Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DOCUMENT IVe INTERNATIONALE

La guerre du Liban : un tournant dans la situation au Moyen-Orient

· Inprecor n° 135, 25 octobre 1982 · p. 25-31 · 8 001 mots

Liban IVe Internationale Palestine et Israël URSS et Russie

Résolution du Secrétariat unifié (SU) de la IVe Internationale, du 10 octobre 1982

I. L'agression sioniste et la solitude des Palestiniens

1) L'invasion israélienne du Liban, le et le bombardement de Beyrouth, les horribles massacres des camps palestiniens de Sabra et de Chatila s'inscrivent dans le cadre d'une entreprise visant à briser la résistance palestinienne en tant que force politico-militaire autonome, à concomme gendarme de la région, à stabiliser les régimes arabes pro-impérialistes ébranlés par l'onde de choc de la révolution iranienne.

L'agression sioniste fait partie de la contre-offensive impérialiste menée à l'échelle internationale. Elle a été déclenchée avec la complicité et le soutien des Etats-Unis. Elle a tiré parti de la passivité de la bureaucratie soviétique enlisée dans ses propres difficultés économiques et politiques, et de l'impuissance des organismois du siège de Beyrouth, la Ligue arabe n'a pas pris la moindre initiative, le sommet de l'Organisation de l'unité africaine (OUA) a dû être ajourné faute de quorum, et la conférence de Bagdad des pays non alignés a dû être reportée en raison de la guerre irano-irakienne.

L'opération commencée par l'entrée des blindés israéliens s'est poursuivie avec l'arrivée au pouvoir des phalangistes au Liban, avec la présentation du « plan de paix » de Ronald Reagan, avec les résultats du sommet arabe de Fès : l'impérialisme, le sionisme et les régimes arabes conjuguent leurs efforts pour façonner une nouvelle « paix américaine » dans la ré-

2) Une fois encore, l'Etat sioniste a été le fer de lance de la contre-révolution au Moyen-Orient. Depuis des mois, le gouvernement de Menahem Begin souhaitait et préparait ouvertement cette guerre. L'opération « Litani » de 1978 au Liban apparaît aujourd'hui comme une répétition générale de l'agression de juin 1982.

La signature avec l'Egypte des accords de Camp David laissait au régime de Begin les mains libres pour développer sa politique d'annexion des territoires occupés, se tourner contre les bastions de la résistance palestinienne, et imposer par les armes un second Camp David avec le Liban, la Jordanie et la Syrie.

Les buts de l'offensive militaire étaient clairement énoncés par les dirigeants sionistes :

- briser la colonnne vertébrale de la résistance palestinienne, nexion des territoires occupés et empêcher la jonction entre la montée des mobilisations en Cisjordanie et à Gaza et la

- installer au Liban un Etat fort et allié d'Israël, imposer le retrait des troupes syriennes, refouler les réfugiés palestiniens hors du Liban ;

- infliger un camouflet à l'armée syrienne et affaiblir ainsi le dernier allié so-

Menahem Begin et Ariel Sharon entendaient, en même temps, administrer ainsi la preuve du rôle irremplaçable d'Israël comme allié privilégié de l'impérialisme américain dans la région : un allié capable, sous prétexte de « légitime défense », d'agir militairement alors que l'impérialisme américain, mobilisé sur plusieurs fronts, notamment en Amérique centrale, a du mal à multiplier les interventions directes. C'est dans ce contexte que se situent les déclarations fracassantes d'Ariel Sharon selon lesquelles la zone d'intérêt militaire d'Israël s'étendrait à l'avenir du Soudan au Pakistan et à la dirigeants sionistes entendaient aussi relancer en Israël même une Unité nationale de plus en plus érodée et menacée par les effets de la crise économique, une inflation galopante, et le fardeau des

3) La résistance palestinienne et le mouvement progressiste libanais ont opposé au déferlement de blindés et au déluge de bombes une résistance admirable. Les soixante-dix-neuf jours du siège de Beyrouth représentent pour la machine de guerre sioniste un défi qu'aucun régime arabe en place n'a jamais été

En empêchant une victoire éclair de l'armée sioniste, la défense acharnée de Beyrouth a permis de modifier les rapports de forces, d'isoler diplomatiquement Israël, d'alimenter les contradictions entre les dirigeants sionistes, d'affirmer la légitimité des revendications nationales palestiniennes.

Begin et Sharon hésitaient devant le coût militaire et politique qu'aurait signifié un assaut de Beyrouth. Les répercus-

DOCUMENT IVe INTERNATIONALE sions, en Israël et dans le monde entier, des massacres de Sabra et de Chatila donnent une idée des effets qu'aurait eu l'écrasement par la force du « ghetto » de

La résistance palestinienne n'a été physiquement écrasée, mais vaincue, trahie et abandonnée par les régimes arabes et la bureaucratie soviétique. La direction de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) porte également sa part de responsabilité dans la défaite. Nul ne peut contester à cette direction, abandonnée et assiégée, le droit de négocier. Mais en engageant, dès le début du siège, des avec un « médiateur » représentant l'impérialisme, sur les conditions d'une reddition « honorable », visant en fait à obtenir sa reconnaissance diplomatique par les Etats-Unis en échange du retrait de ses combattants, elle contribuait à désorienter et à démobiliser la ré-

Ce choix s'inscrit dans une longue trajectoire politique.

4) La Ligue arabe a attendu pour se réunir, les 26 et 27 juin à Tunis, trois semaines après l'invasion du Liban. Cette réunion a rejeté en bloc les quatorze requêtes adressées par Yasser Arafat au nom de l'OLP : aide à la lutte armée, condamnation radicale des Etats-Unis, rappel des ambassadeurs, gel des contrats avec les Etats-Unis et retrait des fonds placés dans les banques américaines, etc.

Les régimes arabes se sont montrés plus préoccupés par l'offensive iranienne contre l'Irak que par l'invasion du Liban. L'Arabie Saoudite et les Emirats ont ouvert à l'Irak un crédit de 23 milliards de dollars. Le Koweit s'est offert comme base arrière à son armée. La Jordanie, le Yémen du Nord et le Soudan ont envoyé des volontaires, et l'Egypte a livré des armes soviétiques prélevées sur son stock. Il est vrai qu'Israël s'est empressé de revendre à l'Iran une bonne partie des armes et des munitions saisies dans les camps pa-

De son côté, la Syrie s'est hâtée de conclure un cessez-le-feu unilatéral avec Israël dans la plaine de la Bekaa, laissant l'armée sioniste concentrer ses efforts sur Beyrouth. Elle a ensuite âprement marchandé l'accueil d'un contingent palestinien évacué de Beyrouth en échange d'un accroissement de l'aide financière saou-

Tout s'est passé, a pu dire un haut fonctionnaire américain, « comme

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POLP avait été condamnée à mort par l'ensemble du monde arabe ».

