Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ISRAEL

De l'Afrique du Sud au Guatemala, Israël soutient les dictatures

· Inprecor n° 131, 26 juillet 1982 · p. 4-6 · 3 287 mots

Palestine et Israël Afrique australe Amérique centrale Nicaragua

soutient toutes les dictatures alliés (ou l'étaient récemment), et aux- mes de ce gouvernement d'assassins. Le

ISRAEL

Moyen-Orient est particulierement mise en évidence lors

'ACTION contre-révolutionnaire de l'Etat sioniste au

/ de chacune de ses agressions contre le mouvement national palestinien ou les populations arabes de la région, La guerre du Liban en est une nouvelle et terrible illustration.

Mais l'Etat d'Israël développe ses activités contre-révolutionnaires bien au-delà du Moyen-Orient, en participant notamment au soutien diplomatique (visite du général Moshe

Dayan au Sud-Vietnam au début des années 1970) et à l'armement de régimes dictatoriaux parmi les plus sanglants qui soient, comme celui du Guatemala ou de l'Afrique du Sud raciste.

Israël SHAHAK

Nous sommes, ici en Israël et dans les territoires occupés, si profondément absorbés par notre lutte et, d'une façon plus générale, par l'appui que nous apportons aux forces progressistes du Moyen-Orient, que nous en arrivons à oublier que, depuis un certain nombre d'années, l'Etat d'Israël remplit une autre fonction à l'échelle internationale : celle de pourvoyeur d'armes et d'allié des régimes les plus méprisables et les plus haïs du monde entier. Ce rôle a pris depuis quelques années un poids important. On a pu lire récemment dans le New York Times qu'Israël occupe le septième rang parmi les Etats exportateurs d'armes. Le même article évaluait à 1,3 milliard de dollars

US les exportations d'armes israéliennes pour l'année 1980.

Selon d'autres estimations, celles par exemple de l'Institut pour les recherches sur la paix de Stockholm (SIPRI), et de l'Institut pour les études stratégiques de

Londres, ces exportations atteindraient

1,45 milliard de dollars. Pour mieux apprécier ces sommes, signalons que, pour l'année précédente - 1979 -, les exportations d'Israël totales représentaient seulement 3,8 milliards de dollars. On peut done penser que, pour 1980 (mais nous n'avons pas encore tous les chiffres), les exportations d'armes ont dû représenter au moins 40 % des exportations israéliennes totales, à supposer que celles-ci aient réellement augmenté. Ce qui revient à dire que, de plus en plus, nous vivons de la mort et de la destruc.

tion d'autres peuples : des Palestiniens ici, et de beaucoup d'autres peuples dans le reste du monde.

Il faut bien considérer qu'une bonne de l'« aide » que partie, sinon la totalité, nous recevons des Etats-Unis s'explique par ces deux raisons. Nous commencerons par une description rapide des Etats qui, de par le monde, sont actuellement nos

Le pouvoir sioniste

De l'Afrique du sud au Guatemala le monde. jours d'une grande actualité. quels nous fournissons largement armes et aides de toute sorte.

SALVADOR, GUATEMALA,

NICARAGUA Le Salvador attire actuellement l'attention du monde entier. Les crimes commis par la Junte qui gouverne ce pays, qu'ils soient le fait de l'armée ou des organisations criminelles financées par les autorités, ont reçu quelque publicité jusque dans la presse israélienne, après avoir été largement dénoncés par la presse internationale. Selon les informations de l'Institut pour les recherches sur la paix de Stockholm, l'Etat d'Israël a été, en 1980, la source de 83% des importations d'arSoldats israéliens en Cisjordanie. (DR)

Cela aussi doit être une donnée de la prise de conscience des travailleurs juifs d'Israël et de la communauté juive de par

Pour argumenter ces affirmations, nous publions ci-dessous de larges extraits d'une série d'articles d'Israël Shahak, fondés sur des informations tirées de la presse israélienne en hébreu et parus à Jérusalem dans Zu Haderek, en cinq parties, les 25 mars, 1, 9, 15 et 22 avril 1981. Cette étude - dont nous avons conservé la mention des passages supprimés par la censure militaire israélienne —, bien que publiée il y a un an, est toumonde entier (sauf Israël, bien sûr) a pu voir à la télévision les fusils d'assaut Galil et les pistolets-mitrailleurs Uzi entre les mains de ces tueurs.

