La situation sociale après les deux grèves générales du début 1982
E premier trimestre de l'année 1982 a vu se développer
L une importante agitation sociale dans tout le Portugal.
| De très nombreuses grèves ont eu lieu. Les transports de la capitale ont été régulièrement perturbés et une grève dans l'entreprise nationalisée des tabacs a même privé les Portugais de cigarettes pendant environ deux mois.
Le fait le plus significatif de l'année 1982 aura été sans conteste possible l'organisation, à seulement deux mois d'intervalle, de deux grèves générales. C'est un événement sans précédent depuis plusieurs décennies, puisqu'il faut remonter à
1934 pour trouver trace de la dernière grève générale du prolétariat portugais.
Francisco LOUÇA
A moins de deux mois d'intervalle, deux grèves générales ont eu lieu au Portugal. Plus d'un million de travailleurs ont participé à chacune d'elles, paralysant la grande majorité des usines. Un nombre signficatif d'employés de la fonction publique, du commerce, des banques et des assurances se sont joints a ces mouvements, bien que la majorité de ces arrêts de travail n'aient pas été couverts légalement par un préavis de grève. Une grande partie des transports publics, aussi bien dans les grandes villes que sur les réseaux interurbains, a également été interrompue. La grève a été totale dans la zone de la réforme agraire (Alentejo).
Il s'agit-là de deux événements fondamentaux dans la situation politique portugaise.
La première modification que cela introduit, la plus importante, et qui agit en profondeur, c'est une nouvelle tradition, une nouvelle accumulation d'expériences pour le mouvement ouvrier.
La dernière grève générale datait de 1934 et avait été déclenchée contre la prise contrôle corporatiste des syndicats par la dictature d'Antonio Salazar (au pouvoir à partir de 1931 jusqu'à sa mort en
1970). Elle s'était achevée par une défaite. Toute la période de « crise prérévolutionnaire » des années
1974-1975 s'est déroulée sans que le prolétariat portugais ait recours à cette forme de lutte. La raison en est simple. Pendant toute la montée révolutionnaire qui a suivi le déclenchement de la « Révolution des œillets », le 25 avril 1974, le développement et l'initiative politique du mouvement ouvrier s'est surtout exprimé au travers des commissions de travailleurs et, dans une moindre mesure, des commissions de moradores (voisins), des unités collectives de production (UCP), des coopératives agricoles, des comités de soldats (SUV -
Soldats unis vaincront). C'est à partir de
Vers des élections générales anticipées to, lors du ler Mai. ces organes que se sont développées les occupations de terres et d'usines, les manifestations de rue, les initiatives comme les débats politiques.
Mais si ces organismes ont exprimé le niveau de la lutte politique et rendu compte, à leur manière, du développement de la crise prérévolutionnaire, ils ne sont jamais parvenus à quelque forme que ce soit de centralisation à l'échelle nationale.
Le mouvement syndical - constitué en grande partie à partir des syndicats co. poratistes dont les directions avaient été évincées pour être remplacées par la bu-
Parti communiste portugais (PCP), était la seule structure capable de centraliser à l'échelle nationale une action de grève. Mais, pour deux types de raisons, ses directions se sont opposées à la coordination des luttes. Tout d'abord, même si elle couvrait tout le pays, la structure syndicale restait fragile, parce que récente et mal organisée. Ensuite, la bureaucratie du PCP ainsi que d'autres secteurs du mouvement de masse se sont employés à limiter l'action politique de la classe ouvrière à des manœuvres de pression sur la crise de l'appareil d'Etat (en sur tel ou l'assemblée du Mouvement des forces armées - MFA), ce qui excluait toute espèce de centralisation autonome qui aurait engagé une dynamique de construction d'un autre pouvoir. Là réside l'une des faiblesses essentielles de la révolution portugaise au cours de toutes ces années. Mais la situation s'est profondément modifiée dans la dernière période, tant en ce qui concerne la structuration du mouvement syndical qu'en ce qui concerne le contexte politique plus général.
