Répondre à l'appel des travailleurs polonais
Le premier anniversaire du coup de force de Jaruzelski doit être l'occasion de consolider le soutien à Solidarité
POLOGNE Jacqueline ALLIO
Depuis le mardi 31 août dernier, la politique répressive de la Junte militaire de salut national (WRON) du général Jaruzelski a pris un tour de plus en plus brutal. Certes, il n'y a plus « que » 600 ou 700 internés. Mais, à la veille des manifestations annoncées par Solidarité, les militants connus - en particulier les ex-internés - sont systématiquement arrêtés et mis « hors-circuit » pour quarante-huit heures. Beaucoup ne sont pas relâchés.
Après l'annonce retentissante des procès contre les dirigeants de l'ex-Comid'autodéfense sociale (KOR), « arrêtés » dans leur camp d'internement, les arrestations se sont poursuivies à un rythme accéléré.
On compte un minimum de 3 000 prisonniers déjà condamnés, et plus vraisemblablement le double, si l'on en croit estimations des groupes d'enquête composés de militants et de juristes de Quelques exemplaires de bulletins de comités de gne, en Grande-Bretagne et en RFA. (DR)
BOLETIN Anciedin de sidaridat ce solidridad: ZWiAZK:
•Polish Solidarity Campaigs News
Solidarité qui sont obligés de sillonner tout le pays pour recueillir des informations éparses sur l'état de la répression. Quant aux personnes en attente de procès, elles étaient déjà 3 000 au début oetobre. Combien sont-elles après les arrestations opérées lors des manifestations de la mi-octobre et celle du mercredi 10 novembre?
Les conditions de détention, elles, vont en empirant, comme l'indiquent les témoignages parus dans la presse clandestine. De très nombreux prisonniers sont gravement malades, sans même qu'on arrive à obtenir des informations précises sur leur cas. Sur la manière dont on les « soigne », cet extrait de lettre de détenues de la prison de Fordon en dit plus long que tout commentaire :
« A la prison de Grudziadz, qui joue le rôle d'hôpital-pénitencier, toutes les opérations chirurgicales et gynécologiques sont effectuées dans la même salle. Les femmes enceintes sont enfermées soutien aux travailleurs polonais, édités en EspaAnnie 7903 AUMERO 3
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Reichtagsbrand in Warschau
Die Prozesse gegen die früberes KORMigied
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Solidamost und dans des cellules sans eau courante et doivent porter elles-mêmes des tinettes d'une capacité équivalant à trois seaux jusqu'à l'égoût distant de plusieurs dizaines de mètres. Les malades, pour leur part, attendent d'être opérées dans des cellules de cinq personnes, où elles doivent apporter, elles-mêmes, trois fois par jour et dans le même seau, l'eau servant à la fois à se laver et à nettoyer les toilettes. Etant donné qu'on ne peut obtenir de médicaments sur ordonnance qu'à l'extérieur de la prison, les malades en sont souvent privées. (1) »
Comme l'a montré l'affaire des sévices à la prison de Kwidzyn, où 80 internés avaient été matraqués par les ZOMO jusqu'à l'évanouissement, et jusqu'à la perte de la vue chez certains, pour avoir protesté contre les brimades (2), l'usage de la violence est la seule réponse que l'administration pénitentiaire connaisse pour répondre aux revendications des détenus. Dans la plupart des commissariats, les brutalités, voire la torture, sont devenues la règle lors des arrestations.
« A la maison d'arrêt de la rue Lakowska à Wroclaw, les personnes interrogées sont torturées: elles sont attachées par des sangles sur une "couche dure" avec une cuvette en métal sous la colonne vertébrale. Ce procédé très douloureux peut provoquer une paralysie des bras et des jambes sans laisser de traces visibles. (3) »
Le cas de ce détenu accusé d'avoir tué un milicien, arrêté puis passé à tabac quatre heures durant dans le jardin de ses parents avant d'être conduit au commissariat central de Varsovie, où on le frappa à la nuque et aux reins à l'aide d'une matraque enveloppée dans du papier journal en même temps qu'on lui enfonçait des aiguilles sous les ongles, est loin d'être exceptionnel. Après l'avoir interrogé tous les jours pendant deux semaines, dix heures d'affilée, on l'a fait passer à la télévision, en l'avertissant que s'il parlait de ces interrogatoires, il écoperait de vingt-einq ans au lieu de quinze.
