La mobilisation des travailleurs pourrait ouvrir une situation nouvelle pour tout l'océan Indien
'EST finalement par le score sans appel de « 60 à 0 » que la coalition électorale du Mouvement militant mauricie
/ (MMM) et du Parti socialiste mauricien (PSM), scissic du Parti travailliste (PT), a remporté les élections du vendredi
11 juin dernier. Tous les sièges du Parlement mauricien sont donc revenus aux élus de l'alliance MMM-PSM, qui ont largement devancé les candidats de la droite, anciens députés, memdéputés de l'Organisation du peuple rodriguais (OPR), proche du MMM, ont été élus dans la petite île de Rodrigues.
Il est vrai que la droite s'était présentée divisée à cette consultation électorale, entre la liste du Parti de l'alliance nationale (PAN) regroupant le PT, une scission du Parti mauricien social-démocrate (PMSD), progrès et la liberté (RPL), et le PMSD de Gaëtan Duval (1). Elle sort un peu plus affaiblie par ce résultat, lequel n'était d'ailleurs pas si inattendu qu'on pouvait l'imaginer. Les affiches couleur mauve du MMM recouvraient l'ile Maurice et étaient, à leur manière, un indice des recompositions électorales en
Le gouvernement réactionnaire de sir Seewosagur Ramgoolam n'aura finalement pas été sauvé par l'action de propagande des agents de la CIA dépêchés sur place pour accomplir
Claude GABRIEL
L'incroyable résultat des élections du
11 juin inaugure une nouvelle situation à l'ile Maurice et dans le sud de l'océan Indien. La liesse populaire qui a suivi l'annonce des résultats est très significative du sentiment des masses laborieuses. Il s'agit pour elles d'une seconde Indépendance et d'un renforcement du sentiment national. Une large majorité a donné congé à ceux qui, depuis quatorze ans, avaient vendu le pays, ses ressources, son sol (2) pour s'acoquiner avec les puissances impérialistes. Les travailleurs mauriciens ont voté en bloc contre la misère, le chômage, l'austérité. Le taux de participation électorale, qui a atteint 90%, est supérieur à celui du vote pour l'Indépendance en 1968 qui a signifié la séparation d'avec la Grande-Bretagne.
Les candidats de la gauche du MMM-
PSM ont obtenu entre 55 et 80 % des voix selon les circonscriptions. Le système électoral mauricien propose à chaque électeur une liste de noms parmi lesquels il doit en choisir trois. L'analyse des résultats prouve que les votes se sont faits en bloc pour les trois candidats présentés par la coalition MMM-PSM. Il n'y a done quasiment pas eu de panachage, les trois élus étant par ailleurs le plus souvent crédités d'un score très voisin l'un de l'au.
Du côté de l'ex-majorité, cela aura été une vévitable déroute. L'ex.Premier ministre, sir Seewosagur Ramgoolam, est battu de 6 000 voix dans sa circonscrip-
Party (JLP) d'Edward Seaga. le Rassemblement pour le l'océan Indien. du nouveau gouvernement. tion de Pamplemousse et arrive derrière les trois membres du MMM-PSM. L'ex-ministre de l'Economie, Ringadoo, n'arrive qu'en sixième position dans la sienne. Les conseillers américains qui organisaient la campagne du PAN n'ont finalement pas réussi à faire un miracle. Les autres formations réactionnaires, y compris PMSD de Gaëtan Duval, ont elles aussi obtenu de piètres résultats. Ces élections ont donc clairement exprimé un sentiment unitaire et anti-impérialiste des masses laborieuses mauriciennes.
