D 13 septembre 102) mais avons le les fore et les
ANS un précédent numéro d'Inprecor (numéro 132 du faiblesses du mouvement ouvrier turc et les conditions sociales, économiques et politiques qui ont conduit au coup Mehmet SALAH coup d'Etat qui a porté au pouvoir l'actuel régime militaire en Turquie s'est déroulé dans la nuit du jeudi au vendredi et durant toute la matinée sui-
Le couvre-feu vendredi matin. Ainsi, les auteurs du coup étaient-ils assurés de disposer d'un délai de trois jours, où les travailleurs seraient paralysés par le week-end, pour tenter d'intimider la classe ouvrière. Le succès de leur opération fut évident dès le lundi
Des millions de travailleurs, y compris tous ceux qui étaient en grève peu de temps auparavant, reprirent le travail dans l'ordre. Le nouveau Conseil de Sécurité nationale (CSN) décida d'interdire toute activité syndicale. Cette décision fut immédiatement effective pour la Confédération de la DISK (Confédération des syndicats ouvriers révolutionnaires), centrale la
« à gauche », et pour deux autres confédérations de moindre importance. Les principaux dirigeants de la DISK ont été arrêtés. Puis les responsables nationaux, régionaux et ceux des usines dont le syndicat était affilié à la DISK furent sommés de se présenter devant les autorites militaires. Cet appel tut diffusé, sur un ton menaçant, a la télévision, à la radio et dans la presse.
Au jour dit, des milliers de syndicalistes, dirigeants nationaux ou locaux, faisaient la queue à la porte des Q.G. militaires. Cela reflétait bien davantage, au sein de la classe ouvrière, la démoralisa-• tion et le sentiment d'une retraite effecdans la débandade que l'habileté manœuvrière de la junte. Cette dernière agissait ainsi précisément pour bloquer d'emblée toute activité syndicale et sur ce point, il faut reconnaître
DES MESURES ÉCONOMIQUES ET SOCIALES DRASTIQUES La junte militaire turque a réaffirmé à plusieurs reprises sa tion à mettre en œuvre les mesures économiques déjà décidées par le gouvernement ture le 24 janvier 1980, en accord avec les directives du Fonds monétaire international (FMI). Ce programme a un double but: réaliser des objectifs conjoncturels comme le freinage de l'inflation et le rééquilibrage de la balance des paiements. Mais il vise aussi à restructurer en profondeur l'économie capitaliste turque.
d'Etat militaire du 12 septembre 1980. Pour réaliser ces objectifs à court ter- les 100 000 prisonniers, me, une nouvelle législation du travail a été adoptée. Le 4 janvier 1981, dans l'attente de l'élaboration définitive d'un nouveau code du travail, la décision fut adoptée de soumettre les conventions salariales à l'approbation de la Haute cour. Le système de législation du travail nait, par cette décision, aux pratiques en vigueur dans les années 1950. Un tribunal de 9 personnes devait préparer et adopter toutes les conventions salariales concernant des millions de travailleurs, en y appliquant toute sa lenteur bureau-
Les hausses de salaires prévues par cette Haute cour vont de 10 à 15 %, ce qui est absolument dérisoire par rapport à l'inflation qui avait atteint 144,5 % entre mai 1979 et mai 1980, par exemple ... Le pouvoir d'achat réel des travailleurs connaît donc une baisse considérable depuis septembre 1980.
Les conventions élaborées par la Haucomprennent aussi des dispositions limitant les congés, augmentant la durée de la journée de travail (elles éliminent par exemple le temps de pause payé pour le déjeuner), et portent des coups sévères à la sécurité de l'emploi.
Après le coup d'Etat, des restrictions importantes, avec effet rétroactif, furent apportées aux primes d'ancienneté versées aux travailleurs.
La nouvelle loi sur la sécurité sociale a fait tomber les retraites au-dessous du niveau du salaire minimum, tandis que les cotisations pour la retraite sont, augmentées et que l'âge de la retraite a été repoussé de 5 ans. De nouvelles cotisations sont prélevées sur les salaires des travailleurs pour financer les dépenses de santé. Certains jours fériés ont été supprimés, ce qui allonge d'autant la longueur de l'année de travail.
Après le 12 septembre, le salaire minimum fut fixé à 12 000 livres turques par mois (67 dollars US). Même les dirigeants du syndicat « libre » Turk-Is, à la botte du gouvernement, ont quitté la table des négociations sur la détermination du salaire minimum et la décision ne fut prise que par les représentants du gouvernement et du patronat.
