Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PEROU

Une étrange minute de silence

Inprecor n° 135, 25 octobre 1982 · p. 34 · 585 mots

Pérou et Bolivie Mexique

Une étrange minute de silence Au cours de la deuxième quinzaine du mois de septembre, le cabinet du pré sident Belaunde Terry a dû se rendre devant le Parlement pour rendre des comptes sur sa politique économique désastreuse : l'Alliance populaire révolutionnaire américaine (APRA), parti bourgeois du centre droit, et la Gauche unie (Izquierda Unida - IU), avaient demandé son interpellation au Parlement, ces deux formations pensant possible de provoquer aindéstabilisation du cabinet. Mais, très rapidement, cette hypothèse s'est erronée. Le Parti d'action populaire (AP), au pouvoir, s'est solidarisé avec son gouvernement et l'a défendu par tous mettant de fait la Gauche L'un des points les plus importants de ce débat parlementaire, qui a duré plus de trente-six heures, a été la discussion sur les droits de l'homme au Pérou. Sous le prétexte de lutter contre le groupe « Sendero Luminoso » (Sentier lumineux), organisation guérillériste d'origine maoïste, le gouvernement péruvien a instauré dans plusieurs régions du pays l'état d'urgence, qui limite tous les droits constitutionnels. Ainsi, il est interdit de tenir des réunions, d'organiser des manifestations, ete. Toute personne peut être détenue sans enquête. L'état d'urgence a été décrété le 20 août, et jusqu'au mois de sep tembre, plus de 250 personnes ont été emprisonnées, parmi lesquelles on trouve Manuel Curotto, secrétaire général du Syndicat des employés de banque ; Lazo Tovar, président de la Fédération des étudiants péruviens ; et José Perez Olivares, dirigeant paysan. De plus, deux dirigeantes du mouvement lycéen ont été violées par un officier de l'armée péruvienne, et on sait que 300 personnes sont détenues à la prison de l'ile d'El Fronton.

C'est tout cela qui a été dénoncé, ce qui est correct, par les députés de la Gauche unie et par nos camarades du Parti

(PRT), section péruvienne de la IVe Internationale. Le problème est survenu lorsque Diaz Canseco, député de la IU, a dressé la liste des gens assassinés et emprisonnés par le régime. Manuel Ulloa, le Premier ministre, a alors déclaré démagogiquement qu'à la liste donnée par Canseco il fallait ajouter 50 policiers tués. Il demanda immédiatement une minute de silence pour ces policiers. Tous les députés de l'APRA, de TIU, y compris Fernandez Chacon du Parti socialiste des travailleurs (PST), organisation moréniste péruvienne, se levèrent et observèrent une minute de silence à la mémoire des massacreurs du peuple péruvien. Un seul député est resté sur son siège et ne s'est pas levé. C'était notre camarade Hugo Blanco qui, durant toute la minute de silence, est resté assis, les bras croisés.

La farce terminée, Manuel Ulloa taxa la gauche d'opportunisme et d'inconsé quence et, en ce qui concerne Hugo Blanco et le PRT, il déclara qu'ils étaient la couverture légale de l'organisation guérillériste « Sendero Luminoso ».

Il est clair que ni le PRT péruvien, ni camarade Hugo Blanco n'ont rien à voir avec l'organisation « Sendero Luminoso ». Ils défendent seulement ces militants contre la répression de l'Etat, mais ils les critiquent et se différencient d'eux, car ils pensent que la politique concrète de ce groupe et sa stratégie ne sont pas en rapport avec les conditions de la lutte des classes dans le pays.

Le gouvernement veut faire l'amalgame entre le PRT et « Sendero Luminoso » pour préparer l'opinion publique à la répression contre nos camarades et comp ter pour ce faire sur un certain consensus.

Ce n'est pas cela qui va arrêter les activités de nos camarades péruviens, et le PRT continuera à dénoncer le caractère répressif du gouvernement en place.

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