Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AFGHANISTAN

Les moudjahedin du Panchir, interview d'un médecin de retour d'Afghanistan

· Inprecor n° 137, 22 novembre 1982 · p. 28-31 · 4 080 mots

Afghanistan URSS et Russie Femmes France

AFGHANISTAN médicale internationale

Ious lin ciden Membre de Traction in de retour d'Afghanistan. Membre de l'association Aide médicale internationale (AMI, 119, rue des Amandiers,

75020 Paris, CCP 13-274-46 G Paris), le Dr Jean-Philippe Tabard s'est rendu dans la région du Panchir, au nord-est de Kaboul, qui est une vallée importante du point de vue stratégique, car elle débouche sur la route Kaboul-URSS. Plusieurs autres associations humanitaires, comme Médecins sans frontières et Médecins du monde, travaillent aussi dans cette région, au même titre qu'Aide médicale internationale.

Une équipe médicale de l'AMI, qui soignait les combattants (moudjahedin) afghans, a assisté à

« INPRECOR » : - Vous étiez sur dans la vallée du Panchir au moplace ment où ont eu lieu les offensives soviétiques de cette année ?

Dr Jean-Philippe TABARD : - Oui, il y en a eu deux. Je suis arrivé en relève d'une équipe précédente, aux environs du 10 juin dernier, après un voyage de près d'un mois, au moment précis où a commencé la cinquième offensive militaire soviétique depuis le début de la guerre (janvier 1980). C'était une très grosse offensive, avec 10 000 Soviétiques engagés, chars, hélicoptères, avions, etc. De ce fait, le chef des moudjahedin de la vallée du Panchir, Massoud - de son vrai nom

Ahmed Shah —, a pensé que c'était trop nous et nous a donné dangereux pour l'ordre de retourner au Pakistan.

Nous étions de retour sur place vers le 15 août et nous nous sommes mis à soigner les blessés de l'offensive, peu nombreux, et essentiellement des civils atteints par les bombardements aériens, tout cela en « médecine itinérante », notre hôpital ayant été détruit, et pendant près de quinze jours. Le vendredi 27 août a commencé une nouvelle offensive à laquelle nous avons assisté. C'était une très grosse offensive, encore une fois de 10 000 hommes avec 150 à 200 chars, d'après ce que j'ai observé du haut des montagnes, avec au moins 40 avions bombardant les vallées,

80 hélicoptères, des troupes aéroportées ... Cette offensive s'est terminée le jeudi 16 septembre, de façon assez surprenante : alors que les Soviétiques étaient en situation assez favorable dans la vallée, ils ont tout quitté en une nuit.

Nous n'avons pas très bien compris pourquoi.

- Ces troupes ont-elles affronté les moudjahedin ?

- La tactique de Massoud est de refuser le combat, ce qui se comprend, puis-

Avec les Moudjahedin

de la vallée du Panchir

Entretien avec un médecin de l'Aide de retour d'Afghanistan mois d'octobre Nous publions ce plusieurs offensives que ses forces combattantes ne sont que le dixième de celles qui l'attaquent et qu'elles sont beaucoup moins bien équipées. A des points stratégiques, il a des postes où il s'efforce de résister, mais il décroche dès que cela devient mauvais, et passe à des opérations de coups de main. Naguère, il ne les faisait que la nuit, car les Soviétiques restaient immobiles la nuit, mais maintenant que les Soviétiques bougent aussi la nuit, Massoud change sa tactique, attaque aussi bien de jour que de nuit, mais toujours par petits groupes capables de replis très rapides.

- C'est en somme la stratégie de la guerre révolutionnaire de Mao Zedong ?

- On en parle en effet, et l'on dit qu'il a lu Mao Zedong et Vo Nguyên

- Vous aviez donc essentiellement à soigner des blessés civils?

- Oui, des blessés par les bombardements, surtout ces fameuses bombes à fragmentation dont les éclats sont extrêmement tranchants. Si cela vous arrive sur le pied, il est déchiqueté, sur le bras, au minimum une fracture ouverte avec de grands lambeaux de chair qui s'en vont. J'ai vu une gamine qui avait les fesses complètement arrachées.

