(Traduction quasi intégrale de la résolution adoptée par le Comité Exécutif national du PT, et qu'il a publiée en juin 1982 sous le titre : « A nouveau sur les rapports du PT avec les autres courants politiques de gauche. »)
Il y a presqu'un an, notre Commission nationale provisoire invitait nos affiliés et nos militants à débattre de façon approfondie des rapports entre le PT et les autres courants politiques de gauche. Cette initiative s'expliquait alors par la présence active de plusieurs de ces courants dans les rangs de notre organisation, et elle avait pour but d'établir, par le biais de la discussion interne, un clair accord sur le caractère du PT et sur son statut d'authentique parti politique. (...) Un parti régi par un fonctionnement largement démocratique, comme instrument nécessaire pour les luttes quotidiennes et pour l'accumulation de forces permettant demain de construire une société nouvelle sans exploités ni exploiteurs. Un parti capable de proposer à l'ensemble des mouvements sociaux une orientation politique unificatrice, définie démocratiquement et appliquée sans hésitations. En somme, un parti de type nouveau, de lutte et de masse, guidé par les principes de totale liberté dans la discussion et d'unité dans l'action.
C'est à ce défi qu'ont été confrontés les courants d'extrême gauche au sein du PT. Ils n'ont pas connu auparavant ce type original d'organisation. C'est ce qui explique leur résistance - et parfois leur refus ouvert ou voilé, complet ou partiel - de ces caractéristiques inédites. Et cela se reflète dans la conception de ce que devrait être, selon eux, le PT, et dans leurs difficultés quotidiennes à assimiler nos normes de fonctionnement et d'orientation. La résolution de la Commission nationale provisoire cherchait déjà, voilà un an, à cerner les causes de telles résistances et appelait les courants politiques à les prendre à bras le corps pour les surmonter. (...)
Quelle a été, depuis, l'évolution ? Un retour en arrière sur un an montre que les courants d'extrême gauche ont
1. Cf. Em Tempo, « Des dirigeants du PT précisent leur conception du socialisme », Inprecor numéro 117, du 25 janvier 1982 : Daniel Jebrac, « Un entretien avec Luis Inacio Da Silva "Lula" sur les élections brésiliennes et la Pologne », numéro 120, du 8 mars 1982 : A. Jos. • Brésil : le grand malade des Amériques ». numéro 124, spécial économique, du 23 avril 1982 ; Daniel Jebrac, « Nouvelles victoires dans la construction du PT », numéro 126, du 17 mai 1982.
adopté des pratiques différentes vis-à-vis de notre organisation.
Une partie d'entre eux, assimilant les caractéristiques originales du parti, s'est engagée dans sa construction conformé. ment à sa définition et à ses principes. Ils ont confirmé de manière éclatante que la confiance exprimée, l'an passé, par la résolution de la Direction nationale était justifiée quant à la possibilité pour les courants d'extrême gauche, avec leur passé de luttes et le potentiel politique de leurs militants, de contribuer effectivement à la construction du PT.
Une autre partie cependant a adopté des pratiques qui révèlent leur scepticisme envers le PT. Persistant dans une ligne politique définie avant l'apparition de notre parti, ces courants n'ont pas réussi à prendre en compte, à partir de cette réalité nouvelle, le caractère original de l'expérience ni les responsabilités qui leur incombaient dans la consolidation du PT, en tant que courants se réclamant du mouvement ouvrier et populaire. Le PT n'a représenté pour eux qu'un élément supplémentaire de l'actuelle conjoncture ; aussi s'est-il agi, pour eux, de l'adapter à leurs intérêts propres et de l'utiliser le mieux possible. De telles pratiques se ré velent à travers un ensemble d'attitudes déjà soulignées à plusieurs reprises par la Direction nationale.
Une première attitude est illustrée par certaines tendances qui agissent comme si le PT était un simple front politique de la gauche, une simple somme de courants. Elles attribuent donc au PT un rôle purement tactique et conjoncturel, et n'envisagent pas en son sein autre chose qu'une possibilité d'accords temporaires autour d'objectifs partiels. Elles en viennent à ne pas croire au PT, à ne pas respecter les décisions prises par l'ensemble de ses militants, à violer en permanence l'unité d'action, et à mettre en pratique une politique propre indépendamment du
Une seconde attitude peut être caractérisée comme « instrumentaliste » : elle considère le PT comme un simple mécanisme de transmission de leur propre politique. Les courants qui adoptent une telle attitude cherchent à utiliser les structures de notre propre parti au profit de leurs propres intérêts particuliers. Ils ne sont intéressés au développement du PT que dans la mesure où il nourit leur propre croissance. Ils sont en permanence préoccupés de contrôler les instances du parti et limitent la participation d'autres militants, agissant ainsi objectivement contre le PT. Ils ne voient pas le PT comme un instrument nouveau, produit des luttes des travailleurs et de leurs formes d'organisation les plus élevées, mais comme un simple instrument de leur propre politique. Certaines tendances, adeptes de l'entrisme, en arrivent à l'accuser d'être un instrument « contre-révolutionnaire » et cherchent à lancer l'ensemble des militants dans des tendances qui se marginalisent de plus en plus par rapport au parti.