Il est vrai que cette nouvelle trahison sans fard des bourgeoisies arabes envers le peuple palestinien s'inscrit dans une tradition déjà longue, qui va des accords Fayçal-Weizman (3 janvier 1919), ouvrant la Palestine à l'établissement du foyer national juif, aux accords de Camp David, en passant par les accords Abdallah-Ben Gourion de partition de la Palestine, par les massacres des Palestiniens commis par le roi Hussein en 1970-1971 en Jordanie, par les nouveaux massacres de 1976 au Liban, exécutés par les phalanges chrétiennes avec la bénédiction de la Syrie.

5) De son côté, la bureaucratie soviétique n'est pas allée au-delà de protestaformelles, sous prétexte qu'elle n'avait pas « à se montrer plus arabe que les Arabes » !

Le soutien diplomatique qu'elle peut apporter à l'OLP reste subordonné aux intérêts généraux de ses alliances avec les bourgeoisies de la région. Elle a une longue tradition en la matière, du soutien à la partition de la Palestine en 1947, à la déclaration Gromyko-Vance de 1977, en passant par la résolution 242 du Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations Unies (ONU) et la conférence de Ge-

L'un des principaux dirigeants de l'OLP, Abou Ayad, s'écriait pendant le siège de Beyrouth : « Nous avons résisté à l'armée israélienne plus que toutes les armées arabes... L'attitude soviétique est encore plus inexplicable. Nous avons interrogé Moscou publiquement et en secret. Nous n'avons reçu que des encouragements symboliques. Comment l'Union soviétique peut-elle se permettre pareille passivité quand les Etats-Unis sont partie prenante de la bataille de façon aussi flagrante ? Je ne le comprends pas. » Pourtant, si l'attitude soviétique est impardonnable, elle n'est pas surprenante : la bureaucratie soviétique est toute disposée à sacrifier des alliés régionaux en échange de contreparties impérialistes concernant la course aux armements et les négociations économiques et ses propres problèmes en Afghanistan et en Pologne.

de la bureaucratie soviétique face à l'invasion israélienne au Liban montre une fois encore que toute stratégie fondée sur son soutien, et non sur la solidarité militante du mouvement ouvrier et anti-impérialiste international, restera à la merci d'une trahison en pleine bataille. La leçon tragique du Liban vaut pour les mouvements révolutionnaires du monde entier, et en particulier d'Amérique latine et d'Amérique centrale. en revanche, engagé à fond aux côtés de son allié sioniste. Sharon a déclaré publiquement que Reagan était informé à l'avance des intentions du gouvernement israélien. Les Etats-Unis ont soutenu et couvert de bout en bout l'expédition militaire israélienne, usant par deux fois de leur droit de veto au Conseil de sécurité

Beyrouth après un bombardement israélien. (DR) des Nations Unies, et maintenant sans défaillance leur aide diplomatique et mili-

Les pays impérialistes européens, qui avaient décidé sans sourciller le boycott de l'Argentine pendant la guerre des Malouines, n'ont pas pris la moindre mesure ni levé le petit doigt contre l'agression is-

La politique du gouvernement français n'a pu paraître favorable à la direction de l'OLP qu'à la faveur d'une illusion. En fait, François Mitterrand s'est seulement opposé aux excès de zèle de la politique Begin-Sharon, susceptibles mettre en difficulté les régimes arabes pro-impérialistes et de créer une situation incontrôlable dans la région.

Il a commencé par se prononcer pour le retrait de toutes les troupes étrangères du Liban, mettant sur le même pied l'armée d'invasion sioniste et la résistance palestinienne chassée de son pays et condamnée à l'exil. Il a fini par appuyer le Plan Habib, diktat impérialiste à 100%, qui organise le départ des combattants palestiniens et le désarmement de la résistance, met en place les conditions de l'élection de Bechir Gemayel, et entérine la prolongation sine die de l'occupation israélienne. Par la participation à la Force multinationale d'interposition (FMI), le gouvernement français a en outre cautionné de sa présence « l'élection », dans une caserne protégée par les baïonnettes israéliennes, du fasciste Bechir Gemayel à la présidence du Liban.

Avec le départ des combattants palestiniens et le démantèlement des défenses de Beyrouth-Ouest, le Plan Habib a sanctionné la modification du rapport des forces imposée par l'armée israélienne. Il a ouvert la voie à un régime fort au Liban et à la terreur contre les camps de réfugiés et les forces progressistes libanaises désormais sans défense.

7) La présence de la Force multinationale d'interposition, dans le cadre du Plan Habib, a servi à démanteler les lignes de défense de Beyrouth-Ouest, à cautionner l'élection de Bechir Gemayel, à ouvrir l'accès des camps de réfugiés aux tueurs phalangistes. Quelle que soit l'identité des bourreaux de Sabra et de Chatila, ils n'ont pu agir qu'avec l'accord et la complicité de l'état-major israélien. Les gouvernements impérialistes savaient parfaitement ce massacre possible et probable après l'évacuation des combattants de TOLP.

La deuxième mission de la FMI ne sert pas davantage les intérêts des peuples palestinien et libanais. Sa présence aide à la reconstruction de l'Etat libanais autour des phalanges d'Amine Gemayel et prépare de nouvelles menaces pour ces populations.

8) L'agression sioniste et impérialiste contre la résistance palestinienne a abouti à une grave défaite pour la révolution arabe, la révolution coloniale et l'ensemble du mouvement anti-impérialiste à l'échelle mondiale.

La place forte de la résistance palestinienne au Liban a été démantelée. Ses combattants ont été dispersés dans une dizaine de pays arabes, dont les gouvernements sont soucieux d'exercer sur eux un contrôle d'autant plus strict qu'ils redoutent le prestige de ces résistants auprès des masses opprimées de leurs propres

Près de la moitié du Liban est toujours occupée par l'armée israélienne, qui a également à portée de canon la capitale syrienne. Des centaines de milliers de réfugiés sont laissés sans défense face à l'hégémonie phalangiste au Liban et à la volonté israélienne de leur imposer un nouvel exode.