- Comment se passe l'offensive ? - En fait, ils occupent le terrain. - Détruisent-ils les villages ? - Ce sont les hélicoptères qui les détruisent. C'est au cours de la première offensive qu'ils ont détruit le plus. Toute la partie sud de la vallée, en dessous d'un village qui s'appelle Bozorah, est détruite à 80 %. Tout le reste de la vallée principale jusqu'à un village qui s'appelle Omar, militaires des forces d'occupation soviétiques et des troupes gouvernementales afghanes. Cette interview a été réalisée à

Paris pour Inprecor, au cours de la seconde quinzaine du témoignage comme élément d'information sur l'évolution de la situation en Afghanistan. Nous renvoyons tout lecteur désireux de connaître la position de la

IVe Internationale sur l'Afghanistan à la lecture de la résolution adoptée par le Comité exécutif international (CEI) de la

IVe Internationale lors de sa session de mai 1981, intitulée

« Pour un Afghanistan indépendant, fédéral et socialiste ! » et publiée dans Inprecor numéro 105, du 6 juillet 1981.

est détruit à 40% environ. Dans les vallées adjacentes, c'est détruit à peu près à

20%, toujours par bombardement aérien, sauf dans quelques vallées où les Soviétiques ont pris pied et ont brûlé quelques maisons, mais en nombre négligeable par rapport aux bombardements aériens, surtout par hélicoptère. Leurs tirs sont très précis, mais parce que ce sont de petites roquettes, ils font moins de dégâts que les avions à réaction, dont les tirs, moins précis, détruisent tout sur à peu près 100 mètres lorsqu'ils touchent une maison.

- Et quand les troupes arrivent, les habitants sont partis ?

- Presque complètement. Au cours de cette deuxième offensive, où j'étais présent, j'estime qu'il y avait au moins

60 000 habitants réfugiés dans les montagnes et dans les vallées adjacentes, sur une population de quelque 100 000 personnes. Ne restent dans les villages que ceux que l'on appelle les « barbes grises » ou

4 ban ne leur fera pas de mal. Cet en blanches », qui considèrent

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général vrai. On m'a cité des cas contraires dans d'autres provinces, comme le Logar, mais dans le Panchir, les Soviétiques se contentent de les enfermer.

- Et le repli s'est effectué sans qu'on comprenne pourquoi ?

- Il y a diverses interprétations. Celle d'un journaliste britannique, que j'ai rencontré sur place et qui est allé déjà onze fois en Afghanistan, qui estime que toutes les offensives soviétiques sont programmées de date à date, très précisément, et qu'à l'échéance on rentre à la maison quel que soit le succès ou l'insuccès de l'offensive ... C'est peut-être vrai. Mais dans ce cas, il me paraît très bizarre que le retrait ait été si rapide. Ainsi, dans la vallée de Dara, qu'il faut un minimum de six heures pour parcourir, en marchant bien, la retraite s'est effectuée en une nuit. Or, pour une retraite militaire, qui nécessite quatre heures de plus, c'est tout de même extrêmement rapide, car c'est une région où ni les tanks ni les camions ne peuvent aller, où l'on ne va done qu'à pied.

- Et ont-ils des pertes ? - Les chiffres que donne Massoud sont assez considérables. Je me méfie naturellement des chiffres donnés par un seul côté, mais j'ai noté que jusqu'à l'offensive de mai 1982, tous les chiffres donnés par Massoud ont été confirmés par les milieux diplomatiques de Kaboul, d'où ma confiance en lui. Pour l'offensive de mai-juin, il dit avoir tué 3 000 Soviétiques, détruit 180 chars et une vingtaine d'hélicoptères et de Migs. Ce que je peux assurer, c'est qu'il y en a qui sont détruits. J'ai vu des carcasses au sol. En mai, les moudjahedin ont mené une attaque contre l'aéroport de Bagram (à soixante km au nord de Kaboul), la principale base aérienne des Soviétiques, où ils ont détruit 24 appareils au sol. Chiffre confirmé à Kaboul.

- Quel armement ont-ils donc ?

- Ils ont le classique fusil d'assaut Kalachnikov. Pratiquement tous les moudjahedin en sont maintenant équipés. On ne voit plus les vieux fusils anglais Lee Enfield Mk III, qu'on trouve encore dans d'autres régions. Ils avaient treize armes anti-aériennes, dont de grosses mitrailleuses à quatre pieds, très mobiles, qu'on peut transporter en deux heures à plusieurs kilomètres, et des canons montés sur roues.