DES CAUSES PROFONDES La grande presse retiendra sans doute ce « 60 à 0 » comme un succès de la po-
ILE MAURICE le genre de mission qu'ils avaient si bien réussi à la Jamaïque pour faciliter l'élection du très réactionnaire Jamaican Labour
Si les dirigeants de l'alliance MMM-PSM et du nouveau gouvernement se sont, au nom du « consensus social », immédiatement évertués à apaiser les débordements de joie et d'enthousiasme des masses travailleuses devant la défaite de la droite — le Nouveau Militant, organe du MMM, titrait le 13 juin :
« Pardonnons nos adversaires, oublions les querelles » —, cette victoire électorale va encourager nombre de travailleurs à revendiquer plus que les timides réformes envisagées par le programme de la nouvelle équipe. Compte tenu de la politisation et de la combativité d'une jeunesse qui représente plus de 50 % de la population, et de l'existence de courants gauche au sein du mouvement de masse, ce résultat électoral ouvre donc une nouvelle période de luttes de classe dans ce petit pays de
Notre camarade Claude Gabriel se trouvait à l'ile Maurice peu après les élections. Dans l'article que nous publions ci-dessous, il analyse les caractéristiques fondamentales de leurs résultats et les premières réactions ouvrières face au programme
Manifestation de chômeurs avant les élections. (DR)
litique d'alliance du MMM avec le petit
PSM rassurant et « honnête ». Elle en tirera tous les commentaires possibles sur de nouvelles alliances sociales à l'ile Maurice. Pourtant, deux faits bien plus décisifs expliquent la victoire de la gauche.
A droite, la crise de l'Etat néocolonial a éparpillé les intérêts des divers clans et cliques de l'ancienne coalition gouvernementale. La crise économique et so-
1. Cf. « Victoire possible du MMM aux élections du
11 juin », Inprecor numéro 128, du 14 juin 1982.
2. L'ile de Diego Garcia par exemple, a été louée par la
Grande-Bretagne aux Etats-Unis.
qui y ont installé leur plus grande base militaire de l'océan Indien, après en avoir délogé les habitants, le tout avec la complicité de sir Seewosagur Ramgoolam.
te force sociale dans un moment où il du MMM, déclarait avec cynisme au jourciale a accentué les forces centrifuges au sein du PT au pouvoir. Ce parti qui, depuis 1969, ne cessait de perdre du terrain, ne devant son hégémonie qu'au phénomène du « communalisme » (3) et aux alliances électorales de dernière minute, a connu durant l'année 1981 une crise de décomposition. Mais il serait insuffisant d'analyser la défaite travailliste comme le seul résultat de la bataille électorale. Seewosagur Ramgoolam et son équipe ont aussi subi les effets d'une crise économique et sociale dont hérite aujourd'hui le nouveau pouvoir. Les mêmes causes pourraient avoir demain les mêmes effets sur les nouveaux dirigeants.
A gauche, malgré l'absence de toute mobilisation et organisation des travailleurs par le MMM depuis de nombreux mois, on a assisté à une prodigieuse participation populaire à la campagne contre la droite. L'ile était littéralement recouverte d'affiches et de slogans, ne laissant guère de place à la propagande de la droite. Les meetings ont été massivement sui-
Best par exemple significatif que parmi les militants les plus actifs pour la défaite de la droite, on ait vu ceux du anti-chômage (FNAS) (cf. encart), qui n'avaient pourtant pas caché leur désapprobation du « consensus social » proposé par la direction MMM. Il faut trouver l'explication ces phénomènes dans la maturité politique et la conscience de classe d'une grande partie de la jeunesse ouvrière et chômeuse qui a saisi l'importance d'une dé faite de la droite pour favoriser les luttes à venir. Au soir du samedi 12 juin, au moment de l'annonce des résultats, il n'était pas rare d'entendre des travailleurs affirmer leur volonté d'aller maintenant plus loin et d'imposer la volonté de la « klas travayer » (classe des travailleurs). Les meetings du FNAS ont regroupé, durant la campagne électorale, des milliers de personnes. La jeunesse, qui représente plus de 50 % de la population, les laissés-pour-compte du sous-développement, conserve une très forte combativité. Le nouveau régime devra compter sur cet-
10872
•C CHEMIN DE FER
ROUTE km
Cean
Pomplemousse
SoMt Löngue
OPORT-LOUIS
St. Pierre
Grande
Bässin
Rivière duS.-
Quatre Bornes
Curepipe MtBlanchie
Vocoas
MAURICE lamdrim ebelle sebourgi
MARE
AUX VICCAS
PORNONS anto
S SEYCHELLES
Océan
.. ISCHAGOS
ISAGALEA
•ISCOMORES
Indien
ISCARGADOS
• CARAJOS,
MAÚRICE IROURIGUEZ
RÉUNION -.très difficile de faire croire au
« changement » que la majorité de la population attend maintenant.
