Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

FRANCE

Recul gouvernemental partiel face à la mobilisation des femmes

Inprecor n° 136, 8 novembre 1982 · p. 33 · 800 mots

Femmes France

Le samedi 23 octobre, près de 15 000 personnes, en grande majorité des femmes, venues de toutes les régions de France, ont manifesté à Paris pour le droit à l'avortement. La première partie du cortège rassemblait, derrière une banderole unitaire, les organisations et asso(MFPF), Union de la région parisienne (URP) de la CFDT, « Choisir » --. de cortège, les organisations politiques qui soutenaient la manifestation, notamment la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), Lutte ouvrière (LO), les Jeunesses communistes révolutionnaires (JCR). mique, des chansons humoristiques raillant les positions de certains personnages politiques, au-delà de l'aspect gai et mobilisations de femmes, la manifestation prenait une signification particulière. Elle était, en fait, la première manifestation de la gauche interpellant le gouvernement depuis le 10 mai 1981. Depuis cette date, exceptées les mobilisations de solidarité internationale (Pologne, Palestine, ou contre Reagan), seule la droite a occupé la rue.

Ce n'est pas un hasard si ce sont les | cause le remboursement de l'avortement, | considéré comme acquis par les femmes, le gouvernement a provoqué une réaction de masse, publique, contre sa politique. Il aurait dû s'en méfier. Depuis la renaissance du féminisme dans les années 1970, l'avortement est le terrain sur lequel les luttes du mouvement des femmes ont été les plus massives. Depuis les mobilisations du Mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception (MLĄC) à partir de 1973 jusqu'aux manifestations lors de la modification de la loi en 1979, c'est toujours la même exigence qui est réaffirmée : choisir d'avoir ou non des enfants, et le droit pour les femmes à disposer librement de leur corps.

Lors des Etats généraux sur l'emploi des femmes, en avril 1982 (cf. Inprecor du 17 mai 1982), la commission « Avortement et contraception » constatait la dégradation des conditions de l'avortement, prévoyait de se mobiliser pour obtenir le droit réel à l'avortement et envisageait une manifestation pour la rentrée. L'annonce Sécurité sociale, en plein été, par Pierre Bérégovoy, ministre de la Solidarité nationale et de la sécurité sociale, n'a fait que confirmer l'urgence d'une unitaire, la plus large possible, pour obliger le gouvernement à tenir les promesses faites lors du 8 mars 1982.

Les organisations parties prenantes des Etats généraux, en liaison avec des associations féministes et familiales, réagissaient rapidement en lançant une pétition nationale et en appelant à des manifestations à Paris et en province pour le samedi 23 octobre.

Les réactions les moins nettes venaient du Parti communiste (PC) et du Parti socialiste (PS), qui ont pourtant ac-

June bonne place, dans leurs programmes respectifs, au droit des temmes à l'avortement et à son remboursement par la Sécurité sociale. Si ces deux partis ne se sont pas joints à la mobilisation (solidarité gouvernementale oblige), les positions gouvernementales ont provoqué de vifs remous dans leurs rangs, notamment

Devant l'ampleur des réactions et redoutant la mobilisation qui se préparait, le gouvernement annonçait précipitamment, trois jours avant le 23 octobre, le remboursement de l'avortement par l'intermédiaire de la Sécurité sociale, mais financé par un budget exceptionnel.

décision gouvernementale a changé, c'est que les femmes s'en sont mêlées. A cet égard, les mots d'ordre lors de la manifestation étaient clairs. Ce n'était ni pour remercier le gouvernement, ni pour lui apporter leur soutien que les femmes manifestaient, mais pour d'avoir obtenu une demi-victoire et qu'il fallait continuer. Les adversaires de l'avortement n'ont d'ailleurs pas désarmé. Déjà le 15 mai, ils avaient manifesté contre le remboursement de l'interruption volontaire de grossesse (IVG). Le 23 octobre, le groupe réactionnaire « Laissez-les-vivre » affrontait les CRS devant l'Elysée.

Dans un contexte économique où tous les porte-parole du gouvernement appellent à la rigueur, à la patience, « solidarité », les femmes savent bien ce que cela veut dire pour elles : c'est la remise en cause des droits acquis par leurs luttes, tant dans le domaine de leur droit à disposer d'elles-mêmes que dans celui de leur insertion dans la vie active. Elles savent bien qu'elles sont toujours les premières touchées en période de crise.

La mobilisation a déjà forcé le gouvernement à reculer, mais la bataille n'est pas gagnée. Le remboursement de l'avortement n'est qu'un premier pas. Il n'est qu'une étape dans la reconnaissance réelle du droit pour les femmes à disposer de leur corps. Ce droit ne deviendra effectif que lorsque toutes les clauses restrictives qui frappent les mineures et les femmes immigrées seront abolies, lorsque la Loi Veil-Pelletier sera abrogée et que l'avortement sera inscrit au Code de la santé publique. Seule une mobilisation des femmes et des travailleurs pourra l'obtenir. Et la bataille de l'avortement n'est qu'un aspect de la lutte plus globale que les femmes entendent continuer à mener contre leur oppression et leur exploitation, entre autres le droit à l'emploi et à l'égalité professionnelle.

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