- Quelle est l'origine de ces armes ? - Elles viennent du Pakistan et portent toutes le triangle chinois, ce qui ne veut pas dire qu'elles soient livrées par les Chinois. Il y a aussi des armes lourdes qui viennent d'Egypte, seul pays qui reconnaît son aide officiellement. Tout passe par le Pakistan. Les relations Pakistanmouvements de résistance installés dans

100 200 km U. R. S. S BALK Shibarghan MazarMaiman Murga 452 BAMIAN BADGHIS Bamian a- Hon Rud GHOR AFGHANISTAN - A 2823 radpat • URUZGAN 3788 ZABUL andahar 4 2981 HELMAND Darweshan. KANDAHAR CHAKHANSUR Désert Safer Régistan ce pays, à Peshawar, sont plutôt bonnes actuellement.

- Et les relations résistance intérieure-partis politiques afghans installés à Peshawar ?

- C'est difficile à apprécier. Les trois partis « fondamentalistes » installés à Peshawar me semblent avoir derrière eux 80 % de la population afghane. Le plus important numériquement est le Harakat - e Enquelâb - e Islami (Mouvement de la révolution Islamique) ; le deuxième, le Jamiat - e Islami (Société islamique) est le plus important du point de vue militaire ; le troisième, le Hezbi - Islami (Parti islamique de Gulbuddin Hekmatyar), est rejeté maintenant par tous les autres partis. L'alliance entre nationalistes, fondamentalistes, voire quelques progressistes, me semble ne pas aller trop mal à Peshawar, pour la répartition des moyens financiers et des armes. Le Hezbi - Islami est non seulement rejeté par tous, mais il s'exclut lui-même de l'unité avec les autres. Massoud est même allé jusqu'à me dire que le Hezbi - Islami était « un ennemi pire que les Russes. (1) » A l'intérieur, la résistance a besoin des partis de Peshawar, puisque les armes ne peuvent transiter que par là. Certains leaders sont réellement affiliés, comme Massoud, qui fait partie du Jamiat - e Islami. D'autres n'utilisent les partis que pour le ravitaillement en armes.

- Dans le Panchir, la résistance est-elle unifiée ?

- Oui, tout entière contrôlée par le Jamiat - e Islami. Un seul village serait favorable au Hezbi - Islami. Les Tadjiks qui peuplent tout le nord de l'Afghanistan, et dont le chef est Rabani, sont tous contrôlés politiquement par le Jamiat - e Islami. Mais dans ce pays, les différences relèvent parfois beaucoup plus

HA •Dour RADARSHAN KUNDUZ TAKHAR LO , Khanabad SAMANGAN- BAILAN Hindou

Nouristan MPARWAN 6 KAPISA Tunnel de Salang KHUNAY

LAGHMAN 9 WARDAK Sha NANGARHAR Djeratu P KATAWAZ PAKISTAN

URGUN!

LAHORE

B'ALOUTCHI

Der divisions ethniques qu'idéologiques.

— Est-il vrai que d'autres centres de résistance ont envoyé de l'aide à ceux de la vallée du Panchir ?

- Les chiffres sont un peu contradictoires, mais il est certain que d'autres groupes de résistance ont envoyé des renforts, notamment les Hazaras. J'ai entendu parler de 1 000 combattants. Un tel chiffre me parait difficile à accepter, car déplacer 1 000 moudjahedin n'est pas une affaire facile. Mais le soutien est certain, composé d'hommes du Chamali, du Nouristan et du Hazaradjat ... Et c'est certainement la plus grosse victoire de Massoud que d'être parvenu à rassembler ces forces en soutien de son front. Il est ainsi devenu le symbole de la résistance en Afghanistan.

-Pendant que vous étiez dans le Panchir, avez-vous eu connaissance d'autres actions dans le pays?

