Inprecor 1974–2004

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BOLIVIE

Pour les libertés démocratiques et le renversement de la dictature : un entretien avec un dirigeant du Parti ouvrier révolutionnaire-Combate

· Inprecor n° 130, 12 juillet 1982 · p. 30-33 · 3 491 mots

Pérou et Bolivie Syndicalisme

Un entretien avec un dirigeant du POR-Combate aidé à la mise sur pieds de formations de la Compagnie aérienne nationale, la

BOLIVIE

E 17 juillet 1980, l'armée bolivienne reprenait le pouvoir

IL Par un coup dEtat (I), Tignant incapacte de Printe démocratique populaire (UDP) (2) à canaliser et contrôler le mouvement des masses, soucieuse de sauvegarder ses propres interets économiques et ses liens avec la mafia contrôlant le trafic de la cocaïne, elle se lançait une nouvelle fois dans une répression brutale du mouvement ouvrier.

Deux ans et trois gouvernements après, les signes d'essouflement, voire de crise de la dictature, se multiplient, comme se confirme la remontée des luttes ouvrières et populaires.

C'est ainsi que, deux mois seulement après l'installation du gouvernement du général Celso Torrelio Villa, les travailleurs des mines lançaient, fin octobre 1981, une grève qui allait s'étendre à plusieurs dizaines de milliers d'ouvriers de tout le pays. Les mineurs de Huanuni voulaient, entre autres, imposer

« LA BRECHE » : - Peux-tu brièvement revenir sur les origines du coup d'Etat ?

Dirigeant du POR-C : — La cause principale du retour au pouvoir de l'armée bolivienne réside dans la montée des luttes ouvrières et populaires en Bolivie, qui menaçait les intérêts des secteurs les plus fascistes de l'armée, ceux des banques, des secteurs financiers intégrés à l'impérialisme nord-américain et aussi ceux de la mafia des traficants de cocaïne, qui contrôle une production annuelle d'un milliard de dollars. La bourgeoisie « nationale » s'est finalement ralliée au coup d'Etat, pensant en retirer de nouveaux privilèges.

Quant à l'impérialisme nord- américain, il a refusé son soutien. Il le négocie actuellement en d'une réduction du trafic de cocaïne en direction des Etats-Unis. Au moment du coup d'Etat, l'impérialisme estimait que l'UDP serait capable de canaliser le mouvement des masses et surtout de bloquer le développement de la gauche révolutionnaire.

- De quels soutiens internationaux la dictature a-t-elle profité ?

- Dans la première période, aucun.

Mais, aujourd'hui, la plupart des gouvernements ont reconnu le gouvernement militaire bolivien. L'isolement du début a évidement accentué la crise économique, sociale et politique du pays.

- Et l'Argentine ?

- Le soutien argentin aux militaires boliviens est traditionnel. Le gouvernement argentin a envoyé, et cela se savait, des spécialistes de la répression, qui ont politique. nières années, tionale. irrégulières, paramilitaires, qui mènent aujourd'hui la répression contre le mouvement ouvrier et populaire; auparavant, ces groupes étaient légaux, aujourd'hui ils sont « clandestins ». Mais le soutien argentin s'est aussi traduit par une aide économique qui est restée longtemps secrète. On a appris récemment que le gouvernement du général Luis Garcia Meza (le premier qui a suivi le coup d'Etat) avait reçu environ 400 mil-

- Et, aujourd'hui, quel est le bilan de la dictature militaire ?

- Sur le plan économique, le Plan économique triennal d'octobre-novembre 1981, prétendument « de soutien à l'économie nationale », a ouvertement montré que la dictature menait une politique antinationale. Ce Plan vise d'une part à soutenir les secteurs nationalisés des mines et du gaz, et à favoriser les investissements privés internationaux. La bourgeoisie « nationale » n'y trouve pas du tout son compte, d'autant plus que le gouvernement a instauré un contrôle des changes qui empêche les patrons privés de se procurer les matières premières et le matériel dont leurs entreprises ont besoin. D'où leur actuelle opposition « démocratique » à la dictature.

