Inprecor 1974–2004

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RFA

Après la chute du gouvernement Schmidt, organiser la riposte ouvrière

· Inprecor n° 134, 11 octobre 1982 · p. 7-8 · 2 064 mots

Allemagne Syndicalisme Paix et armements

Résolution du Gruppe Internationale Marxisten (GIM),

A rupture de la coalition gouvernementale social-démocrate et libérale (SPD et FDP) en République federale

/ d'Allemagne est un événement de premiere importance, à la fois pour ce pays et à l'échelle internationale. Confrontée à une opposition persistante à l'acceptation du déploiement sur le territoire allemand des missiles de croisière et des Pershing II américains, et à la nécessité de mettre en œuvre un nouveau programme d'austérité, la bourgeoisie s'est mise à considérer comme intolérable la présence au gouvernement du parti de masse des travailleurs d'Allemagne de l'Ouest, le Parti social-démocrate (SPD).

En rompant la coalition gouvernementale qui le liait au

SPD, le Parti libéral-démocrate (FDP) comptait sur la démoralisation créée par le cours droitier de la politique du SPD au gouvernement et sur ses importantes défaites électorales récentes, pour permettre un changement de régime sans véritable riposte de la classe ouvrière. Mais la réaction ne fut pas du tout escomptée par la bourgeoisie. Pour maintenir sa base électorate, la direction du SPD dénonça la rupture de la coalition gouvernementale par les libéraux comme une « trahison » du

Lors des élections régionales au Parlement du Land de

Hesse, qui suivirent immédiatement la rupture de la coalition gouvernementale, les partis bourgeois ont connu une importante déconvenue. Le Parti démocrate-chrétien (CDU), qui était crédité d'apres les sondages d'une majorité absolue, n'obtint que 45,6 % des suffrages. Les suffrages du FDP ont été réduits de moitié, passant de 6,6 % des voix lors des précédentes consultations électorales à 3,1 %. Ce parti a ainsi perdu tous ses sièges au Parlement régional. Le SPD, quant à lui, a obtenu

42,8 % des suffrages, ce qui est supérieur de 10% aux prévisions de tous les sondages. Les « verts » du

La rupture de la coalition socialo-libérale à Bonn met fin à seize années de participation du Parti social-démocrate

(SPD) au gouvernement. C'est la plus longue période dans l'histoire de l'Allemagne fédérale pendant laquelle les sociaux-démocrates ont géré les affaires de l'Etat bourgeois. Bien que le SPD lui-même l'ait envisagé comme possible depuis longtemps, ce changement de gouvernement signifie des bouleversements importants dans le rapport des forces entre les classes et les partis politiques. Le patronat et le grand parti bourgeois Union chrétienne- démocrate/Union chrétienne-sociale

(CDU/CSU) sortent vainqueurs et renforcés par la longue période d'usure du SPD.

Alors qu'il y a un an, en France, le

Parti socialiste a connu la plus grande victoire de son histoire, aussi bien aux élections présidentielles que législatives, alors qu'il y a quelques jours, en Suéde, le gouvernement bourgeois a basculé et que le Parti social-démocrate, avec le Parti communiste, ont obtenu une majorité absolue, la République fédérale allemande, deuxième puissance du monde capitaliste, voit se renforcer le pouvoir politique du section allemande de la IVe Internationale semble la majorité absolue tions régionales. courant écologiste roulées le dimanche 26 septembre. patronat et les positions de l'impérialisme

C'est à l'occasion du Lambsdorf » - du nom du ministre de l'Economie Otto Graf Lambsdorf - émanant des rangs du Parti libéral-démocrate (FDP), qu'il a été mis fin à la participation du SPD au gouvernement. Ce dossier propose de « résoudre » la crise économique, qui continue à s'aggraver en cette rentrée, avec les méthodes et les concepts de « l'économie libérale ». Il prévoit la remise en cause de la quasi-totalité des réformes mises en œuvre sous le gouvernement de la coalition socialo-libérale. Dans ces propositions, il ne manque aucune des mesures qui visent à mettre des milliards à la disposition des patrons, pour l'augmentation de leurs profits, en faisant payer les travailleurs : transformation d'impôts directs en impôts indirects, suppression des patentes sur les entreprises, diminution massive de l'impôt sur la fortune, organisation arbitraire du temps de travail suivant les besoins des patrons, programme important de retour au secteur privé et, enfin, des coupes plus sombres qu'avant dans le domaine social, la diminution de

REPUBLIQUE FEDERALE ALLEMANDE allemand, ressentis comme se situant à gauche du SPD, ont obtenu 8 % des voix. Malgré le score électoral de la principale formation bourgeoise, la CDU, le SPD et les « verts » ont endes voix, une forte majorité au

Parlement régional d'où le FDP a été entièrement éliminé.