- Oui. Il y a également eu en juin une offensive dans le Logar, qui a très mal

1. Le Monde du 4 novembre 1982 indique que des combats entre différents mouvements ont lieu dans la montagne de Kohe Safi, proche de la vallée du Panchir. Le parti fondamentaliste Hezbi - Islami de Gulbuddin Hekmatyar y mêne une offensive pour récupérer son influence sur les villages de cette région tombes aux mains de fractions rivales. Les partisans du Hezbi - Islami s'opposent donc, les armes à la main, à ceux d'une coalition regroupant le Jamiat - e Islami, le Harakat - e Enquelab - e Islami et une dissidence du Hezbi - Islami dirigée par Younous Khales. Le journaliste du Monde rapporte les propos d'un chef local du Jamiat - e Islami affirmant que le Hezbi - Islami « est allé jusqu'à frapper les femmes d'un village ; même les Soviétiques n'étaient pas allés jusque-là »: il note, par ailleurs, que dans cette région ces affrontements prennent le pas sur les combats contre les troupes soviétiques et gouvernementales afgha PICS

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pour la résistance, parce que là, tous les partis s'entre-combattaient. Il y aurait eu plus de 2 000 moudjahedin tués. C'est à Peshawar que j'ai eu connaissance de ces informations, car lorsqu'on dans une région comme le Panchir, on ne sait presque rien de ce qui se passe ailleurs, sinon par la BBC, qui est écoutée pour obtenir des nouvelles d'autres régions de l'Afghanistan. Il y a aussi les nouvelles qui arrivent de Kaboul pour les opérations menées par les forces du plateau des Chamali, plus ou moins contrôlées par Massoud. Les rapports mentionnent que les activités des moudjahedin à l'intérieur même de Kaboul se sont accrues, ce qui est confirmé par les rapports que reçoivent de leurs collègues de Kaboul les diplomates en poste à Islamabad, au Pakistan. Ces actions auraient beaucoup augmenté depuis le mois de décembre 1981: destruction de commissariats, de réservoirs d'essence, ete.

- Y avait-il des troupes afghanes gouavec les Soviétiques, lors menées contre Massoud - Oui. Mais les Soviétiques ont changé de tactique avec elles. Au début, ils plaçaient toujours ces troupes afghanes en avant, mais comme les Afghans ne sont pas très motivés pour faire ce sale boulot et qu'il y avait énormément de désertions, ce sont maintenant les troupes d'élite soviétiques qui sont devant et font le travail difficile, comme pénétrer dans la montagne. Les soldats afghans n'y mais parvenus, tandis que d'élite soviétiques y parviennent, précédées de bombardements par hélicoptères. Ensuite, des troupes aéroportées sont déposées au sommet des collines, ce qui permet aux troupes d'élite de franchir les montagnes. Les Afghans suivent.

de l'offensive de mai-juin, les Soviétiques ont investi la vallée puis retiré progressivement leurs troupes. Enfin, au bout d'un mois et demi environ, ils ont installé cinq postes tenus par des gouvernementaux afghans. Quand je suis arrivé, trois de ces postes avaient été repris par les moudjahedin. Les deux postes encore contrôlés par les Afghans lors de l'offensive de septembre, situés à l'entrée de la vallée, n'avaient toujours pas été repris un mois après cette offensive. Le but de Massoud était de les anéantir avant le début de l'hiver, pour faciliter le ravitaillement en munitions. Mais, en général, ce type d'opération ne pose pas trop de problèmes, car les Afghans ne sont pas du tout motivés par cette guerre. Pendant mon séjour là-bas, j'ai pu voir une cinquantaine de déserteurs afghans, et il a dû y en avoir certainement beaucoup plus.

- Et comment la population supporte-t-elle moralement cette situation ?

- C'est difficile à dire. L'inquiétude est grande, surtout chez les adultes. Mais ils sont cependant tous très solidaires des moudjahedin. A la fin de l'offensive, ce n'était qu'une seule voix : « On les a mis dehors / » C'était vraiment leur victoire autant que celle des combattants. Mais, en même temps, ils souffrent de grands problèmes psychosomatiques, troubles du sommeil, maux de tête, etc., ce qui est bien compréhensible vu l'intensité des bombardements dans la région. Mais ils

— Y a-t-il une évolution politique de la résistance ?

- Avec Massoud, nous avons beaucoup parlé. Son but, c'est la révolution islamique. Mais qu'est-ce que c'est ? Quand on lui demande : « Comme Khomeini en Iran ? », il répond : « Non ! Dans sa révo lution islamique, Khomeini n'a rien proposé aux gens. » Et il ajoute : « Le Coran n'est pas une idéologie politique. » Il le comprend très bien et compare même le Coran à l'Evangile, disant : « Dans vos vous pourriez tirer deux cents idéologies politiques de l'Evangile, depuis l'extrême droite de Pinochet jusqu'à la gauche. Pour le Coran, c'est pareil. Tirer une politique du Coran, c'est le travail que nous souhaitons que fasse pour nous le Jamiat - e Islami à Peshawar. Nous, sur le terrain, nous avons autre chose à faire. » Nous lui avons demandé ce que, précisément, il désirait qu'on en tire, et là, ses réponses

Nous avons notamment abordé le problème des femmes, et il nous a répondu que la condition actuelle de la femme en Afghanistan n'était pas conforme à l'enseignement du Coran, que par exemfemme ne devrait pas de dot et devrait avoir le droit de choisir son mari, et que ce sera là un problème à examiner à la fin de la guerre.

