RRETE fin décembre 1981 pour avoir distribué un tract réclamant justice pour combattu contre l'invasion irakienne s'était vu licencié de son travail, Bahram Ali
Ataï, ancien travailleur de l'usine de montage automobile Iran National et dirigeant du
Hezbe Kargarane Engelabi (HKE, Parti socialiste des travailleurs), l'un des trois groupes se réclamant de la IVe Internationale en Iran, a passé quatre-vingt-deux jours dans la
Après avoir été battu et promis à l'exécution sans pour autant qu'aucune charge sérieuse ou condamnation ne soient prononcées contre lui, Bahram Ali Ataï sera finalement libéré sans plus d'explication le 3 mars dernier. Quelques jours plus tard, l'hebdomadaire du HKE, Kargar (l'Ouvrier), publiait sous forme d'une interview le témoignage de Bahram Ali Ataï sur son passage à la prison d'Evin. En réaction, le 15 mars l'imprimeur de Kargar, Mohammed Bagher Falsafi, était arrêté. Le 26 mars,
Kargar était interdit. Et le 29 mars, Bahram Ali Atai était de nouveau emprisonné.
Dans le numéro 128 du 14 juin dernier d'Inprecor, nous avons publié un appel à la libération de Bahram Ali Ataï et de Mohammed Bagher Falsafi comprenant un modèle de télégramme pouvant être adressé en guise de protestation aux autorités iraniennes.
Nous reproduisons ci-dessous les principaux extraits de l'interview de Bahram Ali Atai dans certaines usines, de la lutte pour des revendications directement politiques, comme la dissolution des troupes de choe de la police ou la démission du gouverne. ment, tout cela constitue des éléments nouveaux au Portugal. Ils limitent, dans une certaine mesure, les marges de manœuvre politiques de la bureaucratie.
PREPARER
LES ELECTIONS GENERALES
L'ensemble de ces éléments ouvre la possibilité d'élections générales anticipées.
Pour préparer cette éventualité, le mouvement ouvrier se trouve dans une situation difficile. Alors que se multiplient les expériences de luttes ouvrières sur une grande échelle, il n'est pas du tout sûr que la balance électorale penche du côté des partis ouvriers. La clef du problème est évidemment le PS et le développement
Si l'on peut compter sur une progression électorale du PCP, en raison de son rôle actif dans l'opposition au gouvernement, les résultats du PS sont plus douteux. Bien que divisé, le PS maintient en permanence une politique de collaboration avec le gouvernement - dont l'attitude de l'UGT est la meilleure illustration —, au moment même où ce gouverne. ment s'identifie à la répression, à l'austérité, aux mesures antidémocratiques.
L'un des exemples de ces ambiguïtés, c'est la question des prisonniers politiques du Parti de la révolution portugaise (PRP) (1). Alors que ce qui est à l'ordre du jour, c'est la défense des droits démocratiques élémentaires et d'approfondir sions de la fraction parlementaire de l'AD, Mario Soares s'oppose à un vote du PS en faveur de l'amnistie. Avec l'argument que cette loi ferait perdre des voix au PS ... Il n'est pas difficile de comprendre que cette orientation conduit au contraire à une perte supplémentaire de voix. C'est d'ailleurs la seule chose que la direction du PS ait réussi à faire quelque cohérence depuis 1974.
C'est dans ce contexte que l'on peut pleinement comprendre l'importance de ces deux grèves générales qui expriment la radicalisation du mouvement ouvrier et ses aspirations à l'unité. La traduction de cette pression au sein du PS doit se concrétiser par une rupture du PS avec la droite au sein de l'UGT et au développement des luttes pour parvenir à une majorité des partis ouvriers, indépendante du président Ramalho Eanes, au Parlement.
Cette solution est possible et désormais à portée de la main, après les deux grèves générales. Mais il faut lutter pour cela sans relâche et œuvrer à construire l'unité ouvrière pour chasser le gouvernement de l'AD.
Francisco LOUÇA Lisbonne, mai 1982. 1. Cf. Inprecor numéro 129, du 28 juin 1982. On a appris, depuis la rédaction de cet article, que ces militants ont finalement été li-
IRAN
A
Run ouvrier de l'usine Dupar, prison d'Evin à Téhéran. publiés dans Kargar début mars.