Il est vrai qu'il ne s'agit pas d'une défaite sans combat : le fait même d'avoir résisté limite la démobilisation et crée des conditions meilleures pour tirer les leçons de la défaite et en surmonter les effets, comme l'indiquent les mobilisations dans les territoires occupés.

Il est vrai aussi que l'impérialisme n'a pas atteint l'entièreté de ses buts. L'OLP est vaincue, mais pas anéantie. La restauration d'un Etat fort au Liban n'ira pas sans difficultés. Des fissures sont apparues dans le ciment du sionisme en Israël.

Elles se sont exprimées par la montée du mouvement contre la guerre et la radicalisation d'un courant en son sein, par les protestations qui se sont élevées dans les rangs mêmes de l'armée (Tsahal). De plus, le coût économique de la guerre commence déjà à peser sur l'ensemble de la société israélienne.

Ces données ne suffisent pas à transformer la défaite militaire des Palestiniens en victoire politique ou diplomatique. La preuve en est que la direction de l'OLP a accepté à Fès des principes de solution analogues à ceux du Plan Fahd qui n'avaient pu être approuvés il y a un an.

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II. La résistance palestinienne à un nouveau carrefour créée par le sommet arabe du Caire en

Yasser Arafat en personne en a été réduit réclamer la protection des armées impérialistes pour les camps de réfugiés au Liban !

La guerre de 1982 et la bataille de Beyrouth marquent une évolution radicale des rapports de forces en faveur de l'impérialisme dans la région.

9) Une étape majeure se trouve ainsi franchie, dont toutes les leçons doivent être tirées pour l'avenir. Rien ne sera plus comme avant, ni pour la résistance palestinienne, ni pour l'Etat sioniste.

La résistance palestinienne va être conduite à redéfinir ses relations avec les régimes arabes dans le contexte d'un nouveau rapport de force. La capitulation de ces régimes devant l'invasion du Liban ouvre un nouveau chapitre de la crise du nationalisme arabe et de ses directions. L'essor de l'intégrisme musulman représente un effet du déclin du nationalisme arabe, en l'absence d'une direction anti-

10) L'OLP et sa direction se trouvent désormais à un nouveau carrefour de leur

Les régimes arabes vont multiplier les pressions et le chantage à l'aide matérielle pour faire passer définitivement la résistance palestinienne du terrain de la lutte armée à celui du compromis diplomatique, pour l'acculer à reconnaître et accepter l'Etat d'Israël et à se contenter en échange d'une autonomie administrative formelle, sous la tutelle jordano-israélienne et le patronage de l'impérialisme améconflits au sein même de la résistance pa-

L'autre voie consiste à tirer toutes les conséquences de l'internationalisation de la question palestinienne pour la lier organiquement aux luttes anti-impérialistes et révolutionnaires dans les pays arabes.

11) L'impasse dans laquelle s'est trouvée la direction de l'OLP assiégée à Beyrouth est non seulement le résultat d'un « lâchage » de la part de l'URSS et des pays arabes, mais aussi l'aboutissement de sa propre ligne politique. Les caractéristiques particulières de la lutte de libération nationale palestinienne posent deux questions stratégiques clés que cette direction n'a pas su résoudre.

part, dans sa lutte contre l'Etat sioniste, la résistance palestinienne doit trouver son soutien principal dans la mobilisation anti-impérialiste des masses arabes exploitées et opprimées. Seule la libération de leur énergie peut modifier le rapport de forces face au sionisme et à son parrain impérialiste. Or, cette mobilisation entre inévitablement en contradiction avec les intérêts propres des régimes bourgeois arabes, pour la plupart alliés de l'impérialisme américain. Sous prétexte d'une ligne de « non-ingérence » dans la politique Etats arabes, l'OLP a toujours voulu éviter la liaison organique entre la résistance palestinienne impérialiste révolutionnaire conséquente. L'autorité conquise dans la lutte par les combattants palestiniens peut, au prix de clarifications et de différenciations internes, leur permettre de jouer un rôle moteur dans la formation d'une telle direction. L'autre voie est celle de l'alignement croissant sur la diplomatie des bourgeoisies arabes et le renoncement au rôle de la résistance comme force politique autonome.

Quant à l'Etat sioniste, il a mis en branle sa machine de guerre pour écraser un peuple de refugiés, chassé de sa terre, sans patrie et sans Etat, un peuple exilé qui renvoie à la face d'Israël l'image d'une oppression qui fut jadis celle du peuple juif lui-même. La manifestation, sans masques ni alibis, de ce terrorisme d'Etat a commencé à ébranler le consensus interne établi autour du projet sioniste depuis la fondation de l'Etat d'Israël en 1948. et la lutte des exploités de ces pays. C'est une erreur mortelle : elle n'a pu éviter « l'ingérence » la plus brutale de ces Etats dans l'histoire de la résistance palesti-

De 1968 à 1982, la Jordanie, le Liban, l'Egypte, la Syrie, n'ont cessé d'intervenir - y compris par les armes — contre la résistance. Les régimes arabes ne peuvent tolérer sur leur territoire la présence d'une force politique et militaire échappant à leur autorité et susceptible d'encourager la mobilisation autonome des opprimés de leur propre pays. Le conflit entre le mouvement anti-impérialiste arabe et les bourgeoisies et garchies locales alliées de l'impérialisme est inévitable.

D'autre part, la résistance palestinienne ne se heurte pas, avec l'Etat d'Israël, à une simple occupation coloniale. La force de l'Etat sioniste ne tient pas seulement aux qualités techniques de ses armes. Elle tient aussi au fait que le chauvinisme sioniste parvient à dévoyer le sende la population juive, hier encore opprimée dans ses pays d'origine, et qui s'est constituée en Etat national sur la base de l'expulsion du peuple palestinien et la négation de ses droits. La perspective de guerre, l'état de mobilisation permanente, le spectre de l'antisémitisme constituent pour les dirigeants sionistes un ciment nécessaire du consensus national au détriment du développement de la lutte des classes dans la sociéisraélienne. L'efficacité de la lutte contre le sionisme passe au contraire par l'approfondissement de cette lutte et par la rencontre internationaliste entre le mouvement de libération nationale arabe et les masses laborieuses juives.

Arafat a reconnu publiquement que l'une des principales faiblesses de l'OLP avait été son incapacité à résoudre cette question : « Nous n'avons pas su expliquer notre cause aux Israéliens, nous n'avons pas compris la mentalité israélienne. » Mais cette prise de conscience peut aussi bien déboucher sur deux voies radicalement divergentes. Celle des accomodements avec l'Etat sioniste tel qu'il est, dans le cadre des accords de Camp David, ou celle d'une politique internationaliste révolutionnaire, seule capable à terme de gagner la confiance du prolétariat juif.

