FELN EPUIS le début juillet, la tension a encore monté d'un cran au Nicaragua. L'augmentation notable du nombre de raids meurtriers des bandes « contras » (contre-révolutionnaires), et l'augmentation du nombre de Nicaraguayens tués dans ces opérations ont obligé le gouvernement à prendre une attitude beaucoup plus ferme face aux pays voisins. Le commandant Daniel Ortega, coordinateur de la Junte de gouvernement, a déclaré le lundi 19 juillet, devant les 100 000 personnes rassemblées à Masaya à l'occasion du troisième anniversaire de la révolution, que le Nicaragua était victime d'une « invasion silencieuse », et le commandant Luis Carrion, vice-ministre de l'Intérieur, a précisé : « L'agression a déjà commencé. Nous ne pouvons plus continuer à dire qu'il faut nous préparer à la guerre, parce que la guerre est déjà enclenchée. »
Entre le jeudi ler et le dimanche 18 juillet, l'Armée populaire sandiniste (EPS) a livré sa plus importante bataille depuis la chute de Somoza contre une unité militaire de plus de deux cents hommes, qui avait établi un campement à Seven Bank, très à l'intérieur des frontières du Nicaragua, dans la zone de la côte Atlantique. Venus du Honduras, ils disposaient d'un armement considérable, dont des lance-roquettes qui leur ont permis d'abattre un hélicoptère. Au bout de deux semaines de combat, l'EPS a mis ce bataillon en déroute, tuant soixante-quinze « contras », mais perdant près d'une cinquantaine d'hommes.
Selon les sandinistes, la cinquantaine d'attaques armées subies entre le ler mai et le ler août ont fait plus de cent morts parmi la population civile. Les principales attaques ont été les suivantes:
- Le lundi 19 juillet, un avion bimoteur venant du Honduras a lancé deux roquettes contre les dépôts de combustible du port de Corinto. Ces dépôts sont les plus importants du Nicaragua et leur explosion aurait pu entraîner la mort de milliers de personnes.
- Le samedi 24 juillet, un groupe de « contras » a essayé de faire sauter une centrale hydroélectrique près de Bonanza sur la côte Atlantique. Sept miliciens dont une femme ont été tués.
- Le samedi 24 juillet, cent « contras » venant du Honduras ont attaqué le village de San Francisco del Norte. L'autodéfense, assumée par une quarantaine de paysans-miliciens, n'a pu les repousser. Quinze miliciens ont été tués, dont plusieurs torturés au préalable. Huit autres ont été enlevés. Les agresseurs ont peint sur les murs du village des sigles du FDN (Front démocratique nicaraguayen) et des slogans comme : « Avec Dieu et le patriotisme, nous battrons le communisme! » Puis ils se sont retirés derrière la frontière hondurienne où les attendaient des camions de l'armée et des troupes pour protéger leur retraite.
Selon Miguel d'Escoto, ministre de l'Intérieur, les EtatsUnis veulent faire du Honduras « l'Israël de l'Amérique centrale », le gendarme des intérêts et de l'ordre impérialistes dans la région. Le général US Nutting a déclaré publiquement qu'il y avait cent vingt conseillers nord-américains au Honduras. Dans le New York Times du jeudi 8 juillet, Raymond Bonner cite un
NICARAGUA officiel hondurien selon lequel : « Nous ne pouvons accepter d'avoir un gouvernement socialiste au Nicaragua. Ce sera nous ou eux ! » L'administration Reagan vient d'augmenter spectaculairement son aide économique et militaire au Honduras. 21 millions de dollars vont servir à l'extension de trois aéroports. 41,2 millions de dollars de crédits pour l'achat de denrées et de matériels militaires ont déjà été accordés. Une centaine d'autres millions auraient été promis au président Suazo Cordoba et au chef de l'armée, le général Alvarez, lors du voyage qu'ils ont effectué à Washington à la mi-juillet. De nouvelles manœuvres combinées américano-honduriennes ont eu lieu entre le lundi 19 et le samedi 31 juillet, à quelques 20 km des frontiè-
Le Honduras est toutefois fragile. Des grèves y éclatent régulièrement. Ainsi, les enseignants se sont-ils mis en grève à la mi-août pour réclamer des augmentations de salaires et une démocratisation de l'enseignement primaire.
La stratégie nord-américaine repose actuellement sur une volonté d'encerclement du Nicaragua, destinée à le maintenir sous tension interne et à l'isoler totalement du Salvador. La mise en place de la « Communauté démocratique centro-américaine » (CDCA) qui comprend le Salvador, le Honduras, le Costa-Rica et, depuis le 7 Juillet, le Guatemala, fait partie de ce plan. De fortes pressions ont lieu pour que Panama s'y
Sur le plan interne, l'offensive la plus significative se déroule par l'intermédiaire de l'Eglise et des sectes religieuses. Celles-ci se multiplient miraculeusement en nombre et en richesses. Le ministère de l'Intérieur en a compté près de deux cent, dont quatre-vingt-dix-neuf pour la seule capitale, Managua. Très violemment anticommunistes, elles sont une base de regroupement de l'opposition au Front sandiniste de libération nationale (FSLN). De son côté, la hiérarchie catholique essaie d'isoler les secteurs progressistes de l'Eglise, en particulier les quatre ministres qui se trouvent être des prêtres. Les sandinistes sont convaincus que c'est autour de la « défense de la religion menacée » que va se mener la prochaine grande campagne d'intoxication internationale.
La mobilisation populaire reste toutefois à la hauteur des enjeux. Les milices sont de plus en plus nombreuses (au moins 200 000 membres, hommes et femmes) et se mobilisent avec une rapidité impressionnante en cas de danger. Tous les locaux et objectifs économiques importants sont gardés jour et nuit par des miliciens en armes. Au lendemain de la tuerie de San Francisco del Norte, une manifestation quasi improvisée a rassemblé plus de cinquante mille personnes à Managua, faisant preuve d'une combativité extraordinaire. Trois ans après la chute de Somoza, malgré les difficultés économiques immenses, malgré les plans impérialistes, la révolution nicaraguayenne s'affirme plus forte et plus profonde que jamais. La solidarité internationale doit, elle aussi, se maintenir à la hauteur des
Alain VITOLD Septembre 1982.