Face à cette réalité, les manifestations de solidarité du mouvement ouvrier international avec ces hommes et ces femmes emprisonnés, brutalisés ou torturés
1. Lettre d'Irena Malenczyk depuis la prison de Fordon (nord-est de la Pologne), Tygodnik Mazowsze, numéro 26, septembre 1982.
2. « Nouvelles de Pologne », Inprecor numéro 133. du 27 septembre 1982.
3. Z Dnia Na Dzien, bulletin de Solidarité, numéro 86, été 1982.
pour avoir défendu leurs droits démocratiques et syndicaux les plus élémentaires, apparaissent plus décisives que jamais. De multiples initiatives ont été prises depuis un an, tant sur le plan syndical que par des comités de solidarité, pour apporter un soutien politique, moral et matériel aux travailleurs polonais en lutte, et à tous les emprisonnes.
DANS LES SYNDICATS ouvrier international, pour insuffisantes qu'elles aient été, ont montré qu'il était possible de faire bouger les directions syndicales et d'organiser des actions concrètes de solidarité. Bien souvent, ce sont les comités syndicaux d'entreprise et les sections locales qui ont pris sur eux de commencer le travail de soutien, tels les meetings de solidarité organisés peu après le coup de force des généraux polonais par certains syndicats des Commissions ouvrières ou de l'Union générale des travailleurs (UGT) au Pays basque comme dans d'autres régions de l'Etat espagnol.
Les jeunes travailleurs ont pris une part importante dans cette bataille pour obliger les directions syndicales à prendre position. En Autriche, par exemple, l'Organisation des jeunesses syndicales autrichiennes (OEGJ) s'est adressée en mars à la puissante Confédération autrichienne des syndicats (OEGB) pour lui demander à l'unanimité de prendre en charge l'aide aux familles des internés et aux exilés de Solidarité, et d'améliorer l'information sur le mouvement syndical polonais dans les organes de la presse syndicale.
Pour sa part, la Campagne de solidarité avec l'Europe de l'Est (EESC), affiliée au Parti travailliste britannique, a joué un rôle décisif au sein du Labour Party pour organiser des réunions et susciter la mobilisation des travailleurs en Grande-Bre-
En France, où la direction de la Confédération française démocratique du travail (CFDT) avait affirmé son soutien à Solidarité, les travailleurs ont prouvé combien ils se sentaient concernés par le coup porté à la révolution polonaise, en mettant sur pied de multiples convois après avoir organisé des collectes dans les entreprises, que ce soit à l'initiative des sections syndicales ou des comités ad hoc constitués à cet effet.
L'impact de la lutte des travailleurs polonais a été à l'origine d'une « Coordination syndicale CGT avec Solidarnose » au sein même de la CGT, la confédération syndicale inféodée au Parti communiste français (PCF), pour battre en brèche les positions du secrétaire général Georges Séguy qui « constatait », le lundi 14 décembre 1981, « la volonté du Conseil militaire de ne pas remettre en cause les conquêtes démocratiques et de promouvoir de nouvelles réformes ». Cette bataille s'est prolongée jusqu'au 4le Congrès confédéral tenu à Lille en juin dernier, donnant lieu à des contributions plus que critiques à l'égard de la direction, dans les tribunes libres de la presse syndicale préparatoires aux débats du Congrès.
« L'attitude actuelle de la direction confédérale, c'est justement de jeter de l'huile sur le feu contre les libertés en
Men s'interdisant de les défendre », affirmait un dirigeant du syndicat des communaux de la ville d'Alès, demandant qu'un représentant de Solidarité soit invité au Congrès, et que celui-ci fasse siennes les exigences essentielles de Solidarité dans la clandestinité : la levée de l'état de guerre, la libération des militants emprisonnés et le retour aux acquis des accords de Gdansk.
