Nouveau recul de la gauche à l'élection présidentielle du 20 octobre Lors des élections du 21 juillet 1977, le très réactionnaire United National Party (UNP, Parti de l'unité nationale) remportait une majorité écrasante au Parlement, modifiant ainsi totalement les rapports de forces électoraux issus des précédentes élections de mai 1970. (Voir Inprecor nouvelle série, numéro 12, 15 septembre 1977). C'était la sanetion du bilan de la coalition gouvernementale de Sirimavo Bandaranaike, qui avait regroupé le Sri Lanka Freedom Party (SLFP, Parti de la liberté), le Lanka Sama Samaja Party (LSSP, Parti de l'égalité qui a rompu dans les années 1960 avec le mouvement trotskyste), et le Parti communiste (PC). Dès avant les élections de 1977, la crise gouvernementale avait amené le PC, le LSSP et une scission du SLFP à former de leur côté une nouvelle coalition électorale, le United Left Front (ULF, Front de la gauche unie). Cette division et le bilan de plusieurs années de soutien à une politique anti-ouvrière, alors que ces partis étaient majoritaires au Parlement, laissaient le champ libre à la victoire de PUNP. Junius-Richard Jayewardene, leader de cette formation, devenait alors Premier ministre. Pour parfaire la victoire réactionnaire, il amendait en 1978 la Constitution de 1972, et se faisait nommer président de la République, accumulant les fonctions de chef de l'Etat et du gouvernement, et de Commandant en chef des forces armées.
Le nouveau président ceylanais n'hésita pas à utiliser ses pouvoirs, quasi dictatoriaux, pour briser toute opposition à son régime, notamment pour museler la forte minorité nationale des Tamouls et le Front uni de libération tamoule (TULF), devenu la principale force de l'opposition parlementaire. Pour porter un décisif au mouvement nationaliste tamoul, J-R Jayewardene envoya l'armée et la police dans les régions tamoules du nord et de l'est du pays, et fit adopter une législation interdisant toute organisation indépendant. Pour éliminer son principal concurrent bourgeois, sur l'activité du précédent gouvernement dirigé par le SLFP fut mise en place. L'ex-Premier ministre, Madame Sirimavo Bandaranaike se vit, au terme de l'enquête, privée de ses droits civiques et donc de la possibilité de se présenter aux élections, et même de soutenir un candidat ou un parti.
D'un autre côté, les partis de la gauche traditionnelle se sont retrouvés entierement paralyses par leur deroute electorale de 1977. Le Front de la gauche unie se brisa en 1978. De ce fait, seul le mouvement syndical était en mesure de mobiliser les travailleurs face à l'offensive anti-ouvrière du gouvernement. La formation, en 1978, du Joint Trade Union Action Committee (JTUAC, Comité unitaire syndicale), fut un moment important de ce combat. Le JTUAC fut même capable de faire reculer partiellement le gouvernement sur certaines mesures. Mais avec la défaite des grèves de juillet 1980, le JTUAC se désintégra. Près de 75 000 ouvriers avaient été lockoutés par le gouvernement. Le mouvement syndical avait donc lui aussi été défait à son l'UNP se trouvait confronté à de sérieux problèmes économiques. La zone franche qui devait attirer les investisseurs étrangers et procurer 150 000 emplois industriels n'en amena guère plus de 20 000. L'inflation s'élevait à 40 % par an, d'après les statistiques officielles. Le niveau de vie des travailleurs était ramené à un seuil proche de la misère. Les paysans, trompés par les promesses gouvernementales, voyaient toujours les compagnies impérialistes comme Nestlé, Guthrie et British Tobacco bénéficier de concessions de terres cultivables. De manière latente, le gouvernement de PUNP se trouvait confronté à un certain ressentiment populaire et à la montée de la revendication tamoule d'autodétermination.
C'est dans ce contexte général que J-R Jayewardene convoqua les élections présidentielles du 20 octobre 1982, pour obtenir un nouveau mandat et continuer sa politique réactionnaire. Il ne faisait d'ailleurs pas mystère de son objectif, en affirmant ceci : « Après la victoire électorale que je vais remporter, la carte électorale du Sri-Lanka pourra être rangée pendant dix ans » (Le Monde du 19 octobre 1982).
