charge par le mouvement ouvrier, de tous les aspects de la lutte des femmes contre leur oppression. Qu'ils (ouelles) se détrompent. Parmi les femmes qui exprimaient de telles positions à la rencontre internationale, nombreuses étaient les militantes ayant quitté récemment les rangs d'organisations comme Lotta Continua , le PDUP - ou même des sections de la IVeme Internationale. Sans pouvoir développer ici une analyse approfondie sur les racines d'un tel courant, il faut affirmer que les carences des organisations centristes (et souvent des organisations d'extrême-gauche) à apporter des réponses aux questions posées depuis plusieurs années par le mouvement autonome des femmes récents, ont amené de nombreuses
camarades à théoriser l'impuissance du parti révolutionnaire à faire de la lutte contre l'oppression spécifique une partie intégrante de son programme et de son action. Si l'on ajoute à cela la nature du mouvement des femmes dont les groupes se situent très souvent en marge de la classe ouvrière du fait même de leur composition sociale, on comprend mieux dès lors comment des femmes qui ont pu être des militantes convaincues et attachées à leur organisation durant plusieurs années, en sont venues à douter du rôle historique du prolétariat et de la capacité de son avant-garde à mener une lutte consciente pour la transformation de tous les rapports économiques et sociaux. Le silence - ou les positions carrément réactionnaires - du mouvement ouvrier organisé face à la montée de la radicalisation des femmes expliquent l'isolement dans lequel se trouve le mouvement autonome dans plus d'un pays, le repli d'un certain nombre de groupes femmes sur eux-mêmes. Il explique aussi leurs théories séparatistes, niant une série de vérités premières sur lesquelles se fonde l'analyse marxiste. Ce qu'elles ont perdu de vue... Ce que ces camarades ont perdu de vue, c'est comment la bourgeoisie, dans le cadre du système capitaliste, s'est réappropriée et a transformé l'oppression des femmes - déjà présente dans les sociétés de classes précapitalistes - et comment elle la reproduit pour le maintien de sa domination. Ce qu'elles ont perdu de vue, c'est en quoi la famille bourgeoise est une institution vitale pour la survie de la classe dominante qui utilise tout un arsenal idéologique pour l'entretenir et la replâtrer au fur et à mesure que s'aiguisent les contradictions du système; en particulier avec la présence de plus en plus massive des femmes dans le processus de production et alors qu'on tente par tous les moyens de les maintenir dans un statut social inférieur en leur serinant - surtout dans les périodes de crise économique - "que leur place est à la maison" Ce qu'elles ont perdu de vue, c'est en quoi les femmes sont opprimées de manière différente selon la classe à laquelle elles appartiennent - une bourgeoise ne vivant pas exactement de la même manière qu'une ouvrière, le poids de la double journée de travail ou les conséquences de la discrimination dans l'éducation et dans la formation professionnelle... Si le marxisme fait de la classe ouvrière la classe révolutionnaire, c'est à cause de la place qu'elle occupe dans le procès de production et non d'abord à cause du type d'oppression qu'elle subit. Ce qu'elles ont perdu de vue, enfin, c'est la nécessité d'une lutte centrale contre l'Etat bourgeois et ses institutions, ce qui les amène à prendre les effets de l'aliénation des individus - qui se traduit notamment par le sexisme au sein de la classe ouvrière - pour une entité si ce n'est biologique, du moins sociale. D'où l'importance première qu'elles accordent aux oppositions entre sexes et non entre classes. L'analyse de ces camarades est une remise en cause du marxisme qui, pour nous, permet seul d'appréhender correctement les fondements de l'exploitation et de l'oppression spécifiques des femmes en système capitaliste - quelles que soient par ailleurs les lacunes des écrits de Marx et d'Engels dans leur analyse des formes de cette oppression et de la place exacte des femmes dans cette société. Ceci dit, il est évident pour nous qu'il y a un écart entre la mission historique du prolétariat en raison de sa place dans les rapports de production, et son niveau de conscience et d'organisation à un moment donné. S'il est évident qu'il n'a aucun intérêt objectif au maintien de l'oppression des femmes (qui se traduit notamment par des rapports conflictuels entre les individus, en particulier entre des hommes et des femmes qui souvent s'aiment et qui vivent ensemble), il n'en reste pas moins que la majorité des hommes de la classe ouvrière n'ont pas conscience aujourd'hui de l'intérêt qu'il ont à rompre avec des comportements phallocratiques, à briser le schéma traditionnel de la division des tâches au sein de la famille, de la société et même dans les organisations ouvrières. Ceci parce que cette division leur apparaît comme un confort matériel et moral, parce que leur aliénation les empêche de voir combien des "avantages" sont pauvres et secondaires en comparaison des rapports affectifs. et sociaux radicalement différents qui pourraient exister. Une autre lutte s'impose Mais ce qu'il est décisif de noter aujourd'hui, et