Inprecor 1974–2004

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BRESIL

La réponse d'« Em Tempo »

· Inprecor n° 133, 27 septembre 1982 · p. 16-17 · 2 400 mots

Brésil

Le but fondamental de la dernière résolution du Parti des travailleurs (PT) sur ses relations avec les autres courants de l'extrême gauche, semble être de répondre à la Convergence Socialiste (CS), formellement désignée par certains membres de la Direction nationale du parti. Vu la réputation gagnée par les positions

Get sectaires, Convergence Socialiste (CS) au sein du PT, avec des répercussions jusque dans le dernier pré-congrès national, la Direction nationale du parti ne pouvait manquer de s'exprimer. En ce sens, la résolution qui vient d'être lancée pour la discussion interne est avant tout bienvenue.

Un parti ne se construit pas sans un intense débat interne. programmatique et idéologique, l'affermissement de sa ligne politique, l'affirmation de sa démocratie, la construction et la légitimation de ses directions sont autant de processus qui ne se règlent pas en un congrès. Ils sont le fruit d'une pratique et d'une discussion quotidiennes face aux événements externes et internes. Et, sur ce terrain du débat, il faut reconnaître que la direction du PT n'a pas été aussi présente que souhaitable, principalement dans le cadre des pré-congrès régionaux.

La résolution est donc doublement positive. Elle répond avec vigueur et de façon offensive aux graves défauts de la Convergence temps, elle alimente une question permanente et de fond pour la construction du parti : celle de ses rapports avec l'extrê

UNE EPREUVE DE VÉRITÉ

POUR TOUTE L'EXTREME GAUCHE

C'est une discussion dans laquelle nous, les gens d'Em Tempo, entrons de bon cœur et avec franchise.

C'est nous qui, la veille du pré-concombat contre l'entrisme de la Convergence Socialiste. Mais, plus important que cela, et toute modestie mise a part, c'est la cohérence et les succès de notre trajectoire depuis la première heure au sein du PT, qui nous permettent une sérénité re. connue dans cette discussion, en général si malaisée pour la majorité de l'extrême

L'apparition du PT, on ne le répètera jamais assez, a vu éclore la profonde crise que vivait la majorité de la gauche brésilienne. Certains groupes staliniens comme le Parti communiste brésilien (PCB), le Parti communiste du Brésil (PC do B) et le Mouvement révolutionnaire 8-Octobre (MR-8) ont été purement et simplement démasqués, révélant au grand jour leur simples forces auxiliaires de la bourgeoisie (4). Aujourd'hui, c'est dans le Parti du Mouvement démocratique brési-

2. La réponse de Em Tempo lien (PMDB), et à prix fort, qu'ils cherchent à faire prospérer leurs appareils.

Mais ce sont les autres groupes, tous littéralement entrainés au - à l'exception de nous-mêmes et de la Convergence Socialiste —, qui nous intéressent de plus près. Le groupe dirigé par Osmarzinho, après avoir tenté en vain boycotter la construction du PT, a dû quitter le parti, et se réfugie aujourd'hui au sein du PMDB (5). L'Accao Popular (AP -Action Populaire) a été le groupe qui a le plus souffert de la crise suscitée

PT : après avoir balancé longtemps dans le dilemme Parti populaire ou Parti des travailleurs, elle a fini par s'effondrer comme organisation, et ses militants sont aujourd'hui dispersés aux quatre coins de l'éventail de la gauche (6). Ala Vermelha (Aile rouge, anciennement liée au PC do B), qui a également beaucoup hésité lors de la formation du PT, a vu s'approfondir sa crise d'identité et est entrée dans la phase actuelle sans aucun dynamisme (7). Le groupe, rassemblé autour du journal O Povao (le Peuple), malgré les énormes progrès qu'il a fait dans la compréstratégiques staliniennes, a subi un choc si fort qu'il a fini par interrompre la parution de son journal sans perspective de le faire reparaître (8). Le groupe autour du journal Companheiro a été de ceux qui ont le moins hésité à en-

3. Em Tempo, fondé en 1977, a développé dès 1978 une ligne éditoriale favorable à la création d'un Parti des travailleurs et non d'un « parti populaire », d'un véritable parti et non d'un simple front. Le journal s'est ensuite fait l'écho et P'instrument de la campagne d'affiliation et de légalisation du PT. Dans les débats d'orientation, il a toujours souligné la nécessité de lier luttes quotidiennes et perspectives politiques d'ensemble : renversement de la dictature, grève générale, Assemblée constituante libre et souveraine. Cette préoccupation a prévalu pour l'essentiel dans la plate-forme électorale du PT contre une conception qui, sous prétexte que le pouvoir ne se prend pas par des élections. voulait réduire la plate-forme à des revendications immédiates sans même mentionner le rend'ordre démocratique d'Assemblée constituante n'a pas été retenu. Enfin, Em Tempo mène également un combat opiniâtre pour la construc(CUT) et défend des positions internationalistes conséquentes sur l'Amérique centrale, la Pologne et la Palestine.