Il a même précisé que tous les problèmes qui avaient provoqué le coup d'E-

Noor Mohamad Taraki en 1978, tels que le problème de la répartition de l'eau, de la réforme agraire, de la scolarisation des enfants, des femmes, allaient ressurgir lors de la fin de la guerre, que ce soit dans cinq ans ou dans vingt ans... Mais il ne fait pas de propositions nettes. Massoud est un fondamentaliste islami-

- Vous n'avez pas eu de contacts avec des éléments des partis de la gauche de la résistance afghane ?

- Non ! Ils sont certainement en très petite minorité. Le plus important - dont on parle peu - est la SAMA, qui mènerait des actions à l'intérieur de Kaboul, qui compterait quelques militants répartis

IINTERCONTINENTAL PRESS

dans tout l'Afghanistan (2), mais qui combattent toujours dans les rangs d'autres mouvements, parce qu'ils ne sont pas assez nombreux pour agir de façon autonome. Il semble que leurs relations avec les autres mouvements sont nettement meilleures que celles de ces mouvements avec le Hezbi - Islami, qui sont des Pachtouns, mais qui sont considérés, par exemple par Massoud, comme de « mauvais musulmans ». Le rejet est si fort que Massoud avait fait savoir à Rabani, au moment de la formation de l'Alliance islades moudjahedin d'Afghanistan (3), que si le Hezbi - Islami y participait, il quitterait le Jamiat - e Islami.

- Les moudjahedin sont-ils au courant de ce qui se passe en Pologne ?

- Oui. Le Panchir est une vallée où le développement culturel est extraordinairement important. Pratiquement tous moudjahedin savent lire alors que, par exemple, l'an dernier, dans le Hazaradjat, s'il y avait 2% de gens qui savaient lire et écrire, c'était le maximum. Tandis que dans le Panchir, le service de transmission se fait par petits bouts de papier, pour faire évacuer la population civile, pour les besoins en ravitaillement, ete. Ils ont pratiquement tous la radio, et ils écoutent notamment la BBC en langue

Ils ont done des nouvelles du monde entier. J'ai parlé de la Pologne avec Massoud, qui pense que la meilleure aide qu'il pourrait espérer serait une guerre des Soviétiques en Pologne, parce qu'il pense qu'entre la Pologne et l'Afghanisles Soviétiques lâcheraient d'abord l'Afghanistan. Il est aussi au courant de ce qui se passe dans le reste du monde. Il connaît les événements qui se déroulent au Salvador. Et cela l'inquiète, lui fait problème. Il nous a dit : « Il y a aussi Fidel Castro. D'où proviennent les armes qui vont au Salvador ? Ce sont des armes

2. La SAMA (Sazema - e - Azadibakhch - e Mardom - e - Afghanistan, Organisation pour la libération du peuple d'Afghanistan, axe du Front national uni), a répondu aux questions à ce sujet dans une interview accordée à l'organe marxiste afghan Djerga (le Conseil), dont la traduction a été publiée par Rouge numéro 1033, du 8 au 14 octobre 1982.

3. L'Alliance islamique des moudjahedin d'Afghanistan est l'organisation fondée en mars 1982 par les trois partis suivants : le Front de libération nationale (Djebha - e - Nejate - Melli), le Mouvement de la révolution islamique (Harakat - e Enquelâb - e Islami) et le Front national islamique (Mahaz - e Melli - Islami).

