Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

POLOGNE

Lettre ouverte aux syndicats et partis ouvriers de l'Ouest

· Inprecor n° 136, 8 novembre 1982 · p. 6-7 · 1 717 mots

Syndicalisme Pologne

"Le soutien et la solidarité, voilà ce que nous attendons de vous"

Lettre ouverte des ouvriers polonais aux organisations

POLOGNE Amis,

La Junte militaire de salut national (WRON) du général Jaruzelski tente de manière systématique de détruire toute trace de la victoire ouvrière d'août 1980. Le vendredi 8 octobre 1982, les députés aux ordres des apparatchiks du département d'organisation du Comité central (CC) du Parti ouvrier unifié polonais (POUP) ont voté la « dissolution » du Syndicat indépendant autogéré Solidarité. Par là-même, la Junte a foulé aux pieds les accords d'août 1980 et toutes les conventions signées avec les organisations ouvrières et paysannes indépendantes, d'août 1980 à décembre 1981. En outre, elle a désavoué sa propre déclaration du mercredi 16 décembre 1981, selon laquelle Solidarité et les autres syndicats pourraient reprendre leur activité légale. Aujourd'hui, par la bouche du vice-Premier ministre Mieczyslaw Rakowski et de ses autre porte-parole civils, la Junte tente de faire croire à la société terrorisée et à l'opinion publique à l'étranger que Solidarité refusait tout dialogue et tout accord après le dimanche 13 décembre. C'est pour cette raison qu'il lui fallait liquider notre syndicat, au nom du « socialisme » et de la « paix dans le monde ».

Sachez qu'il s'agit là d'un mensonge éhonté. A de nombreuses reprises, les membres de Solidarité et sa direction clandestine - dont notre Comité ouvrier interentreprises Solidarité (MRKS) de Varsovie - ont fait savoir à la Junte qu'ils étaient prêts à entamer des discussions en

L'une des récentes manifestations populaires en Pologne. (DR)

syndicales et aux partis ouvriers de l'Ouest vue d'un accord. Notre seule exigence consistait en une condition politique et humanitaire élémentaire : la libération de Lech Walesa et des autres membres de Solidarité emprisonnés et internés. Nous étions prêts à entreprendre ce dialogue sous la menace des tanks et des baionnettes.

De la fin du mois de juin à fin août, nous avons suspendu les grèves et manifestations dans l'ensemble du pays. Au début de juillet, la direction clandestine de Solidarité avait annoncé officiellement, dans la déclaration intitulée « Cinq fois oui » - diffusée à des centaines de milliers d'exemplaires —, qu'elle était prête à la négociation et au dialogue. Durant la préparation des manifestations pacifiques du mardi 31 août encore, manifestations transformées par la police en une « corrida » sanglante, la direction de Solidarité a appelé la Junte à l'entente et à la recherche d'un accord. Quatre jours avant les manifestations pacifiques du 31 août, cinq militants de Solidarité, avec l'accord de la direction et en commun avec les représentants de la Confédération des syndicats autonomes (1), envoyaient une lettre au général Jaruzelski contenant un appel dramatique au dialogue.

La Junte a rejeté les appels de Solidarité dans la clandestinité. Elle a également ignoré les prises de position conciliatrices de l'Eglise. Les propositions des experts et de divers militants du syndicat appelant au dialogue et à l'entente se sont heurtées, elles aussi, à un mur de silence. Le mémoire du groupe d'intellectuels polonais bien connus du club « Expérience et Avenir » (DIP), les thèses des membres de Solidarité sur l'entente incluses dans la brochure « Août après Décembre », tous ces écrits ont fini dans les poubelles du général.

Tous les faits mentionnés ici démontrent qu'en ce moment dramatique de notre histoire nationale, c'est le mouvement ouvrier organisé dans Solidarité qui a fait preuve de maturité politique et de patience. La Junte, au contraire, a montré qu'elle était prête à tout sacrifier — le sang des ouvriers, l'économie, la souveraineté nationale - pour se maintenir au pouvoir. Comme l'a déclaré avec cynisme le porte-parole de la Junte, Jerzy Urban : « Le gouvernement arrivera toujours à se nourrir. » Il ne faut pas non plus oublier que, durant les seize mois d'activité légale de Solidarité, l'acte de violence le plus spectaculaire de la part de ce syndicat de 10 millions de membres a été l'expulsion de deux (!) chefs des anciens syndicats corrompus, évacués de leur entreprise sur une brouette.

Le « palmarès » de la Junte, quant à lui, au cours des dix mois qui ont suivi,

1. Les syndicats autonomes ont été créés à partir de septembre 1980 par une fraction de la bureaucratie des anciens syndicats, pour faire pièce à Solidarité. Revendiquant 800 000 membres — sans doute moins de 200 000 en réalité —, ils sont surtout implantés dans les ministères et dans l'appareil d'Etat, et ont coopéré ponctuellement avec Solidarité avant le coup de force du 13 décembre 1981. Certains de leurs dirigeants et militants, en particulier parmi les magistrats, ont été ensuite réprimés.

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Chèques bancaires et postaux à l'ordre de PEC (mention « Pour Inprekor en polonais »), a adresser à : Inprekor, 2, rue Richard-Lenoir, 93108 Montreuil, France.

