Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

TCHECOSLOVAQUIE

Petr Uhl a entamé sa quatrième année de prison

Inprecor n° 130, 12 juillet 1982 · p. 36 · 779 mots

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Notre camarade Petr Uhl vient d'entamer sa quatrième année de détention à la prison de Mirov en Tchécoslovaquie. Arrêté en mai 1979 avec dix autres militants du Comité de défense des personnes injustement poursuivies (VONS), il était condamné en octobre de la même année à cinq ans d'emprisonnement. Au régime le plus sévère, car il « récidivait ».

Quatre de ses camarades, Jiri Dienstbier, Vaclav Havel, Vaclav Benda et Otta Bednarova, étaient condamnés lors du même procès à des peines allant de deux à quatre ans et demi. Otta Bednarova, gravement malade, devait être libérée en juin 1980, sous la pression des protestations internationales, et elle a purgé le reste de sa peine assignée à résidence.

Petr Uhl entame en fait sa huitième année de séjour dans les geôles staliniennes. Participant actif aux mobilisations qui ont marqué le Printemps de Prague, son précédent procès avait été le premier de la « normalisation » de Gustav Husak. En décembre 1969, il était condamné à quatre ans de prison sous l'accusation d'avoir organisé un «complot trotskyste » en Tchécoslovaquie. Anna Sabatova, Pavel et Sacha Uhl. (DR)

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étention

A sa remise en liberté, en décembre 1973, il a repris avec encore plus d'acharnement la lutte contre la bureaucratie au pouvoir. Il a participé activement à la création de la Charte 77 en janvier 1977, dont il a animé dès le début le Bulletin d'information ; à ce titre, il a participé à tous les débats de l'opposition. Il a toujours insisté sur la nécessité d'organiser la résistance à l'arbitraire bureaucratique, ce personnes injustement poursuivies, qui allait se charger de rassembler toutes les informations sur les cas de répression, et de défendre les victimes.

C'est pour ces activités qu'il sera arrêté, avec ses camarades, en mai de la même année, puis condamné. Non contentes de le priver de liberté pour cinq ans, les autorités l'ont placé dans la « seconde section de rééducation », c'est-à-dire celle du régime sévère, réservé aux droits communs et plus spécialement aux criminels récidivistes.

Petr Uhl n'a droit qu'à deux heures de visites par an, soit une heure tous les six mois. Durant cette petite heure, deux gardiens restent présents en permanence

Petr Uhl. (DR) et prennent note de tout ce dont sa femme et lui parlent. Il ne peut envoyer qu'une lettre toutes les deux semaines et ne peut recevoir de courrier que de sa femme ou de ses parents. Il n'a droit qu'à deux photos de sa femme et de ses enfants en bas âge. Pour en obtenir de nouvelles (une fois par an), il doit demander une autorisation préalable.

Deux fois par an, il a droit à un colis de 2 kg, plus un seul kilo de fruits et de légumes. Il a été privé de ce droit durant un an et demi car, ayant été désigné chef de cellule par les autorités, il avait laissé un de ses compagnons s'allonger durant la journée, ce qui est interdit par le règlement.

Il ne peut recevoir aucun livre ni aucun journal. Il n'a droit qu'au Rude Pravo (Drapeau rouge, le quotidien du Comité central du PCT) et aux livres de la bibliothèque de la prison. Mais lui ont été refusés les livres en langue étrangère dont il avait besoin pour entretenir sa connaissance du français et de l'allemand. Il fait toute la journée un travail manuel insalubre pour lequel il touche 2 000 couronnes par mois (environ 1 000 francs français au taux officiel) dont il ne peut dépenser que 7 % à la cantine de la prison. Il est totalement coupé des membres du VONS qui ont été condamnés avec lui et n'a pas le droit d'entrer en contact avec d'autres détenus pendant la promenade dans la cour de la prison.

En soulignant les conditions de détention faites à Petr Uhl, nous n'entendons pas minimiser celle de ses camarades - en particulier celle de Rudolf Battek, porte-parole de la Charte 77, condamné à sept ans de prison, la peine la plus lourde jamais infligée depuis la fin du Printemps de Prague —, nous voulons signaler, à travers son exemple, comment, par de telles mesures répressives et vexatoires, les autorités tchécoslovaques cherchent à briser les opposants qu'elle a jetés en prison, afin de s'assurer que, à leur libération, ils ne reprendront pas leurs activités ou, mieux encore, ils choisiront d'émigrer.

Défendre les prisonniers politiques tchécoslovaques, dénoncer les conditions de détention de Petr Uhl et de ses camarades et exiger leur libération, est plus que jamais à l'ordre du jour. C'est aussi une condition pour assurer la poursuite même de l'activité des opposants dictature bureaucratique de Prague.

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