«KARGAR » : - Frère Ataï, dans quelles conditions as-tu été arrêté ?
Bahram Ali ATAI : - Le vendredi 11 décembre 1981, je me suis rendu, avec d'autres militants du HKE et des sympa. thisants de Kargar sur les lieux de la prière du Vendredi à Téhéran, pour distribuer un tract adressé à l'hojatoleslam Rafsanjani, président du Majlis (Parlement), réclamant justice pour le frère Mostafa Seifabadi, qui est un ouvrier qui a été licencié de l'entreprise Dupar. Dans les premiers jours de la guerre imposée l'Irak, il a été appelé au front en tant que réserviste, il a combattu pendant six mois et a été blessé. Après avoir été soigné, il est retourné au front. Quand le frère Mostafa Seifabadi est revenu à son usine à l'expiration de son temps de service, le directeur, au lieu de le défendre à cause des souffrances endurées au front dans la guerre de défense de la Révolution islamique, l'a licencié ainsi que d'autres travailleurs, tels le frère Hamdollah Khodakarami, ouvrier musulman et représentant du shora (comité) islamique de l'usine. Nous avons distribué des centaines et des centaines de ces appels aux fidèles et nous avons rencontré beaucoup de sympathie.
Après la distribution de ce tract, je me suis dirigé vers le square de la Révolution quand deux personnes se sont approchées de moi et m'ont demandé de les accompagner. Comme je leur demandai : « Où allons-nous ? », ils m'ont répondu : « A la voiture de patrouille du comité islamique. » Je suis allé avec eux vers la
Dans la prison d'Evin
Témoignage de Bahram Ali Atai , dirigeant du HKE, sur la torture des prisonniers du nom de Mostafa Seifabadi qui, après avoir voiture du comité du VIle secteur. En chemin, ils m'ont expliqué que le Centre d'organisation de la prière du Vendredi (Setade Bargazariye Maraseme Nemaze Jomeh - SBMNJ) leur avait demandé de m'arrêter. Il était midi quand nous sommes arrivés au comité du VIle secteur et il n'y avait personne. Mais un jeune frère qui se trouvait là m'a rapidement interrogé. Il m'a posé une question sur le tract et sur l'organisation qui l'avait publié. Je lui ai expliqué que j'étais membre du HKE, que le tract en question était un appel en faveur du frère Mostafa Seifabadi, que personnes l'avaient également distribué à la prière du Vendredi mais que nul ne les avait inquiétés, et que j'étais le seul à avoir été amené là. De toute façon, le comité du VIle secteur ne savait pas quoi faire de moi et ils ont dû téléphoner au comité central du Parti de la République islamique (PRI) pour prendre des instructions. Ils sont entrés en communication avec le comité central et, apparemment, quelqu'un leur a dit alors de m'y amener. Comme nous étions le vendredi et qu'il n'y avait personne là-bas, on leur a dit de m'amener le samedi. Je suis resté au comité du VIle secteur jusqu'à 6 heures du soir et, finalement, ils m'ont autorisé à rentrer chez moi par mes propres moyens et demandé de revenir samedi. Il m'est apparu clairen'était pas accidentelle, mais qu'elle avait été proje. matin, je me présentai comité du VIle secteur et, avec d'autres,
qui m'ont dit avoir été inculpés, j'ai été au comité central. A la section d'interro. gatoire du comité central, j'ai parlé avec le frère Motahari, avec lequel j'avais été précédemment en contact et avec qui j'avais parlé des activités du HKE et de Kargar; je le connais donc. Je lui ai expliqué le problème de la diffusion des tracts en défense du frère Mustafa Seifabadi et, du fait que ceux qui sont chargés du SBMNJ et les frères de la brigade d'--ention du comité régional étaient depuis longtemps au courant de nos activités, comme de la vente de Kargar aux fidèles se rendant à la prière. Mais, cette fois, l'attitude du frère Motahari a été différente de celle du passé. Il m'a dit que je m'étais livré à une « provocation ». Je lui ai demandé : tion "? » Le frère Motahari m'a expliqué tract comme l'appel pour Mustapha Seifabadi constituait une provocation. Bien sür, pour moi il était instructif de voir comment un responsable du comité central défendait un licenciement illégal opéré par le directeur infidèle de l'usine Dupar. Je lui ai répondu : * Frère Motahari, la distribution de cet appel n'est pas une provocation, elle fait partie des activités du HKE légales et conformes à la religion. Ces activités se situent dans le cadre de l'intensification de la contradiction entre la Révolution