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soviétiques ? » Cela l'intrigue. Par ailleurs, comme il rencontre beaucoup de çais, et qu'il parle leur langue, il suit les péripéties de la politique française. Un personnage difficile à comprendre pour lui, c'est Régis Debray. Il compte sur lui pour que le gouvernement français fasse quelque chose pour l'Afghanistan, même si c'est un ami de Fidel Castro. Pour lui, il y a là une énigme. Il pose la question à tous les Français : « Comment comprendre cela ? » Notez d'ailleurs que Massoud est un sunnite, et que les sunnites sont en général beaucoup plus tolérants et plus ouverts aux idées que les chiites. Ainsi, avec les chiites du Hazaradjat, que j'ai rencontrés l'année dernière, quelques problèmes, et les autres médecins français aussi. En particulier sur la question Mais même les mollahs sunnites sont très ouverts, très hospitaliers.

- Et les conditions matérielles de la - Pendant la première offensive, aucune culture n'a pu être faite, parce rien n'avait été irrigué, tout est done mort sur pied. Lors de la deuxième offensive, une partie des cultures a pu être faite. Mais, au Panchir, la situation risque d'être catastrophique. Déjà avant mon départ, j'ai constaté de gros problèmes pour les enfants. Ce n'est pas la famine, mais le stade de la malnutrition, et donc de fragilité pour les épidémies éventuelles. Il y a beaucoup de diarrhées chez les enfants, maladie qui fait généralement partie de la pathologie classique des réfugiés.

Cela pourrait très mal tourner cet hiver. Dès notre retour en France, nous nous sommes efforcés de faire partir tout ce que nous avons pu trouver sur le plan médical. Il faut environ un mois pour que cela arrive. En ce qui concerne la nourriture, nous avons pris contact avec des organisations organismes officiels sont toujours un peu parce qu'ils dépendent des gouvernements. Nous espérons tout de

Les moudjahedin supportent assez bien cette guerre, car ils ont peu de blessés, mais ce sont les civils qui souffrent terriblement bombardements. cours de cette deuxième offensive, il y a eu plus de 200 civils tués par les bombar-

- Du point de vue de l'organisation sociale, la société se

- Du point de vue des femmes, pas du tout. C'est pour nous le problème le plus choquant : la femme à la maison, et qu'on met dehors dès qu'il y a un homtoutes les femmes médecins avec lesquelles j'ai confronté mes impressions, que la femme afghane, pour l'instant, ne semble guère se soucier de son statut. Ce qui compte pour elle, c'est qu'on arrête de bombarder ses enfants. Ce n'est peut-être pas très progressiste, mais c'est la vérité. Dans chaque famille, il y a deux ou trois gamins qui sont morts sous les bombardements et c'est, bien sûr, ce qui compte pour elles. Quant à la hiérarchie sociale, elle a été fortement bousculée par la résistance. Massoud n'a que 27 ans. Autour de lui, ce sont des jeunes, et c'est cette direction qui est beaucoup plus importante que les « barbes blanches»,

Moudjahedin dans les montagnes d'Afghanistan. (DR) alors qu'auparavant c'étaient eux les mai tres de la région. Par exemple, c'est de n'avoir pas su régler le problème crucial de la répartition de l'eau, condition essentielle de toute réforme dans ce pays, ou celui de la distribution des semences, qui a fait échouer la réforme agraire de Noor Mohamad Taraki (1978). Une modification profonde est intervenue dans ce domaine. Les moudjahedin ont transformé le système de distribution de l'eau dans le but d'obtenir, tout simplement, un rendement agricole maximum. Ils ne se sont pas préoccupés de l'intérêt de ceux qui possédaient les sources, ni d'une meilleure répartition sociale, mais seulement de la production maximale : leau sur les meilleures terres, aux meilleurs endroits, pour que cela rende le plus possible. Et la nourriture est répartie de telle façon que les familles des moudjahedin morts au combat, ou celles dont la maison a été bombardée, puissent subsister. Il y a aussi une répartition entre ces familles de l'argent que possède le Jamiat - e Islami du Panchir. Ce sont toujours des sommes extrêmement faibles, de l'ordre de 1 500 à 2 000 afghanis, c'est-à-dire à peu près 200 francs français par mois, ce qui, pour une famille de dix personnes est très peu. Mais, dans les conditions actuelles, cela est très important. Après la première offensive du printemps 1982, des membres des Amitiés franco-afghanes (AFRANE) sont venus dans le Panchir avec une somme de 130 000 francs français, qui a été répartie par les adjoints de Massoud en fonction des destructions. Tout l'argent a été distribué dans des buts spécifiquement humanitaires. Propos recueillis par Michel LEQUENNE

Paris, octobre 1982.

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