Inprecor 1974–2004

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LIBAN

Les véritables terroristes gouvernent à Tel Aviv et Washington

· Inprecor n° 134, 11 octobre 1982 · p. 3-4, 4-6 · 3 480 mots

Liban États-Unis Palestine et Israël France

gouvernent à Tel Aviv et Washington giés palestiniens de Sabra et Chatila sont une illustration ES 1 500 victimes civiles du massacre des camps de réfutragique supplémentaire de la nature criminelle de la politique expansionniste de l'Etat d'Israël. Elles n'en sont ni le seul ni le premier exemple. Toute l'histoire de la mise en place de l'Etat sioniste est fondée sur l'expropriation des Palestiniens Vincent KERMEL

A Beyrouth-Ouest, il s'agissait, dans la folle logique militariste du gouvernement israélien, d'infliger une sanglante défaite au peuple palestinien et à ses combattants. C'est parce que la résistance des forces de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) et la réprobation grandissante en Israël même contre la guerre les ont empêchés d'atteindre pleinement leur objectif, que les responsables de l'armée sioniste ont froidement opté pour le ratissage des camps de réfugiés. Le massacre de civils qui a été perpétré était destiné à terroriser, pour la faire fuir, une population palestinienne demeurée au Liban après le départ des Fedayins.

Car l'agression israélienne lancée le 6 juin dernier, s'était donnée pour objectif d'expulser le plus grand nombre possible de Palestiniens du Liban et d'y installer un pouvoir militariste puissant, dirigé par les forces réactionnaires chrétiennes. Ce pouvoir devait pousser au départ des troupes syriennes, permettre la mise au pas du Mouvement national libanais, allié traditionnel des Palestiniens, et la signature avec Israël d'un traité de paix, ou du moins l'acceptation de la mainmise sioniste, par commandant Haddad interposé, sur la zone tampon du Sud Liban. Or, non seulement Begin rencontra des difficultés inattendues pour amener son protégé Bechir Gemayel, élu président de la République libanaise, accepter rapidement un tel accord mais, de plus, dirigeants sionistes continaient à penser, comme l'a proclamé l'ambassadeur d'Israël aux Etats-Unis, Michel Arens, que « l'armée israélienne est aujourd'hui la seule force véritablement stable au Liban (2) ».

LA RESPONSABILITE SIONISTE

DANS LE MASSACRE DE SABRA ET CHATILA Même après le départ des combattants de l'OLP, la population des camps de réfugiés représentait pour le gouvernement sioniste la base potentielle d'une recomposition possible du mouvement national palestinien au Liban même. Par

Les véritables terroristes

massacres sionistes leur seule présence, ces réfugiés constituent en effet une force sociale et politique sur l'échiquier libanais, un obstacle supplémentaire sur la voie de l'instauration d'un Etat fort, dépendant d'Israël. Il fallait donc intimider cette population avant que les pressions internationales ne rendent une telle opération impossible. Les bulldozers qui ont recouvert une partie des corps des victimes de Sabra et Chatila devaient empêcher que l'ampleur réelle de ce crime soit connue.

Organisé par les dirigeants sionistes avec, pour main-d'œuvre des forces réactionnaires libanaises (miliciens phalangistes chrétiens et mercenaires du commandant Saad Haddad), le massacre de Sabra et Chatila s'inscrit donc pleinement dans le cadre de la politique initiée par le déclenchement de l'opération « Paix en Galilée ». L'hebdomadaire américain Time, du 4 octobre, vient d'en administrer la preuve irréfutable en dévoilant les modalités d'organisation du « ratissage » des camps palestiniens (cf. encadré). « Des officiers israéliens de haut rang, note l'hebdomadaire américain, ont planifié, voilà plusieurs mois, d'amener les Forces libanaises, composées des milices chrétiennes alors dirigées par Bechir Gemayel, à entrer dans les camps de réfugiés palestiniens une fois complété l'encerclement israélien de Beyrouth-Ouest... A plusieurs occasions, (Bechir) Gemayel a déclaré aux officiers israéliens qu'il aimerait raser les camps et les transformer en courts de tennis. » Cela s'harmonisait sans aucun doute avec les visées sionistes. Mais les militaires israéliens craignaient le coût en vies humaines pour Tsahal (l'armée sioniste) d'une telle opération. Profitant de l'assassinat de Bechir Gemayel, les troupes sionistes investissaient néanmoins Beyrouth-Ouest, dès le 14 septembre au soir afin, d'après un communiqué militaire publié à Jérusalem, « d'assurer le maintien de la paix et de prévenir tout incident grave (3) ».

