La défaite de l'ERA C'est un coup sévère qui a été porté, au mois de juin 1982 aux Etats-Unis, à la bataille pour l'égalité des droits femmes, avec la défaite de l'Equal Rights Amendment (ERA). Cette proposition d'amendement à la Constitution fédérale américaine était ainsi formulée : « L'égalité des droits devant la loi ne sera ni refusée ni réduite, par l'Etat fédéral ni par aucun autre Etat des Etats-Unis en raison du sexe. »
L'ERA avait été proposé pour la première fois au Congrès (Parlement) des USA en 1923 par Alice Paul, membre du Parti national des femmes. Il fut adopté, cinquante ans plus tard seulement, le 22 mars 1972, par le Congrès et le Sénat des Etats-Unis. Mais avant de pouvoir être inscrit dans la Constitution fédérale, il devait être ratifié par 38 Etats, soit les trois-quarts des Etats constituant les Etats-Unis, dans les six ans suivant cette adoption.
Dès le début de la campagne de ratification, 30 Etats ont souscrit l'amendement. Mais dès 1974, la droite lève l'étendard de la réaction et fonde l'organisation «Stop ERA ». Sa fondatrice, une républicaine de l'aile droite, expli-
que : « Seuls les homosexuels et les lesbiennes profiteront de cet amendement. Les femmes y perdront, les familles et la société aussi. » Partisane résolue de liberté, elle explique également : « Et que veulent pas être à égalité avec les hom-
En 1978, l'ERA n'a donc obtenu que 35 ratifications, et ses partisans demandent un délai, qui est accordé jusqu'au 30 juin 1982. Mais malgré des promesses démagogiques, en particulier des parlementaires démocrates, aucun appui vient soutenir l'ERA pour obtenir les trois ratifications manquantes. d'hui, l'amertume est grande, à l'égard des démocrates comme des républicains, chez les femmes qui ont mené la campagne. Ainsi, Denise Fuge, présidente de lOrganisation (NOW) à New-York, qui a été un des la campagne, explique : « Les républicains tremblent de perdre l'électorat féminin mais, cette fois, les démocrates ne nous auront pas comme ça. Vous avez-vu la photo de leur congrès de Philadephie : Kennedy, Mondale et Brown, avec leur badge "ERA yes"? C'est de la démagogie. Qu'ont-ils fait en Floride, dans l'Oklahoma, pour soutenir LERA ? Rien ! Et Carter, en 1976 : des promesses, du vent. Désormais nous ne marcherons priori. » (Libération, 2 juillet 1982.)
Cependant, cette lutte de plus de dix années n'aura pas été sans porter des fruits, puisque 14 Etats ont déjà introduit cet amendement dans leur propre Constitution. Les femmes ont obtenu la suppression de diverses discriminations dans les règlements fédéraux, concernant l'égalité des salaires, le système d'éducation, la formation professionnelle, le sport. Reste à les faire observer dans la réalité
Pour la bourgeoisie américaine, l'enjeu de l'ERA était important. Sa ratification aurait fourni aux femmes un instrument de taille pour combattre leur statut de seconde zone à tous les niveaux. Elle naître des espoirs exigences au moment où les patrons et leur gouvernement ont déclaré la guerre au niveau de vie et aux droits démocratiques, et veulent entraîner les travailleurs et les travailleuses dans leur politique impérialiste. contre les femmes sont particulièrement projets de loi déposés par les partisans de « la défense de la vie », qui tendent à criminaliser tous les avortements.
Signalons, pour l'anecdote, que la Etats-Unis, a fait une campagne hystérique contre l'adoption de l'ERA, entre autres sur le thème : « Dieu a créé l'homme, et non la femme, à son image. »
« La défaite de l'ERA est une fantastique victoire pour la femme, la famille, l'Amérique », déclarait Phyllis Schafly, présidente de « Stop ERA ». Mais elle triomphe trop tôt. Si une bataille est perdue, la guerre continue. Outre la possibilité de redéposer devant le Parlement américain la proposition d'amendement, les travailleuses et travailleurs, toute la classe ouvrière américaine, vont unir leurs forces et redoubler d'efforts pour continuer le combat contre l'oppression séculaire des femmes.