que les camarades théorisant la nécessité du séparatisme ne voient pas ou refusent de voir, c'est la façon dont les femmes de la classe ouvrière espagnole et italienne ont engagé le combat face à ces attitudes rétrogrades. Loin de vouloir séparer leur combat de celui de leurs compagnons, elles ont amorcé depuis peu une bataille dans les organisations ouvrières elles-mêmes. En revendiquant la tenue de réunions non-mixtes, certes, voire de conférences régionales ou nationales en vue de préparer un congrès syndical et d'être mieux à même de défendre leurs positions, mais dans le but explicite de faire changer les positions de leur organisation, d'imposer les revendications spécifiques des femmes touchant aux questions de salaire, d'horaires, comme de la double journée de travail, comme des questions centrales devant être prises en charge par tout le mouvement ouvrier. C'était en tout cas ce qui ressortait clairement des déclarations des ouvrières ayant participé à la première réunion nationale non-mixte de la FLM en mars dernier à Milan et dont nous avons déjà parlé ici. Conférence qui s'est d'ailleurs poursuivie dans le cadre d'un séminaire organisé début septembre et dont le programme a été diffusé dans toute l'Italie, au centre de la CGIL d'Ariccia. Organisé par les milifantes de la FIM, le syndicat de la métallurgie, il avait pour but de discuter avant toute chose "le rapport entre le travail et la mater-
, et se voulait "une première réponse en positif à l'engagement pris lors de la 4ème conférence nationale des délégués de la FIM (suivant d'une semaine la conférence non-mixte évoquée plus haut) en ce qui concerne la question des femmes à l'usine, dans la société, comme dans le syndicat". Au centre des débats : - le problème du travail en usine, conçu comme un travail avant tout masculin, qui ne tient pas compte des besoins des femmes et la contradiction que cela représente pour ces der-
nières, encore toujours considérées comme des mères dont la place devrait être à la maison; - les implications que cela a par rapport à la santé des femmes (cf. tout le problème des avortements "blancs" ou fausses couches provoquées par des conditions de travail déplorables) et surtout par rapport à la façon dont elles considèrent leur travail : comme un travail d'appoint, un élément secondaire dans leur vie tout entière axée sur la famille; - la lutte sur la question de l'avortement, qui devrait devenir un axe de bataille du syndicat tout entier, surtout après le vote du Sénat en juin, refusant d'entériner la proposition de loi - pourtant déjà très restrictive - adoptée par le Parlement quelques mois plus tôt. Autant de questions qui devraient se traduire par des prises de position, des documents permettant un plus large débat dans les rangs de toutes les fédérations syndicales italiennes. Ce n'est là qu'un exemple, mais il nous semble essentiel dans la mesure où l'on retrouve une volonté analogue chez les militantes espagnoles des Commissions ouvrières ou de l'UGT lorsqu'elles réclament à la fois la tenue de réunions non mixtes et l'existence de commissions féminises syndicales mixtes obligeant leur fédération à prendre au sérieux leurs exigences. Ou chez les Portugaises qui; après un premier congrès de l'Intersyndicale sur les revendications spécifiques des femmes l'an dernier, ont poursuivi leur bataille dans les différentes branches syndicales. Ou encore chez les militantes de la CGT française qui, en mai dernier, ont posé le problème de l'existence des groupes du mouvement des femmes, de la nécessité d'un travail en commun avec eux dans des batailles centrales comme l'avortement, de la nécessité pour le syndicat, non seulement de les reconnaître mais de reprendre à son compte la lutte qu'ils mènent sur des thèmes qui touchent en premier les travailleuses. Tous ces éléments sont d'autant plus décisifs qu'ils indiquent la tendance dominante chez les femmes de la classe ouvrière - sans lesquelles il n'y aura pas de mobilisations de masse à proprement parler et dont la prise de conscience féministe est une condition: pour que le mouvement des femmes remporte des victoires, même partielles, sur les revendications qu'il défend. Cette tendance, ce n'est pas de se constituer en syndicats à part ou en groupes coupés totalement du reste du mouvement ouvrier, mais d'établir un lien dialectique entre les modes organisationnels et les objectifs du mouvement autonome des femmes dans lesquels elles se reconnaissent, avec la bataille qu'elles mènent dans leurs organisations politiques et syndicales, en affirmant une volonté de transformer ces dernières. La nécessité d'un mouvement autonome Il est vrai cependant, que même dans les organisations révolutionnaires, les comportements sexistes sont loin d'être chose périmée, mais nous ne confondons pas pour autant l'attitude rétrograde d'individus avec l'organisation dont le caractère révolutionnaire s'affirme dans le programme qu'elle se donne et dans la bataille qu'elle mène pour que la lutte de libération des femmes devienne un processus conscient. Et d'abord et avant tout chez ses propres militants dont toute l'éducation a été marquée par l'empreinte de l'idéologie dominante.