Dans nombre de pays, en Europe de l'Ouest entre autres, parfois même aux

Etats-Unis, les commentateurs soulignent : " Ces personnes (ces femmes, ces enfants, ces religieuses, ces prêtres) sont tombés sous les balles de Uzi, de Galil, ce village a été bombardé par des avions

Arava construits en Israël. » La presse occidentale spécialisée dans la promotion de ce type d'équipements décrit ces avions comme des appareils « commerciaux » rapidement transformables en appareils militaires, et énumère en détail le nombre de soldats, de bombes, de canons qu'ils sont capables de transporter. Seuls nos médias omettent de publier ces faits. Et nous nous demandons: « Comensuite, ment se fait-il qu'on ne nous aime pas ? », et nous invoquons l'« antisémitisme » ou

I'« argent arabe », au lieu de nous demander quelle est notre responsabilité dans les événements internationaux.

Selon des sources étrangères, le Salvador n'est pas le seul pays d'Amérique latine auquel nous fournissions des armes.

Israël était

(passage censuré)

un important fournisseur d'armes pour le

Guatemala (par rapport au total des importations de ce pays), dont le régime égale ou dépasse peut-être en horreur celui du Salvador.

Ce qui est intéressant, c'est la façon dont se sont noués ces liens d'amitié entre les deux Etats. Il y a quelques années de cela, la répression au

Guatemala atteignait alors un paroxysme.

Des centaines d'étudiants qui manifestaient dans le centre de la capitale furent fauchés par les mitrailleuses. L'événement causa une profonde horreur dans le monde entier, à l'exception d'Israël. Les

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qui sont en partie des fournisseurs d'ar- « l'affaire de l'avion qui transportait des

Etats-Unis cessèrent pour un temps leurs envois d'armes vers le Guatemala. Peu de temps après, le chef d'état-major du

Get Marcus Katz (l'un des principaux agents chargés des fournitures d'armes israéliennes dans cette région, un homme dont nous aurons à parler plus nous assisterons à de nombreuses autres Mais, dans cette même région du monde, il faut inscrire au compte d'Israël une longue et étroite coopération avec le régime de Somoza au Nicaragua. Au cours de la dernière année d'existence de ce régime (1978-1979), Israël lui a fourni 90 % de ses importations d'armes. Le fait revêt toute son importance si l'on se rappelle qu'au cours de ses deux dernières nées, le régime Somoza a massacré environ 50 000 personnes. Utilisant des appareils Arava et Vent d'Ouest, construits en Israël, le gouvernement a fait bombarder les quartiers pauvres de la capitale du pays, Managua, et d'autres villes encore.

Après la chute du régime, le monde entier a appris quelle avait été l'ampleur de l'aide accordée par Israël. Aide dont les conséquences se font encore sentir, puisque, aujourd'hui, l'armée populaire essentiellement équipée d'armes d'origine israélienne découvertes dans les arsenaux de Somoza, comme en témoignent les photos prises lors de la libération du pays.

Une série d'articles de Nahum Barnea et Shimshon Ehrlich, parus dans Davar, ont fait connaître cette aide à Somoza, et ont également fait apparaître la structure de cette vaste machine de guerre construite en Israël. C'est ainsi que nous avons appris (Davar, 23 novembre 1979) que les fusils d'assaut Galil vendus par Israël au régime Somoza vers le milieu de l'année 1978 étaient directement expédiés à une unité terroriste spéciale, commandée par le fils de Somoza et « responsable du massacre d'adversaires politiques parmi lesquels des femmes et des enfants. Ces arformelle avec l'usage établi et sans aucun égard pour le préjudice politique causé à Israël aupres des pays d Amérique latine en raison de ce marché. » (C'est moi qui souligne, Israël Shahak.) (...) MARCUS, HAMMER, BEN MEIR