Depuis 1976, la CGTP a fait d'énormes progrès dans sa structuration. De fait, la construction du mouvement syndical portugais est en grande partie postérieure au coup d'Etat du 25 novembre 1975, qui a porté un coup d'arrêt à la montée des mobilisations des dix-sept mois précé-
PORTUGAL
Au terme d'un important débat au sein du mouvement syndical, une première grève générale a eu lieu vendredi 12 février dernier. La seconde est intervenue le mardi 11 mai, à la veille de la visite du pape Jean-Paul II. Organisée par la Confédération générale des travailleurs portugais (CGTP), à direction communiste, cette seconde action a ete organisee en protestation contre l'assassinat de deux travailleurs par la police, à Pordeux grands événements du début de l'année.
dents. Il s'est consolidé, implanté et etendu nationalement après la défaite de la crise prérévolutionnaire. Par ailleurs, une seconde centrale syndicale, l'Union générale des travailleurs (UGT) a été constituée sur la base d'une direction paritaire entre le PS et les partis de droite - essentiellement le Parti social-démocrate (PSD, ex-PPD) et le Centre démocratique et social (CDS) - aujourd'hui regroupés dans l'Alliance démocratique (AD) au
Finalement, depuis six ans, la classe ouvrière a subi une offensive systématique et en profondeur contre ses conquêtes, et en premier lieu contre son pouvoir d'achat, qui s'est réduit de façon plus importante chaque année depuis 1976
(avec l'exception de 1980). Actuellement, le gouvernement menace de faire passer une nouvelle loi sur les licenciements qui accroîtrait encore les marges de manœuvre du patronat, ainsi qu'une loi sur le droit de grève extrêmement répressive.
Cette offensive se développe dans le cadre aggravation de la crise économi-
- calculée par que : la dette extérieure tête d'habitant - dépasse déjà celle de la
Pologne. La concrétisation de l'adhésion au Marché commun en 1983 exige que de soient infligés au mouvement ouvrier, et notamment un accroissement rapide du chômage. C'est dans ce contexte que la grève générale du vendredi 12 février a été préparée.
LE DEBAT
SUR LA GREVE GENERALE
Depuis près de deux ans, le courant minoritaire de la CGTP a proposé l'organisation d'une journée de grève nationale à l'occasion du renouvellement des contrats salariaux qui ont lieu soit en janvier-février soit à l'automne. La direction de la CGTP s'y est toujours opposée, pour maintenir son orientation qui privilégie les luttes dispersées. L'UGT ne s'est pas
Pourtant, la situation a commencé à se modifier à la fin de l'année
Le gouvernement a annoncé qu'il allait proposer au Parlement un « Pacte du travail » (en fait un ensemble de lois antiouvrières sur les licenciements, les congés, la grève, ete.). L'UGT a répondu que si un tel projet était présenté, elle appellerait à une grève nationale et demanderait à la CGTP de s'y joindre.
Cette position a ouvert un grand démouvement minorité de la CGTP a réitéré sa proposition de grève générale et défendu l'unité d'action, en réclamant que la centrale appelle à la grève le même jour que l'UGT.
proposition a rencontré un large Elle semblait d'autant plus en prise sur la réalité qu'on se trouvait dans un contexte de luttes ouvrières concrètes de certains secteurs face aux violentes attaques du gouvernement, et que des expériences concrètes d'unité d'action entre les deux centrales, en dépit du sectarisme régnant, étaient en train d'être
Le PCP en a d'abord rejeté l'idée. Mais la CGTP a finalement été contrainte de convoquer une Assemblée nationale de ses syndicats pour le vendredi 15 janvier. Le jour même, l'hebdomadaire du PC, Avante !, proposait une demi-journée de grève générale. La minorité de la CGTP, quant à elle, proposait une journée de grève sur la base d'un cahier de revendications incluant aussi bien contractuelles en cours que la démission du gouvernement et l'organisation d'élections anticipées. La majorité a été amenée à reprendre cette proposition, et la grève a été décidée pour le vendredi 12
Un mois de préparation s'est révélé syndicaux et les militants du PCP, qui organisent la majorité de la classe ouvrière, se sont limités à des grèves strictement revendicatives ou de pression à l'occasion de la renégociation des contrats. Il n'y a donc eu aucune expérience de grèves de solidarité ou de grèves revendicatives coordonnées.