Cette mobilisation électorale contre les partis bourgeois a provoqué une importante crise politique. Le secrétaire général du FDP a démissionné de ses fonctions pour protester contre le renversement de la coalition gouvernementale.

Il est probable que sur la base du retournement d'alliances effectué par le FDP, une coalition CDU-CSU (aile bavaroise de la CDU dirigée par Franz-Josef Strauss)-FDP obtienne suffisamment de voix au Parlement fédéral pour renverser Helmut

Schmidt et pouvoir former un nouveau gouvernement sans le

SPD. Mais il est bien évident que si la mobilisation électorale de la gauche enregistrée lors des élections régionales du Land de Hesse pouvait être maintenue, ce ne serait là en aucun cas un gouvernement fort. Mais pour arriver à se poursuivre, la mobilisation devra s'organiser aussi contre la politique de la direction du SPD, qui va tout faire maintenant pour gaspiller les possibilités énormes offertes par les résultats de ces élec-

Nous publions ci-dessous la résolution adoptée par le Comité central du Gruppe Internationale Marxisten (GIM), section allemande de la IVe Internationale, le 20 septembre dernier, et qui analyse les conditions de la chute du gouvernement de coalition dirigé par Helmut Schmidt.

Ce texte, qui dresse le bilan de la politique social-démocrate récente en République fédérale allemande, a été adopté avant les élections régionales du Land de Hesse qui se sont dé.

50% des indemnisations de chômage n'étant que la pointe avancée de ce projet de démantèlement des acquis sociaux.

Le « dossier Lambsdorf » n'est pas une gaffe politique. Ces propositions ont reçu l'approbation de presque tous les syndicats patronaux. Avec en toile de fond une récession économique continue, un record prévu de plus de deux millions de chômeurs, et un nouveau déficit budgétaire de plusieurs milliards de marks (DM), la présence au gouvernement d'un parti, le SPD, qui doit négocier les mesures d'austérité avec la direc tion syndicale, n'est plus viable pour le patronat. La politique du SPD, ces deux dernières années, a de fait entraîné une désaffection massive de parmi les jeunes et les travailleurs tamment, et cette usure du SPD se confirmera lors des élections du Land de Hesse.

Dans ces conditions, pour le FDP, il s'agissait simplement d'un calcul tactique pour choisir le moment le plus opportun d'un changement de gouvernement.

Cependant, la rupture de la coalition ne provient pas de la seule volonté du

FDP de changer de gouvernement, même

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Schmidt et Genscher en mars 1981 : la coalition gouvernementale tenait encore bon. (DR)

si le SPD essaie aujourd'hui de présenter cette rupture comme Les dirigeants du FDP, Hans Dietrich Genscher, ministre des Affaires étrangeres, et Otto Graf Lambsdorf, ministre de l'Economie, n'auraient jamais osé prendre cette initiative si le SPD avait pu mobiliser au moins le nombre de travailleurs et de jeunes qu'il a encore su mobiliser lors des législatives de 1980, sans même parler des mouvements de protestation suscita lors de la tentative menée par le dirigeant du CDU, Barzel, pour renverser un chancelier social-démocrate. La perte massive d'audience que connaît le SPD parmi les travailleurs, les jeunes et les couches moyennes relève de sa propre responsabilité. Elle a entraîné le SPD au-dessous de la barre des 35 %, pour la première fois depuis longtemps, à l'occasion de certaines élections régionales. C'est le SPD qui a donné son approbation aux mesures d'austérité de la rentrée 1982 et 1983, les rendant ainsi possibles. C'est le SPD qui a expliqué aux travailleurs que la crise exigeait des sacrifices, qui les a trompés sur l'étendue et l'origine de la crise, et qui, ensemble avec une partie de la direction syndicale, a fait obstacle à l'organisation de la riposte.