ET LES MILIEUX PROCHES

DE MENAHEM BEGIN Mais continuons l'histoire : « L'agent qui a conclu l'affaire de vente d'armement à Somoza passait pour être un ami du dictateur du Nicaragua, ainsi que des hautes personnalités israéliennes. C'était David Marcus Katz. » (Davar, 13 décembre 1979). Dans la même série d'articles (Davar, 14 novembre 1979), les auteurs définissent la nature de cette amitié et de ces liens. Selon ses amis, « Marcus Katz a quitté notre pays avant la guerre de 1948. Il est actuellement le représentant de dix-sept entreprises israéliennes mes et d'équipements militaires, la plus importante de ces entreprises étant l'Inaeronautique (Ta'as). Il fait de fréquents séjours dans notre pays; il y rencontre des personnalités politiques avec lesquelles il est en contact étroit. Parmi ces personnalités, des membres du Likoud et du Mifdal (Parti national religieux). On sait qu'il est proche du ministre Hammer et de Ben Meir, membre de la Knesset (deux diriment religieux nationaliste fanatique) ; on sait aussi qu'il finance le mouvement religieux ... Dans les hautes sphères gouvernementales, on pense que Mareus Katz jouit de l'appui des instances politiques, dont certaines proches du Premier ministre. » (C'est moi, Israël Shahak, qui souligne ce

Ajoutons que les amis de l'ami du tyran Somoza ne se rencontrent pas seulement au sein du Likoud ou du Mifdal. Le journal qui a décerné le plus de louanges à ce marchand d'armes se trouve être l'organe du Mapam (Parti ouvrier unifié), Al Ha-Mishmar (« Qui êtes-vous, Mareus Katz ? », par Eliyahu Harel, 30 décembre 1980). Ce journal, qui a choisi pour devise « Pour le sionisme, le socialisme et la fraternité des peuples », encense sans réserve ce massacreur de femmes et d'enfants. « Marcus Katz parle hébreu couramment, il est sympathique. Il a débuté ici dans la vie publique en participant à la fondation des Jeunesses Naim Misrahi (Misrahi - précurseur du Mifdal). Comme la plupart à cette époque, il est entré à la Hagana (la principale organisation militaire sioniste dans la Palestine alors sous domination britannique), mais en 1947, avant la fondation de l'Etat d'Israël, il a rejoint ses parents au Mexique ... qu'il lui a été difficile de quitter notre pays à la veille de la création de l'Etat, et qu'il ne la fait que parce que l'un des dirigeants du Misrahi, David Zui Pinkas, lui a confié la mission d'implanter le mouve-

Al Ha-Mishmar souligne en outre, avec satisfaction, avec orgueil même, que M. Marcus Katz patronne des institutions religieuses aux Etats-Unis, au Mexique, en Israël, qu'il a créé le prix Katz destiné à promouvoir les « moyens de vivifier la Halakha (loi religieuse juive) dans la vie moderne », qu'il a également reçu l'approbation de la « couronne de la Torah » et un diplôme de docteur honoris causa de l'Université Yeshiva, aux Etats-Unis. Al Ha-Mishmar s'empresse d'ajouter que munitions pour les fusils d'assaut Galil, destinées au Guatemala, qui a atterri aux Barbades et qui a été intercepté par les autorités de appartenait à l'entreprise non pas a l'entreprise Katz ». Voilà qui nous console et, en passant, nous apprenons aussi pourquoi et comment la majorité de la Knesset a adopté la fameuse « Loi Eisenberg » qui exempte d'impôts cet exportaISRAEL ET L'AFRIQUE DU SUD

Dans les premières parties de cet article, nous avons passé en revue les relations entre Israël et les dictatures d'Amérique latine et certains régimes corrompus d'Afrique, dans le domaine des fournitures d'armes. Venons-en maintenant aux relations, dans un sens plus large, et, me semble-t-il, d'une extrême importance, qui existent entre Israël et l'Afrique du Sud. Relations qu'aucun autre pays, à l'exception des Etats-Unis, n'entretient avec ce pays. Cette amitié a une longue histoire, que nous ne pouvons retracer

On connaît, bien sûr, la partie « visible » des relations entre Israël et l'Afri-

Sud. A l'exception du Malawi (ex-Nyassaland) et de la Côte-d'Ivoire, Israël est le seul pays où les ministres sud africains et le Premier ministre lui-même soient reçus avec les plus grands honneurs ; de même, les ministres israéliens sont les seuls ministres d'Etats indépendants (à l'exception du président à vie du Malawi, Hastings Kamuzu Benda) qui rendent visite à l'Afrique du Sud et y soient reçus avec les plus grands honneurs. (...) Par-delà ces relations officielles d'« amitié », les liens entre Israël et l'Afrique du Sud sont triples :

