C'est à un véritable raz-de-marée électoral en faveur des candidats du Parti ouvrier espagnol (PSOE) que l'on a assisté lors des élections anticipées aux Cortes (Parlement et Sénat) le 28 octobre (1). La formation de Felipe Gonzalez, le prochain chef de gouvernement qui sera désigné par le roi Juan Carlos dans les semaines à venir, remporte, avec 46 % des suffrages, 201 sièges au Congrès (Parlement) sur un total de 350, soit 25 de plus que la majorité absolue. Le score du PSOE est en nette augmentation (plus de 16 % des voix et 80 élus supplémentaires) par rapport aux élections législatives de 1979. Le 28 octobre 1982, ce sont 8,5 millions d'électeurs qui ont voté pour les candidats du PSOE, ce qui constitue, sept ans après la mort du général Franco et pour la première fois depuis la guerre civile espagnole, un événement
Les réactions populaires à ce succès ont été importantes. Des manifestations de joie ont eu lieu dans plusieurs villes, regroupant, notamment à Madrid, plusieurs dizaines de milliers de personnes. Mais le PSOE avait tenu à limiter le contenu politique de ces manifestations.
Les gouvernements socio-démocrates européens se sont empressés de se féliciter de la victoire du PSOE, ainsi que nombre de gouvernements conservateurs. Le département d'Etat américain a lui-même indiqué que les USA « soutiennent fermement le processus démocratique en Espagne et prévoient de travailler en étroite collaboration avec le prochain gouvernement » (le Monde, 31 octobre 1982).
La signification générale du scrutin du 28 octobre est l'accentuation de la bipolarisation politique de l'électorat. Le phénomène du « vote utile » a joué gauche en faveur du PSOE, et au sein des forces bourgeoises en direction de l'Alliance populaire (AP) de l'ancien ministre de Franco, Manuel Fraga Iribarne. L'AP obtient un résultat supérieur à celui indiqué par les sondages d'opinion, avec 25 % des voix et 105 élus, contre un peu plus de 5 % des voix et une dizaine d'élus en 1979. Le parti au gouvernement, l'Union du centre démocratique (UCD) de Landelino Lavilla, et le Centre démocratique et social (CDS) de l'ancien Premier ministre Adolfo Suarez, sont totalement marginalisés. La débâcle de l'UCD, qui passe de 35 % des voix et 168 députés à 7 % des voix et 11 élus seulement, est un phénomène sans précédent pour un parti au gouvernement dans l'Europe de l'après-guerre. Même le président gouvernement, Calvo Sotelo, et son ministre de l'Intérieur, n'ont pas été élu
De son côté, le Parti communiste es. pagnol (PCE) a connu, lui aussi, un échec cinglant, en perdant 1,2 millions d'électeurs par rapport à 1979. Passant de 9 % des voix et 23 élus en 1979 à 3,8 % et seulement 5 députés en 1982, le PCE va se trouver confronté maintenant à une aggravation considérable de sa crise interne. Deja, le résultat des élections régionales d'Andalousie, au printemps dernier, où le PCE était passé de 13 % à 8 % des voix, avait conduit deux dirigeants conle vice-secrétaire général, Nicolas Sartorius, et le secrétaire général des Commissions ouvrières (CCOO), Marcelino Camacho, à démissionner responsabilités au sein du Comité exécutif du PCE. Face à un PCE dont le programme électoral se démarquait très peu de celui du PSOE et dont la direction multipliait les exclusions bureaucratiques à l'encontre de tous les opposants à la ligne de Santiago Carrillo, cette sanction électorale ne faisait pas de doute. Mais son ampleur illustre le degré de l'échec de l'orientation eurocommuniste de Santiago Carrillo. La crise du Parti socialiste unifié de Catalogne (PSUC - PCE en Catalogne) a aussi porté ses fruits amers, puisque les élus communistes passent de 8 en 1979 à 2, à l'issue du scrutin du 28 octo-
Mais ce sera surtout au sein des Commissions ouvrières que le sombre résultat du PCE aura les répercussions les
Dans les nationalités, le PSOE obtient généralement des résultats en progression par rapport au précédent scrutin, du fait notamment de l'effondrement de l'UCD. Mais, au Pays basque comme en Catalogne, les résultats des partis nationalistes bourgeois marquent aussi une progression en nombre de voix par rapport à 1979. La Convergence et Union (CIU) de Catalogne gagne 4 députés supplémentaires et 300 000 voix et passe de 8 à 12 élus. Le Parti nationaliste basque (PNV) augmente aussi ses suffrages et obtient un député supplémentaire, ce qui porte sa représentation au Parlement à 8 élus. Quant nationalistes de Batasuna (HB), s'ils augmentent le nombre de leurs électeurs, ils perdent néanmoins un député par rapport à 1979, et n'ont que deux élus.
Les résultats des listes unitaires de la gauche révolutionnaire constituées à l'initiative de la Liga comunista revolucionaria (LCR), section de la IVe Internationale dans l'Etat espagnol, et du Mouvement communiste d'Espagne (MCE), ont largement souffert de la bipolarisation de toute la campagne électorale. Ainsi, les me dias ont-ils principalement rendu compte de la campagne des grands partis. Nos camarades de la LCR, qui ont eu droit à deux interventions à la télévision et à la radio nationale, se leur troisième passage car, là sentaient leurs propres listes, ils ont retiré leurs candidats au terme de la campagne pour appeler à voter, dans ce scrutin à un tour, pour des formations nationalistes radicales comme Herri Batasuna au Pays basque, ou pour les organisations ouvrieres de la gauche réformiste dans le reste du pays. Aussi, les résultats électoraux de leurs listes unitaires sont-ils très modestes: quelques milliers de voix seulement à Madrid, 5 000 en Catalogne, et une dizaine de milliers pour la coalition unie du Pays valencien ». Ces listes se sont aussi trouvées confrontées à la diffide populariser, en quelques semaines seulement, les nouveaux sigles adoptés par les différents fronts électoraux mis en place à travers le pays.
Aujourd'hui, nos camarades de la LCR vont néanmoins profiter des quelques points d'appuis unitaires qui existent certains endroits, pour mettre en place des regroupements unitaires de base de la gauche révolutionnaire. De plus, prenant acte de l'ample majorité absolue du PSOE au Congrès et de sa proposition d'un référendum sur le retrait de l'Espagne de l'Organisation du Traité de l'Atlantique-Nord (OTAN), la LCR va mener campagne pour obtenir que cette décision soit directement prise par vote de cette majorité parlementaire.
1. Pour l'analyse de la situation pré-électorale, voir l'interview de Jaime Pastor, dirigeant de la LCR, dans Inprecor numéro 135, du 25 octobre 1982.
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