Holger Borner, ministre-président social-démocrate du Parlement de Hesse, soutient activement l'extension de l'aéroport de Francfort et la répression violente de tous ceux qui s'y opposent; le chancelier Helmut Schmidt apporte une approbation sans réserves à l'implantation des missiles nucléaires de l'OTAN: c'est cela qui a entraîné des centaines de milliers de jeunes à chercher une alternative à la social-démocratie. Le SPD est malhonnête de reprocher au FDP sa volonté d'imposer une perte du pouvoir d'achat aux syndicats et aux travailleurs, ainsi que son exigence de coupes sombres aux dépens des chômeurs, des retraités et des personnes socialement défavorisées. Car, justement, lui-même a exigé exactement la même chose de la part des travailleurs et des personnes socialement défavorisées. Dans son explication au Bundestag (Parlement), le chancelier Helmut Schmidt s'est une nouvelle fois déclaré fidèle à cette politique.

Les explications conjoncturelles suscitées par le changement de gouvernement ne doivent pas servir de prétexte pour faire oublier la responsabilité SPD. Les syndicats commettraient erreur en dévoyant le sens des mobilisations de rentrée contre le démantèlement des acquis, pour en faire de simples mobilisations contre le FDP. Le projet social-démocrate de solution de la crise économique a échoué. Il s'agit maintenant de trouver les véritables solutions à la crise. Pour cela, il faut un projet qui s'attaque aux véritables responsables de celle-ci, c'est-à-dire le patronat. Il faut donc un projet qui, pour la défense de 'emploi, n'hésite pas à remettre en cause la mainmise des patrons et des banques sur les entreprises, qui prévoie une répartition du travail entre tous les bras dispponibles, et qui empêche les patrons d'investir dans l'armement pour assurer leurs profits pendant la crise. La crise du trust AEG et les 12 000 faillites pour cette seule année, montrent ce qu'implique la résolution capitaliste de la crise. Face à cela, il faut organiser la riposte.

Toutes les tentatives d'apaisement n'ont pas réussi à maintenir le SPD au gouvernement. Au contraire, c'est justement le manque de mobilisation et d'activité des masses qui a eu pour conséquence la chute du SPD. A l'inverse, ces tentatives d'apaisement ont entraîné chez les travailleurs une profonde démoralisation et un profond désarroi, qui se manifestent aussi bien lors des licenciements et des fermetures d'usine que lors des élections. Aujourd'hui, pour la première fois dans l'histoire de la RFA, la moitié des travailleurs vote CDU/CSU. La politique du SPD a permis aux partis du patronat d'accéder au gouvernement.

La confédération syndicale DGB a décidé de manifester les 23 et 30 octobre contre la politique d'austérité. Il s'agit maintenant de concentrer toutes les forces pour que ces manifestations soient le premier pas vers une riposte généralisée. Les syndicalistes, les forces du mouvement de la paix et du mouvement des femmes, les associations de citoyens, de chômeurs, les associations contre le racisme, peuvent manifester à cette occasion leur opposition commune au chômage, au réarmement et à la destruction de l'environnement. Pour les syndicats, ces manifestations doivent marquer le point de départ d'une politique combative pour une stratégie commune des fédérations contre les syndicats patronaux:

- Pour la création d'emplois plutôt que pour le développement de l'armement!

Pour les 35 h sans diminution de salaire et avec les embauches correspondantes !

- Contre tout nouveau « sacrifice », que ce soit dans le domaine des salaires ou dans celui du budget !

- Pour une action combative au profit des intérêts communs de la grande majorité des salariés : travailleurs, chômeurs et retraités, vieux et jeunes, Allemands et immigrés, hommes et femmes.

Helmut Schmidt et la direction du SPD sont responsables d'avoir de plus en plus rejeté les conséquences de la crise sur les travailleurs et d'avoir désarmé politiquement la classe ouvrière. Les militants sociaux-démocrates qui sont en désaccord avec cette politique doivent s'engager pour qu'en soient tirées toutes les consé. quences.

Ainsi, lorsque Willy Brandt, président changement de gouvernement, il ne fait que souligner le fait que, même dans l'opposition, le parti ne reviendra pas à une politique socialiste.

Il s'agit maintenant de développer une politique qui remette en cause le pouvoir du patronat, pour surmonter l'échec du projet social-démocrate, pour résolution de la crise.

Tous ceux qui luttent pour une solution socialiste de la crise et qui veulent organiser la riposte contre le chômage, le démantèlement des acquis, le racisme, la destruction de l'environnement, le réarmement et l'oppression des femmes, doivent pouvoir soumettre leur projet au vote, à l'occasion de prochaines élections législatives.

Comité central du Gruppe Internationale Marxisten, section allemande de la IVe Internationale, 20 septembre 1982.

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