UN NOUVEAU
BLOC SOCIAL ?
Le score des élections du vendredi
11 juin 1982 ne peut s'expliquer par le sociales ont également voté pour les candidats de la coalition MMM-PSM, abandonnant leurs vieilles amitiés pour
PT, le Comité d'action musulman
(CAM) ou le PMSD. Il est certain que même de gros commerçants et des industriels ont aussi fait ce choix, cherchant à soutenir - voire à contenir
- une politique nouvelle ayant la sympathie de la population. Paul Bérenger, le secrétaire général nal le Mauricien du lundi 14 juin, que leur campagne avait bénéficié de contributions d'un montant de 5 000 roupies (4). « Il y a eu, disait-il, un mouvement des petits et moyens bourgeois, des intellectuels vers le MMM. Cela a rapporté pas seulement politiquement. »
Face au nouveau gouvernement, la bourgeoisie a d'ailleurs choisi une approche courtoise. Le jeudi 17 juin, des responsables du Joint Economie Committee (JEC), de la Mauritius Employer's Federation (MEF) et de la Mauritius Export Processing Zone Association (MEPZA) gratifiaient le nouveau Premier ministre Aneerood Jugnauth, président du MMM, d'un premier avis favorable. Ils jugeaient même « très positive » sa première conférence de presse, considérant qu'elle représentait « un premier pas dans la bonne direction » et « un signe pour un avenir nouveau ». La MEF a confirmé son souhait de collaboration avec le nouveau gouvernement. Il est quelque peu ironique de voir un dirigeant patronal « donner son soutien total au gouvernement, car le développement de la zone franche se traduira par la réduction du nombre des chômeurs (5) », quand on se rappelle que, jusqu'en 1978, le MMM s'était toujours attaqué à cet « Etat dans l'Etat (6) »
Les secteurs bourgeois s'étaient donc divisés à la veille des élections, et certains n'ont pas hésité à soutenir le bloc MMM-PSM. Le résultat électoral n'en a été que plus désastreux pour le gouvernement sortant. Or, singulièrement, beaucoup de gens à l'ile Maurice ont analysé résultats comme une défaite « communalisme » et du « castéisme ». Le fait que Boolel, un vieux politicard, ait perdu dans sa circonscription le vote traditionnel des laboureurs indiens, ou que Youssouf Mohamed, leader musulman du Parti islamique mauricien (PIM) ait été battu dans sa circonscription à majorité musulmane, est sans aucun doute la marque d'une évolution de l'électorat. L'unité populaire autour de la coalition MMM-PSM n'a pu que renforcer le sentiment national face au clientélisme traditinnel hindou, tamoul, musulman ... Mais
que le « communalisme » ait été terrassé. La coalition MMM-PSM, par exemple, a choisi très souvent ses candidats en fonction de la composition ethnique et religieuse des circonscriptions électorales. Mais le fait significatif est la crise actuelle après le choix des ministres (7). Deux députés refusent les postes parlementaires
3. Le « communalisme » est le fondement du systême politique réactionnaire mauricien. Il constitue une sorte de clientélisme politique basé sur l'attachement au groupe ethnique ou religieux d'origine. Il s'ajoute au « castéisme ». phénomène de la hiérarchie des castes, de la communauté hindoue.
4. Environ 4 000 franes français. 5. Le Nouveau Militant, organe du MMM, vendredi 18 juin 1982
6. Programme du MMM (1970). 7. Le nouveau gouvernement comporte 19 ministres, dont 5 membres du PSM et 1 de l'OPR, organisation du peuple rodriguais, formation politique proche du MMM sur l'ile Rodrigues.
