Pour empêcher Begin-Sharon d'entrer dans Beyrouth-Ouest
ISRAEL
'OPPOSITION à la guerre israélienne au Liban se renforsein de l'Etat d'Israël et des territoires occupés.
/ Aux réactions d'une partie minoritaire certes, mais significative, de la population juive, s'ajoute la grève générale de deux jours appelée par les arabes des territoires occupés.
C'est la première fois que se manifeste en Israël, en pleine période de guerre, un courant de protestation aussi important.
Son existence même rend plus crédible la perspective stratégique d'une unification de la lutte des Juifs anti-sionistes avec le combat du peuple palestinien, perspective pour laquelle se battent nos camarades de la LCR de l'Etat d'Israël.
Notre camarade Michel Warschawski a rappelé pour Inprecor, par téléphone, les actions de solidarité militante contre
Michel WARSCHAWSKI
Pour la première fois, Israël se trouve en guerre sans avoir réussi à créer un consensus national autour de la nécessité de sa dernière entreprise guerrière et de ses objectifs essentiels. Hormis les aveugles politiques, tout le monde en Israël savait cette guerre inévitable. Il était de notoriété publique que le ministre de la Défense, le général Ariel Sharon, l'avait préparée depuis qu'il était entré en fonction il y a un an, et que le Premier ministre
Menahem Begin était hanté par la crainte de mourir avant d'avoir pu inscrire son nom dans l'histoire d'Israël comme vainqueur de la « cinquième manche (1) ».
Avant l'ouverture des opérations militaires, la majorité de l'opinion publique israélienne avait exprimé, d'une façon ou d'une autre, son opposition à une aventure militaire qu'elle ne jugeait pas, à juste titre, inévitable, et dont les conséquences n'étaient pas évidentes. Tout le monde sait bien que c'est un ministre du gouvernement Begin, et pas un des moindres, qui a fait savoir à la presse, il y a trois mois environ, la date précise de l'offensive préparée par le gouvernement, ce qui a obligé ce dernier à repousser son
Au niveau populaire également, l'enthousiasme n'était pas grand face à l'éventualité d'une nouvelle guerre israélo-arabe (2). Pourtant, il ne faisait aucun doute qu'une fois les opérations militaires commencées, et à plus forte raison si les premiers jours étaient marqués par des succès pour l'armée sioniste, le gouvernement pourrait recréer un semblant d'Union sacrée, d'autant plus que le soutien a posteriori de l'ensemble des partis sionistes lui était assuré, dès lors que la guerre était
Ce qui a surpris, à partir du dimanche 6 juin, ce n'est donc pas l'état d'esprit belliciste et nationaliste de la population, aiguisé par les médias mobilisés pour créer un sentiment d'état d'urgence et d'Union sacrée. Il faudra encore longtemps, en eftions ont réussi, entre réticents, à appeler eux fet, avant que de larges couches de la population israélienne ne se dressent spontanément et immédiatement contre les d'opposition à la guerre, et cela des les premiers jours des combats, ce qui a enfin obligé certains députés du Parti travailn'y avait pas cette fois-ci de consensus national sur cette question.
LE COMITE CONTRE
LA GUERRE AU LIBAN Déjà pendant la première semaine de la guerre, alors que les informations ne parvenaient que d'une façon très limitée, deux manifestations se Jérusalem et à Tel Aviv, regroupant des disaines et des dizaines de personnes ap partenant à toutes les formations de la gauche, y compris la gauche du Parti Shelli. Leurs slogans étaient on ne peut plus clairs : « Non à la guerre au Liban ! Retrait immédiat ! Reconnaissance de l'OLP interlocuteur! Ouverture de pourparlers avec l'OLP! »
C'est le Comité de solidarité avec l'ude Bir Zeit, transformé l'occasion en Comité contre la guerre au Liban, qui a été à l'initiative de ces manifestations. C'est lui aussi qui a publié dans le journal Haaretz une pétition exprimant une opposition totale à la guerre et appelant à un arrêt immédiat des combats, signée dès les premiers jours par de nompersonnalités quinze jours, cette pétition avait recueilli déjà plus de 5 000 signatures. C'est toujours le Comité contre la guerre au Liban qui a organisé, le dimanche 13 juin, une manifestation de plus de 600 personnes devant les bureaux du Premier ministre.