12) La double erreur de la direction de l'OLP, dans ses rapports avec les Etats et les masses arabes et dans son approche du sionisme, l'a conduite inexorablement à une succession de défaites, qui s'enchaînent et se conditionnent les unes les autres.

La guerre des Six Jours s'était soldée en 1967 par une débâcle des Etats arabes et par un renforcement de l'Etat sioniste, matérialisés par l'occupation de la Cisjordanie, de la bande de Gaza, du Sinai et du plateau du Golan. Cette défaite entraînait un renouveau et une réorientation de l'Organisation de libération de la Palestine 1964. Sa vieille

Etats arabes, aussi prodigue en déclarations irresponsables que pratiquement inactive, était remplacée par une nouvelle direction sous l'hégémonie du

Cette direction affirma sa volonté de s'émanciper de la tutelle des Etats arabes et mit sur pied des organisations militaires assez efficaces pour entreprendre la lutte armée à partir des bases de Jordanie et du Liban. Les succès ainsi remportés entre 1968 et 1970 ne tinrent pas seulement aux opérations militaires, mais aussi aux mobilisations de masse qui mirent en échec les entreprises réactionnaires contre la résistance : en Jordanie en 1968 et au Liban en 1969. La résistance palestinienne s'affirma aussi comme une avant-garde dans l'ensemble du mouvement nationaliste et révolutionnaire arabe.

Ni l'impérialisme ni les bourgeoisies arabes ne pouvaient assister à ces développements sans réagir. Leur contre-attaque combinait les manœuvres diplomatiques et la répression la plus brutale. L'année 1970 fut ainsi marquée par le lancement du Plan Rodgers, premier pas sur le chemin de Camp David, et par le massacre des combattants palestiniens en Jordanie (Septembre noir).

La guerre civile de 1975-1976 au Liban marqua une nouvelle étape, dans laquelle l'OLP joua un rôle de premier plan. Grâce à son concours et à la mobilisation des masses, le mouvement progressiste libanais parvint à contrôler plus des deux tiers du pays. Le sionisme et l'impérialisme, mais

You prétendument progressistes — prirent peur de la dynamique de mobilisation conjointe des masses palestiniennes et arabes. La Syrie intervint pour arrêter et contrôler les forces progressistes. Sous sa pression, la direction de l'OLP, à la recherche depuis 1973 d'une reconnaissance diplomatique, accepta les compromis qui permirent la contre-offensive phalangiste illustrée par le massacre de Tall-el-Zataar de l'été 1976.

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tien, le gouvernement Begin se lança en l'OLP traduisent les puissantes contradic-

La guerre civile et l'occupation syrienne contribuèrent à précipiter la désagrégation de l'Etat libanais et de son appareil militaire. Les milices chrétiennes en profitèrent pour renforcer leur emprise sur des régions entières. Mais les Palestiniens purent eux aussi exploiter la situation en maintenant et en consolidant leurs positions dans le Sud-Liban et à Beyrouth-Ouest. Arrestation d'un jeune manifestant palestinien dans les territoires occupés. (DR)

Les événements de 1975-1976 incitèrent les impérialistes et les bourgeoisies arabes à chercher un compromis négocié donnant à la question palestinienne une réponse néocoloniale. Eprouvée plus que tout autre Etat arabe par le coût de quatre guerres désastreuses et menacée d'explosions sociales, l'Egypte prit l'initiative du rapprochement avec Israël, sous le parrainage des Etats-Unis. Anouar el-Sadate signa les accords de Camp David pour obtenir une aide américaine et apparaître aux yeux des masses comme celui qui les libèrerait de la hantise d'une guerre périodique.

Pour l'Etat sioniste, Camp David neutralisait la principale force militaire adverse, introduisait la division dans le monde arabe, sans imposer aucune reconnaissance de l'OLP en échange. L'idée d'un Etat palestinien était écartée, et l'autonomie des territoires occupés conçue comme un processus de cinq années dont l'issue ferait l'objet de nouvelles négociations. Alors que les Etats-Unis jouaient le rôle décisif dans l'opération, l'URSS, déjà affaiblie par le retournement d'alliance de Sadate, était encore plus marginalisée et ne pouvait plus compter que sur la Syrie d'Afez el-Assad comme allié douteux dans la région.

Le triple « non » de Begin au retrait des territoires occupés, à la restitution de la partie orientale de Jérusalem et à l'Etat palestinien, la relance de la colonisation juive dans les territoires occupés, finirent de lever toute ambiguïté sur la signification de Camp David et permirent de mesurer l'échec subi par l'OLP et le mouvement national arabe dans son ensemble.

Entre le voyage de Sadate à Tel-Aviv et la signature de l'accord israélo-égypmars 1978 dans une nouvelle opération militaire au Liban. Cette opération permit de détruire des bases palestiniennes et de refouler plus au nord la résistance, en consolidant les positions du commandant Haddad dans la région frontalière. Pourtant, l'essentiel des positions palestiniennes était préservé.

La défaite de juin 1967 avait sanetionné la faillite des directions nationalistes radicales d'origine petite-bourgeoise, tout comme la défaite de 1948 avait faillite des directions conservatrices traditionnelles. La nouvelle direction de l'OLP, animée par le Fatah, rompit avec la vieille orientation privilégiant le terrain diplomatique, et proclama la guerre populaire contre l'Etat sioniste dans le cadre de la lutte des peuples opprimés contre l'impérialisme.

En pratique, elle est restée dans l'orbite des Etats arabes en privilégiant, selon les circonstances, l'alliance avec tel Etat ou groupe d'Etats. Elle continue à foncaides conditionnelles et aux subventions des gouvernements arabes, y compris les réactionnaires. Elle n'a vraiment cherché ni à organiser démocratiquement la résistance ni à la lier au mouvement de dans les pays où vivent des centaines de milliers de réfugiés palestiniens. Elle a subordonné sa solidarité avec les mouvements nationaux des différents pays d'accueil à l'impératif de « non-ingérence ». A partir de 1972, elle a esquissé un tournant, formalisé en 1974, vers une solution de compromis dans le cadre d'un accord entre les Etats arabes et l'imque son programme de 1969 traçait la perspective d'un « Etat démocratique et laïque sur l'ensemble de la Palestine », elle acceptait désormais un Etat indépendant limité à la Cisjordanie et à Gaza, en le présentant comme un premier pas. En conséquence, elle déplaçait de plus en plus l'axe de son activité vers le champ diplomatique.