que et rompre le lien formel avec la cou- quand on annonce que Seewosagur Ramqu'on leur offre à la place de portefeuilles ministériels, un autre proteste parce qu'il a été oublié dans la distribution prix (8). Or, toutes ces affaires ont un fort relent de « communalisme ». On a vu des électeurs manifester leur député qu'il refuse un poste considéré comme insuffisant et insultant. Le soir de la formation du gouvernement, le Premier ministre Aneerood Jugnauth devait d'ailleurs déclarer qu'il avait fallu « tenir compte des réalités du pays ». Mais il faut croire que les savants dosages ethniques n'ont pas été parfaits. La présence, en force, de notabilités et de gros commerçants dans l'entourage du nouveau régime ne peut que remettre en selle les réflexes communalistes. Seule une politique s'appuyant délibérément sur les travail'eurs aurait une réelle chance de combattre
PREMIERES MESURES ET PERSPECTIVES Le gouvernement s'est d'abord engagé à combattre la corruption de la vie politique. Il a annoncé que les revenus des ministres et députés seraient rendus publics. Certains avantages matériels (produits hors taxe) seront réduits. Plus importante a été la décision d'augmenter de 30 % les plus bas salaires. Le Premier ministre a annoncé qu'il engageait d'importantes discussions pour faire revenir l'ile de Diego Garcia, occupée par la plus grande l'océan Indien, dans la nation mauricienne. Enfin, les dirigeants ont confirmé leur volonté d'élargir la démocratie, d'amender les lois répressives du Public Order Act (POA) et de l'Industrial Relation Act (IRA), de respecter les calendriers électoraux et notamment la convocation d'élections munici-
A plus long terme, il faudra suivre de près la mise en œuvre des promesses du programme électoral du MMM et du PSM, notamment en ce qui concerne la nationades installations portuaires Port-Louis et de deux usines sucrières. Mais nous sommes loin, très loin, d'une politique radicale libérant le pays de l'étau impérialiste. Si l'on sait déjà que le speaker de l'Assemblée ne portera plus de perruque à la mode britannique, on ne sait pas encore si la Constitution faisant du pays un membre du Commonwealth associé à la Communauté économique européenne (CEE), et conservant le code Napoléon, sera amendée et comment elle
Va-t-on proclamer une Républi-
NAS Cortège du FNAS à la manifestation du 20 juin dernier. (DR) ronne britannique ? Dans ce cas, faut-il prendre au sérieux les bruits lesquels le MMM proposerait l'ancien Premier ministre, sir Seewosagur Ramgoolam, comme président de la République ?
Le soir de la proclamation des résultats électoraux, un sympathisant du FNAS disait : « Ils voulaient les trois quarts de l'Assemblée pour changer la Constitution, on leur a donné les quatre quarts. On attend. » Il s'agit-là d'un senrépandu. Et les travailleurs sont en droit d'être inquiets. La politique de Paul Bérenger, aujourd'hui ministre de l'Economie et des Finances, est d'un parfait classicisme réformiste inspiré par les thèses de Michel Rocard en France. La zone franche est considérée comme un moyen important de réduction du chômage. Le tourisme est appelé à favoriser l'entrée des devises (9). La création d'emplois reste dépendante du dialogue avec les patrons et du développement de l'enproposées n'apparaissent dès lors plus que comme des instruments de rationalisation et d'accroissement des recettes publiques. La nationalisation de deux entreprises sucrières sur les dix-neuf existantes ne permettra pas une maîtrise de cette industrie clef à l'ile Maurice et la nationalisation du Port servira sans mieux contrôler l'esprit revendicatif des
Paul Bérenger propose donc une « unité nationale » pour construire un « socialisme à visage mauricien ». Très peu de travailleurs partagent cette idéologie et leur crainte d'une « austérité de gauche » est bien plus répandue.
Best d'ailleurs significatif que le Joint Economic Committee (JEC) ait renoncé à présenter son rapport avant les élections. Ce dernier, rendu public seulement le jeudi 17 juin, préconise une période d'austérité de trois à cinq ans pour éviter à l'ile Maurice « la faillite économique certaine ». Le rapport du JEC propose, entre autres, que la semaine de travail passe à 45 heures et que les jours fériés soient réduits à 12 par an. Va-t-on appliquer ces recommandations ? N'est-il pas scandaleux de proposer une telle politique dans un pays où les grands planteurs des latifundiaires, où il n'existe toujours pas d'impôts immobiliers en dehors des zones urbaines, ce qui fait que toutes les villas bourgeoises, les propriétés des sucriers sont libres de toutes charges, etc. ? N'est-il pas scandaleux de proposer aux travailleurs de goolam touchera une pension d'Etat comme ancien Premier ministre et que le journal du MMM du vendredi 18 juin annonce, sous le titre « Réconciliation nationale », que l'on va mettre à sa disposition une voiture officielle ?