Sur le plan politique, une série de scandales ont fait perdre une bonne partie de sa crédibilité à la dictature. Ainsi, les chefs militaires des trois armes s'étaient attribués l'exploitation privée d'un gisement de pierres précieuses à Santa Cruz. Les militaires avaient aussi le projet de permettre aux membres des forces armées de pouvoir acheter des dollars américains à 25 pesos boliviens, alors que le cours officiel était de 75 pesos. Ou encore celui la reconnaissance de leur organisation syndicale. De nombreuses concessions ont alors été faites par la dictature qui, plus isolée dans le pays que jamais, a même annoncé une amnistie

Quels ont été les événements marquants de ces deux dercomment la résistance ouvrière et populaire s'est-elle organisée, quelles sont les perspectives de la dictature militaire, voilà quelques-unes des questions abordées par un membre de la direction du Parti ouvrier révolutionnaire-Combate (POR-C), la section bolivienne de la IVe Internationale, dans l'interview ci-dessous. Cet entretien a été publié dans les numéros des 12 et 19 juin de la Brèche, l'hebdomadaire du

Parti socialiste ouvrier (PSO), section suisse de la IVe Interna-

Boliviana de Aviacion, qui a fait imprimer ses billets à l'étranger pour un prix cinq fois supérieur à ceux pratiqués en Bolivie.

La conscience populaire est ainsi devenue très hostile aux militaires. Pour les gens, les militaires sont tout simplement des voleurs. Il faut savoir en outre qu'un sergent de l'armée gagne trois à quatre fois plus qu'un enseignant, sans compter tous les privilèges

(coopérative d'achat, autres magasins spéciaux d'alimentation, ete.).

Les militaires avaient prédit que leur premier gouvernement resterait au pouvoir vingt ans: il a tenu huit mois. La junte qui a suivi avait dit qu'elle y resterait au moins quatre ans : elle a tenu deux mois.

L'actuel gouvernement prévoyait de duans : aujourd'hui, il ne parle rer quatre que de trois ans et nous pensons qu'il ne finira pas l'année 1982 ...

- Comment s'est développée la résistance à la dictature ?

- Dans un premier temps, après le coup d'Etat, la résistance s'est surtout faite dans les mines et dans la capitale, La

Paz. Il n'y a pas eu de résistance massive dans les villes, surtout à cause de la politique de démobilisation et de division de

PUDP qui, par exemple, passait l'essentiel de son temps avant le putsch à expliquer qu'il ne fallait pas revendiquer des augmentations de salaires, car cela allait précipiter un coup d'Etat.

1. Jean-Pierre Beauvais, « Le peuple bolivien sous la botte, un tournant dans la situation latino-américaine ? », Inprecor numéro 85, du

25 septembre 1980.

2. Union démocratique populaire (UDP), coalition regroupant, autour du Mouvement nationaliste révolutionnaire (de gauche) (MNR-I)

de Hernan Siles Suazo, le Parti communiste bolivien (PCB) et le Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR) social-démocrate.

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Durant cette première période, la résistance a duré environ vingt jours. Malgré le massacre de la mine de Caracoles, les militaires n'ont pas pu briser la capacité de résistance des mineurs, ce qui a permis d'éviter un massacre général.

Ainsi, dans la mine de Siglo Veinte, les militaires ont dû passer un accord avec les mineurs : pas d'arrestations de dirigeants, pas de répression contre les mineurs.

- C'était là un premier signe de faiblesse de la dictature, non ?

- Oui, évidemment. En même temps, cette dernière a signé cet accord pour bloquer la mobilisation dans les autres mines et surtout à La Paz.

- Et ensuite ? - A ce moment-là, pour nous comme pour tout le mouvement ouvrier, l'important était de nous réorganiser. Il fallait éviter l'affrontement direct et immédiat. Toutes les organisations ouvrières ont ap pelé à la réorganisation - dans l'unité des syndicats. Mais c'était impossible, compte tenu de la brutalité de la répression. C'est à cette époque que huit dirigeants du Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR) ont été massacrés dans les locaux de l'état-major. Ce qui a créé un vrai problème politique, l'assassinat étant évident. La pression internationale a obligé le gouvernement à se défaire de ministre de l'Intérieur du moment, qui était pourtant le chef d'une des bandes, peut-être la plus importante, des traficants de cocaïne.

Les mesures prises alors par le gouvernement (libération des prix sans augmentation des salaires) ont accru son isolement. La petite bourgeoisie a été touchée et s'est tournée du côté des travailleurs, eux aussi durement affectés par cette politique. Cela a élargi la base de la résistance et lui a permis de se dévelop per. La classe ouvrière n'était plus la seule et commençait à organiser ses comités de

- C'est à ce moment que l'armée a été secouée par une série de crises ?