Ainsi, en dénonçant le « caractère politique de la grève », le leader socialiste Mario Soares, comme le gouvernement, habilement sur un manque de traditions et une confusion essentielle au sein du mouvement ouvrier portugais. C'est pourquoi ces accusations ont pu rencontrer un certain écho auprès de certaines couches de travailleurs. En fait, l'UGT a pu renoncer à son initiative du début, appeler à travailler le vendredi 12 février, organiser des piquets de briseurs de grève dans des secteurs comme les centrales électriques et les centraux téléphoniques et accepter, dès la semaine suivante, la formation d'une « commission tripartite » avec le gouvernement et le patronat pour discuter des problèmes sociaux. Mario Soares a soutenu à fond cette posi-
Pourtant, la grève générale a finale.
ment été un succès. Plus d'un milion de travailleurs ont debraye. Dans la plupart des cas, la grève a été comprise comme un acte politique, contre les lois anti-ouvrières, contre les restrictions budgétaires concernant la santé ou l'éducation, pour le renversement du gouvernement. Dans presque tous les secteurs de l'industrie, la grève a été plus suivie que les débrayages pour la négociation des contrats collectifs de la categorie ...
Ce succès a été obtenu en dépit de l'organisation bureaucratique de la lutte et de la grève, qui est restée une grève passive. Les piquets n'ont pas été organisés. Et, quand il y en a eu, exceptionnellement, ils se sont contentés d'enregistrer le nombre de travailleurs entrant dans l'usine. Il n'y a pas eu de manifestations, et la CGTP a appelé les travailleurs à rester chez eux pour éviter les affrontements. Il n'y a pas eu de riposte aux agressions brutales des troupes de choc de la police contre les gens rassemblés sur la grande place du Rossio à Lisbonne.
Il y a eu grève dans les journaux et cela a été une erreur qui a abandonné à la presse la plus réactionnaire le monopole de l'information pendant la grève géné-
LA DIVISION SYNDICALE La grève générale a modifié la situacontribué à une meilleure unification nationale, amorçant un dépassement des divisions qui, issues de l'histoire récente du mouvement ouvrier, ont joué un rôle absolument décisif en 1974-1975. Elle a affaibli la position de l'UGT, acculée à se dérober et à mener une campagne acharnée contre la grève. Près de 20 % des traont participé à la grève, bien qu'étant sous le coup d'une procédure disciplinaire, puisqu'il s'est agi dans leur cas d'une « grève sauvage », dans la mesure où les directions de ces secteurs, à hégémonie UGT, avaient refusé de déposer le préavis légal de grève.
ouvrière, canalisée CGTP, s'est accrue l'UGT s'est alignée sur les positions de qui, en son sein, soutiennent le gouvernement. Une telle orientation n'a été possible que du fait de la faiblesse d'implantation de l'UGT (400 000 affiliés contre 2 300 000 à la CGTP) et de ses liens avec l'appareil d'Etat. En ce sens, l'orientation imprimée à l'UGT constitue un ballon d'essai pour Mario Soares, dans gouvernement du PS avec le principal parti de droite, le Parti social-démocrate (PSD, ex-PPD).
La situation s'est aggravée les semaines suivantes, avec la préparation du ler Mai à Porto, deuxième ville et centre industriel du pays.
Traditionnellement, le ler Mai était célébré ces dernières années à Porto par un rassemblement de la CGTP sur la place centrale, avenida dos Aliados.
Cette année, le gouverneur civil a décidé d'accorder la place à l'UGT. Refusant de s'incliner, la CGTP a convoqué les travailleurs sur la place. L'UGT a appelé la police pour protéger « son » ler Mai, meeting et un spectacle de variétés. La veille au soir, au moment où commençait la fête de l'UGT, des milliers de partisans de la CGTP se sont retrouvés sur la place. Vers minuit, quand les chanteurs étaient déjà partis, la police a exigé l'évacuation des lieux. Une unité de choc de la police est intervenue Après des affrontements qui ont duré plusieurs heures, il y a eu deux morts (des jeunes) et plus de cent blessés hospitalisés, nombre d'entre eux blessés par balles
Les journalistes présents ont décrit les scènces avaient assisté. L'un d'eux a enregistré les vociférations du commandant des forces de police, ordonnant à nettoyer la place, « quel que soit le nombre des morts ». Un autre est parvenu à photographier des agents le revolver au poing, tirant sur la foule.
