opposition antibureaucratique thie, mais qui semblait se munir d'un té- de ces anonymes des individus d'excep-
URSS
E mardi 6 avril dernier à Moscou, une opération de ratissage d'une certaine ampleur était opérée par les agents de
• la bureaucratie soviétique dans les milieux « dissidents ».
Au total, 12 arrestations et une cinquantaine de perquisitions étaient effectuées au terme de cette rafle. Le silence qui, en Europe occidentale, a entouré cette action répressive, montre bien que l'époque des sermons hypocrites sur les droits de l'homme, au nom desquels l'on s'apitoyait sur l'opposition en
URSS, est révolue.
Peut-être est-ce aussi parce que parmi les arrêtés figurent nombre d'inconnus qui ne représentent pas des « personnalités » dissidentes au même titre qu'Andrei Shakarov ou d'autres. Ainsi en est-il d'Andrei Fadine, de Boris Kagarlitski, de
Iouri Khavkine, de Pavel Koudioukine et de Vladimir Tchernitski, qui figurent parmi les 12 emprisonnés et chez lesquels a été découverte une abondante littérature, dont des numéros de la revue samizdat Socialisme et Avenir, un appel au Parti communiste italien au nom de cette même revue, des documents sur la Pologne, les réponses de la rédaction de Variantes à l'in-
Laetitia CAVAIGNALS
Quelques lignes ont parfois plus de valeur et de signification qu'un long discours ou qu'une
C'est le cas par exemple de l'Appel aux ouvriers polonais que nous reproduisons
A la fois message et manifestation de solidarité dont les termes apparaissent exemplaires, cet appel ne se contente pas de faire naître un sentiment mêlé d'enthousiasme et d'étonnement. Il dit et exprime davantage, notamment sur une réalité soviétique évacuée des discours des mass media. Ces lignes suffisent à elles seules à opérer une rupture avec toute la vulgate soviétologue, les poncifs et les idées reçues véhiculées sur la dissidence.
A commencer par le bilan posthume qui a été tiré de l'existence même de cette dissidence. L'opposition en URSS s'est en effet trouvée enterrée dans le même cercueil que celui de la politique de détente, et pourtant la période brejnevienne n'a jamais connu une répression aussi systématique qu'aujourd'hui : arrestations et condamnations sont des faits quasi quotidiens. A l'Ouest, l'indifférence a succédé tout aussi rapidement aux trémolos hypocrites. Ce dont sont victimes désormais les opposants en URSS est doublement révélateur : tout d'abord, il en dit long sur la nature des préoccupations
« humanitaires » à la mode
Carter ; le marchandage entre Etats dont ils étaient l'objet naguère n'est désormais plus de mise. Mais surtout, il révèle une incapacité profonde à analyser la nature du phénomène dissident. Celui-ci ne réside pas dans l'apparition d'un nombre va-
Esquisse d'une nouvelle
ment et de cinq ans de relégation. riable et limité d'individus conscients, mais bien dans le fait qu'il est un reflet de processus réels et profonds à l'œuvre dans la société soviétique. Sous cet angle, il ne peut être durablement écrasé. Sans cette compréhension, il était impossible de saisir et de prévoir que, face à la répression, le mouvement démocratique subirait inévitablement une recomposition nécessitant d'autres formes et d'autres modes d'apparition : cet appel à la solidarité avec les ouvriers polonais en est un signe tangible.
UN NOUVEAU COURANT
D'OPPOSITION Cependant, à la lecture de l'appel, la rupture la plus manifeste se situe au niveau politique : il relativise la vision d'une opposition soviétique qui, marquée par cinquante ans de stalinisme, tendait à pratiquer un rejet d'ensemble de tout ce qui gravite autour du mot socialisme. Cette vision, largement favorisée par l'écho donnait la presse occidentale, montrait une dissidence centrée uniquement soit sur des programmes de régénération morale, soit sur une activité volontairement limitée à la défense des droits de l'homme. Associer de façon systématique l'ensemble de l'opposition « grands noms » (Alexandre Soljenitsyne, Andrei Sakharov ...) n'est plus possible.