Si la politique du MMM et du PSM s'engage sur une telle voie, l'échec est assuré. Le soir du samedi 12 juin, à la télévision, Harish Boodhoo, le leader du PSM, annonçait qu'à « problème mauricien il y solution mauricienne». pourtant pas en marchant dans les traces des politiques précédentes que l'on peut aboutir à cet idéal. La réduction de la corruption et le soutien momentané des travailleurs n'ont jamais suffi à résoudre le sous-développement. L'ile Maurice est un pays néocolonial.
Le soir des résultats, des milliers de jeunes parcouraient les rues et les routes cette revanche. Contrastant avec cette fête populaire, les dirigeants ont multiplié, ce soir-là et les jours suivants, d'incroyables mises en garde. Paul au bureau de vote de QuatreBornes dans la banlieue de Port-Louis, la capitale de l'ile Maurice, a été jusqu'à demander à la foule d'écouter les « camarades » battus du PAN et du PMSD, ajoutant, au milieu des cris de désapprobation que, si on ne le faisait pas, il quitterait lui aussi les lieux. Quelques citations suffisent pour illustrer le cynisme des diri-
« Déjà, je fais appel à tous ceux concernés pour qu'ils ne cèdent pas aux revendications de caractère corporatiste, mais que tous nous aident au contraire à présenter le budget. (...) Notre priorité est de rassurer » (Paul Bérenger, le Mauricien, 14 juin 1982). « Je peux dire que nous ne tolérerons pas que des gens agissent contre la loi; nous agirons contre eux. La police agira contre eux, la justice agira contre eux sans pitié. Je répète : sans pitié. Il faut respecter l'adversaire. (Harish Boodhoo, du PSM, à la télévision, samedi 12 juin sir Seewosagur Ramgoolam pour sa sagesse et pour avoir effectué une passation des pouvoirs en douceur ... Nous attendons la coopération de nos adversaires d'hier » (Aneerood Jugnauth, Premier ministre, lors de sa conférence de presse du 16 juin).
Et le reste est à l'avenant. Les travailleurs écoutent cela tion. Des discussions spontanées portent souvent sur ces déclarations et chacun ressent qu'il n'a aucune envie d'être gentil avec les vaincus, les patrons et les politicards du PT et du PMSD comme leurs dirigeants le leur demandent. Le samedi 12 juin au soir, les jeunes portaient des cercueils avec l'inscription « Ci-git la droi-
8. Le Mauricien, jeudi 17 juin 1982. 9. « J'adresse aussi un appel aux touristes sud-africains pour leur dire que l'ile Maurice est encore plus intéressante à visiter que dans le passé et que, s'ils veulent faire connaissance d'un peuple admirable et de toutes les couleurs, c'est bien à l'ile Maurice qu'ils doivent venir » (Paul Bérenger, interview au Mauricien, lundi 14 juin 1982). L'ile Maurice que l'on visite comme un zoo en quelque sorte ...
te ! », alors même que leurs dirigeants transpiraient au micro pour appeler au calme et à la réconciliation.
DES ESPOIRS DE LUTTE Le dimanche 20 juin s'est tenu à Port-Louis un meeting de 200 000 personnes. Cette foule gigantesque était venue écouter les nouveaux dirigeants du pays. Malgré quelques envolées militantes, le ton général du meeting a été en-deça de l'attente du public. Les discours portaient une fois encore sur les appels au calme, à la discipline, à l'effort productif et au respect des adversaires d'hier. La foule ne réagissait avec enthousiasme que lorsqu'un orateur dénonçait l'ancien régi-
La majorité des travailleurs étaient présents à ce rassemblement s'interrogeait sur les conséquences pratiques des discours ministériels. Produire, oui, mais pour qui ? Allait-on nationaliser les entreprises ? Allait-on réduire l'arrogance des patrons, maintenant qu'on avait chassé du gouvernement leurs représentants ?
