Inprecor 1974–2004

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ZAIRE

Le « Tribunal permanent des peuples » condamne Mobutu

Inprecor n° 135, 25 octobre 1982 · p. 32 · 1 001 mots

Belgique Afrique

NOUVELLES DU MOUVEMENT OUVRIER ET DE L'INTERNATIONALE

ZAIRE Le Tribunal des peuples condamne Mobutu Quelques semaines seulement avant le voyage de François Mitterrand à Kinshasa pour le neuvième sommet franco-africain, s'est tenue à Rotterdam aux Pays-Bas, les 18 et 19 septembre derniers, une session du « Tribunal permanent des peuples », organisme qui a succédé au « Tri. bunal Russel », consacrée à la dénonciation du régime Mobutu Sese Seko. Dans sa conclusion, le « Tribunal des peuples » a, par la voix du prix Nobel américain George Wald qui en présidait les travaux, déclaré : « Nous tenons le président Mobutu pour responsable de la répression systématique du peuple zaïrois. »

Cette initiative prise par des organisations non gouvernementales belges d'aide au développement, sur la base d'une « plainte » de l'opposition zaïroise de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), du Conseil pour la libération du Congo-Kinshasa et du Parti de la révolution populaire (PRP) (1), a permis de faire apparaître un peu plus au grand jour la nature répressive du régime zairois, toujours soutenu par l'impéria-

A eux seuls, par exemple, trois grands projets d'exploitation impérialistes des richesses zaïroises, comme le barrage et la ligne à haute tension d'Inga dans la province du Shaba et le complexe sidérurgique de Maluku, absorbent 35 % des investissements impérialistes au Zaire de-

1974 et représentent 56% de la dette publique actuelle du pays. En 1982, l'aide francaise à la dictature de Mobutu est arrivée en deuxième position derrière celle de l'ancienne puissance coloniale belge et devant celles de la Banque Mondiale, des USA, de la Communauté économique européenne (CEE) et de l'Allemagne de l'Ouest. Tout comme la Belgique, la France continue à participer à l'encadrement d'unités militaires zaïroises.

Cela n'empêche pas le Zaïre, dont la dette extérieure totale atteint 4,142 milliards de dollars, d'être véritablement au bord de la banqueroute. Pour la deuxième fois cette année, Mobutu a été incapable de rembourser ses créanciers. Un des représentants des banques a déclaré à ce propos : « Aujourd'hui, la situation est franchement très grave et le pire ne peut plus être exclu. »

C'est d'ailleurs sur la base de cette constatation que certains secteurs impérialistes envisagent depuis un certain temps de préparer une relève à Mobutu. Mais ce dernier a su faire avorter tous ces projets en faisant le vide autour de lui.

La « vie politique » zaïroise est étroitement enfermée dans le carcan du parti unique, le Mouvement populaire de la révolution (MPR). Récemment, treize parlementaires, qui avaient profité d'une certaine « libéralisation » au niveau du Parlement pour annoncer leur projet de création d'un autre parti politique, ont été condamnés à quinze années de prison ...

Ainsi, à la faiblesse de la base sociale du régime Mobutu répond celle de son opposition. La plupart des représentants de cette dernière, invités à prendre la parole devant le « Tribunal permanent des peuples » à Rotterdam n'avaient de cesse — comme l'a fait Nguza Karl I Bond, ancien Premier ministre de Mobutu - de faire oublier leur propre participation aux différents gouvernements de la dictature pour rendre Mobutu seul responsable de la situation des droits de l'homme dans ce pays. Seuls donc les témoignages d'une Zaïroise sur la condition des femmes dans ce pays, et d'un ancien tortionnaire de l'armée de Mobutu formé à l'école belge, sont venus apporter des exemples concrets de la situation des masses populaires.

Au moment même où se tenait cette séance du « Tribunal des peuples », a été rendu public en Belgique un document rédigé par un ancien fonctionnaire du Fonds monétaire international (FMI), Erwin Blumenthal, sur la dilapidation des « aides » et subventions internationales par le clan Mobutu. La publication de ce rapport fait l'effet d'une petite bombe politique en Belgique. Ce document, « confidentiel » à l'origine, contient en effet, en annexe, une interview de l'ancien Premier ministre de Mobutu, Nguza Karl I Bond, mettant en cause les relations de certains politiciens belges avec la dictature zaïroise. Ainsi, l'ancien Premier ministre belge Edmond Leburton aurait touché 20 millions de francs belges (FB) de Mobutu en 1975 ; l'ancien ministre des Affaires étrangères Simonet aurait souvent « plaidé pour une compréhension vis-à-vis du Zaïre » dans les instances internationales ; l'ancien Premier ministre Van den Boeynants (VDB) aurait utilisé ses fonctions pour passer un marché de viande avec des parents de Mobutu ; le directeur général de la politique au département belge des Affaires étrangères, M. Cahen, aurait été bien « récompensé » de ses services par l'ouverture d'un compte bancaire en Suisse, et le ministre libéral des Communications, Hernan de Croo, aurait permis aux diamantaires d'Anvers d'obtenir un contrat avec le Zaïre. A part ce dernier, toutes les personnalités impliquées sont socialistes. Mais, au-delà de l'opération de politique intérieure belge à la veille d'élections municipales, ces accusations, qui ont été rendues publiques par la volonté du gouvernement zaïrois, peuvent apparaître de la part de Mobutu « comme une mise en garde au moment où la Belgique hésite de plus en plus à se faire l'avocat du Zaïre dans les cénacles internationaux (2) ». Elles démontrent en tout cas l'importance des imbrications entre le clan Mobutu qui régente le régime zaïrois et l'impérialisme.

1. L'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) est une formation influente dans la petite bourgeoisie (parlementaires, fonctionnaires, intellectuels) qui aspire au statut d'« opposition légale » au parti unique. Le Conseil pour la libération du Congo (CLC), dirigé par l'ancien ministre de l'Enseignement de Mobutu, Mungul Diaka, n'a plus guère de réalité depuis que le Front de libération nationale du Congo (FNLC), le Parti de la révolution populaire (PRP) et les Etudiants congolais progressistes (ECP) ont quitté ce front en janvier 1982. Le PRP est une organisation d'origine lumumbiste, qui a été proche de la Chine jusqu'au rapprochement sino-zairois de 1971, et qui mène la lutte armée dans une « zone libérée » de l'extrême sud du pays.

2. Le Soir, Bruxelles, 27 septembre 1982.

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