N déclenchant son agression au Liban, le gouvernement
- sioniste visait à infliger une défaite militaire décisive à la
/ résistance palestinienne, à créer un Etat fort réactionnaire au Liban, et donc à déterminer une évolution du rapport de forces global dans la région qui soit favorable aux impérialistes et à tous les régimes réactionnaires. Dans sa première phase, la Blitzkrieg de Begin-Sharon a remporté des succès militaires incontestables. Mais, dans une deuxième phase qui dure désormais depuis quelques semaines, les sionistes se sont trouvés dans une impasse politique.
Tout d'abord, parce que la conquête de Beyrouth, ville transformée en une véritable forteresse, n'apparaissait plus comme une opération simple et rapide. Il était certain qu'elle provoquerait en tout cas des pertes très lourdes, y compris du côté israélien. En deuxième lieu, parce que les pays impérialistes, et les Etats-Unis eux-mêmes, préfèrent une solution de compromis évitant un affrontement dramatique. Cette solution serait moins grosse de dangers pour l'avenir des régimes conservateurs arabes avec lesquels, pour des raisons évidentes, ils veulent réaliser ou maintenir un modus vivendi. Finalement, parce qu'une opposition sans précédent en période de guerre a profondément secoué le consensus traditionnel de l'Etat sioniste lui-même.
BEGIN-SHARON VEULENT TOUJOURS ANEANTIR L'OLP Pour sortir de l'impasse, Begin-Sharon ont réagi sur des plans différents. Ils n'ont cessé d'exercer une très forte pression militaire contre Beyrouth-Ouest en interrompant constamment les trêves par des bombardements meurtriers. Ils se sont efforcés d'obtenir un soutien international à leur action visant à la capitulation totale de l'OLP. Ils ont organisé en Israël une manifestation de leurs partisans réunissant 200 000 personnes, pour démontrer que la majorité de la population israélienne les soutient et reste prête à se mobiliser. C'est dans le cadre de cette manifestation qu'ils ont lancé la « proposition » à la fois démagogique et cynique d'accueillir en territoire israélien les Palestiniens rescapés du Liban qu'aucun Etat arabe n'est désireux de recevoir dans ses frontières. Les jours qui viennent diront dans quelle mesure le gouvernement sioniste pourra atteindre son objectif, à savoir l'écrasement militaire de P'OLP et, plus généralement, la désarticulation de la résistance palestinienne. Mais il est certain que la menace sioniste pèse toujours sur Beyrouth-Ouest. Le 18 juillet dernier, Begin affirmait même que Yasser Arafat « ne tarderait pas à être li-
La situation dans la région risque, par ailleurs, de devenir encore plus explosive à la suite de la reprise des opérations militaires entre l'Irak et l'Iran. Après de longues hésitations, la direction khomeiniste est passée à l'offensive dans l'espoir de porter un coup mortel au régime irakien de Saddam Hussein et d'exercer une force d'attraction accrue sur les forces intégristes des différents pays arabes, de manière à jouer un rôle hégémonique dans la région, en se présentant, entre autres, comme les champions de l'antisionisme. En même temps, la direction khomeiniste compte se renforcer à l'intérieur, pour être mieux en condition de canaliser et de stopper le processus de révolu-
EDITORIAL
La menace sioniste
pèse toujours
sur Beyrouth-Ouest
tion sociale, et de neutraliser et de réprimer toutes les oppositions. Il est significatif qu'une nouvelle attaque s'annonce contre les Kurdes luttant pour leurs droits nationaux, et que l'hebdomadaire du Parti communiste (Toudeh), pourtant favorable au régime, ait été récemment interdit.
LE CONFLIT IRAK-IRAN S'EST RALLUME Mais, quelles que soient les intentions ou les buts des dirigeants de la République islamique, le conflit qui s'est rallumé risque de créer une situation des plus incontrôlables pour les forces impérialistes, ce qui les pousse aussi à multiplier leurs efforts pour imposer leur solution au Liban.
Justement parce qu'existe une telle situation explosive et que, malgré tout, les marges de manœuvre du gouvernement sioniste et de l'impérialisme ne sont pas très grandes, les dirigeants palestiniens et libano-progressistes assument une responsabilité très importante s'ils acceptent un compromis qui correspondrait, en fait, à une capitulation. Ce compromis ne s'est pas réalisé jusqu'ici à cause des prétentions outrancières de Begin-Sharon. Mais, sur le fond, une majorité de la direction de l'OLP et des forces libano-progressistes semble déjà prête à accepter la demande essentielle d'Israël, à savoir l'abandon de Beyrouth et des positions militaires palestiniennes décisives, dans l'espoir d'une contrepartie absolument aléatoire sur le terrain politico-diplomatique.
RESISTANCE OU « SOLUTION POLITIQUE »?
Certes, même l'écrasement militaire de l'OLP ne marquerait pas la fin de la résistance palestinienne, qui renaîtrait de ses cendres sur l'arrière-fond du problème posé par l'existence de plus de trois millions de Palestiniens sans patrie. Cela n'empêche pas qu'une capitulation à Beyrouth - même masquée par l'intervention de forces internationales au demeurant impérialistes — serait un énorme pas en arrière, une défaite majeure. Cela, qui plus est, dans un contexte où la résistance reste possible à Beyrouth, et où la situation régionale reste explosive.
C'est sur la base d'une telle analyse qu'existent, aussi bien dans la résistance palestinienne que dans les rangs des libano-progressistes, des forces qui rejettent toute perspective de capitulation et exigent la continuation de la lutte. Nos camarades libanais du Groupe communiste révolutionnaire (GCR) se rangent à leurs côtés et, dans un texte diffusé ces derniers jours (qui fait suite aux déclarations que nous avons publiées dans les numéros 129 du 28 juin et 130 du 12 juillet 1982 d'Inprecor), ils font appel à toutes les forces combattantes pour qu'elles refusent toute solution de capitulation, continuent sans répit le combat contre l'armée sioniste et s'opposent à toute tentative de celle-ci d'occuper Beyrouth-Ouest.
- Bas les pattes devant Beyrouth! - Retrait immédiat et sans condition des troupes israéliennes du Liban !
- La résistance palestinienne continue le combat ! • 19 juillet 1982.