Lorsque les directions syndicales ont pris l'initiative de la mobilisation, comme cela a été le cas en France et en Italie, au lendemain du dimanche 13 décembre, l'ampleur des manifestations a bien montré l'écho qu'avaient leurs appels au sein des masses travailleuses dont l'espoir se tournait depuis seize mois vers la Pologne. L'unité d'action des diverses confédérations syndicales s'est chaque fois avérée le plus puissant levier pour convainere les travailleurs d'exprimer concrètement leur solidarité. On vient une nouvelle fois de le vérifier lors de la manifestation du mardi 12 octobre appelée à Paris par l'ensemble des syndicats français — à l'exception de la CGT, mais avec la participation des sections syndicales qui avaient adhéré à la Coordination syndicale CGT avec Solidarnosc —, manifestation qui a rassemblé 20 000 personnes sous une pluie battante pour protester contre la mise hors-la-loi de Solidarité, ou lors de la mobilisation qui a réuni 40.000 travailleurs à Rome au lendemain de la délégalisation du plus puissant syndicat que l'histoire ait jamais connu. Plus récemment, en Italie, nos camarades de la Lega Comunista Rivoluzionaria (LCR), section italienne de la IVe Internationale, ont pris plusieurs initiatives. Le mardi 9 novembre, des militants syndicalistes de la LCR ont occupé le consulat polonais à Milan pour récla
Affrontements entre manifestants et ZOMO gne: (DR) mer l'envoi d'un message de soutien aux travailleurs polonais. Le lendemain, 500 militants des Cercles de jeunes révolutionnaires (CGR) liés à la LCR ont manifesté dans cette ville. Des initiatives identiques ont été prises à Turin, Gênes, Livourne et Rome.
LE ROLE DES COMITES Cela étant dit, on ne saurait trop insister sur le rôle essentiel joué par les innombrables comités de solidarité avec Solidarnose - dont beaucoup étaient bien antérieurs au dimanche 13 décembre - aux meetings publics qu'ils ont organisé et aux bulletins plus ou moins ré guliers qu'ils diffusent. Leur travail s'est avéré précieux pour permettre une réelle information sur les buts poursuivis par Solidarité ainsi que sur l'évolution du mouvement de résistance après le coup de force des généraux polonais. C'est souvent grâce à leurs initiatives que les syndicats se sont décidés à faire quelque chose. Cela a été particulièrement flagrant en Allemagne fédérale où l'aide apportée par la confédération syndicale DGB aux militants syndicalistes polonais n'est venue que tardivement, et après que la campagne ait été lancée par les comités de solidarité. Dans leur bulletin du mois d'octobre 1982, outre la reproduction d'un grand nombre de documents de la presse clandestine polonaise, on trouve des informations sur la situation et sur les condamnations de prisonniers politiques dans diverses régions, le duplicata d'une pétition adressée au général Jaruzelski et à l'ambassade de Pologne à Bonn exigeant la libération de ces prisonniers, une présentation des dirigeants du KOR inculpés, une liste des médicaments les plus urgents, un article insistant sur l'importance de la mise sur pied de convois syndicaux et donnant des conseils quant à leur organisation, leur destination, etc.
En Suisse, outre les nombreuses réunions publiques qu'ils ont organisées avec des représentants de Solidarité, mités « Solidarité avec Solidarnose » et les Comités de solidarité socialiste avec les opposants des pays de l'Est (CSSOPE)
lors des récentes mobilisations de l'été en Poloont lancé une souscription de 10 000 francs suisses (FS) pour venir en aide au syndicat clandestin, afin de lui permettre en particulier de disposer du matériel de communication indispensable à son fonctionnement.
En même temps qu'ils assuraient ce travail de soutien et d'intormation, la plupart de ces comités ont joué un rôle d'aiguillon vis-a-vis des directions syndicales, comme ce fut le cas dans une ville comme Genève, où les initiatives du comité local ont amené à plusieurs reprises l'ensemble des syndicats à soutenir ou à appeler directement à des actions initiées par lui, à l'occasion du mardi 31 août et du mercredi 10 novembre notamment.