Mandats bancaires a adresser à : PEC, BNP, agence Robespierre, 153, rue de Paris,

Prix du numéro : 15 FF ; 2,5 dollars US ; 100 FB ; 7 FS ; 7 DM ; 15 SKr; 1,5 livre sterling. Abonnement un an, six numéros : 75 FF ; 12 dollars US ; 500 FB ; 37 FS ;

s'établit ainsi : des dizaines d'ouvriers assassinés, des centaines de personnes torturées par la police et dans les prisons, des milliers d'autres battues et licenciées, des milliers d'emprisonnés et de condamnés à de longues années de prison pour cause d'activité syndicale, des centaines de milliers de travailleurs maintenus dans la terreur quotidienne dans les entreprises • militarisées. Aussi, lorsque vous entendrez les porte-parole de la Junte vous parler des « plans sanglants » de notre syndicat, souvenez-vous que ce sont les porte-parole d'assassins qui vous parlent, ceux qui peuvent se prévaloir de ce « palmarès »-

Aujourd'hui, la Pologne est un pays où le problème des syndicats est plus marqué par l'intérêt que leur porte la police que par le débat sur les voies de l'émancipation politique et économique de la classe ouvrière. Il faut qu'il n'y ait aucun malentendu : la Junte militaire ne lutte pas en défense du socialisme, elle lutte pour son pouvoir et ses privilèges.

C'est pour cette raison que le dialogue avec Solidarité lui est inutile, aujourd'hui comme hier. Ceux qui croient encore que ce qui est en jeu en Pologne, c'est la défense du « pouvoir populaire » ou de la « propriété sociale des moyens de production » sont passez-nous l'expression - des imbéciles finis. En Pologne, la Junte essaie par tous les moyens de préserver le « socialisme pour demeurés », « socialisme » fondé sur la trique, la peur et la corruption, sur les prisons et le des-

EN POLONAIS Le numéro 6 est paru! Au sommaire : Les manifestations de rue dans la stratégie de la grève générale ; Le mouvement antiguerre en Occident; Le mouvement ouvrier britannique face à « Solidarnose » ; en URSS ; Les pacifistes en RDA ; Le massacre des Palestiniens. Archives du mouvement ouvrier : Felix Morrow, l'Insurrection ouvrière en Espagne, 1936. 93108 Montreuil, France, compte numéro 230179/90.

Mandats postaux a adresser à : PEC, CCP 2 322 42 T Paris. 37 DM ; 75 SKr ; 8 livres sterling.

NSZZ

SOLiDARNOSC potisme des directeurs d'usine, des comdes commissaires misssaires politiques, militaires, des agents de la police et des apparatchiks. Les ouvriers polonais en ont d'un tel

«socialisme » d'un assez

« pouvoir populaire » de ce type-là.

SOLIDARNOSC Z SOLIDARNOŚCIA nr 6

PONDENC.JA PRASOMA wrzesien

MANIFESTACJE ULICZNE

W STRATEGII "SOLIDARNOSCI

Zurojenia na Zachodziywojenny

BRYTYJSKI RUCH ROBOTNICZY WOBEC

"SOLIDARNOŚCI " - SOCUALISCI N

ZSRR - PACYFIŚCI W NRD

POWSTANIE ROBOTNICZE - HISPANIA 1936

INPREKOR EN POLONAIS A BESOIN DE VOTRE SOUTIEN

La Junte croit qu'elle a « dissout » le Syndicat indépendant autogéré Solidarité. Plus d'un parmi vous se pose aujourd'hui la question : faut-il encore parler de Solidarité, cela a-t-il encore un sens de le soutenir ? Sachez qu'on ne peut dissoudre Solidarité, pas plus qu'on ne peut « dissoudre » la classe ouvrière polonaise. On peut l'écraser, mais cela impliquerait la destruction physique du monde du travail en Pologne. Il ne s'agit pas là d'exagérations de notre part. Vous dites « solidarité », nous disons « liberté ». Vous dites « socialisme », nous disons « justice et autogestion ». Posez-vous la question : peut-on maintenir longtemps en prison les aspirations à la liberté, à la justice, à une vie décente et au contrôle de l'outil de travail? Bien évidemment non, et c'est pour cela que Solidarité n'a pas été dissout et ne peut l'être. Aujourd'hui réduit à la clandestinité, emprisonné, « dissout » sur le papier, notre syndicat se reflète dans les yeux remplis de peur des généraux et des apparatchiks.

Amis, Nous attendons des organisations syndicales et des partis ouvriers occidentaux qu'ils entreprennent des actions unitaires et massives en défense des militants de Solidarité persécutés par la Junte. Nous attendons de vous que vous saisissiez toute occasion au niveau international de faire payer la note aux gorilles militaires. Nous attirons votre attention sur le fait que la Loi syndicale votée le vendredi 8 octobre est une farce au regard de la convention de l'Organisation internationale du travail (OIT). Ses décrets d'application remettent en fait la décision de la reconnaissance des syndicats nouvellement créés entre les mains de la police secrète. Le « modele » syndical qui nous a été imposé par la junte pour les années à venir, n'est rien d'autre que la copie du « modèle » chilien du général Pinochet. Le complément de ce modèle, c'est la transformation - par le biais de la loi -de toute administration étatique en une « armée de surveillants » disposant de droits et de privilèges spéciaux, à l'image du système hiérarchique de l'administration tsariste.

Nous sommes convaincus que les organisations et les partis ouvriers occidentaux sont prêts à mener une lutte déterminée de solidarité en défense des droits des travailleurs polonais. Nous sommes convaincus que vous voyez dans le soutien à Solidarité une forme de défense des intérêts vitaux et des droits des travailleurs occidentaux. Le soutien et la solidarité, aujourd'hui et demain, voilà ce que nous attendons de vous. De vous avant tout. De nous, vous pouvez attendre une chose : la poursuite de la lutte contre la Junte.

Solidarité n'est pas mort ! Comité ouvrier interentreprises Solidarité (MRKS)

Varsovie, le dimanche 17 octobre 1982.

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