Tous avaient conscience que ce rassemblement immense, occupant tout le Champ de Mars à Port-Louis et s'étendant sur les collines environnantes, était un symbole de lutte et d'unité. Les jeunes qui, une fois encore, s'étaient répandus sur les routes pour venir en cortege au meeting, donnaient l'impression de vouloir en découdre avec les possédants et les patrons. Cet immense potentiel de combativité ne trouvait pas d'écho dans le comportement et les discours qui leur contradiction devait se confirmer bien plus encore lorsque, le vendredi 25 juin, fut présenté au Parlement le « discours du trône » (l'ile Maurice, en tant que membre du Commonwealth se voit attribuer un « gouverneur »), c'est-à-dire le programme gouvernemental pour l'année à
La ligne générale de ce programme se résume en une volonté de rationaliser l'énéocoloniale de l'ile Maurice. On y parle de nationaliser certaines entresans dire lesquelles, ce qui laisse peu de chance que ces nationalisations aient effectivement lieu dans l'année venir. On réduit la « nationalisation » du Port à un contrôle étatique sur les opérations de chargement et de déchargement des bateaux, ce qui ressemble plus à une volonté de contrôle des dockers qu'à une perspective de s'attaquer aux intérêts privés de ce secteur. On y envisage l'association des travailleurs à la direction des entreprises publiques avec l'idée évidente d'en faire une cogestion qui lie les mains du mouvement syndical. On ne parle plus nationalisation de la moindre entreprise sucrière, etc.
Les propositions positives du programme, qui ne changent pourtant pas son caractère totalement insuffisant, portent sur la lutte contre la corruption et contre les avantages scandaleux consentis auparavant aux ministres (produits hors taxes), sur une réorganisation du secteur des transports en regroupant notamment les petits exploitants en coopératives, sur un projet d'irrigation dans le nord au pro-
D'une manière générale, le programme gouvernemental est scandaleusement flou dès qu'il aborde des questions centrales pour la vie quotidienne des travailleurs : l'idée d'une commission quête sur l'industrie sucrière n'a pas pour but la nationalisation ; l'indemnité-chô-
Best simplement mentionnée, précision des rythmes et des modalites ; les améliorations dans les domaines de la
Get de l'habitat sont réduites à de simples promesses.
Dans le domaine de la politique étrangère, le « non-alignement » est maintenu, on rappelle que le pays améliorera ses relations avec les pays amis traditionnels, la Grande-Bretagne, la France et les Etats-Unis. L'objectif de démilitarisation de l'océan Indien se résume à des propositions de négociation sans mobilisation des travailleurs contre les dangers impé-
Si ce programme n'est autre qu'une vague profession de foi réformiste, il n'en est pas pour autant sans intérêt pour juger des illusions de ses auteurs. Il est de bon ton aujourd'hui à l'ile Maurice, y compris dans les rangs de la droite et du patronat, d'afficher sa confiance dans le nouveau régime et de lui souhaiter bonne chance. Le seul à avoir voulu faire part de ses doutes a été Gaëtan Duval, le leader du PMSD, qui s'est permis de souligner qu'un tel programme n'est pas réalisable en un mais en vingt ans. D'une certaine manière, Gaëtan Duval exprime là idée juste. A ne pas vouloir bouleverser l'économie néocoloniale de ce pays, on ne
mesures techniques, le sortir de la misère et du sous-développement.
Ce pari, d'ores et déjà voué à l'échec, sera d'autant plus périlleux pour le gouvernement que la grande masse des travailleurs attend un changement radical. Elle veut que l'on nationalise sans indemnité et qu'on ne garde pas les anciens patrons. Elle veut que cesse le chômage. Elle veut que la vie et les conditions de travail s'améliorent, que l'on travaille 40 heures, que cessent les privilèges honteux des « grands blanes » et des gros commerçants. Elle ne veut pas de simples amendements des lois répressives IRA et POA, mais leur abrogation.
La première impression à l'ile Maurice ces jours-ci, c'est la volonté de lutte des jeunes travailleurs et des chômeurs. C'est un mouvement profond parmi les plus déshérités, une conscience ve qui se construit peu à peu. Le MMM ne semble guère décidé à suivre ce mouvement des masses, lui qui, dans son journal le Nouveau Militant, traite maintenant de gens « non civilisés » (11) les travailleurs qui sifflent les anciens ministres venus au Parlement le vendredi 18
Port-Louis, 28 juin 1982.
10. Le Mauricien, 26 juin 1982.
11. Le Nouveau Militant, 26 juin 1982.