UNE RÉPONSE DE LA LCR DE FRANCE ET DE LA LCR D'ITALIE 1) L'article des camarades Doug Jenness et Cindy Jaquith qualifie « d'erreur éditoriale » la publication, dans le Militant, de la déclaration commune de la LCR française, de la LCR italienne et du SWP des Etats-Unis sur le rôle de la force multinationale d'interposition (FMI) au Liban. Cette déclaration a pourtant été dûment signée, le 21 septembre, publiée dans le Militant le ler octobre et dans Intercontinental Press le 4 octobre. Les camarades ont le droit de considérer qu'ils ont eu tort de la signer. Mais il s'agit alors d'une erreur politique qu'ils prétendent aujourd'hui corriger, et non d'une simple « erreur éditoriale ».
2) Les camarades reprochent à la déclaration commune de « sous-entendre » que l'OLP porte une part de responsabilité dans les massacres de Sabra et de Chatila, pour avoir accepté la retraite de Beyrouth. Ils « sous-entendent » eux-mêmes que nous nous tromperions d'adversaire. C'est un argument grossièrement polémique et démagogique.
Les sections de la IVe Internationale ne se sont pas trompées d'ennemi. Tout au long du siège de Beyrouth, nous nous sommes mobilisés contre l'agression sioniste et impérialiste et pour le soutien inconditionnel à l'OLP. Nous sommes tout à fait d'accord pour saluer la résistance des combattants palestiniens, soixante-dix-neuf jours durant. Cette résistance a effectivement contribué à isoler diplomatiquement l'Etat sioniste, à mettre à nu son caractère criminel, à populariser les revendications nationales du peuple de Palestine. Elle a aussi mis en relief la passivité des régimes arabes et de la bureaucratie soviétique, qui équivaut à une
Mais ce n'est pas une raison pour masquer la signification du Plan Habib. Nous l'avons caractérisé comme un diktat à 100 % impérialiste. Il a été élaboré par les soins d'un « médiateur » ouvertement complice, des le premier jour, de l'agression sioniste. Il a été appliqué grâ ce à l'intervention d'une force « multinationale » elle-même à 100 % impérialiste.
Le Plan Habib n'accordait aucune contrepartie au retrait des 9 000 défenseurs de Beyrouth. L'armée sioniste ne reculait pas d'un pouce. Les combattants partaient sous les jumelles d'Ariel Sharon pour être désarmés dès leur arrivée dans les pays d'accueil et parqués dans des camps. Ils laissaient derrière eux une population civile sans défense. L'entrée des troupes israéliennes dans Beyrouth-Ouest, les ratissages, le désarmement systématique de la population, les massacres et l'installation des phalangistes au pouvoir étaient la suite logique de l'application du Plan Habib. Et ce n'est malheureusement pas fini : sionistes et phalangistes ne cachent pas leur volonté d'expulser ou de déplacer à nouveau des dizaines de milliers de réfugiés palestininens ...
L'article de David Frankel, largement cité par les camarades Doug Jenness et Cindy Jaquith, réduit l'enjeu des négociations Habib à la question de savoir « comment les forces de l'OLP pouvaient quitter Beyrouth en vie ». C'est identifier un peu vite l'OLP à sa direction et aux 9 000 combattants évacués. Il y a 500 000 Palestiniens réfugiés au Liban : le gros des
• a med de troupes son
Le rôle de la force multinationale d'interposition s'inscrit dans l'application du Plan Habib dont elle est un rouage essentiel. Les camarades Doug Jenness et Cindy Jaquith appuient leur argumentation sur une distinction radicale entre le rôle de la première force d'interposition, qui aurait été de garantir la retraite des combattants palestiniens, et celui de la seconde, qui aurait le caractère d'une « force militaire d'occupation ». Le problème, c'est qu'on ne peut pas dissocier les diverses fonctions de la FMI dès le mois d'août : en même temps qu'elle garantissait le retrait des combattants, elle apportait une caution internationale au régime phalangiste et ouvrait les portes de Beyrouth-Ouest à l'armée sioniste en démantelant les défenses palestiniennes. Les camarades Doug Jenness et Cindy Jaquith prétendent que ce sont les Palestiniens eux-mêmes qui ont démantelé leurs défenses. C'est contraire aux témoignages, et ce n'est heureusement pas le cas : les parachutistes sont illustrés dans cet exercice de déminage.