LA VOLONTÉ DE RÉSISTANCE
DES TRAVAILLEURS DEMEURE
L'ampleur des attaques menées par la junte contre les syndicats et la classe ouvrière expliquent qu'aucune riposte active d'ensemble n'ait surgi. Si l'on ajoute
Le présent article vise à rappeler quelle a été la gravité des attaques portées contre la classe ouvrière, par la junte militaire, au lendemain même de son accession au pouvoir.
les camps concentration, la torture, les assassinats en guise de politique d'Etat, on comprend que dans ces conditions, la classe ouvrière ne puisse élever la voix que difficilement. Cependant, durant l'été 1981, il y cinq grèves illégales à Istambul et deux à Izmir. Il s'agissait des bastions d'avant-
Dans les entreprises de la métallurgie et de la sidérurgie, dans les usines textiles, des grèves, des occupations d'usine, des boycottages de la cantine et des arrêts de travail ont eu lieu. Certaines de ces actions n'ont duré que quelques heures, d'autres quelques jours.
Ces grèves illégales ont éclaté pour des revendications d'augmentation des sad'amélioration des conditions de sécurité et de réduction de la durée du temps de travail. Elles ont toutes été victorieuses. Mais aucune de ces actions ne dépassa le niveau des revendications économiques, et elles ne concernèrent qu'une toute petite partie de la classe ouvrière, même si certains secteurs significatifs y ont participé de façon assez massive. Elles ne furent en fait que des feux de paille et il serait faux d'en tirer l'indication d'une nouvelle montée du mouvement ouvrier. Il faut simplement dire que ces actions démontrent que, même dans des conditions de répression extrême, il n'a pas été possible de briser la détermination de la classe ouvrière à résister.
LE NOUVEAU CODE DU TRAVAIL
Le texte de la nouvelle loi régissant les syndicats a été rendu public en décembre 1981. De même qu'il réglemente les grèves et la négociation collective (qui feront l'objet d'autres lois), ce projet dessine les traits fondamentaux du nouveau ode du travail dont l'élaboration est en cours. Il viendra compléter les changements structurels initiés par les mesures
La junte ne propose pas un avenir d'où les syndicats auraient disparu, à une classe ouvrière qui a connu vingt années d'expériences de luttes syndicales, furent victorieuses. L'objectif des militaires, avec ce nouveau code du travail, est de réduire le rôle des syndicats et de les subordonner à l'appareil bureaucratique.
1. Cf. Inprecor numéro 132 du 13 septembre 1982.
ouvrière en ce qui concerne l'action et vrière représente un secteur culturelle-
On peut résumer les grands traits de ce système de la façon suivante :
- Contrats d'une durée de un à trois ans. C'est la même chose que dans l'ancienne loi. Mais la nouvelle loi introduit le « principe de contrats d'une durée indéterminée », qui permettrait que le prix du travail reste le même pour une période
- Il cherche à éviter la signature de contrats concernant une seule entreprise. Cette procédure veut accroître l'influence de la bureaucratie syndicale. Son but est d'empêcher des secteurs isolés parmi les plus arriérés de la classe ouvrière, de suivre éventuellement l'exemple donné par des travailleurs plus expérimentés et plus avancés qui mèneraient des luttes victorieuses et obtiendraient des contrats fa-
- Il étendrait les contrats signés par les syndicats représentant 25% des ouvriers de certaines industries à l'entièreté du secteur concerné. Ainsi, quelques grands syndicats ou, plus précisément, une poignée de bureaucrates syndicaux, pourraient conclure des contrats pour des millions de travailleurs. D'un autre côté, le résultat de ce haut degré de centralisation bureaucratique pourrait être de préparer le terrain à des grèves générales sur une échelle sans précédent.
- Des restrictions sont apportées à l'adhésion aux syndicats et à la possibilité d'en démissionner. Cela entraîne à la fois une sévère entrave au droit des travailleurs de changer d'affiliation syndicale et un renforcement des structures bureau-
- Pour avoir le droit de signer des contrats, les syndicats doivent représenter au moins 10 % des travailleurs d'une industrie. L'objectif est d'empêcher qu'il y ait plus d'un syndicat sur le même lieu de travail. L'ancien système avait été critiqué par les patrons comme engendrant « une inflation syndicale ».