En outre, c'est précisément cette même vision unilatérale qui conduisait à pré. senter une image déformée de la « Pologne vue d'Union soviétique ». Là encore, aucun courant alternatif n'était perçu : on évoquait soit un courant de sympa terview de la revue française l'Alternative, la revue le Tournant à gauche et l'Appel aux ouvriers polonais — que nous publions en encadré - qui ont été confisqué. Ces cinq « inconnus » sont incarcérés à la prison de Lefortovo à Moscou et vraisemblablement inculpés sur la base de l'article 70 du Code pénal soviétique - fait inhabituel pour une première condamnation; ils risquent à ce titre des peines de sept ans de camp d'interne-
L'évolution au sein même de la dissidence, qu'analyse l'article ci-dessous, ainsi que la répression à laquelle elle doit faire face, montrent qu'aujourd'hui le soutien au mouvement démocratique en URSS dépasse la simple motivation humaniste et morale pour devenir plus que jamais une réelle nécessité politique. En effet, la répression ne touche pas simplement des gens
« qui pensent autrement » (traduction littérale du mot dissident en russe) mais également des gens qui luttent pour l'avènement d'un socialisme sans guillements.
A l'aspect exemplaire de leur combat doit done répondre une campagne de solidarité exemplaire elle aussi.
lescope pour observer les événements polonais (la Pologne est une autre « planéte », elle a une autre histoire, une autre classe ouvrière, son expérience n'a donc que peu de signification pour l'URSS), soit un courant fait d'hostilité et de rancœur, sensible aux arguments nationalistes et « alimentaires » du pouvoir (ces
Polonais, ils font la grève et du coup on est obligés de les nourrir alors, bien sûr, il n'y a plus rien dans nos magasins).
Ici, ces dissidents soviétiques non seulement expriment leur solidarité aux travailleurs polonais mais également « espèrent et croient » en eux ... A cet égard, il importe de relever un détail qui revêt signification importante et qui cor respond à la dernière rupture introduite par cet appel : il s'agit de sa signature volontairement anonyme. Si nous avions l'habitude de prendre connaissance de manifestations d'opposition par des déclarations à valeur générale, presque toujours associées à des visages connus, signées de « grands noms », ici nous sommes confrontés à un discours concis, explicite et engagé, mais qui est un discours sans visage. Et ce fait ne doit pas être inseulement comme une réponse tactique et technique à la répression de ces dernières années. Il est le reflet d'une nouvelle volonté politique.
Tous ces traits, qui marquent une différence nette avec les conceptions d'une
« traditionnelle », méritent d'être détaillés précisément parce qu'ils apparaissent nouveaux et inhabituels. Ceune conclusion s'impose: il convient de ne pas associer l'inhabituel à l'« accidentel ». Il serait erroné de faire
tion, ayant miraculeusement échappé aux règles, aux lois et aux marques laissées par l'histoire sur les citoyens soviétiques, il serait erroné d'en faire des dissidents atypiques. Cet appel, qui apparaît comme un reflet parlant d'un nouveau courant d'opposition qui se dégage en URSS, équivaut en fait à un bilan. Et qui dit bilan dit expérience. Si ce nouveau courant apparaît en rupture avec la génération décimée des dissidents des années 1970, il ne convient pas pour autant de les opposer : cette rupture n'a pu être opérée que sur la base d'un bilan de l'expérience et de l'activité de la dissidence des années 1970. Ce bilan, véritable acte de naissance de ce courant n'est pas, soulignons-le, un bilan de la répression. Celleci n'aura servi qu'à le précipiter. Il s'agit d'une réflexion politique qui n'aurait pu naître sans les acquis et l'expérience du mouvement démocratique dans les années
Sans doute est-il encore trop tôt pour localiser de façon précise cette génération «post-droits de l'homme ». Il apparaît cependant possible d'identifier, à une origine, à une amorce de cette réflexion, différents projets : que ce soit les syndicats libres, qui marquaient une nette volonté de ne pas évacuer les problèmes et les revendications économiques de la question des droits de l'homme, que ce soit la revue moscovite Poïski (Recherches), dont le projet était de rassembler les divers courants démocratiques afin de parvenir à l'élaboration d'un programme ou, de façon plus générale, dans le ment de tendances « associatives », telles que le Groupe d'initiative pour la défense des droits des invalides, l'Union interprofessionnelle libre des travailleurs (SMOT), l'almanach Femmes et Russie de Léningrad, etc. En effet, la logique de ces tendances, qui n'avaient plus pour objet une « vague » défense des droits de l'homme, mais la défense de certaines catégories concrètes de citoyens, était à long terme d'une alternative de société.