- Effectivement. Je n'en finirais pas de te raconter toutes les tentatives avortées de coups d'Etat qui se voulaient tous « démocratiques » mais qui visaient en fait une autre répartition des privilèges militaires. Le général Alberto Natusch Busch, ce massacreur, qui a été au pouvoir quelques semaines en novembre 1979, a même pris contact avec le POR-C, en lui promettant monts et merveilles (y compris des armes), pour nous demander de participer à un coup d'Etat « démocratique ». Il voulait — paraît-il - former un gouvernement avec des ministres gauchistes !

- Que lui avez-vous répondu ? - Que nous étions prêts à soutenir toutes les mesures démocratiques et anti-impérialistes qu'il serait amené à prendre s'il parvenait au pouvoir, mais que jamais, évidemment, nous ne participerions à son gouvernement. Comme c'était prévisible, son coup d'Etat n'a jamais eu lieu.

-- Tu as parlé de comités de base. De quoi s'agit-il ?

- C'est très important. Voilà comment cela a commencé : un camarade dirigeant du POR-C de la mine Huanuni, le camarade Felipe Vasquez Condori (3), nous a annoncé que les mineurs voulaient se réunir pour réorganiser leur syndicat. Il faut savoir, ment, pour bloquer le développement des syndicats, a mis en place des « chargés des relations sociales ». Si notre camarade acceptait de représenter les travailleurs de la mine, le gouvernement le nommerait immédiatement « chargé des relations sociales ». Il lui fallait donc accepter d'être élu comme représentant des travailleurs, mais évidemment refuser d'être un agent du gouvernement. Les travailleurs ont élu, le

1981, une direction avec notre camarade, qui s'est rendue à La Paz le gouvernement reconnaisse cette direction syndicale. Les autorités ont refusé et ont menacé d'emprisonner tout le monde. Une nouvelle assemblée a alors eu lieu à la mine : on y a appris que des troupes s'en approchaient. Le 16 novembre, tous les dirigeants étaient arrêtés et emmenés à La Paz. En riposte, quatorze femmes - des parentes des dirigeants arrêtés — se sont mises en grève de la faim et les mineurs ont ajouté à leurs revendications celles de l'amnistie, de la libération des prisonniers et de la liberté syndicale. La mobilisation, très forte, s'est développée jusqu'à déboucher sur une grède 42 000 travailleurs dans tous les secteurs importants du pays.

- Et le résultat ? - Cela nous a permis de conquérir le droit d'organiser non pas des syndicats mais des comités de base. Le gouverne-

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ment a dû admettre une réorganisation progressive : trois mois pour organiser des comités de base, trois mois après les syndicats locaux, puis ensuite les fédérations, et enfin la Confédération ouvrière bolivienne, la COB. Done neuf mois pour réorganiser la COB. Mais les travailleurs pensaient à juste titre que les problèmes ne pouvaient pas attendre neuf mois. Le problème était de pouvoir s'organiser légalement pour pouvoir ensuite se battre et pour reconstituer la COB immédiatement ! Cet accord a été accepté, nos camarades ont été libérés. Et le ment d'organisation s'est répandu dans tout le pays. Nous avons soutenu ce processus de toutes nos forces, d'autant plus que les comités de base sont une forme de démocratie syndicale que l'ancienne COB, bureaucratisée, ne connaissait pas. Dans les comités, les travailleurs peuvent discuter de tous les problèmes, élire et révoquer leurs dirigeants. Une nouvelle génération a ainsi pris la direction de ce mouvement; c'est une direction très jeune, peu expérimentée, mais qui apprend vite et a déjà subi avec succès une première

- Les comités de base, ou des formes de résistance similaires, se sont-ils développés ailleurs que dans la classe ouvrière ?

- Dans les villes, les étudiants ont joué un rôle très important avec leur mo. bilisation permanente. Ainsi, le Front des étudiants révolutionnaires (FER), notre front de masse dans ce secteur, a organisé une grande mobilisation avec grèves de la faim, manifestations de rue et affrontements avec la police et l'armée, pour reconquérir l'autonomie universitaire qui

3. Le camarade Felipe Vasquez Condori a été emprisonné par la dictature militaire bolivienne en 1969 pour sa collaboration, en tant que militant du POR, avec l'Armée de libération nationale (ELN) fondée par Ernesto « Che » Guevara. Il a été libéré en 1971 au moment du surgissement de l'Assemblée populaire en Bolivie. Cortège du POR-Combate le ler Mai dernier à La Paz. (DR)

/ DR- COMBA

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avait été supprimée par le gouvernement. Ce dernier avait fermé l'Université de La diants, qui exigeaient la nomination d'autorités universitaires élues par eux.