Malgré ces affrontements sanglants, le jour suivant, ler Mai, des milliers manifestants ont rempli la place à l'appel de la CGTP. Devant leur détermination, la police a reculé et la place a été divisée en deux. Dans la partie supérieure se déroulait le spectacle de l'UGT devant un publie de 250 personnes. Dans la pardéroulait une manifestation monstre au cours de laquelle une nouvelle grève générale a été annoncée.
Le sens de ces événements est clair : à la veille du ler Mai, la CGTP a voulu imposer la réalité de sa grande supériorité numérique face à l'UGT, ce qui pond parfaitement à sa ligne sectaire, qui la rend d'ailleurs incapable de forger l'uni té avec des secteurs socialistes de l'UGT ou de gagner leur appui. Mais l'affrontement n'a pas eu lieu entre les adhérents des deux centrales, mais bien entre les masses et la police. Cette provocation contre le mouvement ouvrier exigeait une riposte des plus fermes et l'Assemblée gé nérale des syndicats de la CGTP, réunie d'urgence, a appelé à une grève générale pour le mardi 11 mai.
Pourtant, la direction de l'UGT a suggéré que c'était de la foule qu'étaient partis les coups de feu, et elle a défendu l'action de la police, se rangeant derrière la version gouvernementale des faits. Ces insinuations ont fait long feu devant les preuves apportées par des journalistes autout soupçon, dont certains avaient aussi été victimes de l'agression policière. L'UGT, aux côtés du gouvernement, a accentué la division syndicale et s'est isolée encore davantage dans la classe
DE LA GREVE GENERALE DU 11 MAI Une première indication sur l'impact de la grève générale a été apportée par les funérailles des deux victimes de la police à Porto. Une telle multitude ne peut être comparée qu'à celle qui a accueilli le pape Jean-Paul II dans la même ville une semaine plus tard.
OPERÁRIOS E CAMPONESES
PONS NA LUTA CONTRA O CAPITALIS MO
Le lundi 11, les banlieues industriel. les de Lisbonne, Porto et Setubal (chantiers navals) se sont mises en grève totale. Les transports urbains ont été fortement perturbés. Il n'y avait pas de transports aériens, ni d'approvisionnement en gaz de la ville de Lisbonne. En province, cependant, l'adhésion au mouvement a été un peu moins significative que deux mois auparavant, en raison aussi bien de la rapidité de l'appel que de la faiblesse des appadans les zones industrielles de Lisbonne et Setubal, la grève a connu une participation supérieure à la précédente. A Porto, l'impact direct de la fusillade en constitue la raison majeure. Mais dans le cas de Lisbonne et Setubal, il s'agit d'un grand progrès politique et organisationnel du mouvement, avec la formation de piquets de grève massifs, qui ont réuni dans certains cas des centaines de travailleurs et atteijusqu'à 1000 participants aux navals de la Lisnave. certains cas exceptionnels, il y a même eu occupation des entreprises.
Ces piquets ont été l'occasion de nouveaux affrontements avec PUGT, fois à l'initiative de son courant de droite. Dans le cas de l'entreprise des transports publics de Lisbonne (CARRIS), l'UGT a organisé ses adhérents pour briser carrément la grève. L'un d'eux a lancé son bus sur un piquet de grève, blessant deux grévistes et un policier. Il n'est pas difficile d'imaginer les effets de ces exactions au sein du mouvement syndical.
APRES DEUX
GREVES GENERALES Dans l'ensemble, la mobilisation de la classe ouvrière au cours des deux grèves générales et l'isolement accru du gouvernement en raison de son attitude répressive ont accentué la crise de l'AD.
Au gouvernement depuis la fin de 1979, l'AD a réussi, un an plus tard, lors des élections du 5 octobre 1980, à consolider sa majorité parlementaire. Le Parti socialiste (PS), affaibli par la politique d'austérité drastique qu'il a menée quand il était au gouvernement (1976-1978), conformément aux diktats du Fonds monétaire international (FMI), a cédé davantage de voix à la droite à chaque élection. Malgré cela, les deux fois, les suffrages ajoutés du PS, du PC et de l'extrême gauche ont continué à devancer ceux l'AD, qui n'a obtenu sa majorité que grâce aux effets d'une meilleure coalition et mécanisme alambiqué du système d'Hondt (proportionnelle pondérée).