Sans doute encouragé par la passivité impérialiste devant cette nouvelle avance de ses forces armées, le haut-commandement militaire israélien justifiait alors le ratissage de Beyrouth-Ouest par la prétende 2000 combattants de

LIBAN de leurs terres et sur la négation du droit même à l'existence de ce peuple. Il est d'ailleurs assez symbolique que le gouvernement de Menahem Begin et Ariel Sharon vienne de décider de faire raser le cimetière de Deir Yassine, lieu du premier des de masse de populations palestiniennes (1). l'OLP. Il s'agissait en fait de parfaire le nettoyage politique de la capitale libanaise pour faciliter le rôle réactionnaire futur de l'armée libanaise. De nouveaux prisonniers politiques — au nombre total de près de 10 000 à ce jour - ont été détenus à cette occasion. Les locaux d'organisations comme celui de l'OLP ont été pillés de fond en comble. Les fichiers politiques sionistes ont été mis à jour, et des réseaux de collaborateurs et d'espions israéliens ont été mis en place.

Le 17 septembre, alors même que le massacre avait déjà commencé à Sabra et Chatila, la radio militaire de Jérusalem annonçait que les phalangistes étaient entrés « ratisser » les camps palestiniens. Comme le précise l'hebdomadaire Time, « utiliser les milices chrétiennes pour entrer dans les camps servait un double objectir: minimiser les pertes israéliennes et ne pas souiller les mains d'Israël. Sharon lui-même a admis que les Israéliens ont planifié il y a deux semaines l'entrée des Forces libanaises dans les camps ».

Ce scénario a parfaitement été respecté et le ministre israélien de la Défense, Ariel Sharon, a précisé le 22 septembre devant la Knesset, le Parlement israélien : « Nous avons voulu éviter des pertes parmi nos troupes et avons accepté la proposition des phalangistes de procéder à l'épuration des camps palestiniens. (4) » Après cela, il faut toute la hargne aveugle d'un Menahem Begin pour oser déclarer, pour éviter la mise en place d'une commission d'enquête sur le massacre : « Des goïm (non juifs) onl tué des goïm et voilà qu'on nous accuse ... (5) »

Face à l'annonce des massacres, l'impérialisme américain par la voix de Ronald Reagan, s'est déclaré « horrifié » par cette nouvelle, soulignant son « violent dégoût » et exprimant ses « plus profonds

1. Le village de Deir Yassine fut le théâtre en 1948 du massacre de 250 Palestiniens par l'Irgoun (organisation terroriste sioniste dirigée depuis décembre 1943 par Menahem Begin lui-même). L'actuel Premier ministre israélien porte donc une responsabilité directe dans le massacre historique de Deir Yassine.