Get l'impérialisme et ses agents en Iran. » Le frère Motahari m'a répondu que l'ancien président Abolhassan Bani Sadr s'était livré à la même provocation puis, détournant la tête, il m'a dit que les avaient décidé de combattre « la ligne américaine », et il a rangé les activités légales du HKE et de Kargar sous l'étiquette de « ligne américaine ». Cela aussi c'était intéressant : le frère Motahari était décidé à mener une lutte contre « la ligne américaine », lutte dont l'essence était le soutien à un directeur d'usine qui licenciait illégalement. Le frère Motahari a conclu ses remarques par ces mots : « De toutes façons, sommes fatigués de vos activités politiques et nous allons vous déférer au procureur de la Révolution islamique. » Ils m'ont alors bandé les yeux et m'ont gardé dans la salle d'interrogatoire improvisée du comité central du
Le dimanche, vers les 10 heures du matin, ils m'ont extrait de ma cellule et m'ont brièvement interrogé dans une pièce, puis ils m'ont pris en photo dans une autre pièce et finalement ils m'ont bandé les yeux et, avec quelques autres, ils nous ont fait aligner. C'est alors que quelqu'un que je ne connaissais pas m'a mis la main sur l'épaule et a dit à un autre : « C'est l'un de ceux qui doivent être exécutés ? » L'autre a répondu : « Ouais / » Cela m'a stupéfié, parce qu'ils m'avaient amené de la prière du Vendredi au comité central, m'avaient bandé les yeux, et maintenant, sans même me dire de quoi j'étais accusé, ils me considéraient comme lune des personnes à exécuter. Les jours passant, il m'est apparu que de telles conversations et de telles pratiques étaient assez communes ..
Enfin, plusieurs d'entre nous sommes montés dans un fourgon sans fenêtres, de ceux utilisés couramment pour transporter les criminels, et nous avons quitté le comité central. J'ai demandé aux deux personnes qui étaient assises à mes côtés quels étaient les crimes qui leur étaient reprochés, pour essayer de savoir dans quelle situation je me trouvais. Ils n'ont tous les deux affirmé que leurs crimes étaient « graves ». Ils m'ont dit que sans aucun doute mon crime devait aussi être «grave », puisque j'étais mis dans le même sac que ment » accusés. En tout cas, après avoir roulé un peu, le véhicule a pente raide et j'ai deviné que nous allions à la prison d'Evin.
ENTRÉE A LA PRISON D'EVIN
ET INTERROGATOIRE -- Frère Atai, que s'est-il passé quand tu es arrivé à la prison d'Evin ?
- Ils nous ont fait sortir du fourgon, ont relevé nos noms et nous ont conduit au deuxième étage d'un bâtiment. J'ai découvert par la suite qu'il s'agissait du bâtiment du procureur de la Révolution, dans l'enceinte de la prison d'Evin.
Barham Ali Atai (DR) Nous nous sommes assis dans un vaste hall. Il y avait beaucoup d'autres gens, environ 100 à 150, assis là également était l'heure du déjeûner et ils se prépa raient à nous donner à manger. vais seulement deviner tout cela à partir des bruits de voix autour de nous, car pendant tout ce temps nous avions les yeux bandés. Ils m'ont donné un peu de nourriture et, nos yeux toujours bandés, ils nous ont dit: « Mangez! » Pendant tout le temps où nous sommes restés assis dans le hall, nous entendions des eris déchirants provenant des pièces situées des deux côtés du hall, des voix criant des choses comme : « Ne me battez pas, laissez-moi partir, je dis la vérité. Je vous ai tout dit, ne me battez pas ! » Exactement comme ça. Ces cris nous parvenaient depuis ces pièces. C'était comme si des tas de gens étaient en train d'être battus. (...)
Après quelques heures, ils nous ont amenés, toujours les yeux bandés, dans une de ces pièces où pouvaient se trouver environ 30 personnes. J'ai compris, plus tard, que ces 30 personnes étaient comme les autres accusés ; elles venaient soit de la prison, soit du dehors comme moi, et étaient amenées chez le procureur pour être interrogées.