Or, l'opposition demeurait très divisée. La principale force d'opposition parlementaire, le TULF, ne se décidait pas à donner de consigne de vote, faisant ouvertement le jeu de l'UNP. Le TULF finira néanmoins par appeler à l'abstention. Le concurrent bourgeois de l'UNP, le SLFP, privé de la possibilité de présenter Sirimavo Bandaranaike, était plongé dans une sérieuse crise interne. Une unité précaire se fera autour de la candidature de Hector Kobbekaduwa, ancien ministre de l'Agriculture du gouvernement de Bandaranaike. Le PC ne présenta pas de candidat et appela à voter pour Hector Kobbekaduwa, le candidat du SLFP au nom de la défense de la « démocratie ».
Revolutionary Marxist Party (RMP, Parti marxiste révolutionnaire, section ceylanaise de la IVe Internationale), milita pour la désignation d'un candidat commun de toute la gauche aux élections présidentielles, face à celui de PUNP. Il s'agissait ainsi de parvenir à offrir une réelle alternative sur le plan électoral au duel prévisible entre les deux formations bourgeoises, le SLFP et l'UNP. Mais les autres forces de la gauche se refusèrent à cette perspective, s'enfonçant dans la division.
Le JVP (Janatha Vimukthi Peramuna, Front de libération populaire), décida de présenter son propre candidat, Rohana Vijeweera, qui avait été condamné à la prison à vie après l'insurrection de 1971. Le LSSP présenta Colvin R. de Silva, « comme candidat commun qui puisse faire l'unité de toutes les forces antiUNP ». Face à cette situation d'extrême division, le RMP décida d'apporter son appui critique au candidat du SSP, Colvin R. de Silva. Sans aucune illusion sur la nature de la politique réformiste d'un LSSP dont les penchants pour la collaboration de classe avec le SLFP sont connus, cette décision prenait en compte le fait que le LSSP était, parmi les candidatures de gauche en lice, celle présentée par le parti disposant de la plus importante base sociale ouvrière. Aussi, la campagne pour l'élection de Colvin R. de Silva permettait au RMP de faire de l'agitation autour de ses propositions en direction du mouvement ouvrier.
Au niveau syndical, le Government Clerical Services Union (GCSU, syndicat des fonctionnaires), décida aussi d'appuyer la candidature de Colvin R. de Silva. Un meeting fut convoqué autour d'une plate-forme en huit revendications, comprenant la réintégration des grévistes de juillet 1980 licenciés pour motifs syndicaux ou politiques, la reconnaissance du droit de grève et l'abolition de toutes les dispositions antisyndicales, l'indexation des salaires sur la hausse du coût de la vie, l'abolition des lois anti-tamoules, la restauration des droits civiques pour tous ceux qui en avaient été déchus pour raisons politiques, la dissolution du Parlement et la convocation d'une Assemblée constituante composée de représentants de la classe ouvrière, de la paysannerie et des masses opprimées. De nombreux autres syndicats s'associèrent à cette démarche qui culmina par la tenue, le 25
octobre, d'une conférence nationale de délégués des travailleurs qui réunit 500 travailleurs et approuva les huit revendi-
Cependant, tout ce travail d'agitation syndicale et politique ne permit pas de dégager réellement un courant électoral capable de capitaliser les votes des travailleurs, comme le montre le résultat électoral final. Le Président sortant fut réélu des suffrages exprimés contre 39,07% pour le candidat du SLFP, 4,19 % pour le candidat du JVP et seulement 0,90% pour celui du LSSP, Colvin R. de Silva. La participation électorale fut de 81%.
La réélection de J-R Jayewardene, après la débâcle électorale des partis de gauche en 1977 et l'échec de la grève de 1978, constitue une nouvelle confirmation de la victoire réactionnaire. Elle risque fort d'ouvrir une période d'importantes attaques contre les travailleurs et la nationalité tamoule. L'état de siège décrété le lendemain des élections pour éviter de prétendues « violences post-électorales » en est déjà un exemple. Plusieurs années après la rupture de la coalition gouvernementale qui unissait le SLFP, le PC et le LSSP, les travailleurs encore le prix de la désorientation issue de cette ère de collaboration de classe, au niveau gouvernemental, des forces majoritaires du mouvement ouvrier.