13) Ces oscillations de la direction de tions politiques et sociales qui la traver-

La lutte du peuple palestinien commence comme une lutte de libération nationale, démocratique et révolutionnaire, face à l'Etat sioniste, agent de l'impérialisme dans la région. Mais, pour défendre jusqu'au bout ses droits nationaux, la rédirection et d'une orientation de classe (pour se lier aux masses arabes opprimées par leurs propres bourgeoisies) et internationaliste (pour tirer parti des contradictions de classe de la société israélienne).

Or, l'OLP est le produit d'une expérience de lutte qui est celle des camps de réfugiés et d'une population dans l'ensemble des pays arabes : la bourpalestinienne intégrée dans ces pays y joue un rôle décisif. Elle n'a ni base unifiée et stable, ni base sociale permettant une large expérience des méthodes de lutte prolétariennes traditionnelles.

Même après le tournant de 1967, l'OLP est restée le mouvement national de toutes les classes de la société palestinienne. Elle devait rassembler en son sein aussi bien la masse des réfugiés socialement marginalisés, les masses déshéritées des territoires occupés et d'Israël, des ouvriers et des artisans établis dans les différents pays arabes, que des couches petites-bourgeoises aisées et de bourgeois, actifs aussi bien en Jordanie qu'en Arabie Saoudite ou dans les pays du Golfe. Elle consistait en un front d'organisations et de personnalités allant de la droite islamique à une extrême gauche se réclamant du marxisme ou du marxisme-

Pour assurer la coexistence de toutes ces forces sans entrer en conflit avec les régimes arabes, elle devait s'en tenir à un programme démocratique et antisioniste ne remettant pas en cause les rapports de production capitalistes. Il en résultait une contradiction entre les besoins et les aspirations des masses qui constituaient la base principale de ses forces, et les objeccontradiction s'est traduite par la formation et la consolidation d'un appareil militaire de plus en plus important et développant sa propre logique. L'aide matérielle et financière des Etats arabes a renforcé la cristallisation de cet appareil.

Reconnu diplomatiquement par plus de cent pays, observateur à l'ONU, le mouvement dirigé par l'OLP s'est ainsi doté d'une sorte d'appareil d'Etat sans Etat ni territoire propre. La disproportion entre la puissance matérielle de son appareil et la réalité de son assise sociale propre le rendait d'autant vulnérable aux pressions de ses bailleurs de fonds qu'il s'agisse des gouvernements arabes ou des riches Palestiniens.

Là résident les racines matérielles de l'évolution de la direction de l'OLP. La combinaison entre sa composition sociale, ses conceptions programmatiques et l'acceptation du cadre imposé par les régimes influencés par la bureaucratie soviétique, l'ont poussée dans une impasse.

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Pour gagner et affirmer son indépendance politique face aux régimes arabes, POLP doit renforcer sa propre base sociale en opérant une double jonction, avec les masses exploitées d'une part, avec le prolétariat d'Israël et des territoires occupés de l'autre. La montée des mobilisations ces dernières années en Cisjorganie et à Gaza, l'élection des maires palestiniens, la difficulté du gouvernement Begin à trouver des collabofantoches dans ces territoires, constituent un défi à la toute-puissance de l'Etat d'Israël et montrent le potentiel de combativité de cette population palestinienne, progressivement intégrée au processus productif depuis 1967. Ces mobilisations combinent l'éveil d'une conscience nationale palestinienne et l'émergence d'un courant de classe dans le mouvement

14) Au Liban, avec le démantèlement de leurs bastions, l'élection d'Amine Gemayel à la présidence de la République, et l'affirmation du rôle répressif d'une armée charpentée par l'impérialisme américain, les forces progressistes paient maintenant le prix de la politique de conciliation menée depuis la guerre civile de 1975-

Le confessionalisme a alors masqué partiellement le contenu social et anti-impérialiste de la guerre civile, permettant aux dirigeants bourgeois musulmans de se situer dans le camp dit « progressiste» pour préserver leur propre clientèle et œuvrer au compromis. Le front palestinoprogressiste s'est contenté d'agir comme un front défensif. Devant la désagrégation de l'Etat libanais, il était appelé à remplir des fonctions sociales, administratives et militaires croissantes. Mais, au lieu de s'affirmer comme un pouvoir alternatif, il s'est contenté de colmater les brèches du pouvoir légal tout en cautionnant la légitimité des institutions en ruines de l'Etat bourgeois.

Le Parti communiste libanais (PCL), dont la responsabilité est d'autant plus lourde qu'il dispose d'une influence de masse certaine, conséquent de cette politique. Fidèle aux III. Contradictions et fissures du sionisme

15) Conformément au projet sioniste, l'Etat d'Israël constitue depuis sa création un poste avancé de l'impérialisme, fondé sur l'expropriation et l'expulsion du peuple palestinien.

Après les bombardements de Beyrouth et les massacres de Sabra et de Chatila, les gouvernements impérialistes se sont efforcés de minimiser la cruauté et la responsabilité de l'Etat israélien en le présentant comme un modèle de démocratie. Il s'agit en fait d'un Etat confessionnel, défini par sa propre déclaration d'Indépendance comme « l'Etat des Juifs en terre d'Israël ». Il s'agit d'un Etat fondé sur discrimination anti-arabe et déformé par le poids de son énorme appareil milltaro-industriel, largement subventionné conceptions staliniennes de la révolution par étapes et de l'alliance avec la bourgeoisie dite nationale, il a fixé comme cadre de la lutte la défense du capitalisme libéral. Misant constamment sur le rôle que pourrait jouer l'URSS, directement ou par l'intermédiaire de son allié syrien, il est allé jusqu'à rendre hommage au cadavre du fasciste Bechir Gemayel au nom de l'Unité nationale.

En 1976, cette politique de collaboration de classes avait permis aux milices chrétiennes de reprendre l'initiative. Cette fois encore, au lieu de faire de la résistance de Beyrouth un tremplin pour balayer le pouvoir collaborateur du président Elias Sarkis en collusion ouverte avec l'occupant sioniste, au lieu d'avancer la perspective d'un gouvernement de résistance nationale appuyé sur l'unification et la centralisation des forces militaires de résistance à l'occupation, au lieu de développer un réseau de conseils de résistance populaire, le Mouvement national libanais (MNL) s'est accroché au respect et à la perpétuation des institutions légales.