Une troisième attitude n'est en réalité qu'une variante de la précédente, mais
P/dep. federal: P/governador: JOSÉ IBRAHIM LULA
Trabalhadores no poder
sous une forme encore plus nocive. C'est la politique de « l'entrisme » adoptée par certaines tendances. Pour ces courants, le PT n'est pas un instrument révolutionnaire, tout simplement parce qu'il ne partage pas leurs idées. Ils sont pourtant obligés de reconnaître le fait indiseutable que le parti est fondamentalement composé de travailleurs et qu'il gagne chaque jour davantage d'audience parmi les masses exploitées de toutes les régions du Brésil. Il ne reste à ces courants que le choix d'entrer au PT en vue de se rapprocher des travailleurs et de se renforcer en tant que
En dernière ánalyse, ils prétendent faire du PT leur parti, le porte-parole de leurs idées, en parasitant le parti. Commençant à percevoir que le PT fera difficilement siennes leurs propositions étroites, ces secteurs se fixent déjà comme objectif de regrouper autour d'eux un nombre significatif de partisans au sein du PT, en vue de rompre avec le reste du parti à la première occasion. l'entrisme est une politique fractionnelle qui, en dernière instance, conduit à la division et à l'affaiblissement du PT.
DÉFENSE DU PT
Au cours de l'année écoulée, les exemples d'attitudes déformées indiquées ci-dessus se sont multipliées (notamment autour de la désignation des candidats aux élections). (...)
L'exemple le plus frappant de ces déviations est fourni par le document qui a été porté à la connaissance de la direction exécutive du parti et à été rendu public pendant notre dernière réunion nationale (2). Attribué à un certain courant (ou partie de ce courant) qui prétend soutenir le PT, le document révèle clairement jusqu'où peut aller cette politique entriste. Il contient les attaques les plus furieuses contre le PT et contre sa direction, au milieu d'un tas de falsifications et de critiques échevelées. Il en vient même à confesser que, pour ce courant, il n'y a que deux options : ou il parvient à mode-
Partido dos Trabalhadores
P/dep. estadual: FRANCISCO CARLOS Affiche électorale du PT. (DR) ler le PT à son image, ou il doit rompre avec l'ensemble du parti.
Il est inutile de répéter que la Direction nationale a des responsabilités vis-àvis de l'ensemble de la classe travailleuse des villes et des campagnes, et non envers tel ou tel courant. En conséquence, il faut qu'il soit clair que nous n'hésiterons pas à prendre des mesures énergiques contre ces déviations opportunistes et à les extirper du PT, afin de maintenir, honorer et approfondir les engagements que le parti a pris devant l'ensemble des couches exploitées du pays et non envers des pe-
Les pratiques en question sont incompatibles, à l'évidence, avec les propositions de notre parti. Elles doivent être discutées, critiquées et rejetées avec fermeté par l'ensemble des militants. Ce qui n'a pas été fait jusqu'à présent avec la vigueur nécessaire. (...)
Il est de plus en plus clair que les questions soulevées ici doivent être prises en charge par l'ensemble du parti de manière à garantir que la défense de ses caractéristiques essentielles soit l'œuvre collective du parti, et cela sans retard. On ne peut tolérer que le PT soit un instrument aux mains de certains courants étriqués. Il faut qu'il soit l'instrument des travailleurs et de leurs luttes. Telle est la tâche de l'ensemble des militants à l'étape actuelle de sa construction.
Ou bien ces tendances prennent conscience de la nécessité de rectifier leur comportement politique à l'intérieur - et, pourquoi pas, à l'extérieur - du parti, ou bien il n'y aura plus de place pour de telles déviations dans le Parti des travailleurs (PT). Qui vivra verra !
du PARTI DES TRAVAILLEURS (PT)
Sao Paulo, juin 1982. 2. Il s'agit d'un document de la Convergence Socialiste (CS) dénonçant le PT et sa direction comme « réformistes » et définissant en conséquence sa propre présence au sein du PT comme un « entrisme provisoire ».