Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

INDE

250 000 travailleurs du textile en grève depuis 10 mois

Inprecor n° 137, 22 novembre 1982 · p. 36 · 971 mots

Syndicalisme Inde et Asie du Sud

Le 20 octobre 1981, près de 25 000 travailleurs de plusieurs entreprises du textile de Bombay, en Inde, entraient en lutte sur des revendications salariales. Le 18 janvier suivant, une grève générale illimitée, concernant 250 000 ouvriers de 60 usines différentes, était décrétée par les travailleurs de ce secteur d'activité à Bombay. Après dix mois, cette grève peut d'ores et déjà être considérée comme l'une des plus importantes de toute l'histoire du mouvement ouvrier internatio-

Les ouvriers du textile de Bombay réaugmentation salariale de 50 % afin d'aligner leurs salaires sur celui des travailleurs industriels, des congés payés d'au moins un mois, l'étalement de la charge de travail sur toute l'année, des conditions de travail identiques pour tous les travailleurs du textile, l'abolition du Relations Act (décret régissant les droits ce de leur organisation syndicale, le Maharashtra Girni Kamgar Union.

faire aboutir leurs revendications salariales et se donner les moyens de lancer cette grève, les ouvriers du textile ont, en effet, été obligés de se détourner du syndicat reconnu par le Bombay InMill Mazdoor Sangh, affilié à une confédération liée au parti du Congrès (I) au pouvoir, qu'ils ont dénoncé pour son attitude de collaboration avec le patronat des filatures et le gouvernement. Ils se sont organisés dans un syndicat dirigé par le Dr Datta Samant, un ancien membre du parti du Congrès d'Indira Ghandi, et qui bénéficie aujourd'hui d'une réputation de « radicalisme syndical » parmi les jeunes travailleurs industriels de la ville. Les syndicats dirigés par les formations de la gauche réformiste, qui n'ont pu apparaître comme une alternative pour ces travailleurs, inquiets de cette concurrence, ont dénoncé I'« économisme pur » du syndicat de Datta Samant, mais force est de constater que les travailleurs sont tournés vers lui pour mener une des plus grandes grèves de l'histoire ouvrière.

Si cette grève est la plus importante intervenue en Inde, elle n'est néanmoins pas la première grève générale menée par des travailleurs du textile, secteur particulièrement combatif de la classe ouvrière de ce pays. Toutefois, aujourd'hui, cette lutte constitue un véritable enjeu national, à la fois par l'écho qu'elle rencontre dans la population ouvrière et rurale de la région de Bombay, du fait de la dimension politique contenue dans la revendication de reconnaissance syndicale, degré d'auto-organisation atteint par ces

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250 000 travailleurs

en grève depuis 10 mois

L'intransigeance patronale face aux revendications ouvrières s'explique en partie parce que le secteur du textile est en pleine restructuration. De grandes entreprises ont déjà opté pour l'introduction de l'automation dans la production, ce qui aura sans aucun doute un effet sur l'emploi. A la veille de la mise en pratique de tels projets, il ne serait pas bon pour le patronat de céder d'un pouce devant la mobilisation ouvrière. Aussi, les patrons du textile ont-ils décidé de licencier les travailleurs temporaires et menacent-ils de déplacer leurs usines dans d'autres régions du pays.

Par ailleurs, bénéficiant d'un réel appui populaire, la grève des ouvriers du textile devient un exemple et un élément de focalisation de toutes les protestations contre le gouvernement. Lorsque le 18 août dernier, à la suite d'une grève de policiers, des émeutes ont éclaté à Bombay, les travailleurs du textile, dont 24 furent arrêtés à cette occasion, ont été la cible principale des actions des forces répressives. Aujourd'hui, ces travailleurs se trouvent confrontés à un double problème : faire face à la répression tout en amenant leurs dirigeants à entrer avant dans l'action et la mobilisation.

Contribuant, à leur niveau, à la mobilisation en solidarité avec les grévistes du textile, nos camarades de la Ligue communiste (CL - Communist League, section indienne de la IVe Internationale), se sont associés avec un autre groupe trotskyste, le Groupe bolchevik-léniniste (BLG - Bolchevik-Leninist Group) et deux autres formations d'extrême gauche, pour constituer un front de défense de la grève. Ce front a déjà diffusé plusieurs ditracts, et posé des milliers d'affiches pour soutenir la grève. Il a également mené plusieurs initiatives publiques.

La solidarité est en effet un élément déterminant pour l'avenir de ce combat des travailleurs de Bombay, dont l'issue marquera l'évolution future des rapports de forces entre les classes. A ce propos, Proletarian Politics, organe de la Ligue communiste paraissant tous les deux mois, notait dans son édition du mois de mai 1982 : « L'aspect le plus intéressant de la grève est le soutien de plusieurs secteurs de la classe travailleuse dans les régions urbaines et rurales de l'Etat de Maharashtra. La majorité des travailleurs

Sont décidé de rester dans les villages durant la période de la grève. Ils y ont été accueillis par leurs parents et leurs amis. Pendant des tournées de dirigeants de la grève originaires des régions rurales du Maharashtra, d'énormes quantités de céréales d'une grande valeur ont été

Un meeting des grévistes du textile. (DR) données pour soutenir la grève. travailleurs grévistes ont été invités par leurs frères des campagnes à donner des détails sur leur combat de classe à Bomd'où il résulta une solidarité plus importante entre les prolétariats industriel et agricole. Durant le seul mois d'auril, 6 tonnes de blé ont été collectées dans les campagnes du Maharashtra. »

Depuis le début de la grève, il n'y a pas une initiative de solidarité du mouvement ouvrier de la région de Bombay qui ait rassemblé moins de 50 000 personnes. Au cours de la seconde semaine de mars 1982, 300 000 personnes ont participé à une marche de soutien à la grève du textile. En avril, des travailleurs du textile de New Delhi ont entrepris une grève de soli-

Ces mobilisations ouvrières sont les plus importantes depuis longtemps dans le centre industriel indien de Bombay. Après l'échec de la grève des cheminots de 1974, toutes les grandes grèves ouvrières ont été défaites. C'est dire l'impact qu'aurait dans le pays une victoire des travailleurs du textile.

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