2. Le Monde du 16 septembre 1982. 3. Le Monde du 16 septembre 1982. 4. Le Monde du 24 septembre 1982.

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regrets » aux familles des victimes. Mettant indirectement en cause Israël, il a qu'au « cours des négociations pour le retrait de l'OLP », il avait « reçu n'entreraient pas à Beyrouth-Ouest (6) ». L'HYPOCRISIE DES DENONCIATIONS

IMPERIALISTES Pourtant, de tels massacres, des exactions sionistes, pourraient avoir lieu sans le soutien inconditionnel dont Israël bénéficie de la part de l'impérialisme. que les dizaines de milliers de victimes de l'opération « Paix causées par du matériel militaire US vendu à Israël (7) ? Sans la passivité soldats de la force de l'ONU (FINUL) dans le Sud Liban, qui s'est écartée devant l'intervention israélienne le 6 juin dernier, sans le soutien impérialiste multiforme pour éviter à Israel un trop grand isolement diplomatique, sans l'aval américain à l'opération « Paix en Galilée », sans le soutien de la candidature du chef des commandos fascistes, Bechir Gemayel, à la présidence de la République du Liban, sans la faible réaction américaine à l'entrée des troupes sionistes dans Beyrouth-Ouest après l'assassinat dudit président, sans le retrait opportun, quelques heures seulement avant le massacre de Sabra et Chatila, de la Force multinationale d'interposition (FMI) américano-francocroit-on vraiment qu'Israël aurait pu impunément persévérer dans sa

Les divergences qui interviennent aujourd'hui entre l'impérialisme US et l'Etat d'Israel, fer de lance de la contre-révolu-

Moyen-Orient sur la solution diplomatique à donner au problème palestinien, ne sont donc que tactiques. L'agression israélienne au Liban soutenue par Washington, fait partie de la contre-offensive impérialiste dans la région qui soviétique. Washington partageait la objectifs du gouvernement israélien. Les divergences n'apparaissent meilleur moyen de capitaliser sur le long terme, le nouveau rapport de forces ainsi créé par la guerre israélienne au Liban en faveur de l'impérialisme. A la stricte la « solution finale » israélienne, Washington oppose le plan de règlement de Ronald Reagan et la d'un Etat palestinien-croupion, complètement dépendant d'Israël et de la Jordanie, dans les territoires de Cisjordanie et de Gaza. Profiter de la défaite militaire de l'OLP pour lui faire accepter, sous la pression des Etats arabes réactionnaires ce type de compromis, telle est la logique impérialiste (8).

Parallèlement, au Liban, l'envoi d'une nouvelle force multinationale d'interposition, il s'agit de faire rapidement prendre en charge par l'armée libanaise les tâches de police nécessaires à l'instauration d'un Etat libanais militarisé. Ronald Reagan l'a précisé en définissant le rôle de la Force d'interposition. « Son objectif, a-t-il dit, n'est pas d'agir comme une force de police, mais de permettre aux autorités légales du Liban de remplir cette tâche. (9) » L'impérialisme US est conscient des dangers que l'utilisation trop ment répressive de cette force impérialiste. Il se propose donc d'aider le plus rapidement possible à remettre sur pied une armée libanaise qui ne s'est jamais relevée de la désagrégation consécutive à la guerre civile de 1975-1976, tout en obtenant par la voie diplomatique le départ des Syriens, pour parachever ainsi la victoire impérialiste. Sur ce plan par contre, les cercles dirigeants sionistes considèrent toujours que seul leur engagement militaire direct au Liban peut permettre d'obtenir un tel résultat. De plus, ils ne désespèrent pas de pousser plus avant encore leur avantage militaire, pour parvenir à l'expulsion des réfugiés palestiniens de Beyrouth, des combattants palestiniens du Nord Liban, et même des Syriens de la plaine de la Bekaa.

LE ROLE DE LA FORCE D'INTERPOSITION Ce n'est pas l'un des moindres paradoxes de ce conflit que, face à l'abandon des Etats arabes et à la veulerie de la di-

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plomatie soviétique, le gouvernement Mitterrand soit apparu comme l'un des plus critiques par rapport à certaines actions militaires de l'armée israélienne. Pourtant, au-delà d'appréciations divergentes secondaires, pas un seul instant sa politique ne s'est située en dehors du cadre du projet impérialiste global de stabilisation de la situation dans cette région.