Il n'est pas davantage possible de dissocier la fonction de la première et celle de la seconde force d'interposition. D'ailleurs, Yasser Arafat établit lui-même leur continuité en reprochant seulement à la première de n'être pas restée pour « protéger » les camps après avoir protégé la re-
Imaginons un voyageur armé, attaqué au coin d'un bois par des bandits qui veulent l'assassiner. Surviennent d'autres bandits qui « s'interposent » mais profitent de la situation pour dépouiller le voyageur et le laisser partir désarmé dans un bois infesté de loups. On peut comprendre que le voyageur ne soit pas lui-même dans une situation qui lui permette de tirer à haute voix la morale de la fable. Mais rien ne nous interdit de le faire, et de dire qu'un voleur est un voleur, même s'il se présente comme un sauveteur.
De même, la force d'interposition a justifié sa présence aux yeux de l'opinion mondiale par la « protection » accordée aux combattants palestiniens. Mais elle reste avant tout une force militaire impérialiste qui vient, sur les talons de l'armée sioniste, façonner une « paix américaine » dans la région.
3) Tout au long de la guerre, nous avons apporté un soutien inconditionnel à l'OLP dans sa lutte contre l'agression sioniste. Mais appui inconditionnel ne veut pas dire acritique et n'implique pas que nous prenions à notre compte les choix tactiques de la direction de l'OLP, d'ailleurs discutés dans ses propres rangs.
Or c'est ce que font aujourd'hui les camarades du SWP en considérant la retraite de Beyrouth, telle qu'elle s'est déroulée, comme « nécessaire », et en la portant à l'actif de la direction de l'OLP.
En insistant dans leurs articles sur les qualités révolutionnaires de cette direction, les camarades suggèrent une analogie entre elle et les directions révolutionnaires, telles que celles du Front sandiniste de libération nationale (FSLN) nicaragua yen ou du Front Farabundo Marti de libé. ration nationale (FMLN) salvadorien. Il nous paraît au contraire nécessaire d'insister sur les différences historiques, politiques et sociales entre ces organisations L'OLP est un front dans la direction duquel les composantes bourgeoises jouent un rôle hégémonique et sur lequel la dé pendance économique et militaire envers les régimes bourgeois arabes pêse de façon déterminante.
C'est pourquoi la confusion permanente qu'entretient le camarade Frankel entre la résistance palestinienne et la direction de l'OLP nous paraît dangereuse. Ainsi attribue-t-il aux « combattants de l'OLP » la décision « d'organiser la retraite », alors que les négociations et leur issue ont fait l'objet d'âpres controverses dans les rangs même des combattants pendant le siège. Il est à plus forte raison trompeur d'avaliser les proclamations de la direction de l'OLP selon lesquelles la retraite de Beyrouth aurait transformé la défaite militaire en victoire diplomatique : ce serait sous-estimer les points marqués par l'impérialisme et leurs conséquences durables.
4) Nous sommes done en désaccord avec la position des camarades américains, qui revient à s'abstenir de toute critique envers la première force d'interposition dans les pays impérialistes. Même si la direction de l'OLP n'avait pas eu d'autre choix, cela ne nous aurait en rien empê-
ché de dénoncer dans nos pays le rôle de ces expéditions militaires qui préparent le terrain à une solution impérialiste au Moyen-Orient, sur le dos de la résistance palestinienne et contre les intérêts des masses arabes. C'est d'autant plus important en France que le gouvernement Mitterrand a su tirer parti de l'attitude de la bureaucratie soviétique et des régimes arabes pour se présenter frauduleusement comme le meilleur protecteur des Palestiniens.
Aujourd'hui cependant, nous sommes tous d'accord pour réclamer le retrait du Liban des troupes sionistes et des troupes impérialistes de la deuxième force d'interposition. Pourtant, ce sont Yasser Arafat et Walid Joumblatt qui ont réclamé à cor et à cri le retour de la FMI après les massacres de Sabra et de Chatila ... Et qui pourrait prétendre que cette deuxième mission, dans laquelle les parachutistes français ont activement participé au bouclage et au ratissage de Beyrouth-Ouest, est sans aucun rapport avec la première ? Ligue communiste révolutionnaire (LCR), section française de la IVe Internationale
Lega Comunista Rivoluzionaria (LCR), section italienne de la IVe Internationale
25 octobre 1982.