Le PCB est le Parti communiste traditionnel. Le PC do B (Parti communiste du Brésil) est une scission maoiste du début des années 1960, aujourd'hui influencée par l'Albanie. Le Mouvement révolutionnaire 8-Octobre était, à l'origine, une organisation guérillériste de type castriste, aujourd'hui profondément ment à leur stratégie étapiste, ont choisi de ne pas s'engager dans la construction du PT et de rester dans le Parti du Mouvement démocratique brésilien (PMDB), parti de l'opposition libérale dont le caractère bourgeois a encore été renforcé par sa fusion récente avec le Parti populaire (PP), connu comme le « parti des banquiers » et le repaire d'anciens putschistes de vieux politicien Magalhaes trer dans le PT (9). Mais il l'a fait avec une telle légèreté et un tel sectarisme, marqué par sa conception du PT comme un simple front politique, qu'il connaît

June profonde crise interne, des divisions qui le paralysent, et il a fini par mettre également un terme à la parution de son journal.

Au milieu de ce tableau de décomposition de la majorité des groupes, la Convergence Socialiste et le groupe autour du journal O Trabahlo se sont maintenus, mais en payant le prix fort (10). La Convergence Socialiste a montré que son adhésion de la première heure au PT était peu solide. De sorte qu'elle a seulement réussi à se maintenir et à affirmer son identité en développant un profond sectarisme au sein du parti. Quant à O Trabalho, au contraire, après un amour déçu avec la Convergence Socialiste, il a dû, pour se maintenir, passer de la dénonciation initiale du PT et du syndicalisme authentique comme « réformistes », à la louange officialiste, peu convaincante et

C'est pourquoi, et sans fausse modestie, il faut reconnaître que dans ce contexte de décomposition ou de zigszags inexplicables des différents groupes de gauche, Em Tempo est un cas unique. Nous nous sommes engagés dans le PT avant même son lancement. Nous l'avons fait en suivant une même ligne cohérente

5. Osmarzinho, dirigeant de la métallurgie de la banlieue de Sao Paulo, influencé par le maoisme.

Action populaire (AP), organisation maoïste-populiste d'origine chrétienne.

7. Ala Vermelha (Alle rouge), organisation maoïste, scission du PC do B du début des années 1970.

8. Journal du Nordeste qui exprimait un courant d'origine maoiste.

9. Companheiro, journal qui exprime une position historique confuse, se réclamant du Parti ouvrier d'unification marxiste (POUM) espagnol et du Parti socialiste ouvrier (SAP) allemand. Il s'est engagé dans la construction du PT mais en s'opposant à ce que le PT définisse une ligne commune pour ses militants dans le mouvement syndical ou étudiant, afin de pouvoir perpétuer une politique d'alliance changeante et opportuniste.

10. La Convergence Socialiste (CS), qui s'est formée au milieu des années 1970, est liée au courant international dit « moréniste ». O Trabalho est un journal proche de l'Organisation socialiste internationaliste (OSI) liée au Comité international de reconstruction (« lambertiste »). Cette organisation a d'abord caractérisé les syndicalistes « authentiques » comme des « jaunes » et le PT comme une « béquille de la dictature défaillante ». Elle a opéré un revirement spectaculaire à 180 degrés en 1981, dans le cadre de sa perspective de fusion avec la Convergence Socialiste. Aprés la rupture du Comité international en novembre 1981, les positions se sont retrouvées inversées. La Convergence Socialiste s'est enfoncée dans une ligne sectaire, alors que l'OSI fait le dos rond dans le PT.

11. L'Eglise, ou certains secteurs de l'Eglise, constituent en effet au sein du PT des courants non moins organisés que ceux de l'extréme gauche.

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et toujours plus mûre, de combinaison de la construction du PT et de développement d'un courant marxiste révolutionnaire en son sein, subordonné au PT et en osmose complète avec lui. Comme preuve de cette trajectoire, il y a toutes nos diverses contributions et succès dans la vie du parti et de la gauche en général. Cette preuve, nous avons pu la voir encore récemment à l'occasion d'un débat sur le thème le PT et la gauche, organisé par le PT de l'Etat du Minas Gerais. En présence du camarade Apolonio de Carvalho, représentant de la Direction nationale, nous avons exposé avec franchise nos conceptions et nos pratiques, et personne n'a pu contester le caractère positif de notre apport à la construction du parti.

MANQUE DE CLARTE ET DANGERS D'AMALGAMES Cette longue parenthèse n'était pas inutile. Elle a pour but d'établir clairement de quel point de vue nous exprimons des observations critiques à la récente résolution de la Direction nationale du PT à propos de l'extrême gauche.