Je suis resté dans cette pièce trois ou quatre jours, les yeux bandés. Ils nous conduisaient de temps en temps aux toilettes, nous donnaient à manger, et personne ne nous a rien demandé. Finalement, le quatrième jour, jeudi, quelqu'un est arrivé et m'a appelé. que quelqu'un m'appelle par mon nom et m'apprenne de quoi j'étais accusé. appelé mon nom et m'a communiqué des détails personnels. Puis il a dit: « Tu retournes dans ta section ! » Je demandai : « Que veux-tu dire par section ? » Il m'a répondu : « Section de la prison ! » Je lui ai demandé de quoi j'étais accusé et pourquoi je n'avais pas été interrogé. Il m'a répondu : « Il y a là trop de monde et, pour le moment, tu vas dans ta section ! »
Cette pratique des yeux bandés à la prison d'Evin a commencé après le début de la période des attentats (fin juin 1981); des camarades socialistes emprisonnées, Faranak Zahrai et Monavar Shir Ali ont pu parler d'une pratique visant à créer un chaos mental en bandant les yeux, à Evin. Cette méthode a été étendue à un degré étrange.
J'ai donc été transféré, en bas, à la Ire section de la prison d'Evin, cellule numéro 6, et dans cette section, pour la première fois, j'ai pu ouvrir les yeux. Quand je les ai ouverts, j'ai vu que j'étais dans une salle dont je n'avais jamais vu l'équivalent. J'ai été très choqué par la disposition de la pièce. Elle faisait environ 6 m sur 6 et il y avait à peu près 70 personnes dedans. L'entassement était tel qu'il était
- Parle-nous de ton interrogatoire. - Un mois de détention environ a passé et j'étais resté dans la même pièce avec les autres prisonniers quand, un jour, ils m'ont appelé par mon nom, m'ont bandé les yeux et finalement m'ont amené chez le procureur islamique de la prison d'Evin. C'était là qu'ils m'avaient amené lorsque j'étais arrivé. Plus tard, j'ai remarqué que, dans les services du procureur islamique d'Evin, il y a plusieurs d'interrogatoire. mur, m'ont fait asseoir sur une chaise et m'ont enlevé le bandeau des
On m'a ordonné de ne jamais regarder derrière moi. Alors, mon interrogateur m'a enjoint de répondre la vérité à ta'zir, c'est-à-dire le fouet. Je lui ai expliqué : « Je suis content que vous m'interrogiez, parce que je veux que la vérité soit faite et connaître les charges portées contre moi. »
Le magistrat instructeur m'a montré une photo à laquelle était attaché un formulaire imprimé, et il m'a dit d'écrire mon nom et mes coordonnées personnelles dessus. J'ai regardé la photo et j'ai vu que ce n'était pas une photo de moi. Je lui ai dit que ce n'était pas ma photo. Il
a demandé : « Ce n'est pas ta photo ?» J'ai dit: « Non ! » Il a dit : « Pourquoi mens-tu ? » J'ai répondu : « Je ne mens pas, regarde, compare cette photo avec moi et vois s'il s'agit de ma photo ou non. » Il a séparé la photo du papier et m'a fait écrire mon nom et mes coordonnées sur le papier. Après avoir écrit mon nom, mon adresse et d'autres détails personnels, celui qui m'interrogeait a re. gardé le papier et m'a demandé : « Pourquoi as-tu changé ton écriture ? » Je rétorquai : * Par Allah, j'ai toujours écrit ainsi ! » Il a insisté pendant un moment sur le fait que je mentais et a finalement concédé que oui, c'était mon écriture sans aucun doute. En parlant par la suite avec d'autres prisonniers, j'ai appris que cela était une tactique d'interrogatoire pratiquement standard à la prison d'Evin ...
Tout au long de l'interrogatoire, puis quand je traversai le hall, des cris stridents à vous briser les tympans montaient des salles d'interrogatoire. J'ai su plus tard que ces cris venaient de prisonniers que l'on fouettait. Ordinairement, lorsqu'un prisonnier réintègre sa section, il pousse un soupir de soulagement parce qu'il est délivré des cris horribles des prisonniers que l'on bat dans le bâtiment du procureur de la Révolution, et qu'il peut alors être délivré du diabolique bandeau sur les yeux. Comme certaines personnes qui vont à l'interrogatoire dans le bâtiment du procureur y restent plusieurs jours, les cris et les yeux bandés finissent vraiment par les affecter sérieusement. (...)