Ces initiatives, marginales à première vue, allaient permettre de dégager un processus bien plus large d'opposition à la guerre. A la suite de la pétition du Comil'invasion du Liban, effectuées par le Comité contre la guerre au Liban depuis le tout début de l'agression sioniste. Ces acautres choses, à créer un véritable mouvement d'opposition à la guerre et à pousser les dirigeants du mouvement « Peace Now » (la Paix maintenant), d'abord à une manifestation pour le aussi samedi 3 juillet. Cette mobilisation, la plus importante depuis les accords de Camp David, a réuni près de 100 000 manifestants. Quoique plus modérés que lors des initiatives précédentes, les slogans affirmaient : « Plus jamais une guerre comme celle-là ! » et réclamaient, sous diverses formulations, « une solution israélo-palestinienne » à la question palestinienne.
té contre la guerre au Liban, Haaretz allait publier en dix jours plus de quinze annonces et communiqués exprimant plus ou moins clairement un point de vue critique face à la politique du gouvernement sioniste au Liban. La formation à
Tel Aviv, à Jérusalem et à Haïfa de groupes de femmes contre la guerre au Liban et la manifestation de plus de 200 femmes dans le centre de Jérusalem, allaient aussi élargir le mouvement bien au-delà des courants se reconnaissant dans l'ancien Comité de solidarité avec l'université de Bir Zeit. Et toute une série de personnalités politiques, universitaires et artistiques, ainsi que des délégations de kibboutzim, vont rejoindre les initiatives du
Comité contre la guerre au Liban, comme en témoignent les conférences de presse auxquelles participaient, outre le professeur Yechayou Leibovitz, qui appelait au refus de servir dans les territoires occupés, le philosophe
Assa Kasher, le poète
Nathan Zakh, etc. (3).
L'effet le plus important de ces mobilisations a été le débat très dur qui a traversé le mouvement « Peace Now » (la
Paix maintenant).
Originellement, direction avait décidé de n'entreprendre aucune action tant que les combats se à l'Union nationale. La pression des diverses initiatives anti-guerre sur les militants de « Peace Now » allait porter ses fruits. La majorité des militants de Tel
Aviv décidaient de mettre fin à la « trê ve » et de prendre plusieurs initiatives afin d'exprimer leur opposition à la guerre. Ils ont été suivis par le groupe
Ometz, qui regroupe la gauche travailliste
1. Les sionistes mènent en effet actuelleguerre,
1948, 1967, 1973 et 1978
2. Michel Warschawski, « Le gouvernement Begin toujours à la recherche de la guerre ». Inprecor numéro 125, du 3 mai 1982
Le 20 juin, le professeur Yechayou avons déjà fait ce que Hitler a fait au cours des six premières années de son règne.
au Parlement, qui a pris l'initiative d'un piquet permanent devant les bureaux du Premier ministre composé de soldats récemment démobilisés.
L'OPPOSITION
DES MILITAIRES RESERVISTES
C'est au sein de l'armée, qui est essentiellement une armée de réservistes, que se déroule le second front contre la guerre. Depuis une semaine, il ne se passe pas un jour sans qu'un groupe de soldats ou d'officiers démobilisés ne prenne position, par des conférences de presse, des déclarations ou la publication de pétitions, telle celle signée par près d'une centaine de réservistes d'une unité de blindés.
Les attaques hargneuses du ministre de la Défense Ariel Sharon, mais aussi de certains dirigeants de « Peace Now » contre « ceux qui manifestent d'autres sont obligés de sacrifier leur vie », ont eu au sein de l'armée un effet boomerang. C'est de l'armée elle-même que sont sortis ces appels à manifester pour mettre fin à cette sale guerre et au mur du silence qui l'entoure. Conscient de l'élargissement rapide du sentiment anti-guerre, le Comité contre la guerre au Liban décidait d'appeler, le samedi 26 juin, à une grande manifestation à Tel Aviv (voir encart). Les 15 000 personnes venues manifester marquent un tournant dans la formation d'un large mouvement contre la guerre au Liban.