Et c'est bien pourquoi nous affirmons que seule la prise en charge par les femmes elles-mêmes de la lutte contre leur oppression, garantira l'intégration d'une dimension féministe dans la conscience de classe. C'est pourquoi nous affirmons la nécessité d'un mouvement autonome des femmes, capable d'initiatives propres, forçant les organisations du mouvement ouvrier à défendre leurs revendications spécifiques, impulsant l'auto-organisation des femmes et à mettre en question le sexisme existant dans leurs rangs. Mais nous n'en concluons pas pour autant que ce mouvement peut mener un combat victorieux en dehors de celui de la classe ouvrière, ou parallèlement à lui. L'autonomie, pour nous, consiste dans le fait que les femmes s'organisent entre elles, non qu'elles proclament leur indépendance totale sur le plan politique, c'est-à-dire leur refus de considérer la lutte qu'elles mènent comme une partie intégrante de celle du mouvement ouvrier. Car nous savons que le mouvement autonome des femmes est subversif, dans la mesure précisément où il oblige le mouvement ouvrier à mener une lutte efficace contre l'oppression. Mais il n'a pas en soi la capacité de mener une lutte centrale contre la bourgeoisie et son Etat. Pas plus qu'il n'est, un îlot pur et révolutionnaire, comme l'affirme la résolution d'Amsterdam. Car il est traversé, au même titre que les organisations de la classe ouvrière, par tous les courants politiques, et notamment par le réformisme. Lorsque les groupes non-mixtes qui mènent campagne contre, le viol aux USA utilisent de manière acritique toutes les institutions de l'Etat bourgeois (police, justice, hôpital), est-ce qu'ils ne s'inscrivent pas dans une perspective réformiste de modifications du système ? Lorsque le mouvement autonome italien décida, dans sa majorité, l'automne dernier, de se désintéresser de la bataille parlementaire sur l'avortement, est-ce qu'il ne faisait pas le jeu des réformistes, sans voir combien cette lutte était décisive pour des milliers de femmes de la En vérité, la vision des radicales est une vision étapistes (les femmes doivent d'abord faire leur révolution, on verra pour les hommes ensuite...) et reproduit par ailleurs fidèlement les conceptions réformistes sur la division entre lutte politique et lutte économique. A ceci près que, cette fois, ce sont les femmes qui doivent mener la lutte politique, la lutte économique étant gentiment laissée aux ouvriers (des ouvrières, il n'en est pas question !). C'est pourquoi la présence d'un courant défendant une orientation de classe au sein du mouvement des femmes, loin de mettre en question son autonomie, en est au contraire la garantie dans la mesure où lui seul sera à même, par ses initiatives, de gagner à la lutte de libération des femmes des couches importantes de travailleuses qui commencent à se radicaliser mais qui sont aujourd'hui encore sous l'emprise du réformisme, car il mènera une bataille conséquente pour que ce mouvement des femmes devienne un mouvement de masse, exprimant le point de vue des plus exploitées et capable de le faire peser réellement dans les luttes du mouvement ouvrier. NOTES 1) CF. "Inprecor" n°s 2,3 et 6, nouvelle série. •2) Cf. "Inprecor" n°7, nouvelle série.