IX-HUIT années durant, l'avocat kurde Seratfetin Kaya a
Passuré la défense des Kurdes et des Tures en butte aux persécutions de l'Etat ture. Sa dernière arrestation, à la suite du coup d'Etat militaire des généraux de l'Organisation du Traité de l'Atlantique-Nord (OTAN) du 12 septembre
1980, fait suite à ses dénonciations de l'utilisation systématique de la torture dans les prisons au cours de divers proces auxquels il a été amené à participer.
Après que son bureau ait été mis à sac, il a été détenu durant sept mois avant d'être présenté devant les juges. Durant cette période, il a fait un séjour de trois mois à la prison militaire de Diyarbakir, dans l'est du pays, au Kurdistan turc, dans
« WAS TUN » : - Quelles conclusions tirez-vous de la situation du point de vue de la répression en Turquie en général et au Kurdistan turc en particulier ?
Seraffetin KAYA : — L'étendue de la répression n'est pas suffisamment connue à l'étranger. Les informations font plus souvent état des persécutions contre les opposants turcs que des attaques menées contre les Kurdes qui subissent la répression la plus brutale. Dans toutes les prisons turques, que ce soit à Istanbul comme à Izmir ou à la prison de Mamak à
Ankara, les détenus politiques subissent de mauvais traitements. Mais, si dans les prisons turques 10 % des prisonniers sont des politiques, ce nombre approche les
100 % dans la partie du Kurdistan occupée par la Turquie. Au Kurdistan, l'interdiction des syndicats et la suppression des droits politiques se confondent avec l'oppression nationale. Partout la répression politique va s'intensifiant.
- Les médias des principaux pays occidentaux continuent à se faire l'écho des propos de la junte selon lesquels les « extrémistes de gauche comme de droite » sont poursuivis avec la même vigueur et le même zèle. Qu'en est-il un an et demi après le coup d'Etat exécuté par le géné-
- Les actions menées par la junte contre des fractions de groupes fascistes terroristes ne sont que du vent, et sont destinées à alimenter les agences de presse étrangères. Cela apparaît comme une évidence quand on voit le nombre des arrestations. Plus de 100 000 militants et opposants de gauche et d'extrême gauche ont été mis sous les verrous depuis le coup d'Etat, contre quelque 1 000 fascistes seulement. Ces derniers étant principaterroristes ou des individus bien connus de la population pour leurs nombreux crimes.
Pour prendre un autre exemple, il faut savoir que, depuis le coup d'Etat, presque tous les enseignants membres du syndicats de gauche TOB-DER ont été licenciés, alors que ceux qui appartenaient au syndicat de droite sont restés en poste
Le témoignage de Seraffetin Kaya propres immondices. dans son numéro du 29 avril 1982. et ont même été promus. Le même schéma a été utilisé dans l'administration et la police. Dans la police et chez les gardiens de prison, des individus liés au Parti d'action nationale MHP (Milliyetci Hareket Partisi), fasciste, jouent le pire des rôles. Ils viennent souvent de l'organisation de jeunesse fasciste où ils sont entraînés à pratiquer la torture. On peut citer le nom de Mevlut Cakir qui, dans la ville de Diyarbakir au Kurdistan, organise avec quatre complices la torture des prisonniers.
- Pouvez-vous nous dire quelques sur les problèmes auxquels vous avez été confronté en tant qu'avocat devant les cours militaires ?
- Les procès sont instruits par des cours militaires. Les juges sont des officiers et des juges militaires. Toutes les règles élémentaires pour vérifier la validité des preuves avancées par l'accusation sont écartées. Les aveux sont arrachés par la torture, parfois même jusque dans la salle acquittements manque de preuves ne s'accompagnent pas automatiquement de la libération du détenu tant que le haut-commandement militaire n'a pas donné son accord.
Nous autres avocats, avons inlassablement rapporté ces faits à la presse turque, dans les écoles et aux démocrates, mais en vain. Ce silence n'est pas simplement le résultat de la censure et de la répression militaire. Il est également le produit d'une attitude anti-kurde arrogante de la part des libéraux et de la plupart des démocra-
- Les protestations internationales et les actions de solidarité ont-elles eu un écho en Turquie et dans le Kurdistan oc-
- Les campagnes de solidarité n'ont eu jusqu'à maintenant que peu d'effets sur les oppresseurs parce qu'elles se sont avérées insuffisantes. La junte au pouvoir sait très bien qu'elle a le soutien des Etats membres de l'OTAN. Elle se permet de déclarer ouvertement qu'elle entend détruire la nationalité kurde. Dans certains la cellule très spéciale surnommée « la maison de bains », parce que les prisonniers y pataugent jusqu'aux genoux dans leurs
Finalement, sous la pression internationale,
Seraffetin
Kaya a fini par être relâché, à condition, il est vrai, d'abandonner le barreau. Pour éviter d'avoir une lourde amende à payer, et devant les menaces de mort proférées contre lui, Seraffetin
Kaya a récemment dû choisir de s'exiler. Son interview, que nous reproduisons ci-après, est un condensé de l'entretien publié dans Was Tun, organe bimensuel du Gruppe Internationale
Marxisten (IMG), section allemande de la IVe Internationale, endroits, on a exigé des Kurdes qu'ils peignent leurs maisons de rayures blan-
Dans leventualité d'actions de résistance, ces maisons seraient les pre-
- Justement, où en est la résistance ? Comment se développe-t-elle face à cette répression ?
- De plus en plus fréquemment, des unités de l'armée et de la police militarisée dirigent maintenant leurs contre les villages kurdes et essaient de terroriser la population. Cette s'efforce de se défendre en utilisant les conditions géographiques spécifiques du pays. Un système d'alerte a été mis en place. Dès que l'on signale l'approche des soldats ou des policiers, les femmes et les jeunes s'enfuient; seuls restent les vieil-
Dans les villages, les écoles et parmi les prisonniers, la junte poursuit son prode « turquificasystématique tion ». La langue kurde est interdite et les livres en langue kurde sont détruits. Les détenus ne peuvent s'exprimer avec leurs avocats qu'en ture et en présence de gardiens. Mais beaucoup de ces prisonniers kurdes ignorent le essaient alors de se défendre eux-mêmes.
- Que pouvons-nous faire, en Europe occidentale, pour apporter notre aide ?
- Le plus important est de mener une campagne d'information de masse sur la répression, la terreur et les assassinats auxquels sont soumis les Kurdes, principalement dans les prisons comme celle de
Diyarbakir, et de mettre sur pied une campagne de solidarité autour de ces
C'est le devoir, en tout premier lieu, de la gauche européenne, des démocrates et des révolutionnaires, qui se doivent de prendre en compte sérieusement la question kurde et d'entreprendre une campagne de solidarité.
Propos recueillis pour « WAS TUN »
Francfort, 29 avril 1982.
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