Cette fragilité sociale, qui donne une indication des limites de la base sociale du gouvernement, est particulièrement aggravée par trois facteurs :
- Au mois de décembre 1982, des élections municipales doivent avoir lieu dans tout le pays. Les effets de la politique antipopulaire du gouvernement de l'AD, dans ce contexte de remobilisation et de radicalisation de la classe ouvrière, menacent la coalition bourgeoise d'une défaite électorale. Les élections partielles qui se sont déroulées dans la dernière période ont enregistré une montée considérable du PCP et une chute de l'AD. Une électorale du PCP et du PS rendrait des élections générales anticipées pratiquement inévitables.
- La crise de direction de la bourgeoisie secoue le gouvernement et l'AD. Il y a un an, le Premier ministre, Pinto Balsemao, a été contraint à la démission en raison de la crise qui agitait le PSD. Une alors les hésitations du gouvernement. Ce courant exige maintenant ni plus ni moins que de nouvelles élections et la démission du gouvernement. Un autre aspect de la crise réside dans le conflit entre le PSD et le Centre démocratique et social (CDS), qui envisagent même l'éventualité de se présenter en ordre dispersé aux prochaines élections pour mesurer leurs forces respectives. C'est ce qui aux prochaines élections municipales de
- Les conflits entre la majorité de l'AD et le général-président Ramalho Eanes constituent le troisième facteur de la crise politique. Il s'agit d'un aspect décisif de la crise de direction politique de la bourgeoisie. A la fin de 1979, les élections parlementaires ont donné la majori té à l'AD. En octobre 1980, elles ont confirmé et renforcé cette majorité. Le projet de l'AD était alors clair et parlait de lui-même : entreprendre une profonde offensive contre les conquêtes du mouve. ment ouvrier, notamment à travers la ré. vision de la Constitution de février 1976, qui établit les fondements légaux d'un large secteur nationalisé, d'importants droits syndicaux, des commissions de leurs et des UCP à la campagne. Pour imposer cette révision constitutionnelle, il fallait à la droite à la fois une forte majorité, l'unité de ses parlementaires, et un président directement lié à l'AD.
Mais, deux mois après la victoire de l'AD, le général Ramalho Eanes était réélu président de la République avec plus de voix que n'en avait obtenu la majorité de l'AD, et contre son candidat le général
A partir de là, son projet était compromis. Sous la pression des luttes de masse, le gouvernement a été obligé de reculer dans la présentation de projets de loi aussi importants que celui autorisant le patronat à une politique de licenciements sauvages. Vu l'échec de son opération Soares Carneiro, l'AD a dû se retourner vers le PS pour rechercher avec lui un accord sur la révision de la Constitution.
Acceptant seulement une modification superficielle du chapitre de la Constitution concernant l'organisation mique, l'AD a obtenu du PS, en échange, un accord pour placer les forces armées sous le contrôle du gouvernement, et une réduction du contrôle du président de la République sur le gouvernement. Ainsi, l'AD visait deux objectifs: réduire les pouvoirs du général Ramalho Eanes et obtenir la faculté de nommer les chefs mi-
Ice qui est évidemment décisif dans un pays comme le Portugal, où l'armée a encore un rôle politique aussi di-
Mario Soares a accepté ce marché. Ses motivations sont aussi très claires: il a comme objectif fondamental de parvenir à un accord gouvernemental avec le PSD et d'être, sur cette base, candidat à la présidence de la République en 1985. D'où sa volonté de marginaliser le général Ramalho Eanes. Le président garde un soutien populaire significatif, avant tout parce qu'il n'apparaît pas comme directement compromis avec le gouvernement et qu'il est devenu l'une des cibles favorites de la droite parlementaire. Manifestation de la gauche en novembre 1975 à Lisbonne. (DR)
Cette crise politique s'est réfractée à l'intérieur du PS. La majorité du groupe parlementaire du PS s'est opposée aux compromis de Mario Soares avec l'AD. Le PCP qui, de son côté, s'aligne ouvertement sur le général Ramalho Eanes, a cherché à tirer parti de ces contradictions pour renforcer sa propre intervention politique, d'où l'appel à la mobilisation des masses et le caractère précipité et improvisé de certaines de ses mobilisations.
Mais l'aspect principal, au cœur de cette crise, c'est l'apparition sur la scène ouvrières massives et coordonnées à l'échelle nationale, comme il ne s'en était pas produit depuis 1978 au moins.
L'expérience des deux grèves générales, de l'organisation de piquets massifs
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