UNE REFLEXION
SUR LE PASSE
Mais ce n'est qu'aujourd'hui que cette réflexion reçoit une forme définitive, plus nette et politique, et cela au sein de plusieurs jeunes revues samizdat qui, pour la majorité d'entre elles, se situent dans une perspective de critique socialiste du régime soviétique. On peut citer Ic_ noms de Poedinok (Duel), Levy povorot (le Tournant à gauche), Sotsializm i Boudouchtche (Socialisme et Avenir), evoquer le Groupe d'initiative pour la dé. mocratie populaire. Mais le plus important est de voir pour l'instant comment s'oriente ce nouveau « bilan et perspec-
En premier lieu, il tire un trait définitif sur les illusions nées du XXe Congrès du Parti communiste de l'Union soviétique (PCUS) de février 1956 à l'égard du pouvoir. Il aura fallu plus d'une dizaine d'années pour s'en débarrasser. Illusions qui ont pris leur source dans un prétendu retour à la « légalité léniniste » que le XXe Congrès prétendait augurer. Dans ce sens, étaient véritablement politiques et ont contribué au développement de couayant compris que l'abandon de la terreur de masse ne signifiait pas abandon de la répression (celle-ci est simplement devenue plus raffinée et rationnelle), mais visait à donner des garanties de survie et à la caste bureaucratique, ayant compris que celle-ci défendrait bees et ongles le monopole de son pouvoir, ce « légalisme oppositionnel », qui visait à se Taire entendre du pouvoir, a « influencer, changer, prévenir » pour infléchir une politique, s'est métamorphosé en constitutionnalisme. Dès lors, le mouvement a prôné « la limitation de la lutte à la dénonciation des exactions du pouvoir, des violations par ce pouvoir de ses propres lois (1) », espérant ainsi obtenir en échange une certaine légalité. On connaît mainsuite: une répression qui quasiment contraint le mouvement des droits de l'homme à l'autodéfense ; une logique, née de la politique de détente, qui poussait à centrer presque toutes les activités et les énergies vers l'Ouest ..
1. Cette citation ainsi que toutes celles qui suivent sont extraites de l'interview des rédacteurs de la revue Variantes, parues dans l'Alternative numéro 15, Paris, mars-avril 1982.
Mais ce n'est qu'aujourd'hui que ces opposants « nouvelle vague » mettent le doigt sur le prix à payer pour une telle orientation, et c'est bien là que réside le véritable bilan. Ce légalisme qui se prétendait apolitique faisait du pouvoir son interlocuteur privilégié, entraînait le mouvement dans une situation de dépendance quasi totale vis-à-vis de la presse occidentale, mais surtout le plaçait « pour toujours hors de la société soviétique ». C'est là l'analyse des rédacteurs de la revue Variantes (qui se définissent d'orientation social-démocrate, socialiste et « eurocomcommuniste ») notamment, qui peuvent déclarer entre autres : « En effet, et on ne peut que le déplorer, un secrétaire de comité de quartier du parti est incomparablement plus proche de la réalité quotidienne que ne le sont Andrei Sakharou et le Groupe de surveillance pour l'application des accords d'Helsinki. » La dissidence se découvre largement refermée sur elle-même et presque totalement coupée des masses et de leurs préoccupations. Et celles-ci, face à l'argument massue du pouvoir « eux et nous », se retrouvent dans leur quasi-totalité derrière ce « nous ».