1. Coopération économique ; 2. Coopération dans l'industrie (cen3. Coopération politique. 1.- La coopération économique Prenons tout d'abord un exemple caractéristique. Le Yediot Aharonot du 12 octobre 1976 s'extasie sur le grand nombre de sociétés israéliennes qui s'efforcent de développer leurs relations commerciales avec l'Afrique du Sud. Parmi celles qui réussissent le mieux, Yediot Aharonot mentionne Assia-Ma'abarot, qui appartient au kibboutz Ma'abarot de l'organisa-

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(Mapam). En 1976 déjà, les exportations de cette entreprise s'élevaient à un million de dollars, et le kibboutz se fixait pour objectif d'augmenter ses exportations en direction de l'Afrique du Sud de 20 % par an. Ce kibboutz produit de l'alimentation pour bovins. L'oppression la plus dure en Afrique du Sud est celle qui s'exerce à l'encontre des ouvriers agricoles noirs. Dans de nombreux cas, des prisont « confiés » à des agriculEt ce kibboutz a choisi d'augmenter ses exportations à destination de l'Afrique du Sud, et, en même temps, il invite des éleveurs Sud-Africains sur place l'utilisation scientifique de sa production.

Le journal Ma'ario du 12 décembre 1976 fournit un autre exemple. Le correspondant de ce journal en Afrique du Sud nous apprend que la société Tadiran a construit une usine près de Pretoria, en association avec une société caine. L'ingénieur en chef de cette usine, David Frenkel, a annoncé que la société allait produire du « matériel d'éclairage pour les situations d'alerte », et importer du matériel de communication sophistiqué, et le commercialiser. C'est ainsi que lorsque les jeunes africains de Soweto ou d'autres ghettos se révoltent contre l'oppression, les policiers du régime d'apartheid peuvent appeler leurs collègues en renfort au moyen de materiel made in Israël; de même, les pronuits « chaudes », viennent-ils d'Israel.

coopération économique entre Israël et l'Afrique du Sud ne se lià ces (nombreuses) sociétés israéliennes qui fournissent à l'Afrique du Sud des produits essentiels et leur savoir-faire. Cela va beaucoup plus loin. Nous ne citerons ici que deux rapports publiés dans Ma'ario le même jour (7 février 1979) concernant la visite en Afrique du Sud de Simha Ehrlich, alors ministre israélien des Finances. Pour expliquer l'idée fondamentale avancée alors par Simha Ehrlich, qui a été acceptée et qui est mise en œuvre aujourd'hui, nous devons rappeler à nos lecteurs que, l'écrasante majorité des pays condamnant le sud-africain, nier de faveur pour des produits sud-africains a été supprimé et aucun pays (à l'exception d'Israël, du Malawi, etc.) n'a signé d'accords commerciaux avec l'Afri que du Sud. Cela rend évidemment très difficiles les exportations de ce pays.

Simha Ehrlich a proposé quent qu'Israël serve à l'Afrique du Sud tremplin pour pénétrer le Marché « membre associé », et profite ainsi de grosses réductions de taxes douanières. La également pour les Etats-Unis. De cette les produits sud-africains sont « exportés » vers Israël pour « finition » (dans la plupart des cas, il s'agit seuleIsraël), d'où ils seront destination de l'Europe et des Etats-Unis. Ajoutons que la presse européenne, et en particulier la plus conservatrice, a poussé de hauts cris devant cette utilisation d'Israël pour les exportations de l'Afrique du Sud, et qu'Israël a opposé un démenti

Cette coopération se développe rapidement dans d'autres branches économiques. Déjà, dans Yediot Aharonot du 28 novembre 1976, on pouvait lire que la société israélienne Netafim, qui produit des équipements pour l'irrigation, s'est associée avec une société sud-africaine pour la production et l'exportation de ce matériel vers l'Europe, les Etats-Unis, l'Amérique latine et d'autres régions du globe. que le capital soit sud-africain, la nouvelle société s'est déclarée aux Pays-Bas comme société israélienne, patronnée par Netafin, cela afin de « blanchir » l'affaire.

Une grande partie de ces affaires se trouvent entre les mains de la Fédération générale des syndicats Histadrout, comme cela ressort d'un article publié dans Ha retz le 16 février 1981, sous le titre « La plus grande partie du commerce avec l'Afrique du Sud est concentrée entre les mains du groupe Koor».