« paramilitaires » dans l'Université : nous leur avons donné une demi-heure pour vider les lieux, sans quoi nous les expulserions de force. L'Eglise a joué les médiateurs et ils ont dû quitter l'Université. Mais en réponse, le gouvernement a fermé l'établissement.

Les étudiants, plus d'un millier, ont alors appelé la population - et d'abord leurs propres familles — à les soutenir : il y a eu ainsi une forte mobilisation populaire durant une semaine; le gouverne. ment a dû céder sur l'autonomie universitaire et rouvrir l'Université. Cela n'a toutefois pas mis un terme à la répression ; il y a quelques jours seulement, un étudiant assassiné par les « paramilitaires ».

Les paysans, de leur côté, sont restés assez longtemps dans l'expectative. Aujourd'hui, stimulés par la lutte des travailleurs, ils relèvent la tête. Bien que faiblement organisés, certains secteurs commencent à se mobiliser. Surtout à cause de l'accord que le gouvernement a passé avec les Etats-Unis pour lutter contre la

-- En quoi cela concerne-t-u tes paysans?

- Le gouvernement joue un double jeu : il s'efforce de faire croire aux EtatsUnis qu'il lutte contre le trafic de cocaïne, pour toucher les crédits promis et, en fait, il protège les gros trafiquants, la mafia de la cocaïne. Il a donc décidé de réprimer uniquement les paysans pauvres qui cultivaient la coca pour la consommation de la population paysanne et indienne (qui mâche les feuilles de coca), sans toucher aux vastes domaines, appartenant souvent aux militaires, qui, eux, produisent en réalité la coca destinée à être transformée en cocaïne.

Les paysans ont donc commencé à se mobiliser. Il y a eu l'affrontement de Cochabamba, où deux paysans ont été tués par l'armee. Actuellement, a Yunga, Chapare, dans le nord de la province de Santa Cruz, les paysans commencent à s'organiser pour défendre leur terre. Car, pour éliminer la culture de la feuille de coca, le gouvernement fait répandre un défoliant chimique utilisé au Vietnam qui rend les terres incultes.

- Quels sont les courants politiques qui structurent cette opposition ?

- Pour sauver ses positions, la bourgeoisie s'est tournée vers les partis démocratiques, ce qui n'est pas resté sans effets su le PCB ou le MIR. Le gouvernement et la bourgeoisie ont lancé un appel pour un « grand accord national de trêve sociale ». Pour nous, ce ne serait rien d'autre qu'un accord des généraux et des patrons. L'UDP n'a pas dit non, à condition que l'amnistie générale soit proclamée et que les libertés démocratiques soient restaurées. L'UDP va certainement accepter cet

Hernan Siles Suazo, a refusé la revendication d'Assemblée constituante, lui préférant l'appel à une élection immédiate du prochain président constitutionnel en Bolivie. Les forces démocratiques et certaines forces de la gauche entrent ainsi dans le jeu de la bourgeoisie et répètent les erreurs commises avant le coup d'Etat.

Les forces politiques les plus importantes sont l'Union démocratique populaire (UDP) (coalition regroupant le Mouvement nationaliste révolutionnaire de gauche MNR-I, le PCB et le MIR), le Parti socialiste « Uno » (PS-1), le Mouvement révolutionnaire Tupac Katari (MRTK), qui est un mouvement paysan radicalisé, et les deux courants trotskystes, le POR-Lora - très propagandiste - et le PORCombate.

Comment intervenez-vous dans ce cadre ?

- Nous avons d'une part des propositions d'unité ouvrière autour de la COB ; d'autre part, nous avançons la perspective d'un accord unitaire de la gauche démocratique et révolutionnaire sur trois objectifs : le renversement de la dictature, la lutte contre l'impérialisme et la lutte pour le changement économique, politique et social, vers le socialisme, pour un gouvernement des travailleurs. point : le développement d'un parti révolutionnaire, classiste, plus vaste que ne l'est le POR-Combate. A cet effet, nous avons mené des discussions avec certains courants du MIR, du PS « Uno », du MRTK et avec les restes d'organisations aujourd'hui disparues, comme l'Armée de libération nationale (ELN).

- Et les activités propres du PORCombate ?