Ainsi, en tirant un bilan critique d'une dissidence affaiblie, peu efficace, vivant en vase clos, qui « désarme politiquement devant le pouvoir », ces opposants tracent un cadre général pour une nouvel. le orientation. Le propos n'est plus d'obtenir une certaine légalité de la part du
Quatrième
Internationale
juillet-août-septembre 1982 n° 9 SPECIAL :
LA QUESTION NATIONALE
AUJOURD'HUI
EDITORIAL :
La question nationale aujourd'hui....
Question nationale et question de la terre dans la révolution sud-africaine.....
S. Jaber - Le concept de nation et la nation arabe.
Livio Maitan - La question Kurde.
Lutte nationale et révolution
La question nationale en Irlande.
Indépendance nationale et lutte de classes au Québec.
Michèle Lee - La lutte de la minorité albanaise en Yougoslavie
ARCHIVES DU MARXISME
Le problème racial en Amérique Latine...
NOTES DE LECTURE
John Ross, e.a. : Profils de la social-démocratie européenne ; Michel Lequenne : Les Antilles dans l'impasse ?.
pouvoir. Celui-ci a totalement cessé d'être l'interlocuteur. Le temps des suppliques a pris fin. Il n'est pas non plus de se fixer comme but ultime l'écho dans la presse occidentale et la solidarité d'une opinion publique internationale, et c'est bien en cela que leur « discours sans visage » revét une signification politique.
Il s'agit très clairement de s'orienter non plus en direction du pouvoir et des régimes occidentaux, mais « en direction des masses ». L'issue à la crise de la dissidence est de créer, « dans un proche ave nir, des organisations politiques de ten dances différentes, et en les tournant vers "les gens d'en-bas" avec des programmes sociaux concrets ». C'est sur cette base-là que mûrissent les nouvelles formes d'op.
Et cette orientation nécessite à son tour de rompre avec la conception du dissident « martyr enthousiaste » qui agit sans doute comme un repoussoir vis-à-vis des masses (2), avec la concep-
« dissident professionnel » qui, tant au niveau de la vie quotidienne qu'au
Uses activités, n'est pas intégré dans la vie sociale. Réinsertion sociale donc, mais aussi politique, dont les termes sont encore à définir : « Certes, il nous faut encore beaucoup grandir pour nous hisser au niveau polonais mais, pour nous, la leçon principale doit être la suivante: chercher les fondements de notre activité dans les besoins réels de la société (définis non pas "en général" mais à partir d'études précises) et en mettant
5 .... 13 ... 33 47 67 83 97 111 131 .... 143 en avant des programmes réalisables. Ce dont nous avons besoin, ce n'est pas d'une opposition uniquement morale ou rétro-utopique ou communiste utopique ; nous avons besoin d'une opposition socialement et politique-
Ainsi, ce courant qui s'ébauche dont « la tâche essentielle est le rassemblement de tous les partisans de la démo cratie et du socialisme » semble être effectivement une relève riche de promesses du mouvement dissident des années 1970.
Et c'est sans doute ainsi que les « organes compétents » du pouvoir l'ont perçu : l'unique réponse envisageable pour une bune s'est pas faite attendre.
reaucratie
Echaudée par les événements polonais, empêtrée dans le bourbier de l'Afghanistan, incapable de remédier aux difficultés économiques grandissantes, la bureaucratie se trouve contrainte de faire montre d'une précipitation maladroite et inaccoutumée : les récentes mesures limitant sévèrement les communications avec l'Ouest, l'ampleur des opérations policières et la dureté amplement.
Laetitia CAVAIGNALS
Paris, ler juillet 1982.
2. A cet égard, il est révélateur de comparer le présent appel avec celui de la rédaction de la revue Poïski i Razmychlenia, paru à Moscou en janvier 1981, sous le titre « Quelle honte d'être Russe ... » et repris en français dans l'AI ternative numéro 12, Paris, septembre-octobre
1981,
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