- Pour former une confédération, il faudra au minimum sept syndicats. C'est là une tentative d'établir des conditions menant à une « confédération syndicale unique » qui serait subordonnée à l'appa-
QUEL EST LE NIVEAU POLITIQUE
DE LA CLASSE OUVRIERE ? Les cadres dirigeants de la classe ouvrière turque ont joué un rôle extrêmement important dans la vaste lutte sociale qui a secoué le pays ces vingt dernières années. Sur la base de la riche expérience des luttes économiques, politiques et idéologiques de cette période, la classe ouvrière s'est haussée à un niveau qui permet de la considérer comme un prolétariat dont l'expérience et la capacité de lutter ont crû parallèlement.
Ce degré de maturité politique n'est pas seulement le résultat de sa propre expérience de lutte. Elle a aussi tiré des leçons de la radicalisation de larges couches de la petite-bourgeoise et de la jeu-
Au cours de cette période, il y a eu une politisation et une mobilisation extraordinaire des classes moyennes, de la petite bourgeoisie et surtout de la jeunesse. Des centaines de milliers de personnes, le plus souvent au nom du socialisme, ont participé à de multiples sortes de lutte politique, depuis l'agitation la plus élémentaire jusqu'à diverses formes de lutte armée, à d'énormes manifestations de masse, à des grèves illégales, et parfois à des
Bien sûr, des illusions se sont également developpees, et il s'en suivit désenchantement et démoralisation. Mais en dépit de cela, cette riche expérience sera, dans l'avenir, un important facteur de montée de la lutte de classe vers de nouveaux sommets.
La classe ouvrière turque a subi les mêmes attaques idéologiques que celles que la bourgeoisie a menées dans le monde entier. On ne peut guère dire qu'un antidote efficace ait été produit pendant toutes ces années, veauté et de la faiblesse du mouvement marxiste en Turquie.
En relation avec cette faiblesse, il faut analyser les rapports entre le mouvement ouvrier et les courants de gauche. L'expérience d'organisation politique générale s'est trouvée bien loin derrière l'expérience acquise dans les luttes syndica-
C'est après 1970 seulement que les mouvements politiques ont trouvé leurs prolongements dans les rangs ouvriers. Mais il est intéressant de comparer la force des courants politiques de gauche en général à celle qu'ils ont pu développer au sein de la classe ouvrière.
On peut dire sans exagérer qu'avant le 12 septembre 1980, tous les groupes se réclamant du marxisme-léninisme bliaient un périodique. La circulation totale de ces journaux atteignait le chiffre de 200 000, mais le nombre de lecteurs ouvriers ne dépassait pas 10 000 ou 20 000. Etudiants, enseignants, fonctionnaires et « sans-travail » (« sans-travail » en ce sens qu'ils n'ont encore jamais travaillé, jeunes provenant de diverses couches de la petite bourgeoisie) étaient beaucoup plus avancés que la classe l'organisation politiques. La prédominance des couches moyennes était un trait caractérisant toutes les tendances politiques, y compris les courants de gauche qui existaient dans la classe ouvrière.
Il ne faut pas oublier qu'après 1975, le Parti communiste turc (PC), illégal, a gagné un grand nombre de membres provenant de la bureaucratie de la DISK, ainsi qu'un nombre non négligeable de militants ouvriers. En dépit de la perte importante de crédibilité des courants inspirés par le PC qui travaillaient au sein de la bureaucratie, et du reflux général que cela a entrainé dans le mouvement ouvrier, l'in fluence du Parti communiste parmi les travailleurs affiliés à la DISK (et dans les rangs de la bureaucratie de ce syndicat), doit être prise au sérieux. En fait, nomLes rafles de la dictature militaire turque. (DR) breux sont les ouvriers d'avant-garde qui courants politiques Mais les ouvriers ne formaient qu'une petite minorité des membres et des sympathisants du PC comme des autres organisations et courants significatifs.
Sur le plan théorique en particulier, ces groupes n'étaient que confusion idéologique et ne pouvaient jouer de rôle réellement positif. De façon générale, les organes publies des courants de gauche, les journaux des syndicats qu'ils contrôlaient, et les efforts d'éducation de leurs militants au sein des syndicats, restaient dans le cadre des méthodes de la pensée bourgeoise. Ils ont cependant introduit chez les ouvriers de nouvelles questions, de nouvelles conceptions et de nouvelles idées. Après dix ans de stagnation, cela représentait malgré tout un bond en avant extraordinaire.