Outre les coups de chapeau à la « démocratie » israélienne d'un Lionel Jospin, premier secrétaire du Parti so cialiste français, particulièrement indé cents lorsqu'il s'agit de caractériser un Etat ainsi engagé dans l'élimination du peuple palestinien, le gouvernement Mitterrand assume aussi entièrement les responsabilités du rôle de la Force mul tinationale d'interposition première

6. Le Monde du 21 septembre 1982. 7. La demande d'aide régulière à titre économique et militaire d'Israël aux USA, qui a été présentée à Washington par le ministre des Finances israélien, le 13 septembre dernier, s'élève cette année à 2,2 milliards de dollars. Comme le note le Monde des 3 et 4 octobre, « celle aide est de loin la plus importante dans le budget des Elats-Unis, Puisqu'elle constitue la moitié des dépenses de cette nature ».

8. Sur ce point, le gouvernement israélien se refuse farouchement à la moindre concession concernant la création d'un Etat palestinien dans les territoires occupés. Dans une interview publiée le 4 septembre par l'hebdomadaire Le nouvel Observateur, Ariel Sharon affirmait a ce sujet : « La Judée et la Samarie nous appartiennent. Depuis des milliers et des milliers d'années. Depuis toujours. La Judée et la Samarie c'est Israël. Et Gaza aussi ... Nous ne permettrons jamais que soit créée une seconde Palestine à cet endroit. Jamais. »

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mouture. Il s'avère en effet, qu'en procédant au démantèlement rapide des lignes de défense palestiniennes — et notamment au déminage des rues de Beyrouth-Ouest - les militaires francais ont facilité l'entrée des troupes sionistes, se retirant ensuite avant l'accomplissement du massacre dans les camps de réfugiés proclamations du gouvernement français s'affirmant « prêt à envoyer de nouveau des troupes au Liban, cette fois pour protéger les populations civiles (10) ».

gouvernement Mitterrand a situé son action diplomatique dans le cadre du plan américain de Philip Habib, de désarmement des Palestiniens. Le ministre français des Affaires extérieures, Claude Cheysson, a encore récemment réaffirmé l'unité de vues avec l'impérialisme américain, en déclarant : « La France et les Etats-Unis sont partisans de soutenir tout effort libanais pour affirmer l'unité du pays, établir un goud'éviter les troubles entre Libanais. » Et cela « nécessite un respect complet du plan Habib », précisa-t-il. L'objectif est done bien de faciliter l'installation au pouvoir d'Amine Gemayel, nouveau président libanais, responsable lui aussi des troupes phalangistes réactionnaires, et de l'aider à enrayer la désagrégation de l'Etat et surtout de l'appareil militaire libanais.

D'ores et déjà la fonction de cette armée, future armature d'un pouvoir militaire libanais, s'illustre de multiples manières. Ses forces, qui ne se sont opposées aux troupes d'invasion israéliennes, ratissent Beyrouth à la recherche d'étrangers dont les papiers ne seraient pas en règle, de Palestiniens ou de militants sant le travail entrepris par les Israéliens de désarmement de toutes les forces progressistes locales. Mais les troupes phalangistes, elles, fortes de 26 000 hommes, restent armées. Le journal du Parti communiste libanais Al Nida a même été perquisitionné et ses rédacteurs momentanément interpellés par l'armée libanaise (11). Tous les abris de fortune, les petits commerces et autres, qui avaient permis aux réfugiés de survivre sous les bombardements israéliens dans Beyrouth-Ouest, sont impitoyablement rasés. verra-t-on pas l'armée libanaise, au nom de la reconstruction nationale, expulser de Beyrouth les réfugiés palestiniens ? C'est done bien un pouvoir et une armée réactionnaires que les forces impérialistes américano-franco-italiennes sont en train de reconstruire.

