Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ILE MAURICE

Première mini-crise gouvernementale

Inprecor n° 136, 8 novembre 1982 · p. 33-34 · 571 mots

Première mini-crise gouvernementale Une vague de différences d'arr-uciation a agité le nouveau gouverement mauricien formé par la coalitio: électorale constituée par le Mouvement militant mauricien (MMM) et le Parti socialiste mauricien (PSM) au pouvoir depuis sa victoire écrasante aux élections législatives du 11 juin dernier (cf. Inprecor numéro 130, du 12 juillet 1982). Un premier débat a eu lieu entre le ministre de l'Information, Harrish Boodhoo, dirigeant du PSM, et des députés MMM, dont Paul Bérenger, actuel ministre des Finances et de l'Economie, concernant un projet de loi établissant un contrôle gouvernemental sur la radio-télévision nationale jugé trop étroit par le leader du MMM. En toile de fond de cette discussion se trouvait l'importante offensive de la droite locale contre l'introduction du créole à la radio et à la télévision. Il semble que, sur cette loi, les choses se soient réglées autour d'un compromis.

Paul Bérenger, qui s'affiche ouvertement partisan d'un « socialisme de management qui tire pleinement les leçons des échecs d'un certain type de nationalisations effectuées ailleurs », et s'affirme également partisan du « consensus social », a eu, semble-t-il, plus de mal à convaincre les membres du gouvernement, y compris ceux du MMM comme le de la nécessité de l'application immédiate des mesures d'ausréclamées par le Fonds monétaire international (FMI), à ment des taux d'intérêts et une limitation des subventions d'Etat aux produits de base, ce qui entraînerait une hausse du prix de la farine et du riz.

Des élections municipales lant pour le mois de décembre 1982, certains dirigeants du MMM mauvais œil l'adoption prématurée de telles mesures impopulaires qui pourraient, comme par le passé, entraîner de vives réactions de la population.

Pour obtenir gain de cause, Paul Bé-

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renger a donc utilisé un procédé de chantage dont il est coutumier. Le 19 octobre, il remettait sa démission du gouvernement. Paul Bérenger avait déjà utilisé, au sein du MMM, le chantage à la démission de tout le Bureau politique du parti pour ne pas se retrouver minoritaire lors du débat sur le bien-fondé de l'alliance avec le petit parti bourgeois PSM, alliance dont il était le ferme partisan. Aujourd'hui, paradoxe de l'histoire, c'est contre une partie du gouvernement MMM-PSM que l'« apprenti-Rocard des mers du Sud » utilise le procédé.

Néanmoins, cette mini-crise gouvernementale a connu un dénouement rapide. Dès le 21 octobre, Paul Bérenger se déclarait « disposé à réintégrer le gouvernement, mais seulement si celui-ci est remanié, si certaines choses changent, et si un gouvernement homogène, sincère et courageux émerge » (le Monde, 23 octobre 1982). Et le 25 octobre, il reprenait son poste de ministre des Finances et de l'Economie pour mener des pourparlers avec la Banque Mondiale.

Il est impossible de savoir dès maintenant si Paul Bérenger a obtenu satisfaction du gouvernement sur le rythme d'application des mesures d'austérité envisagées. Il est clair cependant que le gouvernement MMM-PSM est d'ores et déjà, en moins de six mois d'activité, pieds et poings liés face au FMI. Et déjà s'élèvent des voix ouvrières pour dénoncer ce fait. Quelques grèves ont éclaté que le gouvernement n'a pu ni interdire ni réprimer comme le faisait le Parti travailliste au pouvoir jusqu'en juin dernier. Mais la timidité des réformes de la coalition MMM-PSM, les pressions de la droite, inquiète de la radicalisation ouvrière révolutionnaires et de courants « lutte de classe » dans le mouvement ouvrier mauricien, pourraient conduire assez rapidement à de sérieux problèmes sociaux.

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