Selon ce journal, « les sociétés qui font partie du groupe Koor sont à l'origine de la plus grande partie du commerce extérieur israélien avec l'Afrique du Sud mais, pour des raisons politiques, elle n'est pas déclarée comme une société apappartenant à des personnes privées. Cetexportations représentant plusieurs dizaines de millions de dollars par an, dont certains marchés entreprises industrielles qui appartiennent à des kibboutz. Selon sources bien informees, aucune intention de renoncer au commerce avec l'Afrique du Sud ». (...)

2.- La collaboration dans l'industrie (passage censuré) 3.- La collaboration politique Nous avons vu que, parmi les services que le gouvernement israélien rend aux dictatures sud-américaines, il y a la publiphotos de dictateurs aux côtés de dirigeants israéliens (par exemple Motta Gur), photos qui sont ensuite reproduites aux Etats-Unis et utilisées comme preuves du caractère « progressiste » ou du moins « moins terrible qu'on ne le dit » de ces régimes et de leurs dirigeants. Car, dans bien des milieux américains, qui oserait accuser Israël et s'exposer, ce faisant, à l'accusation d'« antisémitisme » ? Ou bien, si l'accusateur est Juif lui-même, s'entendre taxer de masochisme? Or, c'est bien cette caution que les dirigeants israéliens apportent à l'apartheid sud-africain. Les relations, les rencontres officielles, etc., tout cela sert à blanchir la réputation du régime auprès des pays occi-

Get particulièrement des En fait, comme en témoignent des hommes d'affaire américains, il existe depuis des années des relations étroites entre l'ambassade sud-africaine aux EtatsUnis et le « lobby israélien », cette partie juive d'obédience Ces dernières années, Taïwan a égale. ment joué son rôle dans cette « Sainte-Alliance ». La presse occidentale commente largement cette alliance entre l'Afrique du Sud, Israël et Taïwan, qui essaie d'entraîner les Etats-Unis à durcir envers le Tiers Monde et l'Union soviétique. Cette alliance, particulièrement entre Israël et l'Afrique du Sud, est née au temps de Henry Kissinger. Le prestigieux hebdomadaire anglais Economist notait le 5 novembre 1977 que « des le début de 1975, Henry Kissinger incitait le gouvernement israélien à se ranger aux côtés de l'armée sud-africaine pour combattre le Mouvement populaire pour la libération de l'Angola (MPLA) appuyé par Cuba ». Israël s'y est refusé, mais a cherché un compromis et a fini par envoyer en Afrique du Sud un certain nombre de conseillers, experts de contre-guérilla, puis du matériel fabriqué spécialement pour l'occasion (la liste de ce matériel est intéressante). Israël a interprété, d'autre part, la requete de Henry Kissinger comme le feu vert donné à la collaboration entre Israël et l'Afrique du Sud. The Economist poursuit : « En mai 1976, le Premier ministre sud-africain John Vorster fit une visite officielle. Il signa toute une série d'accords économiques et militaires qui ont pour base commune l'intention de l'Afrique du Sud de financer quelques-uns des projets militaires israéliens les plus dispendieux. Israel s'engagea en échange a fournir des ar-

The Economist donne, dans cet article, d'autres détails : « L'Afrique du Sud a financé toute la génération suivante de la flotte israélienne. » En échange de cet investissement, l'Afrique du Sud recevra les quatre ou cinq premiers navires de construits. Quarante ingénieurs sud-africains séjournent à Haifa et supervisent la construction dans les arsenaux. Israël a accepté de participer à la modernisation des navires de type Centurion appartenant à l'Afrique du Sud, ce même le constructeur de ces navires, la Grande-Bretagne, a refusé de faire.

Après avoir passé en revue les sociétés israéliennes telles que Tadiran, et avoir dressé la liste des équipements militaires livrés à l'Afrique du Sud à partir de 1971, The Economist conclut : « En temps de guerre, les bateaux qui transportent du charbon à destination d'Israël seront escortés par des forces navales mixtes israélo-sud-africaines. » Et encore : « Des contacts préliminaires pris avec l'administration américaine produisirent une réponse mitigée ; il y était dit qu'on ne s'attendait pas à voir Israël changer de voie. » Peut-être les Américains se réservent-ils d'utiliser secrètement Israël pour leurs propres relations avec l'Afrique du Sud.

Le temps a passé. La voie secrète fonctionne, et l'alliance aussi.

Israël SHAHAK Jérusalem, 17 juin 1981.

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