Dans cette nouvelle phase de la reconstruction de l'Etat bourgeois libanais, l'expulsion des Palestiniens reste un objectif des forces réactionnaires, et d'autres massacres sont toujours possibles. Or, celui de Sabra et Chatila a aussi démontré une atroce vérité : l'indifférence des régimes bourgeois arabes. A peu près tous ces Etats ont soutenu l'élection de Bechir Gemayel et le plan Fadh au sommet de Fês (12), qui s'intègre de fait dans la stratégie impérialiste. Aucun d'entre eux n'a toléré la moindre expression de solidarité et de colère de ses propres masses populaires

En Tunisie, l'opposition s'est vue interdire une manifestation sur ce thème. En Algérie, la très officielle Union nationale des femmes algériennes (UNFA) a vu sa manifestation de dénonciation du massacre de Sabra et Chatila réprimée par la police. La passivité des Etats arabes lors de la guerre du Liban va ouvrir, sans doute possible, une nouvelle étape de la crise du nationalisme arabe. Les masses palestiniennes viennent de payer très cher, une nouvelle fois, la reprise à son compte par la direction de l'OLP du principe de la « non-ingérence » dans les affaires intérieures des Etats arabes. Après la défaite palestinienne et l'é parpillement des forces armées de la résispays arabes, tournant diplomatique de la direction de l'OLP qui accepte le plan impérialiste de création d'un Etat palestinien croupion, la lutte nationale du peuple palestinien n'est pas encore définitivement écrasée. Mais, demain peut-être, le Victimes du massacre de Sabra et Chatila (DR) terrain de ce combat sera-t-il principalement celui des territoires arabes occupés par Israël, lui donnant ainsi un nouvel élan et un nouveau contenu social.

CRISE MORALE ET POLITIQUE

EN ISRAEL La réaction en Israël, à l'annonce du massacre des réfugiés palestiniens, constitue incontestablement un approfondissement considérable de la crise du sionisme. Depuis la guerre du Liban, de nommanifestations de protestation en ont témoigné. Mais elles restaient malgré tout le fait d'une minorité militante regroupée dans rangs du Comité contre la guerre au Liban ou du mouvement Peace Now (« Paix maintenant ! »).

Le massacre de Sabra et Chatila et le refus initial du gouvernement de Menahem Begin d'accepter la mise en place d'une commission d'enquête ont qualitativement augmenté les réactions contre les actions militaires israéliennes au Liban. De plus, cela a porté à son point maximum les divergences entre le Likoud (coalition au pouvoir) et le Parti travailliste de Shimon Perès, dans l'opposition, accentuant considérablement la crise politique latente dans ce pays. La prise de distance des Etats-Unis par rapport au gouvernement Begin, le rappel dans son pays de l'ambassadeur d'Egypte en Israël, tout comme les réactions populaires en Israël même, incitèrent en effet le Parti travailliste, qui jusque-là avait peu ou prou soutenu l'agression militaire sioniste au Liban, à élevé la voix pour réclamer la démission de Ariel Sharon et Menahem Begin. Des désaccords sont apparus aujourd'hui jusqu'au sein de la coalition gouvernementale et entre des personnalités du régime. Le commandant de l'Ecole des hautes études militaires, Amram Mitzna, a donné sa démission, comme l'administrateur civil de Cisjordanie, Menahem Milson. Un mouvement de soldats contre la guerre, («Il y a une limite ... »), a obtenu un millier de signatures sur une pétition contre la guerre. Parmi les signataires, on trouvait 150 officiers, dont certains de haut rang. Dès le 19 septembre, des manifestations de quelques centaines de personnes avaient lieu en Israël aux cris de « Begin démission ! Begin assassin ! ».La presse israélienne apporta, jour après jour, de nouvelles preuves des responsabilités israéliennes dans ce massacre.