Cette légalité constitutionnelle a fini par accoucher, lors d'une farce électorale menée dans une cour de caserne, d'un président fasciste à la tête d'une République sous occupation. Les forces bourgeoises du camp dit progressiste ont ratifié l'élection de Bechir Gemavel et directement contribué, toujours au nom de à celle d'Amine Gemayel, représentant de l'aile ment modérée du Parti des phalanges et postulant au rôle de Bonaparte.

Tous les gouvernements impérialistes ont apporté leur témoignage de moralité à ce nouveau régime musclé, qui se veut un partenaire zélé des Etats-Unis.

Pour instaurer un Etat fort au Liban et assurer le retour à l'ordre réclamé par une bourgeoisie affairiste, Amine Gemayel a devant lui une lourde tâche de réaffirmation d'un pouvoir bourgeois inconteste. C'est pourquoi, face a la menace d'extension a tout le pays du régime militaire en vigueur à Beyrouth, la défense des droits démocratiques, en premier lieu du droit d'organisation du mouvement ouvrier, vient au premier plan. par l'impérialisme. Israël est le septième fournisseur d'armes du monde, partenaire privilégié des dictatures d'Amérique latine et de l'Afrique du Sud en la matière. Avec une dette de 20 milliards de dollars, Israël est l'un des pays du monde les plus endettés par tête d'habitant.

Si l'Etat d'Israël est organiquement lié à l'impérialisme, dans sa structure et dans sa fonction, il ne se réduit pas pour autant au simple détachement colonial d'une métropole. L'originalité de l'entreprise coloniale sioniste tient à ce qu'elle visait initialement non à exploiter le travail arabe indigène, mais à le remplacer par le travail juif pour fonder une société juive à part entière, avec ses institutions, mais aussi sa division en classes sociales antagonistes. C'est l'accord de collaboration passé entre les classes sociales de la société israélienne dans le cadre du projet sioniste qui fait sa force face à la résistance palestinienne, et qui permet à l'Etat sioniste d'assurer aux Juifs une démocratie bourgeoise fondée sur la négation des

Toute tentative ou projet d'exclure en bloc la population juive israélienne de la région ou de nier son existence nationale, ne peut que contribuer à la souder et à la mobiliser derrière les directions sionistes les plus agressives et les plus chauvines. En revanche, les conflits de classe au sein de cette communauté permettront à la résistance palestinienne et à la révolution arabe d'agir sur ses contradictions, à condition de voir dans le prolétariat juif

16) A partir de l'occupation de la Cisjordanie et de Gaza en 1967, un nouveau chapitre de l'histoire du sionisme s'est ouvert. Originellement, le sionisme impliquait la fondation d'une société exclusivement juive par l'exclusion de la population arabe. Il devait imposer pour cela le « travail juif » et la « libération de la terre ». Cette entreprise servait de base à une alliance entre la bourgeoisie juive et un puissant mouvement travailliste colonial dont la centrale syndicale Histadrout est le symbole.

L'occupation des territoires de Cisjordanie et de Gaza pose au sionisme un nouveau dilemme entre l'annexion des nouveaux territoires au nom d'impératifs de sécurité jamais assurés, et l'absorption, en contradiction ouverte avec le projet sioniste, de plus d'un million d'Arabes palestiniens dans la société israélienne.

Le capital israélien penche pour l'utilisation d'une main-d'œuvre arabe bon marché (des salaires inférieurs de moitié en moyenne à ceux des travailleurs juifs) et sans protection sociale, de pair avec la privatisation accrue de l'économie.

Avec les accords de Camp David, Begin apporte sa réponse au problème posé en 1967, dans le sens d'une annexion des territoires occupés, sous la forme d'une prétendue « autonomie administrative », permettant de poursuivre l'exploitation des travailleurs arabes tout en les excluant de la citoyenneté israélienne.

stratagème formel ne peut empêcher que la prolétarisation des 'Arabes d'Israël et des territoires occupés, combinée à l'éveil de leur conscience nationale palestinienne, accumule pour l'Etat sioniste une contradiction explosive.

17) La mythologie sioniste entretient une confusion permanente entre l'existence d'une communauté nationale juive en Palestine et l'existence de l'Etat sioniste. Elle procède également à un amalgame permanent entre antisionisme et antisémitisme.

En prétendant que l'existence d'une communauté nationale israélienne en Palestine ne peut se passer d'un Etat fondé sur la discrimination raciale, l'alliance organique avec l'impérialisme, et l'expan-

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sionisme : apparu à la fin des années 1970 l'offensive impérialiste. Les Etats-Unis ensionnisme permanent, ce sont les dirigeants sionistes eux-mêmes qui nourrissent l'idée que la destruction de l'Etat sioniste implique la liquidation de la comnauté juive en tant que telle. Ce sont eux qui risquent de faire renaître ainsi l'antisémitisme comme « antisionisme des imbéciles » après avoir été le « socialisme des imbéciles ».

Il revient aux travailleurs juifs de démasquer cette mystification en Israël, en s'opposant aux infamies commises par les dirigeants sionistes, non seulement au nom de l'Etat d'Israël mais au nom du peuple juif tout entier. La lutte acharnée contre les crimes sionistes n'est en rien contradictoire avec la lutte acharnée contre toute forme d'antisémitisme, qui viserait non plus l'Etat d'Israël mais l'ensemble des Juifs dans leur identité natio-

Au cours des dernières années, des clivages se sont opérés dans la société israélienne et des fissures son apparues dans l'édifice du sionisme. Ces phénomènes se sont accentués pendant la guerre d'agression au Liban. Dès les premiers jours, la politique de Begin-Sharon a été contestée à une échelle très significative.

De larges couches de la population ont été troublées par le fait que l'armée n'ait pu mener une guerre éclair, qu'elle ait rencontré une résistance opiniâtre de la part des Palestiniens pourtant isolés, que les pertes aient été proportionnellement plus lourdes que lors des conflits précédents. L'invasion de Beyrouth-Ouest et la complicité directe dans les massacres de Sabra et de Chatila ont provoqué une vague d'indignation qui secoue la société israélienne et ébranle sa bonne conscience.

Les mouvements de protestation, qu'il s'agisse des manifestations pour la paix ou des initiatives de soldats, ont exprimé des degrés de conscience inégaux. Le mouvement contre la guerre dans l'ensemble de ses composantes est cependant entré en contradiction avec la logique du comme une force de pression dans le cadre de négociations diplomatiques, il s'est aujourd'hui mobilisé contre une guerre en cours.

