Nous reproduisons ci-dessous des extraits d'une émission de « Radio Solidarnosc » clandestine du 16 novembre dernier. Celle-ci traite principalement du bilan de la grève du 10 novembre dans la ré-
Elle contient aussi une déclaration de Jozef Pinior, nouveau président du RKS NSZZ de Solidarité de Basse-Silésie, après l'arrestation de Wladyslaw Frasyniuk et de Piotr Bednarz. Jozef Pinior est aussi
TKK, direction nationale clandestine de Solidarité.
Présentateur de « Radio Solidarnose » : - Les grèves annoncées pour le 10 novembre se sont déroulées autrement que celles menées jusqu'alors. Avant tout, c'est la tactique du pouvoir, son attitude envers les ouvriers, qui étaient différentes.' Auparavant, le pouvoir s'était limité à des répressions après le début du déclenchement de la grève. Cette fois, la répression et les arrestations ont largement précédé le jour prévu pour la grève, elles en ont limité efficacement l'étendue. Voici quelques exemples des moyens préventifs mis
Entreprise Pafawag (Wroclaw) : dès avant le 10 novembre, on a arrêté et interné les militants les plus actifs. Beaucoup ont été envoyés à l'armée et à la ROMO (1). Dès le 5 novembre, on notait la présence d'une quarantaine d'officiers de l'aviation qui fouinaient partout, jusque dans les moindres recoins. Le 5 également, une réunion de 200 membres du parti, dont la moitié de retraités, a voté une résolution anti-grève demandant la dissolution de l'entreprise et un réembauchage à ces nouvelles conditions. Des groupes de membres du parti étaient de piquet 24 heures sur 24, de même que la cellule d'entreprise des services de sécurité.
Entreprise Polar (Wroclaw) : dès le 5 novembre, 96 personnes ont été écartées de l'entreprise et, la nuit du 9 au 10 novembre, d'autres arrestations ont eu lieu. Les contremaîtres et chefs de brigade ont été avertis qu'ils seraient licenciés en cas de grève dans leurs unités. (...)
Telles ont été les mesures de précaution prises par le pouvoir. Elles se sont poursuivies le jour de la grève.
Entreprise Pafawag : toute l'entreprise était contrôlée de l'intérieur, par la direction, les commissaires militaires et les services de sécurité, sans compter les activistes du parti. On avait donc une atmosphère de menace personnelle pour chacun. Les 40 officiers de l'aviation continuaient à rôder dans toute l'entreprise. Mais ce n'étaient pas eux les plus acharnés. Certains se sont plaints dans des conversations privées d'être utilisés comme épouvantails contre les ouvriers. Ils ont encore confié : nous avons autant d'in-
A l'écoute de
fluence sur les événements que les électeurs en ont sur le Sejm (Parlement) ...
Il y aurait de quoi les plaindre, en effet, car leur rôle est ridicule. Mais il y a des ordres qu'un individu honnête devrait refuser d'exécuter.
Entreprise Polar : les ouvriers sont arrivés au travail en groupes organisés. A l'entrée, les groupes ont été dispersés et les ouvriers expédiés chacun à son poste de travail. Les membres de la direction couraient à travers toute l'entreprise, accompagnés de commissaires militaires, pour tenter de terrifier chacun à son poste de travail. (...)
La caractéristique de l'action du pouvoir dans les entreprises : elle est dirigée contre les individus. Le pouvoir a cessé d'appliquer les mesures de contrainte de masse. Il tente maintenant de s'en prendre à chacun isolément, pour briser l'unité. Il tente de créer l'impression que chacun de nous est personnellement observé, suivi. Telle sera probablement la méthode utilisée de plus en plus largement dans tous les milieux. On l'a déjà éprouvée en URSS, où, depuis bien des années, tout le monde a peur de tout le monde. Ne nous laissons pas rendre fous ! Nous sommes 35 millions, eux ne sont tout au plus que ront jamais assez de mouchards pour en coller un à chacun d'entre nous, si nous agissons de manière solidaire, courageuse
Le nouveau président du RKS NSZZ de Solidarité de Basse-Silésie est désormais Jozef Pinior. Nous lui donnons maintenant la parole.
Jozef PINIOR : — Mes amis, je m'adresse à vous à un moment où nous sommes tous bouleversés par l'arrestation de Piotr Bednarz, et alors que nous sentons encore douloureusement les effets de celle de Wladyslaw Frasyniuk. Tous les trois, nous avons travaillé ensemble depuis le 13 décembre (1981). (...) L'arrestation de mes deux amis les plus proches pour moi une dure épreuve J'ai pourtant conscience du devoir qui m'incombe : poursuivre la coordination du travail du RKS. Je déclare que jamais je ne renoncerai à la lutte pour les idéaux de Solidarité. Je déclare que jamais je ne renoncerai à la lutte pour la libération de toutes les personnes condamnées et internées, pour la libération du président du Comité régional, Wladyslaw Frasyniuk et de son remplaçant Piotr Bednarz. (...) L'essence du système totalitaire tient à la paralysie de notre volonté d'action, elle repose sur la dégradation. Tout ce qui est beau et de valeur dans la vie de l'homme et de la socié. té est rabaissé : le travail, la création, les relations entre les êtres. Voilà à quoi se
Grève avant l'état de guerre. (DR) résume la Pax Sovietica du général Jaruzelski. Et c'est de nous seuls que dépend l'acceptation ou le refus d'une telle « normalisation ».
Solidarité est né dans les usines, ce sont elles qui sont source de sa force et de sa vitalité. Depuis onze mois, nous construisons des structures syndicales clandestines, nous créons une société indépendante. Des formes d'entraide sociale se développent. Des groupes de liaison entre milieux différents se constituent. Les préparatifs en vue de la grève générale se poursuivent. Notre combat est un devoir moral vis-à-vis des travailleurs qui ont donné leur vie pour les idéaux de Solidarité, vis-à-vis de nos camarades emprisonnés. L'état de guerre a supprimé toute possibilité de réforme. Ce qui était le plus important pour le développement de la société est paralysé : la vie économique. Notre bien, notre patrimoine national, œuvre de plusieurs générations, se dégrade de mois en mois. Dans une telle situation, le temps ne travaille pas en notre faveur. Une ré. forme économique authentique est impossible sans une République autogérée. La lutte pour une société ouverte, pour la démocratisation, la libéralisation, c'est aussi une lutte pour l'amélioration de nos conditions matérielles d'existence, pour des logements décents, pour des places dans les hôpitaux, pour des produits alimentaires, pour des médicaments.
Je m'adresse à vous, mes amis, à un moment particulièrement dur pour notre région. Je vous appelle à défendre notre syndicat, à poursuivre la lutte pour une République autogérée, pour la liberté et la justice sociale. (...)
1. Unité de réserve de la milice civique.