Pour la première fois, c'est la gauche qui se trouve à l'initiative d'un mouvement de masse donnant un caractère sans équivoque à la lutte contre la guerre au Liban et la situant dans le cadre de la solidarité avec la lutte du peuple palestinien. Cela va obliger les courants modérés restés jusqu'à présent sur la touche à prendre une attitude plus offensive contre la guerre. Le jour même de la grande manifestation de Tel Aviv, « Peace Now » annonçait un grand rassemblement pour le samedi 3 juillet à Tel Aviv. Plusieurs députés travaillistes et libéraux décidaient à leur tour de ne plus cacher leur opposition à la prolongation de la guerre, à certains de ses objectifs (la prise de Beyrouth ou la mise sur pied d'un Etat fort au Liban) et à exiger la démission du général Ariel Sharon, dont l'aventurisme n'a plus aucune limite, y compris le prix à payer en vies de soldats juifs.
L'ATTENTISME DES MASSES
POPULAIRES Les grands absents des mobilisations ont été jusqu'a présent les masses travailleuses et populaires. Mais cela ne signifie en rien que la guerre bénéficie du soutien enthousiaste de ces couches décisives de la population. La prolongation des combats, dont la durée dépasse même celle de la guerre d'octobre 1973, le nombre élevé de victimes du côté israé. lien, ne peuvent pas cette fois être justifiés par des arguments d'auto-défense et autres, du genre «On n'avait pas le choix …. ». Tout le monde sait pertinement que l'OLP avait scrupuleusement
15 000 à Tel-Aviv dès le 26 juin
Combien de personnes allaient-elles répondre, ce samedi 26 juin, à l'appel
respecté les accords de cessez-le-feu signés en juillet 1981 et que ce sont Sharon, Begin et Eytan qui rêvaient d'une nouvelle guerre et qui la préparaient depuis près d'un an. Ce ne sont pas les mensonges éhontés de Sharon à la télévision qui
La preuve en sont les accusations portées par les familles ouvrières et les amis des soldats tués au cours des opérations qui, lors de certaines funérailles, criaient « Begin, Sharon, assassins ! », ou encore le fait qu'aucune des grèves commencées avant le début des opérations n'a pu être arrêtée, malgré la campagne sur la nécessite de participer à l'effort de guerre. On est très loin de l'état d'esprit dominant lors des dernières guerres et il ne faudra pas longtemps avant que ne surgisse, une fois les combats terminés, une opposition populaire de masse à cette sale guerre, qui a confirmé mieux que toutes les autres qu'il est impossible, voire contre-productif, de prétendre résoudre les problèmes politiques au Moyen-Orient - et en tout premier la question palestinienne - par des moyens militaires, et que le prix des aventures militaires devient, guerre après guerre, plus lourd.
L'apparition au sein de la population israélienne d'un mouvement de masse minoritaire mais pas du tout marginal contre la guerre au Liban marque un tournant politique en Israël, que tous les commentateurs ont souligné au cours de ces derniers jours. Elle reflète l'érosion réelle de l'Union sacrée face aux Arabes, qui était jusqu'à présent l'élément déterminant de la supériorité sioniste. Ce tournant fait peser sur les frêles épaules des militants de la gauche israélienne, regroupés au sein du Comité contre la guerre au Liban, des responsabilités qualitativement nouvelles. Dans la bataille qu'ils mènent contre le bellicisme et l'annexionnisme du gouvernement sioniste, ils sont non seulement en train de contribuer à la défense des droits du peuple palestinien, qui cette fois fait tragiquement défaut au sein du monde arabe, mais surtout de jeter les bases d'une solidarité israélo-palestinienne qui seule peut - à terme - créer des conditions d'une coexistence entre les deux peuples de Palestine.
Michel WARSCHAWSKI Tel Aviv, 30 juin 1982.