- En théorie, un parti n'aurait pas dü pouvoir se développer beaucoup dans la clandestinité. Notre histoire pourtant le contraire. Nous avons aujourd'hui une organisation plus forte, plus nombreuse que durant la période d'ouverture démocratique. Nous sommes aujourd'hui trois à quatre fois plus nombreux. Cela est dû non seulement au fait que nous sommes restés en Bolivie après le coup d'Etat et que nous avons participé à la résistance, mais surtout parce que nous avons su répondre à deux problèmes centraux : celui de l'élaboration d'une ligne politique pour les masses et celui de sa formulation en direction des travailleurs. Notre journal, Combate, sort tous les quinze jours ; nous avons commencé avec un tirage de 80 exemplaires en août 1980 : il tire aujourd'hui à 3 000 exem-

Simplement parce que nous ne travaillons pas seulement pour nous. Nous avons développé des formes d'organisation, tirées des expériences mexicaines, centro-américaines et de notre propre expérience aussi. Nous avons ainsi mis en place des formes d'organisation plus larges que le parti, dans lesquelles nous jouons un rôle dirigeant. Nous avons le Front des travailleurs révolutionnaires (FTR), qui est une organisation de masse regroupant nombre de militants qui ne sont pas du parti. Si quelqu'un s'adresse à nous en expliquant qu'il a des désaccords avec le trostkysme, nous lui disons que c'est son problème et nous lui demandons s'il est d'accord avec le programme du FTR ; si c'est le cas, il s'intègre au FTR. Sur ce modèle, nous avons aussi développé le FER mentionné plus haut et le Front des paysans révolutionnaires (FCR). Ces fronts d'intervention de masse nous ont permis de développer le POR-Combate à partir d'une intervention réelle et non plus simplement propagandiste. Ces fronts, dirigés au grand jour par le parti, sont une sorte de front unique de toutes les tendances révolutionnaires. Ainsi, dans le FTR et le FER, il y a des militants du PS « Uno », des indépendants, d'autres en rupture de maoïsme.

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- Vous arrivez à les convaincre de la justesse de :.. positions ?

- A l'intérieur des fronts, nous me. nons une lutte idéologique et politique sur chaque problème posé aux fronts. Et nous avons remporté des succès importants. Par exemple, des camarades qui avaient rompu avec la plus importante ormaoïste sont entrés dans le FTR et le FER en nous expliquant qu'il ne fallait pas essayer de les convaincre, qu'ils étaient vaccinés contre le trotskysme. Nous leur avons dit d'accord ; mais si vous voulez discuter une fois avec nous, voilà le Programme de transition ; vous en faites ce que vous voulez. Nous avons finalement eu plusieurs discussions avec eux sur le programme, sur l'histoire du mouvement ouvrier, et ces camarades sont devenus membres du POR-Combate.

Par notre travail dans ces fronts de masse, par notre participation à la résistance, nous avons ainsi acquis une autorité, une légitimité vis-à-vis des travailleurs.

- Et quelles sont les perspectives en Bolivie ?

- Nous pensons que l'opposition à la dietature va se développer, essentiellement sur deux revendications : les libertés démocratiques et l'échelle mobile des salaires, qui est aujourd'hui une revendication très populaire à cause de l'inflation. La polarisation sociale et politique va se poursuivre, jusqu'à l'affrontement ; cette polarisation devrait permettre à la gauche révolutionnaire de devenir une réelle direction de masse. C'est dire aussi que l'affrontement va se produire dans un délai rapproché. Nous allons utiliser toutes les possibilités. S'il y a des élections, nous y participerons, non pas en centrant notre propagande sur les élections elles-mêmes, comme le fait l'UDP, mais pour donner le maximum d'audience aux propositions des révolutionnaires et pour stimuler la mobilisation des masses sur les objectifs qui leur sont propres.

Nous estimons que si l'UDP accepte le « grand accord national de trêve sociale » avec la bourgeoisie et les militaires, cela va accroître encore la radicalisation des masses. Il est donc nécessaire d'avoir dès maintenant une politique des groupes paramilitaires gouvernementaux, qui regroupent plus de 10 000 nervis et qui ne manqueront pas de frapper. Il faut donc promouvoir la mise en place de détachements d'autodéfense ouvrière ou populaire pour répondre à la violence de la réaction, en refusant la logique des actions militaires d'avant-garde, coupées des masses. C'est ainsi que nous avons commencé à organiser les travailleurs, les étudiants et certains secteurs de paysannerie, pour leur propre défense. Pour nous, la seule garantie des libertés démocratiques réside dans la mobilisation et l'organisation indépendantes

Propos recueillis pour « LA BRECHE »,

Lausanne, juin 1982.

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