LES CONDITIONS
D'EMPRISONNEMENT A EVIN
Quel genre de gens étaient à Evin et pourquoi y étaient-ils ?
- J'étais donc dans la Ire section, cellule numéro 6. Il y avait plusieurs sortes de gens dans ma cellule qui comprenait environ 80 personnes. Il y avait deux ouvriers qualifiés de la raffinerie de pétrole de Téhéran. Ils n'avaient pas de contacts particuliers avec un groupe politique, ils avaient été arrêtés seulement pour des problèmes internes à la raffine. rie et, par chance, l'un d'entre eux a été relâché en même temps que moi.
Il y avait un frère de la compagnie des autobus municipaux, appelé Asghar Kaheh, un travailleur de l'entretien du quartier de Narmak, un autre compagnie municipale d'autobus et un membre du shora (comité) islamique. Le
Asghar Kaheh avait été arrêté quelque neuf mois auparavant et son cas avait été examiné pendant tout ce temps. Il y avait plusieurs ouvriers d'une fabrique textile, de la National Shoe et de l'Iran
Bien sûr, les ouvriers étaient une minorité parmi les 80 personnes. Environ la moitié des occupants de la cellule avaient été arrêtés sous l'inculpation d'avoir des relations ou de sympathiser avec l'Organisation des Moujahidin Kalq (du peuple) (OMPI), l'autre moitié était accusée de sympathie ou de relations avec de prétendus groupes « de gauche » comme le Peykar, les Fedayin du peuple (minorité), Razmandegan (les Combattants), les Fedayin du peuple (majorité), le parti Toudeh (communiste) ou des groupes comme « Hadad » et « Prophètes », dont je n'avais jamais entendu parler. Un ou deux étaient arrêtés en relation avec l'ancien président Abolhassan Bani Sadr.
Un nombre significatif de personnes, une quinzaine, étaient docteurs, médecins, spécialistes ou étudiants en derniè re année d'université. La plupart avaient été arrêtées à cause de leurs relations passées avec des groupes politiques ou, au cours des deux dernières années, avec le front étudiant des Moujahidin appelé Organisation des étudiants islamiques, ou l'organisation étudiante des Fedayin ap pelée « Avant-garde ». Leur âge allait de 17 ou 18 ans jusqu'à plus de 40 ans, mais la plupart avaient entre 20 et 30 ans. La plupart étaient là sans raison apparente, avaient déjà été interrogées; pour d'autres, leur interrogatoire était à moitié terminé. Enfin, certaines n'avaient pas du tout été interrogées. Environ 90 % des personnes de la cellule étaient opposées à la lutte armée. Plusieurs avaient été arrêtées arbitrairement ou sans motif apparent. du procureur ayant réussi à échapper à l'arrestation, avaient arrêté tous les membres de sa famille, son fils, sa mère, son père, sa sœur et son frère ; son frère était dans notre sœur était toujours à la prison des femmes.
En ce qui concerne les partisans des Fedayin (majorité), qui sont l'un des groupes politiques légaux du pays, ils avaient tous été arrêtés et détenus pour des activités politiques pacifiques et légales, comme faire des déclarations et coller des affiches. Il y avait même deux partisans des Fedayin (majorité) qui étaient étudiants et avaient été arrêtés le pre. mier jour de leur arrivée à l'université et amenés à la prison d'Evin. A l'époque, ils avaient bien sûr de grands espoirs d'être relâchés des que possible.