Parallèlement, il y eut un accroissement des traductions, des publications et de la diffusion de littérature marxiste ; un grand nombre d'ouvrages marxistes atteignirent des lecteurs de la classe ouvrière.
60 % DE MOINS DE 19 ANS La population turque comprend une majorité de jeunes. Environ 60% de la population a moins de 19 ans et c'est également vrai pour la classe ouvrière. Ce fut un des facteurs importants de l'ouverture de l'avant-garde aux idées nouvelles. De plus, il est juste de dire que la classe ou-
ment avancé de la société. Des statistiques datant d'il y a huit ans en donnent déjà une idée. Cette étude portant sur 56 000 travailleurs de l'industrie mécanique et de la métallurgie donne le tableau suivant : Analphabètes totaux : Capables de lire et d'écrire : Diplômés de l'école primaire : (5 ans d'école) Ecole secontaire : Ecole préparatoire à l'université :
En 1974, environ 13% des travailleurs de ces industries étaient employés depuis plus de dix ans. Aujourd'hui, ces ouvriers plus âgés et désavantagés sur le plan de l'éducation sont à la retraite ou sur le point de la prendre. Cela vient renforcer les données des statistiques citées plus haut et qui montrent un nombre insignifiant d'analphabètes parmi les travailleurs des grandes villes.
Il faut ajouter à cela qu'à partir du début des années 1970, le nombre de diplômés sortis des écoles préparatoires, c'est-à-dire avec le baccalauréat, et qui ne sont pas entrés à l'université, a été de plusieurs centaines de milliers chaque année. Ces masses de jeunes étaient destinées à aller travailler dans des usines à la technologie avancée. En fait, de nombreuses entreprises font du diplôme d'études secondaires ou de l'école préparatoire une précondition à l'embauche. Tous ces indices du niveau d'éducation de la classe ouvrière d'aujourd'hui montrent qu'il y a une base solide pour le développement d'une certaine maturité politique.
On peut aller plus loin et dire qu'à la suite de l'extension rapide des rapports de production et
Le 11 septembre à Paris, plusieurs milliers de travailleurs tures et défilé à l'appel de quasi-totalité dans l'immigration. Cette manifestation avait reçu le soutien de plusieurs organisations françaises, la LCR, LO, le PCI, le CEDETIM. Et le 14 septembre, une délégation composée de représentants de la
LCR, de LO et du CEDETIM s'est rendue au consulat de Turquie pour y exiger, au nom des participants, la levée de l'état de siège, le rétablissement des libertés démocratiques et affirmer leur appui au combat des grévistes de la faim de Diyarbakir.
(cf. dans ce numéro, page suivante).
BELGIQUE: Pour le jour anniversaire du coup d'Etat en Turquie, une manifestation a rassemblé quelques centaines de personnes devant l'ambassade de
Turquie Bruxelles. Toutes les organisations ouvrières et politiques de gauche ainsi que des organisations humanitaires avaient envoyé au moins une délégation. Le gros du cortège était formé principalement de la LRT (section de la IVe Internationale) et de l'organisation Pour le socialisme (PLS). On remarquait talistes dans le pays, et après 55 années de laïcisation, sur la classe ouvrière (surtout en comparaison avec les secteurs les plus retardés de la petite bourgeoisie urbaine et de la paysannerie) a beaucoup diminué. Une indication en ce sens est le fait que la Hak-Is et la MISK, la première étant une con. fédération syndicale religieuse islamique et la deuxième une confédération syndicale fasciste, n'ont su attirer que quelques dizaines de milliers de travailleurs. les grandes villes en particulier, vailleurs « religieux » ne sont qu'une faible minorité. Du fait que la bourgeoisie en était consciente, dans une certaine mesure, l'arme de la religion n'a guère été dans les attaques idéologiques qu'elle a lancées contre la classe ouvrière.
LE ROLE DU MOUVEMENT C'est en Turquie que, dans les années 1970, est apparu le plus fort mouvement fasciste du monde. Le parti fasciste a été capable d'obtenir plus d'un million de voix. Le mouvement de la jeunesse fasciste avait des milliers de membres. Dans les dernières années, ce mouvement a assassi-
3 000 progressistes caux, ce qui montre sa puissance.