La grande majorité de ce courant, comme l'a montré l'immense manifestation du 25 septembre après les massacres de Sabra et de Chatila, s'est reconnue dans les mots d'ordre de « Retrait des troupes de Beyrouth ! », de « Reconnaissance mutuelle ! » entre Juifs et Palestiniens, et de démission du gouvernement Begin-Sharon. Mais un pôle radical s'est constitué autour du Comité contre la guerre au Liban, exigeant le « retrait immédiat des troupes de tout le Liban » (et non seulement de Beyrouth), et la reconnaissance sans préalables de l'OLP.

Le Parti travailliste, qui a soutenu ouvertement l'opération « Paix en Galilée », n'est pas à l'origine du mouvement anti-guerre. Il a tout fait, au contraire, pour s'opposer aux mobilisations pendant les combats. Mais, après les massacres de Sabra et de Chatila, il s'est efforcé de canaliser le mouvement et d'en tirer parti. En « sauvant l'honneur d'Israël », il s'agis-

Départ des Palestiniens de Beyrouth. (DR) sait pour lui de préparer une direction de rechange non impliquée directement dans les massacres, et susceptible de prendre le relai de Begin dans les négociations avec l'impérialisme. Cette attitude répond aux préoccupations des secteurs sionistes les plus conscients des rapports de forces réels dans la région et des intérêts globaux de l'impérialisme, qui ont manifesté dès le début de la guerre leurs inquiétudes quant aux aventures de Begin-Sharon et à leurs lendemains.

Au-delà de ces manœuvres, l'ampleur du mouvement anti-guerre constitue un événement majeur en Israël, même si ce mouvement reste pour l'essentiel dans le cadre de la défense de la sécurité d'Israël, et surtout s'il est caractérisé par l'absence de participation de la classe ouvrière orgaIV. Les plans impérialistes

Get la solidarité internationale 18) Après que l'armée d'Israël ait modifié les rapports de forces par les armes, s'ouvre le chapitre diplomatique de tendent tirer le meilleur parti de la victoire militaire en évitant que Begin n'accule ¡ le dos au mur les régimes arabes prêts à

Le président égyptien Hosni Moubarak n'a d'ailleurs pas manqué de rappeler à Reagan ce que sont les intérêts bien compris des Etats-Unis : « En tant que superpuissance, ils ont des intérêts et des responsabilités globales. » Ils ne peuvent oublier qu'ils sont les principaux dépositaires des fonds des pays producteurs de pétrole : en bref, « les Etats-Unis sont les premiers à souffrir de l'extension de l'instabilité et de l'insécurité dans la région ». (International Herald Tribune, 25 août

Le plan proposé le 1er septembre par le président Reagan énonce en toute clarté la hiérarchie des préoccupations impérialistes : d'abord la stabilisation de la région ; ensuite la sécurité d'Israël ; en troisième lieu seulement les droits des Palestiniens. Ces « droits » ne se traduisent d'ailleurs pas en droit à l'autodétermination et à un Etat indépendant, mais seulement par la perspective d'« un gouvernenisée en tant que telle. Son avenir est étroitement lié aux victoires et aux défaites de la résistance palestinienne. Après la défaite de Beyrouth, ses perspectives immédiates dépendent fondamentalement de la poursuite des mobilisations dans les territoires occupés et de la capacité de ses composantes les plus conscientes converger avec ces luttes.

En Israël, l'abolition de toute législation répressive et discriminatoire contre les Palestiniens, la déconfessionalisation de l'Etat, la reconnaissance du droit au retour de tous les Palestiniens chassés depuis 1948, la reconnaissance du droit à l'autodétermination des Palestiniens constituent autant de revendications démocratiques en contradiction avec le projet sioniste et les fondements de l'Etat d'Israël. ment autonome des Palestiniens, en association avec la Jordanie ». Cette perspective, avec une période transitoire de cinq ans, débouche aussi bien sur la possibilité d'un protectorat palestinien sous contrôle de l'Etat jordanien et de son armée, que sur un condominium jordano-israélien sur des territoires dotés d'une « autonomie » formelle.

19) En adoptant à l'unanimité un projet qui reconnaît le droit des Palestiniens à l'autodétermination et revendique la « création d'un Etat palestinien ayant Jérusalem pour capitale », le sommet de Fès a voulu sauver la face des régimes arabes, éclaboussés par leur passivité devant le siège de Beyrouth.

En apparence, il s'agit d'un projet inacceptable par Israël, et Begin l'a aussitôt rejeté. Mais les gouvernements impérialistes ne se sont pas trompés sur sa signification réelle. La grande presse bourgeoise s'est fait l'écho de leur satisfaction : « Il est encore trop tôt pour qualifier le sommet de Fès de tournant historique au Moyen-Orient, mais il représente au moins une considérable victoire du bon sens sur la réthorique vide. La déclaration de Fès semble, pour la première

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fois depuis 1948, reconnaître que le peuple palestinien n'obtiendra jamais l'autodétermination par la victoire militaire. » (Financial Times, 11 septembre 1982). Newsweek (20 septembre 1982) souligne que lors de ce sommet, « les modérés ont fini par l'emporter sur les radicaux ». Et l'International Herald Tribune (13 septembre 1982) titre : « Fès: victoire pour les

Tous soulignent la continuité de ce projet par rapport au Plan Fahd rejeté il y a un an. Tous mettent en relief que le point 7, selon lequel le Conseil de sécurité de l'ONU « garantit la paix entre tous les Etats de la région, y compris l'Etat palestinien indépendant », implique une reconnaissance de fait de l'Etat d'Israël. Tous considèrent que le plan de Fès, dont l'Arabie Saoudite a été l'artisan, constitue le point de départ et non le dernier mot d'une négociation qui ne fait que comà plusieurs reprises pendant le siège de Beyrouth, reconnaître toutes les déclarations de l'ONU, y compris celles sur la partition de la Palestine, Yasser Arafat avait lui-même annoncé son acceptation du cadre de négociation. Pour lever toute ambiguité à ce sujet, Nayef Hawathmeh (Front démocratique pour la libération de la Palestine - FDPLP) s'est publiquement engagé à soutenir la proposition franco-égyptienne à l'ONU, qui va également dans le même sens.