Je dois ajouter que pendant les quelques jours où nous avons été dans la mêExécutions sommaires en Iran. (DR)
me cellule, j'ai eu l'occasion de parler un moment avec Shkrollah Paknezhad, le dirigeant du Front démocratique national. Lors de mon arrivée dans la cellule numéro 6, plusieurs personnes m'ont entouré pour savoir ce qui se passait au dehors. Tout en parlant, je remarquai que les traits de l'une d'entre elles m'étaient familiers. Je lui demandai: « Qui es-tu ?»; il m'a répondu : « Paknezhad. » Tout d'un coup, je me suis rendu compte que, oui, ... avant la révolution, je l'avais vu. Je lui dis : « Frère Paknezhad, j'ai par ticipé à des initiatives pour te faire libérer, lorsque j'étais en dehors du pays, pendant les années de l'oppression Pahlavi. Comme il est étrange que nous nous rencontrions, pour la première fois, ici. » En tout cas, il pensait que vu les accusations portées contre lui par le tribunal, il serait sûrement exécuté. Et il m'a dit qu'il craignait que l'impérialisme ne réussisse à défaire la Révolution. Comme je lui expliquai la lutte pour la libération d'intellectuels comme Mostafa Rahimi et Reza Baraheni, il m'a demandé si son nom était également parmi ceux qui, à l'extérieur, étaient défendus. J'ai dû lui répondre qu'à mon avis il ne l'était pas, parce que je n'étais même pas au courant de son arrestation. Il s'est montré très découragé. Un jour, à l'aube, on l'a appelé et on lui a demandé de venir avec toutes ses affaires. Il a salué tout le monde et a dit : « Soyez courageux ! » Il est intéressant de noter que Shkrollah Paknezhad disait n'avoir jamais participé à aucune action armée.
- Peux-tu parler des exécutions à - Le procureur avait retenu douze chefs d'accusation contre Shkrollah Paknezhad. Six d'entre eux concernaient le Front démocratique national, plusieurs le Kurdistan et les liens avec les Moujahidin, et un autre l'accusait, en gros, d'avoir « trompé la jeune génération ». Il l'ont emmené et l'ont fusillé. FLE
Il y avait aussi là un jeune homme de 18 ans qui avait secrètement aidé à poser une bombe. Il a aussi été fusillé. Plusieurs occupants de la cellule avaient déjà été fusillés avant mon arrivée. Mes compagnons de cellule me l'ont dit. En général, les exécutions avaient lieu entre 6 et 8
heures du soir, ainsi nous savions, lorsqu'ils venaient dans l'après-midi et disaient à untel et untel de venir avec toutes leurs affaires, que ceux-ci allaient être exécutés. De plus, pendant les premières semaines de mon emprisonnement, une fois par semaine, on entendait le bruit des exécutions et de la fusillade. Les prisonniers restaient calmes et comptaient le nombre de coups de feu ; ceux-ci atteignaient parfois le chiffre de 50, 60, jusqu'à 70, et ces exécutions n'ont jamais été rapportées dans la presse quotidienne que nous lisions en prison.
(Bahram Ali Atai parle ici des coups infligés aux prisonniers) ... Quatre jours les yeux bandés dans ce hall et quand quelqu'un a les yeux bandés, il ne se rend même pas bien compte que c'est l'heure de manger. C'est pourquoi les pressions qui s'exercent sur les prisonniers dans le bâtiment du procureur de la Révolution sont de loin plus terribles que celles des cellules de la prison. Une des choses qui bouleverse beaucoup les prisonniers dans le bâtiment du procureur de la Révolution, ce sont les cris de ceux que l'on fouette dans les pièces où se mènent les interrogatoires. Leurs cris et leurs hurlements ont un effet terrible sur les prisonniers. Bien sûr, c'est au moment de l'interrogatoire que les prisonniers sont battus. Les frères du bureau du procureur appellent ça ta'zir, mais ta zir c'est lorsque le crime de quelqu'un a été reconnu et que les juges religieux l'ont condamné à la punition religieuse du fouet. Mais, chez le procureur, les prisonniers sont fouettés avant même que leur crime et l'accusation aient été confirmés et qu'ils soient passés devant le tribunal, c'est-à-dire début de l'interrogatoire, alors que le détenu ne sait même pas encore de quoi il est accusé. J'ai connu des gens, et je suis prêt à donner leurs noms si besoin, qui ont été battus seulement pour qu'elles donnent des informations à la personne menant l'interrogatoire, aussi longtemps que les prisonniers ne donnaient pas les informations que le frère recherchait et jusqu'à ce qu'ils parlent. Les cris de « Ne me battez pas ! », la voix de celui qui mène l'interrogatoire disant « Parle ! », et puis des hurlements...