Pendant une période de plus de deux ans après 1975, le parti fasciste fit même partie de la coalition gouvernementale. Il lui a été ainsi possible de s'enraciner à plusieurs niveaux dans la machine de l'Etat. Il a, en particulier, gagné une force assez considérable dans l'armée.
Cependant, malgré tout cela, l'impact mouvement
La été relativement faible. D'abord, le mouvement fasciste était assez faible dans les grandes villes industrielles.
également le Parti socialiste
Socialistische Partij que le Parti communiste belge.
A l'occasion du deuxième anniversaire du coup d'Etat militaire en
Turquie, une imposante manifestation a eu lieu à Francfort.
personnes environ y ont participé, ce qui représente la plus grande mobilisation contre le régime militaire turc qui ait jamais eu lieu en Allemagne fédérale et, a fortiori, en Europe capitaliste. Ce succès a été possible car la manifestation était organisée sur une base unitaire, avec l'adhésion de toutes les organisations turques et kurdes.
Mais la participation des militants allemands a été très modeste :
500 personnes au total ont répondu à l'appel de plusieurs organisations de gauche et d'extrême gauche, dont le GIM, section de la IVe Internationale.
Invité par les organisateurs, le metteur en scène Yilmaz Güney, dont le film Yol a obtenu le grand prix du dernier festival de Cannes, aurait dû prendre la parole à la fin de la manifestation. Mais les autorités allemandes lui ont interdit l'entrée dans le pays.
Par exemple, le score électoral d'ensemble de ce parti était de 10 %, mais il n'a obtenu que 3% à Istambul, la ville la plus in-
Les fascistes ont le contrôle total de beaucoup de grandes villes d'Anatolie (2), une considérable puissance de frappe organisée et soutenue par les forces de l'appareil d'Etat. Mais ils n'ont pas pu étendre leur domination à Istambul, ni à la plupart des autres villes industrielles, en dehors de quelques secteurs périphériques.
Evidemment, le mouvement fasciste a mené des attaques sévères contre certaines positions de la classe ouvrière et a acquis une influence significative en quelques endroits. Par exemple, en 1975-1976, les coups les plus sérieux des fascistes ont été lancés contre les 19 000 ouvriers de l'aciérie de Iskenderun dans le sud de l'Anatolie; les 6 000 travailleurs de l'usine daluminium l'Anatolie ; les 7 000 travailleurs de l'usine textile de Taris, dans la grande ville industrielle d'Izmir, et contre la fabrique d'automobile de Bursa, sur la côte qui fait
Dix travailleurs ont été tués lors de ces attaques, et le syndicat pourtant très combatif d'Iskenderun, ainsi que les travailleurs de l'aluminium, ont subi une défaite. Mais les succès obtenus par les syndicats réactionnaires dans ces secteurs, avec l'aide des fascistes, n'ont pas été suivis par d'autres succès dans les grandes villes. Ils n'ont pas été un facteur de déclin ou de démoralisation du mouvement ouvrier.
Les assauts du mouvement fasciste contre des secteurs progressistes de la population, non ouvriers, ont été très importants. La plupart de ceux que les fascistes ont tués étaient étudiants, employés ou enseignants. Ces attaques fascistes visant principalement d'autres objectifs que les luttes directes de la classe ouvrière, cette dernière est restée, dans une certaine mesure, en dehors de la lutte antifasciste. En ce qui concerne la lutte contre le fascisl'expérience de la classe ouvrière reste donc insuffisante.
Le coup du 12 septembre 1980, qui a établi une dictature militaire en Turquie s'est attaqué à une classe ouvrière possé-
June grande tradition. Réussira-t-il à ramener en arrière, au niveau de stagnation et de bas niveau de conscience politique qu'il a connu dans les années 1960, un mouvement ouvrier ture qui, en dépit de sa jeunesse, avait gagné des positions très fortes pour un pays dépendant.
Est-il possible que cette classe ouvrière, énergique et militante, puisse rester engluée et paralysée pour une longue période, par des lois répressives, l'oppression et la violence? Pour le croire, il faudrait être un dictateur extrêmement optimiste ou un révolutionnaire extrémement pessimiste.
Mehmet SALAH Mai 1982. 2. Anatolie: désigne, depuis 1923, l'ensemble de la Turquie d'Asie (y compris l'Arménie et le Kurdistan). La Turquie d'Europe ne représente que moins de 3 % du territoire turc.