En Belgique aussi, ce sont avant tout * L'appel du Comité Rouennais de Soutien à Solidamosc, de l'Union rouennaise de la CFDT. du PSU, de la JCR de la LCR. de la Ligue des Droits de l'Homme, de la CSF, du MDPL, du PS, de la FEN et de Frères des Hommes de Rouen
POURSUIVONS LA SOLIDARITÉ AVEC SOLIDARNOSC SOLIDARITE AVEC LES TRAVAILLEURS, LA POPULATION POLONAISE
MANIFESTATION 13 DÉCEMBRE
PETITION MEETING 16 DÉCEMBRE CONVOIS POUR CRACOVIE Madosse combe Soutenu par diverses forces politiques et syndicales, le comité de solidarité avec Solidarose de la ville française de Rouen a déjà collecté 40 000 franes et acheminé 4 camions d'aide matérielle en Pologne. Outre de nouveaux objectifs d'aide matérielle aux travailleurs polonais, ce comité a appelé à une manifestation locale pour le 13 décembre prochain, et à un meeting pour le 16 décembre. Un exemple à suivre, en quelque sorte. (DR)
les comités - et en premier lieu le Comité ler-Mai de Bruxelles - qui ont pris la tête du travail de soutien à Solidarité et qui impulsent la manifestation prévue le dimanche 12 décembre prochain.
En France, l'écho rencontré par un comité comme le Comité de soutien à Solidarnose de Rouen montre l'importance d'un travail d'information régulier sur les luttes des travailleurs polonais, et sur ce qui les unit aux intérêts des travailleurs du monde entier. L'influence de ce Comité, qui rassemble plus d'une centaine de membres, a certainement pesé de manière décisive dans l'acceptation par la majorité des organisations syndicales et politiques de gauche de cette ville de lancer une pétition et d'appeler en commun à une manifestation le lundi 13 décembre ainsi qu'à un meeting le jeudi 16.
Au lendemain de la journée de grève du mereredi 10 novembre, qui est très loin d'avoir répondu à ce qu'en attendaient les dirigeants du mouvement clandestin, il faut multiplier ce type de démarches pour élargir la campagne du mouvement ouvrier et faire la preuve que seuls les travailleurs seront capables d'apporter un véritable soutien à leurs frères polonais en lutte.
Alors qu'on assiste, dans tous les pays capitalistes, à une tentative systématique de récupération de la part des partis de droite cherchant à utiliser Solidarité pour leurs visées anticommunistes et pour tenter d'élargir leur audience populaire, il faut que la classe ouvrière polonaise se convainque que les déclarations démagogiques d'un Ronald Reagan ou d'un Michel Pinton — député de l'Union pour la démocratie française (UDF) venu larmoyer récemment à la télévision sur le sort de Lech Walesa - n'ont rien à voir avec la solidarité de classe des travailleurs. Il faut que la population laborieuse en Pologne puisse constater dans les faits que seuls les travailleurs ont intérêt à la victoire d'une classe ouvrière organisée qui se bat contre une minorité pour faire valoir ses droits et pour prendre ses affaires
« Nous sommes convaincus que vous voyez dans le soutien à Solidarité une forme de défense des intérêts vitaux et des droits des travailleurs », affirme la lettre ouverte du Comité ouvrier interentreprises de Varsovie adressée aux organisations syndicales et aux partis ouvriers de l'Ouest (4). « Le soutien et la solidarité aujourd'hui et demain, voilà ce que nous attendons de vous. De vous avant tout. » Nous ne pouvons décevoir cette attente.
Partout où ils sont présents, il est du d'impulser le mouvement de solidarité avec Solidarité pour qu'une réponse positive soit apportée à l'appel que nous ont lancé les ouvriers polonais.
Jacqueline ALLIO 12 novembre 1982. 4. « Lettre ouverte du Comité ouvrier inter-entreprises Solidarité (MRKS) de Varsovie aux organisations syndicales et aux ouvriers de l'Ouest », Inprecor numéro 136, du 8 septembre 1982.