- Est-ce que les fonctionnaires du service du procureur utilisent d'autres méthodes pour obtenir des renseignements?
- Oui. Dans la prison, j'ai rencontré des gens qui avaient subi des traitements illégaux d'au moins deux sortes, dont on pouvait encore voir les marques sur leur corps.
L'un de ces traitements consiste lier les mains du prisonnier avec des menottes, à les lever au-dessus de sa tête et à suspendre le prisonnier à un clou. Ainsi, tout son corps est suspendu à ce clou et seul le bout de son orteil touche le sol, et cela pendant des heures. Les menottes exercent une pression sur les poignets, la peau et les muscles des mains sont entamés ; les blessures arrivent presque jusqu'à l'os et une cicatrice de deux centimètres reste sur le poignet. L'autre traitement consiste à passer un bras au-dessus de la tête vers le dos du prisonnier, l'autre main est tordue dans le dos à hauteur de la taille. Les deux mains sont attachées derrière sa tête avec des menottes, ce qui fait que les mains plient complètement le dos en arrière et que le prisonnier doit soulager alternativement la douleur de son dos et de sa taille, et ce pendant des heures ...
La série de coups de fouet qui sont régulièrement administrés au cours d'un interrogatoire, pour obtenir des renseignements ou la confession d'un prisonnier, comprend entre 40 et 45 coups qui ne se limitent pas à la plante des pieds, mais frappent aussi le dos. Ordinairement, un prisonnier battu voit ses pieds enfler, de la cheville à la plante, jusqu a deux fois leur taille normale. J'utilise le mot «fouet », mais ce sont des coups portés corde épaisse et très serrée qui fait terriblement mal. La plante des pieds se couvre d'énormes cloques et de couches de pus. J'ai vu de mes propres yeux beaucoup de prisonniers dans ce cas, dans la cellule et dans les services du procude la Révolution. Bien sûr, il n'y avait ni les bandages ni les médicaments dont ils auraient eu besoin pour se soi-
Ils battent évidemment femmes, car on entendait venant des salles d'interrogatoire des voix et des cris de femmes et d'hommes, et dans le hall on pouvait voir, par-dessous nos bandeaux, des femmes et des hommes avec les pieds enflés ou enveloppés de chiffons, qui marchaient en clopinant.
- As-tu été battu ? - Oui.
Khomeint terrassant le Shah sur une affiche à Téhéran. (DR
- Raconte-nous. - Le deuxième ou troisième jour, j'étais assis sur le sol et j'attendais dans le batiment du procureur, avec environ 20 autres personnes. Tout le monde avait les yeux bandés, comme d'habitude. Dans l'après-midi, mes jambes étaient très fatiguées. Je me suis levé pour changer de position et la tête me tournait un peu. Pour garder mon équilibre, j'ai mis la main sur l'épaule de quelqu'un. Juste à ce mo. ment-là, mon bandeau a glissé et s'est légèrement déplacé. Alors un homme d'environ 26 ans, appelé frère Morteza, qui était chargé de diverses tâches dans le hall et les pièces du deuxième étage du bâtiment du tribunal à Evin, comme donner à manger aux détenus, s'est arrêté devant la porte et a crié : « Eh ! Est-ce que je ne t'ai pas déjà dit une centaine de fois de ne pas desserrer ton bandeau ? » Il m'a alors appelé, ainsi que deux autres personnes assises près de moi et a dit : « 5 coups de fouet pour chacun !» Evidemment, les deux autres n'avaient rien fait mais, apparemment, le frère Morteza pensait que nous avions tous les trois desserré notre bandeau. Nous avons été immédiatement emmenés dans une pièce qui était au bout du hall. Il nous a dit d'enlever nos chaussures et nos chaussettes et, un par un, de nous coucher sur le ventre, sur le lit, de façon à ce que la plante de nos pieds dépasse un peu du lit. Il nous a alors frappé chacun de cinq coups de fouet. Ce fouet faisait environ 2 à 3 cm de circonférence, il était fait de fils de nylon tressés et mesurait à peu près 60 à 70 cm de long. J'ai entendu dire que des câbles étaient également utilisés comme fouets, mais je n'en ai jamais vu ...
Propos recueillis pour « KARGAR » Téhéran, mars 1982.