Dans les territoires occupés, en Cisjordanie et à Gaza, une grève générale a eu lieu pendant trois jours. Le jour de cette grève, le 22 septembre, les Arabes d'Israël des Arabes d'Israël est la plus importante depuis celle de 1976, qui ripostait aux restrictions gouvernementales en matière d'acquisition de terres par sanctionner cette radicalisation nationaliste des Arabes d'Israël. Le Monde du 29 septembre note d'ailleurs à ce propos que « pour la première fois, des élus arabes israéliens ont publiquement exprimé leur "solidarité" avec leurs frères palestiniens des territoires occupés ».

Après ces mobilisations quotidiennes, la grande manifestation du mouvement Peace Now et du Parti travailliste, qui a réuni 300 000 personnes à Tel Aviv le 25 septembre, est venue témoigner de l'ampleur de la crise de conscience qui secoue le peuple d'Israël. C'est 10 % de la population israélienne qui était présente ce soir-là. Les mots d'ordre officiels tels que ceux qui réclamaient la constitution d'une commission d'enquête

10. Le Monde du 23 septembre 1982. 11. Cela n'empêche d'ailleurs pas le secrétaire général du Parti communiste libanais, Georges Haoui, comme tout le Mouvement national libanais d'ailleurs, de trouver que l'élection d'Amine Gemayel est « une bonne base pour l'entente ». (Le Monde des 26 et 27 septembre 1982.)

12. Cf. Inprecor numéro 133 du 27 septembre 1982.

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«sur les massacres de Palestiniens », « Sortez de Beyrouth ! », « Commencez des négociations ! », ou même le mot d'ordre officieux de * Begin démission ! », illustraient l'étroit contrôle du Parti travailliste sur cette mobilisation. Mais un cortège d'une dizaine de milliers de personnes, Juifs et Arabes, s'est regroupée en son sein derrière les mots d'ordre plus radicaux du Comité contre la guerre au Liban, qui exigeaient le retrait immédiat des troupes israéliennes de tout le Liban et l'ouverture de négociations avec l'OLP. Expression de la crise morale du peuple juif devant les exactions commises en son nom, la manifestation du 25 septembre a, en quelque sorte, légitimé le combat de tous les militants anti-guerre. Cette mobilisation contraignit d'ailleurs le gouvernement Begin à finalement accepter la formation d'une commission d'enquête sur le massacre de Sabra et Chatila, et le Likoud a annulé la manifestation prévue pour la semaine suivante. Si le 17 juillet dernier les partisans de Menahem Begin avaient réussi à répondre à la manifestation contre l'intervention au Liban, qui s'était tenue deux semaines auparavant, cette fois-ci, ils ne se sentaient pas de taille à faire mieux que le 25 septembre.

Certes, dans la stratégie du Parti travailliste il ne s'agit que de se placer dans le nouveau cadre défini par les propositions diplomatiques du gouvernement US. Dès le recul de Begin, Shimon Perès a déclaré qu'il fallait remettre à plus tard la demande de démission du gouvernement. Or, la commission d'enquête ne rendra pas ses conclusions avant janvier prochain. Entretemps, la crise politique aura sans doute connu de nouveaux rebondissements. Elle plonge en effet ses racines dans la situation créée par le départ des solutions négociées du problème palestinien, orchestré par l'impérialisme. Shimon Perès lui-même reconnaît que « jamais les chances de ce que nous appelons l'option jordanienne meilleures qu'aujourd'hui, notamment grâce au plan Reagan, dont la philosophie est proche de notre program-

Au-delà de la crise politique de l'équipe Begin, c'est tout le consensus national sur lequel l'Etat sioniste fonde son comme Etat confessionel, raciste et expansionniste, qui est appelé à connaître de nouvelles fissures. Elles seront alimentées par les pressions diplomatiques impérialistes sur Israël, les mobilisations arabes dans les territoires occupés, et les mesures d'austérité que le gouvernement devra prendre pour faire payer aux Israéliens les frais d'une guerre qui a déjà coûté 1,2 milliards de dollars, alors même que l'inflation est prévue au taux de 130 % pour la fin de l'année.

Vincent KERMEL 2 octobre 1982.

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