20) En revanche, Begin a vigoureusement dénoncé le plan de Fès aussi bien que le plan Reagan. Il ne cesse de répéter qu'il n'est pas question pour Israël de se retirer des territoires occupés. Il y encourage au contraire l'implantation de nouveaux colons. Sharon et le ministre des Affaires étrangères Shamir rabâchent de leur côté que les Palestiniens « ont déjà exercé leur droit à l'autodétermination et disposent d'un Etat en Jordanie ». Tous considèrent un Etat palestinien souverain dans les territoires occupés comme une menace contre les intérêts vitaux d'Israël.

n'entendent pas aller au-delà du processus d'« autonomie » sur cinq ans prévu à Camp David, et excluent l'OLP de toute négociation.

Les travaillistes, qui se présentent aujourd'hui comme une direction de rechange présentable pour l'Etat sioniste, sont impliqués depuis la création d'Israël dans ses expéditions coloniales. Ils ont encore soutenu l'opération « Paix en Galilée » en se contentant de critiquer le siège de Beyrouth. Ils ont voté les crédits de guerre à la Knesset (Parlement) et Shimon Pérès a accepté en pleine guerre une mission spéciale consistant à aller présenter le point de vue du gouvernement Begin aux gouvernements impérialistes. Pour freiner son indignation devant le massacre de Sabra et de Chatila, Sharon n'a pas manqué de lui rappeler à la tribune de la Knesset que les travaillistes avaient, quant à eux, prêté la main au massacre de Tall-el-Zataar en 1976 ...

Les travaillistes soutiennent globalement le plan Reagan : à 70%, à déclaré Shimon Pérès, en soulignant que le plan ne pas l'autodétermination Palestiniens mais seulement un « rôle dirigeant » dans le choix de leur avenir. Craignant l'effet désagrégateur d'une annexion des territoires occupés sur la société israélienne, ils se prononcent résolument pour ce qu'ils appellent « l'option jordanienne ». Il s'agit, en protectorat jordanien sur la Cisjordanie. Shimon Pérès précise, non sans cynisme, si l'on se souvient des massacres de 1970 : « La Jordanie n'a pas intérêt à avoir un Etat dans l'Etat, une armée dans l'armée. » (Le Monde, 2 avril 1982.)

21) La perspective d'instauration d'un Etat palestinien souverain dans les territoires occupés a été soulevée depuis 1972-1974. La création d'un tel Etat, limité aux territoires occupés mais réellement souverain, présupposerait une défaite importante de l'Etat sioniste et de son allié impérialiste, mettant à l'ordre du jour des affrontements décisifs.

Aujourd'hui, dans le cadre des négociations ouvertes par la défaite de Beyrouth, un tel Etat ne saurait constituer un tremplin pour la lutte anti-impérialiste des masses arabes : ni l'impérialisme amé. ricain, ni François Mitterrand et Hosni Moubarak, ni l'Arabie Saoudite et la Jordanie n'envisagent un seul instant la possibilité d'un Etat palestinien souverain dans les territoires occupés. Aucun dirigeant sioniste, travaillistes inclus, n'est prêt à l'admettre. Tous veulent faire accepter par la résistance palestinienne, soumise à une pression accrue des Etats arabes, une autonomie formelle sous tutelle directe de la Jordanie et d'Israël, avec la garantie des bourgeoisies arabes et de l'impérialisme américain.

22) La solitude dans laquelle se sont trouvés la résistance palestinienne et le l'agression sioniste souligne le role irremplacable de la solidarité internationale de la part du mouvement ouvrier et anti-im-

Alors que les régimes arabes et la bureaucratie soviétique campaient sur leur passivité complice, manifestations de sousont multipliées dans les pays impérialistes, dans certains pays arabes — malgré la

Men Amérique latine. Pourtant, ces mobilisations sont restées dans l'ensemble bien en deçà du défi lancé par l'agression sioniste et impérialiste, les bombardements et les massacres de Beyrouth, y compris dans les pays

Les partis sociaux-démocrates se sont engagés ouvertement dans la discussion et la mise en place des plans impérialistes. Les partis communistes, dans la plupart des cas, se sont contentés de dénoncer les

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méfaits de l'impérialisme fauteur de guer re, sans aller jusqu'à une réelle solidarité active avec le mouvement palestinien.

Les organisations révolutionnaires et les sections de la IVe Internationale ont joué un rôle dynamique dans ces mobilisations de solidarité.

Cette solidarité demeure aujourd'hui pleinement une tâche de l'heure. L'impé rialisme poursuit au Moyen-Orient l'application de ses projets. Ainsi, le 6 octobre, le contingent français de la Force multinationale d'interposition a-t-il été directement engagé dans les opérations de ratissage et de désarmement aux côtés de l'armée libanaise dans Beyrouth. De leur côté, les régimes arabes font tout pour renforcer leur emprise sur la résistance palestinienne. L'ampleur de la solidarité internationale constitue donc un élément important du rapport de forces pour sauvegarder la liberté d'action de cette résis-

Les axes de cette solidarité l'exigence du retrait immédiat et total des troupes sionistes du Liban et le soutien inconditionnel à la lutte de la résistance palestinienne.

L'impérialisme et le sionisme multiplient les manœuvres pour nier ou réduire la représentativité de l'OLP, ou pour lui imposer la reconnaissance de l'Etat d'Israël sous prétexte de « reconnaissance mutuelle ». L'exigence, en Israël et dans les pays impérialistes, où ce n'est pas encore le cas, de la reconnaissance sans conditions préalables de l'OLP comme représentant legitime du peuple palestinien fait partie. dans les circonstances présentes, du soutien inconditionnel à la lutte de la résistance palestinienne face à l'impérialisme.

La IVe Internationale et ses sections prendront une part active à cette campagne de solidarité avec la lutte du peuple palestinien contre le sionisme et l'impérialisme. Elle soutiendra et popularisera l'activité de ses sections en Israël et au

- Retrait immédiat et inconditionnel des troupes sionistes et impérialistes de tout le Liban!

- Retrait total et inconditionnel des troupes israéliennes des territoires occupés en 1967!

- Reconnaissance du droit à l'autodétermination c'est-à-dire de son droit à former un Etat souverain sur son propre territoire !

- Solidarité avec le combat de la ré sistance palestinienne contre l'Etat sioniste ! Liberté d'action pour la résistance palestinienne dans tous les Etats arabes ! Reconnaissance de l'OLP comme repré sentant légitime du peuple palestinien ! population palestinienne des territoires occupés et avec le mouvement anti-guerre

- Solidarité avec les masses palestiniennes du Liban et avec le mouvement anti-impérialiste libanais !

Secrétariat unifié (SU) de la IVe INTERNATIONALE 10 octobre 1982.

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