La réponse (à la Convergence Socialiste) est correcte et offensive, mais malheureusement superficielle, indirecte et peu explicite. Le but de la critique n'est pas clair (seules les personnes qui ont eu connaissances de la critique que nous avons faite de la Convergence Socialiste lors du Congrès national peuvent comprendre à quoi ce passage du texte fait référence). Et la conception entriste de la Convergence Socialiste n'est pas combattue sur le fond, de façon pédagogique, en exposant et réfutant point par point ses arguments. C'est pourquoi la position de la Direction nationale ressort vague, peu précise et peu fonctionnelle pour l'ensemble des militants. Ce qui restera concrètement pour la base du parti qui lira la résolution, c'est rien de plus qu'un avertissement et non une claire politique sur la façon de combattre l'entrisme et ses conséquences néfastes pour la construction du PT.

En souscrintion •

« Le Stalinisme et son Socialisme réel » A. Zimine

« Communiste soviétique du dernier quart de siècle », comme il se définit lui-même, l'auteur est un survivant des camps staliniens, un de ces communistes qui auraient dû disparaître pour que l'on puisse dire qu'ils n'avaient jamais existé.

Il vit tou jours en Union soviétique.

De plus, la résolution n'est pas seulement une réponse à la Convergence Socialiste. Il s'agit d'un bilan plus général des rapports entre le PT et les divers courants de l'extrême gauche. En cela, la résolution est - d'après nous — insuffisante. Là encore, le flou du texte, la non-explicitation des destinataires des éloges ou des critiques, fait qu'elle perd beaucoup de sa force potentielle. Pire que cela, cette imprécision peut jouer un rôle néfaste pour la vie du parti, semant une méfiance indistincte contre la gauche en général, alimentant un climat de rumeurs sous le manteau pour savoir qui est visé par les positions auxquelles la résolution fait seulement allusion. Par exemple, nombre des critiques peuvent retomber aussi bien sur l'Eglise que sur la Convergence Socialiste (11).

C'est d'ailleurs pourquoi le document perd beaucoup de sérénité et de maturité en comparaison avec celui publié voilà un an par la direction sur le même sujet. La résolution considérée, malgré un paragraphe qui reconnaît au passage que certains groupes de gauche ont un comportement engagé dans la construction du PT, est marquée par un esprit d'hostilité nocive et injustifiée envers l'extrême gauche dans le PT. Nocive parce que le PT, en tant qu'élément central de la gauche, doit la considérer de l'intérieur et non de l'exté rieur, pour ne laisser à aucun prix l'espace ouvert à un anticommunisme qui est traditionnel dans la politique brésilienne. Et injustifiée parce que, comme nous l'avons souligné, presque toute l'extrême gauche dans le PT s'est comportée positivement envers le parti, même s'il en a coûté, pour la majorité des groupes, leur propre désagrégation.

LA VALEUR DES IDÉES ET LA MANIERE DE LES DEFENDRE

Par ce manque de mesure, le document en arrive à présenter des arguments pour le moins douteux. Il parle par exemple « d'extirper les déviations » dans le parti, mais sans distinguer concrètement A Zimine

NOM PRENOM ADRESSE VILLE Veuillez trouvez ci-joint un chèque de Richard-Lenoir 93100 Montreuil Je désire le recevoir à l'adresse ci-dessus. tu Paris 7501l.m la lutte politique interne salutaire - dans laquelle le parti doit admettre la totale liberté de positions entre les protagonistes de la discussion - et la nécessaire sanction disciplinaire contre les ruptures envers l'unité du parti dans l'action. Il lance également des critiques peu précises en accusant l'extrême gauche aussi bien de rechercher à placer des candidats en tête des listes électorales que de s'y récuser. Ou encore, il critique ceux qui veulent faire du PT « leur » parti avec « leurs » idées. Or, tous les militants du PT non seulement peuvent mais doivent se préoccuper de l'orientation du parti, et donc avoir des propositions de chaque instant pour contribuer au processus de construc tion. Ce qui est mauvais, ce n'est pas d'avoir des idées propres, l'important, c'est la valeur de ces idées et la manière de les défendre à l'intérieur du parti.

Au-delà de ces confusions, le texte ne souligne pas ce qui est le plus important dans une évaluation générale : le rôle spécifique que l'extrême gauche peut avoir et a au sein du PT. Dans la contribution à la discussion de sa ligne politique - comme cela a été démontré clairement dans l'élaboration de sa plate-forme électorale —, dans la précision de ses positions comme dans l'affaire des Malouines, dans la formation idéologique de sa perspective socialiste, dans la définition de sa ligne d'intervention dans les diffé rents secteurs de masse...

Enfin, les faiblesses mentionnées marquent la résolution aujourd'hui soumise à la discussion dans tout le parti. Elles doivent être corrigées prochainement par la Direction nationale. C'est seulement de la sorte que les militants auront entre les mains une arme effective pour combattre les déviations qui se produisent dans le parti, et disposer d'un instrument pour son développement et sa consolidation politique.

Flavio ANDRADE « Em Tempo », Sao Paulo, 17 juin 1982.

44 F

+ PORT 5.80f exemplaires du livre de A. ZIMINE, libellé à l'ordre de PEC, 2, rue Je passerai le prendre à la librairie LA BRECHE, 9, rue de Tunis,

F de frais de port.

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