Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

IRLANDE DU NORD

Les élections au nouveau « Stormont »

Inprecor n° 136, 8 novembre 1982 · p. 34 · 893 mots

Irlande Grande-Bretagne

Gerry Adams, vice-président de l'organisation Sinn Fein (provisoire), la branche politique de l'Armée de libération irlandaise (IRA), a remporté, dans la circonscription où il se présentait, les élections à la nouvelle Assemblée d'Irlande du Nord, qui se sont déroulées le 21 octobre dernier. C'est là une confirmation éclatante du rejet massif de cette Assemblée par la communauté nationaliste.

Cette Assemblée est la deuxième tentative des autorités britanniques pour mettre sur pied, dans les Six comtés d'Irlande du Nord, un organe législatif de « partage du pouvoir ». La première tentative avait eu lieu en 1974, sur la base de l'Accord dit de Sunningdale. Elle avait été abandonnée à cause de l'opposition déterminée des dirigeants protestants les plus extrémistes, qui refusaient toute concession à la population catholique, même d'un caractère purement tactique ou for-

Jusqu'en 1972, le Nord était dirigé par son propre Parlement, le Stormont. Ce dernier fut dissous après le « Dimanche rouge » au cours duquel 13 civils ont été tués dans la ville de Derry par les forces locales de maintien de l'ordre. Le gouvernement direct à partir de Londres fut alors institué et présenté comme une me-

A l'automne 1981, le gouvernement britannique chercha à stabiliser la situation en Irlande du Nord en instituant une Assemblée comprenant des représentants de la majorité protestante et de la minorité catholique. Cette Assemblée, compouvoir sur la vie sociale, économique ou politique. Cependant, sous réserve d'une demande faite par 70 % de ses membres, ou par un nombre suffisant de représentants des deux communautés, des pouvoirs plus étendus pourraient lui être accordés concernant certains aspects des affaires locales, sauf la police, l'ordre, et les affaires extérieures.

Toute proposition d'imposer un organe législatif local est ressentie par la population catholique nationaliste comme une tentative de réinstaurer le régime haï du Stormont, qu'elle considère comme totalement illégitime, car elle n'accepte pas le partage de l'Irlande en Nord et Sud, qui l'enferme dans un statut de minorité au sein du mini-Etat d'Irlande du Nord.

Le mouvement anti-impérialiste était divisé sur la question de la participation aux élections. Sa base de masse, celle qui avait été active dans la campagne contre les Blocks H, était très méfiante à cet égard et ne voulait pas paraître accorder une quelconque légitimité à cette Assemblée. Cependant, le Sinn Fein (provisoire) a fini par décider de participer aux élections au cas où le Parti social-démocrate

-parti nationaliste bourgeois) y participerait. En dépit des efforts des forces du mouvement qui s'opposent à l'impérialisme britannique, y compris « People's Democracy » (PD -section irlandaise de la IVe Internationale) et de Bernadette Devlin-Mac Aliskey pour arriver à organiser une campagne de boycott unitaire, le Sinn Fein et le SDLP se sont présentés aux élections, tout en promettant de ne pas occuper leurs sièges

Les résultats des élections, où le Sinn Fein a obtenu 10 % des votes et où 5 de

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ses 12 candidats ont été élus, tandis que le SDLP obtenait à peu près son score habituel, et 14 candidats élus, montrent à quel point la polarisation entre les deux communautés reste forte. Ils montrent également que ceux qui disaient que l'élection du militant gréviste de la faim, Bobby Sands, en mai 1981, ou de son successeur Owen Carron, un peu plus tard, n'étaient qu'une réponse émotionnelle à l'appel à " sauver les grévistes de la faim », avaient tort.

Par son vote, la communauté nationaliste a montré son rejet écrasant de l'Assemblée, et également que le Sinn Fein pouvait la mobiliser du fait de son opposition sans compromis à l'impérialisme britannique. La population nationaliste reste prête à combattre si on donne un cadre à sa mobilisation.

Malheureusement, le Sinn Fein ne se comporte pas suffisamment comme une direction de ces masses. Le résultat des élections montre qu'un boycott unitaire contre la présence impérialiste aurait eu un grand succès et aurait permis d'organiser à nouveau les militants de la campagne contre les Blocks H. Mais le Sinn Fein a gâché cette occasion en présentant ses propres candidats sur une plate-forme qui n'offrait guère de perspectives.

« People's Democracy », comprenant qu'un boycott partiel n'aurait eu aucun succès, a décidé de présenter deux candidats à Belfast, John MacAnulty et Fergus O'Hare, qui avaient été élus tous les deux au Conseil de la ville de Belfast l'an dernier. Leur but, en se présentant, était d'expliquer le plus largement possible la nécessité de reconstruire l'unité du mouquelques centaines de voix qu'ils ont obtenues soient un score décevant, le message était clair : « La question clé de ces élections est celle de l'unité. Construire à nouveau une force unie et confiante qui jette à bas le vieux Stormont et qui rende impraticable sa nouvelle version.

« Cela aurait pu être réalisé si tous les partis anti-unionistes avaient soutenu un boycott total. PD a lutté de toutes ses forces pour obtenir qu'une telle politique soit adoptée. L'intransigeance de la direction du SDLP, et son enthousiasme pour les manœuvres politiciennes qui mettent en jeu l'unité future de l'Irlande, ont empêché qu'une telle politique soit suivie.

« Dans cette situation, un boycott partiel serait inefficace. "People's Democracy " se présente à ces élections pour aider à reconstruire l'unité anti-impérialiste et une nouvelle lutte de masse qui permette le renversement de ce nouveau

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